L., âgée de cinquante-sept ans, blanchis
seuse, très dévote dès l’enfance. Quinze ans : première menstruation. Dix-sept ans : mariée; mère de quinze enfants. Quarante-six ans : mort de son mari et d’un de ses enfants, qui expire dans ses bras ; anomalie de la menstruation. Vers le même temps, elle a des scrupules, s’accuse d’avoir fait de mauvaises communions, exagère ses exercices de religion, néglige ses occupations, passe son temps à l’église; insomnie, gémissements, crainte de l’enfer. Cinquante-deux ans : cessation des menstrues; ses craintes se changent en terreurs religieuses ; elle se croit au pouvoir du diable. Cinquante-quatre ans : fièvre, délire; elle se jette par la croisée, est envoyée à l’Hôtel- Dieu, d’où, après cinq mois, elle est transférée à la Salpêtrière.
Maigreur extrême, peau halée, terreuse; teint jaune, physionomie inquiète; tout son corps est dans une sorte de vacillation et de balancement continuels; elle marche toujours, cherchant à faire du mal, à frapper, à tuer.
Il y a un million d’années qu’elle est la femme du grand diable ; elle s’entend avec lui; il couche avec elle, et ne cesse de lui dire qu’il est le père
B.ELIG1EUSES.
de ses enfants. Elle a des douleurs utérines. Son corps est un grand sac fait de la peau du diable, et plein de crapauds, de serpents et d’autres bêtes immondes, qui sont des diables. Elle n’a pas besoin de manger, et cependant elle mange beaucoup ; tout ce qu’on lui donne est empoisonné. Elle serait morte depuis long temps si elle n’était pas le diable ; il y a plus de vingt ans qu’elle n’est pas allée à la selle.
Elle s’accuse de toutes sortes de crimes : elle a tué, volé; le diable lui répète sans cesse de tuer, d’étrangler même ses enfants. En une minute elle commet plus de crimes que tous les scélérats ensemble n’en commettent en cent ans ; aussi n’est-elle pas fâchée d’avoir le gilet de force; sans cette précaution elle serait dangereuse.
En se donnant au diable, elle a été contrainte de lui vouer ses enfants ; mais, en retour, elle a demandé au diable de faire tomber celui qui est en haut, de tuer Dieu et la Vierge. Quand elle communiait,elle prenaitlebonDieudel’églisepours’en
moquer: elle n’y croit plus; il ne faut plus y croire; il ne faut plus se confesser, le diable le défend.
Elle reste à l’écart, évite ses compagnes, craint de leur faire du mal, parle seule, voit partout le diable et souvent se dispute avec lui.
Cette infortunée nous présente l’exemple de
INSTITUTIONS
îa démonomanie compliquée de démence et de fureur. Les hallucinations les plus bizarres entretiennent son délire, et provoquent les actes de la fureur la plus aveugle.