‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 19 sur 33 · TROISIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

TROISIÈME OBSERVATION

Une dame âgée de vingt-neuf ans, mère de deux enfants, ayant eu des parents éloignés atteints d’aliénation mentale, était d’un caractère extrêmement jaloux. A peine est-elle mariée que sa jalousie s’exerce sur son mari, qui ne lui en donne aucun prétexte. Sans qu’on ait pu en connaître la cause, elle éprouve un violent accès de jalousie suivie de la suppression des règles et de délire maniaque.

Après quelques mois de traitements infructueux, cette dame est confiée à mes soins. Che- ' veux et sourcils noirs, visage rouge , front ridé, l’œil brillant caché sous les sourcils, le regard oblique, la langue blanche, le corps chargé d’embonpoint. La malade croit entendre son mari, et suppose qu’il est auprès d’elle, mais caché et retenu auprès de sa maîtresse ; les femmes qui la servent et l’entourent excitent sa

’ Ebquirol, loc. cit.

SUPPBESSIOW DES RÈGLES-

jalousie : on l’entend dire des injures d’une voix basse et mal assurée. Tantôt elle reste des heures entières sans bouger, tantôt-elle part comme un trait; d’autres fois sa démarche est lente et tortueuse. En même temps elle fait les jours de quarante-huit heures : elle déjeune et dîne le premier jour; elle ne se couche point. Le lendemain, elle goûte et soupe; la journée est finie, elle se couche. Il a fallu plusieurs mois avant de la faire coucher volontairement le jour intermédiaire, et de pouvoir changer le désordre dans la distribution du temps. Elle se persuade en outre que l’on s’occupe toujours d’elle d’une manière désobligeante, ce qui quelquefois la porte à des actes de fureur spontanée. Ventre volumineux; souvent des coliques; constipation opiniâtre, qui persiste plusieurs fois pendant quinze ou dix-huit jours, quoique la malade mange beaucoup. Vainement veut-on lui donner des lavements, lui appliquer des sangsues : elle croit que l’on va la violer, parceque, dit-elle, les hommes doivent avoir plusieurs femmes. Six mois se passent dans cet état. Enfin on la force à se baigner, à prendre quelques tisanes purgatives. Elle parait un peu plus calme, se plaint de colique et se prête davantage à ce qui se passe autour d’elle. Cependant ses idées sont les mêmes;

elle ne veut point reconnaître l’écriture de son mari ni entendre parler de ses enfants. Je me décide à la faire aller en voiture les trois jours du carnaval. Elle se promène pendant quatre ou cinq heures. Chaque soir en se retirant elle parait plus contente.

Le lundi les règles paraissent ; elles coulent abondamment le mardi : dès lors toutes ses idées se dissipent, et au bout d’un mois elle est en état de rentrer au sein de sa famille *.

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