OBSERVATIONS D’HYSTÉRIE
hyst:érie simple.
Une jeune personne, âgée de dix-sept ans, d’une forte constitution et d’un tempérament sanguin , joignait à une grande sensibilité, de la franchise et un caractère très aimant ; elle demeurait avec ses parents, qui n’avaient pas pour elle la plus tendre affection.
Un jeune homme, admis dans la maison, fut souvent témoin des peines qu’éprouvait cette demoiselle ; il cherchait à la consoler par ces soins et ces attentions qu’inspirent si facilement le malheur et la jeunesse ; à ces témoignages du plus simple intérêt succédèrent d’autres sentiments , et un amour réciproque en fut le résultat.
S’étant un jour aperçue que son ami prodiguait à une autre dame toute sorte de prévenances, cette jeune personne en ressentit un violent dépit, mais se contraignit. Dès le soir , ses règles, qui coulaient depuis deux jours,
d’hystérie. ig5
s’arrêtèrent, elle devint d’une pâleur extrême , tous ses traits étaient altérés, et sa physionomie était bouleversée ; peu d’instants après elle perdit connaissance, et fiut prise de convulsions violentes ; tour à tour elle gardait le silence , ou poussait des cris, des soupirs et des gémissements , se comprimait ou se frappait la poitrine; tantôt elle faisait des efforts pour se mordre , d’autres fois elle cherchait à déchirer ses vêtements ; ses yeux étaient. convulsifs et souvent recouverts par les paupières ; les mâchoires presque toujours fortement rapprochées. Pendant la durée de cet accès la mémoire n’était pas entièrement abolie, la malade se plaignait d’une boule qui semblait partir de la matrice et s’arrêter à la gorge, où elle occasionait une vive constriction , une sorte d’étranglement. A la fin de l’accès, il se manifesta une émission considérable d’urine limpide. Je fus appelé dès le deuxième jour, et j’annonçai que ces accidents n’auraient probablement aucune suite fâcheuse. Plusieurs accès peu différents du premier se succédèrent. J’employai les antispasmodiques et les narcotiques, qui furent sans effet pendant six semaines. Dans les moments de rémission , j’eus occasion de causer seul avec la malade , et j’obtins la confidence de son affection secrète. Tou-
OBSERVATIONS
tes les fois que j’appelais son attention sur des objets étrangers à son amour, le calme semblait se consolider ; mais aussitôt que les circonstances ou son imagination le lui rappelaient, et surtout lorsque ce jeune homme s’offrait à sa vue, les accès étaient éminents ou même se reproduisaient. Deux mois s’étaient écoulés, lorsque je fis appliquer douze sangsues à la , vulve , et bientôt les règles reparurent. Dès cette époque, les convulsions diminuèrent sensiblement; et la convalescence fut assurée par les témoignages de tendresse que cette jeune personne reçut de son ami ’.
HYSTÉRIE SIMPLE
Clémentine F..., âgée de treize ans, cheveux et sourcils blonds, d’une constitution délicate, ayant les seins et les parties génitales peu développées pour son âge , sensible et très irritable, avait joui d’une assez bonne santé jusqu’à l’âge de onze ans. Ce fiit à cette époque qu’elle éprouva tout-à-coup un sentiment de strangulation avec suffocation imminente et palpitations légères. Huit jours après il s’y joignit un hoquet qui se répéta très souvent. On combattit ces accidents
Traité des maladies nerveuses, par M. Louver-Villenaay, t. I,p. i3.
d’htstérie. 197
par Tusage des bains ; mais, après le neuvième, elle fut prise de convulsions qui revinrent d’abord tous les huit ou dix jours, et par la suite tous les jours.
Le 1 3 germinal an X, M. M... fut témoin d’un accès qui, au rapport des parents, fut le plus long et le plus violent de tous ceux qu’elle avait éprouvés; en effet, il se prolongea depuis huit heures du soir jusqu’à trois heures du matin.
L’invasion fut subite, la jeune personne tomba tout-à-coup, et resta sans mouvement et sans parole ; il y eut ensuite contraction' vive des muscles masséters, grincements de dents, rire apparent, et mouvements irréguliers de tous les muscles soumis à l’empire de la volonté. Bientôt après des éclats de rire immodérés se manifestèrent et furent suivis d’une raideur tétanique des extrémités inférieures, dans laquelle la pointe des pieds était fortement tournée en dedans.
Après quelques instants de rémission, les symptômes devinrent plus violents; le cœur battait tumultueusement, le pouls était plus fréquent, petit et irrégulier ; les contractions musculaires étaient si fortes, qu’à peine trois orf quatre personnes pouvaient contenir la malade; elle poussait par intervalle des cris aigus ; lors-
OBSERVATIONS
que ses mains étaient libres, elle se meurtrissait violemment; lorsqu’elles étaient retenues, elle cherchait à se frapper la tête contre les objets environnants. Les courts instants de rémission étaient marqués par une grande sensibilité ; elle embrassait sa mère et la caressait tendrement ; mais à ce calme succédèrent bientôt de nouveaux accès, signalés par des symptômes différents, tels que des grimaces et des contorsions ridicules , des mouvements convulsifs des doigts des pieds et des mains, le resserrement total de l’œsophage, les yeux hagards, la pupille dilatée, tantôt l’impossibilité d’ouvrir la bouche , tantôt celle de la fermer , enfin la perte entière de la sensibilité et la mort apparente. La respiration n’était plus sensible , et le pouls avait cessé.
Cet état dura une heure , après laquelle toutes les fonctions se ranimèrent insensiblement par l’application de deux sinapismes ; alors les convulsions recommencèrent avec la même violence ; elles cessèrent enfin, et la jeune personne parut calme.
Le lendemain l’attaque fut moins forte, et offrit quëlques phénomènes nouveaux. Dans la rémission elle montrait la plus grande insensibilité aux caresses de sa mère; quelques instants après elle feignait de vouloir l’embrasser et tâ-
d’hystérie.
chait de la surprendre pour la mordre , elle rendit involontairement une grande quantité de vents et d’urine.
Le 1 5 germinal au soir, nouvel accès moins long que celui du i4, qui offrit également de nouveaux symptômes ; l’écume lui vint à la bouche , elle était d’une extravagance extrême, commandant tour à tour l’exercice militaire et les figures de la danse, tantôt avec une voix douce, tantôt avec un son aigu , d’autres fois rauque. L’accès finit par une sorte d’horreur quelle manifesta contre sa mère. Peu après il succéda un raisonnement assez juste et suivi ; elle se mit à pleurer, se plaignant de ce que sa mère lui refusait tout, etc.
A force de questions j’appris que cette aversion pour sa mère , qu’elle aimait et caressait si tendrement dans les accès du 1 3, tenait à ce qu’elle lui avait refusé une montre en or l’avantveille , après fe lui avoir promise. Lorsqu’elle eut obtenu la montre elle se soumit à tout. On lui fit prendre une potion calmante et un lavement avec un gros d’assa fœtida. Les accès ne reparurent plus, et la guérison fut consolidée par le séjour à la campagne et un exercice soutenu.
L’âge de la malade, son extrême sensibilité, et
200 OBSERVATIONS
l’époque de la puberté, constituent dans ce cas les causes prédisposantes des accès d’hystérie , qui ont été déterminés par un refus qui contraria trop vivement cette jeune personne ■.
HYSTÉRIE SIMPLE
Une jeune personne âgée de vingt et un ans, douée d’une bonne constitution et bien réglée, jouissait habituellement d’une parfaite santé.
Elle rencontra plusieurs fois dans la société un jeune homme qui parvint à lui inspirer une violente passion. Les parents de cette demoiselle s’opposèrent à l’union quelle désirait ; dès lors on remarqua un léger dérangement dans sa santé ; le cours des menstrues fut irrégulier. Pendailt l’espace de six mois elle éprouva plusieurs accès d’hystérie avec mouvements convulsifs , sentiment de strangulation, de clou et de boule hystériques , fourmillement vers l’utérus, etc. On se contenta de prescrire l’application de quelques sangsues à la vulve.
Peu de temps après cette jeune personne aperçut entre les mains de ses parents une lettre de son ami, qu’ils refusèrent de lui communiquer. Aussitôt elle fut prise d’une attaque beau-
^ Maladies nerveuses, t. I., p. 17.
d’hystérie.
coup plus forte que les précédentes, et qui fut accompagnée d’un assoupissement comme léthargique, de perte absolue de sentiment, et de mouvement de trismus, et d’un resserrement du pharynx tel que la déglutition était presque impossible. Dans cet état, le médecin ordinaire conseilla une forte saignée, au moyen de six sangsues appliquées derrière chaque oreille ; mais les accidents ne furent point diminués, et trois jours se passèrent sans aucun changement. C’est alors que je fus appelé. Je trouvai la malade privée de connaissance, ne répondant point aux questions qu’on lui faisait : elle paraissait souffrante et ne point entendre. La figure était un peu animée et rouge, l’œil fixe, les paupières étaient constamment fermées , les arcades dentaires rapprochées , et l’obstacle à la déglutition était toujours le même, la respiration gênée , le pouls régulier, assez mou, peu développé, voisin de l’état naturel. Je prescrivis l’infusion de tilleul et une potion antispasmodique, et fis appliquer deux vésicatoires aux cuisses.
Le lendemain , la malade était à peu près dans le même état; cependant elle proférait quelques mots , mais sans suite dans les idées, quoiqu’ils fussent relatifs à son inclination : il s’annoncait en outre un commencement de moiteur générale.
202 OBSERV ATIOIf S
On convint d’appliquer un nouveau vésicatoire à la nuque, et quand la transpiration serait finie, des compresses d’eau salée et de vinaigre sur la tête (c’était au mois d’octobre). On fit en outre pratiquer des frictions sur le cou avec l’huile , le camphre , le laudanum et l’éther; enfin on ordonna des lavements et des demi-lavements avec le camphre et Tassa fœtida.
Au bout de sept jours , cette jeune personne recouvra l’usage de ses sens, ayant conservé seulement un souvenir vague de la crise qu’elle avait ressentie, ' ■
Les parents s’opposant toujours à son mariage avec le jeune homme dont elle était éprise, nous leur conseillâmes de la faire voyager. Des objets et des rapports nouveaux affaiblirent le sentiment qui la maîtrisait, et le calme de l’esprit suivit bientôt l’entier rétablissement de l’organisation physique
HYSTÉRIE SIMPLE
Une jeune fille, âgée de quinze ans, présentait déjà tous les signes de la puberté confirmée : son tempérament était sanguin et sa taille petite, mais fort bien prise ; elle était vive , alerte,
* Maladies nerveuses , t. I, p.- 67.
d’htsterie.
et très gaie ; exempte de chagrins et de passions, elle vivait dans l’état de domesticité.
A l’âge de huit ans, elle eut une attaque de convulsions qui ne se renouvela depuis en aucune manière jusqu’à l’âge de quatorze ans.
Elle était bien réglée depuis huit mois ; et cette évacuation, en général assez abondante, fut supprimée vers la huitième époque, à la suite d’une frayeur vive : néanmoins il ne résulta de cet accident rien de fâcheux ; mais au retour suivant, les règles ne firent que paraître, et s’arrêtèrent tout-à-coup. Dès lors malaise général, engourdissement dans les jambes et les cuisses, soif, et de plus, chagrins relatifs à son service. Le deuxième jour, cet état fut aggravé vers le soir par un sentiment de strangulation , tel que l’aurait déterminé un collier très serré; la respiration devint fort gênée, la région hypogastrique était le siège d’un gonflement marqué ; les parties génitales extérieures faisaient éprouver une sorte de gêne, comme si elles eussent été très tuméfiées ; les membres et le tronc étaient agités de mouvements convulsifs répétés ; la constriction et le spasme du pharynx ne permettaient pas à la malade deprendre la moindre quantité de liquide ; quelque besoin qu’elle ressentît de boire, et quelque effort qu’elle fît pour y parvenir, cela
2o4 observations
lui fut toujours impossible. Il y eut, durant cet accès, une abondante excrétion d’urine claire et limpide. Le troisième jour, elle fut conduite à rHôtel-Dieiî, vers midi. La suffocation et l’anxiété étaient portées jusqu’au désespoir, la malade se lamentait et poussait des cris aigus; elle se plaignait constamment d’étre étranglée ; sa voix était cependant peu changée ; elle conservait d’ailleurs toute sa raison, et répondait juste aux questions qu’on lui faisait. Les mouvements convulsifs de toutes les parties continuaient ; ils étaient extrêmement fréquents et étendus; l’abdomen s’élevait et s’abaissait alternativement d’une manière très considérable. La malade portait à tout moment la main à son cou, comme pour en arracher le fatal collier ; elle priait qu’on ne lui présentât aucun liquide, parceque les efforts infructueux qu’ellefaisaitlui causaient trop de douleur, La gêne de la respiration était inexprimable, et à tout moment il y avait menace de suffocation. Le pouls était serré, dur, fréquent et très irrégulier; les mouvements du cœur offraient le même caractère; ils étaient fort sensibles au tact etmêmeàlavue : la peau était rouge et couverte de sueur. Cette malade expira six heures après son entrée, au milieu d’une violente exacerbation, et se plaignant d’être étranglée. Par une fatalité
d’HYSTÉRIE.
inconcevable, cette infortunée ne reçut pas le moindre secours pendant les trois jours que dura cette horrible maladie *.
HV;STÉRIE SIMPLE.
Une jeune personne, contrariée dans ses affections , devient hystérique ; de fréquents accès se manifestent à des époques variées ; ils sont caractérisés par une syncope incomplète, par des convulsions, une sorte de trismus, des douleurs locales ou clous hystériques, le sentiment de strangulation, le mouvement oscillatoire ou boule mobile, une sorte de frémissements dans la région hypogastrique, et fréquemment terminés par l’issue d’une sérosité qui lubrifiait les parties génitales, et l’émission d’une grande quantité d’urine claire et limpide. Divers médicaments, choisis parmi les antispasmodiques, sont mis en usage; et, malgré leur emploi et un bon régime, la débilité fait des progrès, les règles'se suppriment , la poitrine commence à s’affecter : il existait un péril imminent.
Les parents consentent enfin à l’hymen, objet des vœux de cette demoiselle ; mais avant de le faire contracter, on s’occupa de dissiper le désordre, que la satisfaction morale diminua bien-
Maladies nerveuses, t. I, p. 70.
2 o 6 observations
tôt; on lui prescrivit de bons toniques, un régime restaurant, l’air de la campagne et un exerciceTuodéré. Lorsque les forces furent rétablies, on sollicita le retour des règles, et l’bymen consolida bientôt la santé de la jeune malade
HYSTÉRIE COMPLIQUÉE d’hYPOCHONDRIE.
Une jeune personne, aussi distinguée par sa beauté que par ses vertus, âgée de dix-huit ans, d’une complexion délicate, mais douée d’un esprit pénétrant et d’un caractère très mobile, fut recherchée en mariage par un jeune homme qui l’avait vue fréquemment pendant une maladie qu’elle venait d’essuyer.
Sa santé, à peine rétablie, fut de nouveau dérangée : dès lors, douleurs au dos et aux lombes, tremblements et contractions spasmodiques des membres, perte des forces et de l’appétit, constipation, ténesme, envie d’uriner; bientôt syncopes , "sentiment de strangulation , froid des extrémités, horripilations suivies d’une chaleur incommode, respiration difficile, resserrement spasmodique, anxiétés précordiales presque constantes ; pouls varié, tantôt faible et fréquent, tantôt petit et inégal ; urines limpides, quelquefois avec un sédiment rouge ; sommeil difficile
’ MaUidies nerveuses, t. I, p. 173.
d’HYSTÉRIE.
OU nul, augmentation de l’anxiété précordiale ; quand elle prenait de la nourriture ou des médicaments , règles peu abondantes, séreuses, âcres, et intensité plus grande des symptômes vers l’époque de la menstruation. Plusieurs médecins furent consultés et d’avis différents ; les uns voyaient une fièvre quotidienne ; l’amaigrissement considérable faisait soupçonner à d’autres une fièvre hectique ; enfin plusieurs accusaient la faiblesse d^ l’estomac et les flatuosités de l’abdomen. De là l’abus des remèdes stomachiques , carminatifs, nervins , emménagogues, laxatifs, martiaux ; elle fut même saignée du pied : mais le mal augmenta. Au bout de trois mois, Hoffmann est appelé : il recherche de suite la cause de la maladie, défend tou^l^ remèdes, recommande, pour boisson orc^^we, le lait d’ânesse, coupé avec les eaux acimies de Sedlitz ; des lavements et des frictions sur les lombes.;^ l’exercice sous un ciel serein et pjir, surtout en voiture, et pendant quelque temps la cessatîoh de toute correspondance ou entrevue avec le jeune homme. Il permit ensuite le lien conjugal, qui fut l’époque du retour à la santé. Au bout d’un an, elle devint enceinte; de légers accès d’hystérie, qui se déclarèrent pendant les couches , furent bientôt
OBSERVATIONS
calmés, et depuis lors la santé se maintint parfaite \