‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 22 sur 33 · HYSTÉRIE ÉPILEPTIFORME · texte numérisé non relu

HYSTÉRIE ÉPILEPTIFORME

Alexandrine D., âgée de quarante-un ans, d’un tempérament sanguin,d’un embonpoint et d’une stature ordinaires, éprouve, à l’âge de vingt-sept ans, de violents chagrins, qui déterminent la suppression des règles. Après six mois de cette aménorrhée, elle fait choix d’un amant; bientôt l’écoulement sexuel reparaît, une grossesse se déclare , et au huitième mois son ami l’abandonne. Des convulsions surviennent aussitôt; elles sont caractérisées par un cri perçant, qui précède la perte de connaissance, par le tremblement et la flexion des membres, par les mouvements convulsifs des yeux et l’écume à la bouc’ ne dura qu’un quart d’heure.

L’accouchement fut heureux; mais après, retour des accès, qui se manifestent chaque mois, le second ou le troisième jour des règles, ou à une très petite distance. Le meme désordre subsiste pendant plus de huit ans; et durant le même laps de temps, la malade observe une continence absolue.

En 1S11 , elle habite de nouveau avec un

' Maladies nerveuses , 1.1, p. aS.

D’HYSTERIÉi 20Q

homme, ne ressent aucune atteinte de sa névrose, et devient enceinte une seconde fois. Pendant les trois derniers mois de sa grossesse, elle éprouve de nouvelles attaques.

Après l’accouchement, Alexandrine D. renonce à tout commerce amoureux; mais les accès reparaissent vers l’époque des règles, et comme par le passé. Ce qu’il y â maintenant de remarquable , c’est que depuis les neuf derniers mois qui viennent de s’écouler, elle n’a éprouvé que trois attaques. D’après cette amélioration survenue spontanément, on peut espérer que cette maladie convulsive se dissipera entièrement lorsque la sensibilité de l’utérus sera plus émoussée, ou quand la vie qui est propre à cet organe aura entièrement cessé : c’est aussi l’opinion de la malade, qui avoue que son tempérament s’affaiblit de jour en jour, surtout depuis qu’elle s’est condamnée à une sorte de retraite, et qu’elle ne fréquente plus la société des hommes (i).

Les observations que je vais joindre à cellesci ont été recueillies à l’hospice de la Salpêtrière, dans les salles du professeur Esquirol, par le docteur Moreau de Cadillac. Il les a insérées dans sa thèse inaugurale, et il les y a mises en

• Maladies nerveuses, t. I, p. 83 .

210 OBSERVATIOÎÎS

opposition avec les idées régnantes sur la nature et le siège de l’hystérie. Ayant eu moi-même sous les yeux les différents malades qui en font le sujet, j’en vais représenter l’histoire à mes lecteurs. Nous aurons alors, je pense, un assez grand nombre de faits en faveur de notre opinion, et nous serons peut-être autorisés, auprès de quelques médecins, à établir sur ces nouveaux aperçus un traitement plus rationnel, et partant plus avantageux.

Première observation.

Mademoiselle Augustine L...., âgée de vingtneuf ans , a quatre soeurs qui ont, comme elle , des attaques de nerfs j son père est asthmatique, et sa mère sujette à de violentes migraines. Dans son enfance, elle était habituellement mélancolique, et très susceptible de caractère ; elle éprouvait souvent des étouffements et des migraines ; elle était fréquemment témoin des querelles de ménage, qui lui faisaient beaucoup de mal : et d’ailleurs elle était moins aimée que ses sœurs. A douze ans , maux de tête violents , oppression fréquente, serrement de gosier, douleurs dans le dos ; cependant apparence extérieure de la santé. A quinze ans, deux attaques de nerfs, continuation des autres accidents. A dix-huit ans,

an

d’htstérie.

éruption des règles , renouvellement des attaques. Celles-ci sont précédées plusieurs heures, quelquefois un ou deux jours, d’agitations de l’esprit, d’accès de gaieté forcée et de rires involontaires, ou de pleurs sans sujet, d’agitations musculaires, d’envie de sauter et de courir, d’étouffements et de serrements de gosier, d’une céphalalgie si atroce, qu’elle s’imagine qu’on Itii ouvre la tête, d’idées noires, de penchant au suicide. Un peu avant l’attaque, serrement violent de poitrine, cinq ou six faiblesses, douleurs dans tous les muscles.

Enfin , demi-perte de connaissance et convulsions; yeux fermés : si elle les ouvre, sa vue est trouble, et elle ne distingue personne ; elle entend très bien, mais sans pouvoir répondre; elle crie beaucoup, la céphalalgie est intolérable : trop accablée par le mal, elle ne pense pas ; une seule idée dominante l’occupe tout entière, c’est celle de l’horrible douleur qu’elle ressent dans la tête et la poitrine; oppressions affreuses, menaces de suffocation : rien au ventre, sinon la rétraction de cette cavité. L’attaque dure plus ou moins , ordinairement cinq ou six heures ; mais elle est divisée en plusieurs exacerbations, séparées par des moments de repos.

Après qu’elle est passée, stupeur, rires ou pleurs

312 OBSERVATIONS

involontaires, membres brisés, comme si, ditelle, elle venait de faire une maladie de six mois ; tête et poitrine douloureuses, insomnie ou sommeil très agité , émission d’une urine abondante et claire; ni envie de vomir, ni vomissement; peu ou point d’appétit. Get état dure pendant plusieurs heures ou plusieurs jours. Quelques mois après l’invasion de la maladie, les règles se sont rétablies, et vont très bien depuis huit ans. Les contrariétés, les saisissements, les peurs, renouvellent sur-le-champ les attaques ; celles-ci reviennent plus ou moins souvent, selon l’état de l’esprit de la malade. Elles sont plus fréquentes, l’hiver que l’été. Augustine L. éprouve habi¬

tuellement des vertiges, des pesanteurs de tête , des céphalalgies violentes,beaucoup d’agitation ; elle craint de devenir folle; elle est prise fréquemment de crispations de poitrine et de serrements de gosier : elle conserve toutes les apparences extérieures d’une santé parfaite ; elle est grasse et fraîche : cependant elle a toujours un Jond de chagrin, toujours des idées sombres, du penchant au suicide. Les attaques sont fréquentes , violentes et longues depuis trois mois.

Deuxième observation.

Jeanne J . âgée de quarante-cinq ans , a eU

d’hysterie.

un oncle et une tante épileptiques, un père et une mère qui avaient des migraines violentes ; son père était colère, violent, emporté : elle tient de lui sous ce rapport ; elle a été gâtée par ses parents- De douze à quinze ans, sortes d’accès de catalepsie , toutes les fois qu elle se met en colère, ou peu après des contrariétés. A dix-huit ans, des maux de télé et des étouffements violents, des vomissements occasionés par une vive contrariété, A dix-neuf ans , les règles viennent ; après trois époques, elles sont dix mois sans revenir ; il n’en résulte aucun inconvénient. A vingt-deux ans , peines vives , violents et longs chagrins à la suite de la mort de son père et de sa mère ; pendant quatre ou cinq ans, chagrin continuel, mélancolie, maux de tête, étouffements, serrements de gosier, appétit assez bon ; réglée tantôt bien , tantôt mal. A vingt-six ans, attaques. Celles - ci sont annoncées, trois ou quatre jours d’avance, par une faiblesse de la tête, des douleurs dans le crâne, une irritation dans le cerveau, de l’agitation dans l’esprit, des idées noires, de grandes souffrances dans les membres, des engourdissements , surtout dans le bras et la cuisse du côté droit, quelquefois des raideurs du bras. Pendant l’attaque, convulsions , torsion des

2i 4 OBSER VATIOîfS

membres, peu de grands mouvements, figure horriblement convulsée, traits tirés à gauche, tête tournée du même côté , œil gauche fermé , efforts involontaires et inouïs pour respirer , bruit fort singulier produit par l’air s’échappant de la poitrine. Elle voit, entend et parle ; mais elle veut être seule ; tout le monde lui déplaît le ventre se gonfle quelquefois. Après une demiheure ou une heure, crispation dans les membres ; les pieds et les bras se retirent et se contournent douloureusement; elle ressent alors d’affreuses douleurs dans le crâne , et pousse des cris ; ses idées sont vagues. Une fois cette attaque finie , épuisement, brisement des membres ; quelquefois pendant plusieurs jours impossibilité de marcher. Les attaques sont très irrégulières, et viennent presque toujours à la suite d’affections morales. Dans les intervalles , elle ressent du malaise dans la tête, des battements dans le cerveau, des oppressions, des contractions convulsives presque continuelles dans les muscles de la face et du cou , ce qui lui fait faire des grimaces horribles. Pendant deux, ans elle n’a pu manger d’aliments solides , ses mâchoires étant tenues rapprochées par les muscles convulsés. Si elle se tient très droite, ou à genoux , elle ne peut ni respirer ni parler.

d’hystérie.

Il y a quinze ans , les attaques étant fréquentes et violentes, elle fut cinq ans à ne pouvoir marcher qu’à l’aide de béquilles. Le bras et la jambe du côté droit sont très affaiblis. Elle a été six ans sans avoir d’attaques convulsives ; de nouveaux chagrins ont rappelé les accidents. Elle a été tantôt bien et tantôt mal réglée ; elle faisait peu d’attention à cette circonstance, parceque, dit-elle, cela n’influait en rien sur sa maladie. Elle a la tête extraordinairement irritable ; le moindre son , une lumière trop vive, l’impatientent et lui font beaucoup de mal. Elle croit que cette maladie-là n’influe pas sur son tempérament , sur son physique. Sa mémoire est affaiblie, son sommeil est difficile et agité ; elle s’aperçoit qu’elle s’exprime moins bien qu’autrefois, et craint de devenir stupide; les occupations de l’esprit, les réflexions la fatiguent beaucoup, Depuis six mois, elle a un peu plus de tranquillité d’esprit, et ses attaques sont diminuées. Ses règles ne sont pas venues depuis deux mois ; mais elle a quarante-cinq ans. Elle a si peu éprouvé de coliques, qu’elle n’y a pas fait attention.

Troisième observation.

Mademoiselle B., âgée de vingt-huit ans, a

OBSERV ATIOüfS

une mère très sujette aux migraines, et une sœur qui a eu quatre fois des attaques de nerfs. Elle a tous les signes extérieurs du tempérament nerveux. De sept à seize ans, elle a eu la teigne , ce qui a été pour elle la source de beaucoup de chagrins et de contrariétés, qui la rendaient habituellement triste, mélancolique et très susceptible. A seize ans, éruption des règles. Peu après , guérison de la teigne, santé parfaite, embonpoint, fraîcheur, teint coloré. A dix-neuf ans , frayeur vive en apprenant pendant la nuit que des voleurs se sont introduits dans la maison quelle habite.: cela lui causa une forte révolution ; elle en eut les sens tournés. Quelque temps après, les ennemis entrent en. France, font beaucoup de mal à ses parents, et les ruinent ; chagrins violents, mélancolie, vertiges , envies de pleurer, serrement de thorax et de gosier. Peu de temps après , fièvres intermittentes quotidiennes, avec de violentes douleurs dans la tête, les membres, le dos, et quelquefois des, coliques vives et passagères. Un jour qu’elle attendait à rhôpital ses parents avec inipatieiiçe, entendant sonner l’heure où personne ne peut plus entrer, elle est subitement prise d’une attaque qui a duré onze heures sans interruption. Ensuite, pendant plusieurs mois, elle a seule-

d’hystérie.

ment éprouvé de violents maux de tête, des étouffements, des serrements de gosier, des crispations dans les membres, quelques coliques ; ses règles étaient très irrégulières. Se trouvant une autre fois sur le bord de la mer, elle fut atteinte par les vagues, qui la couvrirent jusqu’au menton, et la renversèrent; ce qui lui causa une frayeur, et subitement une forte et longue attaque. Depuis lors, elle les a eues presque sans discontinuer. La première année, elles sont venues tous les jours, plusieurs heures chaque fois, laissant de grands maux de tête dans les intervalles, peu d’appétit : la malade était cependant très bien réglée, et avait toutes les apparences extérieures d’une parfaite santé. Le seconde année, se voyant incapable de travailler, et avec peu de ressource, son chagrin augmente , et ses attaques viennent deux et trois fois chaque jour. Elle conserve cependant un excellent appétit, digère très vite, a de l’embonpoint , de la fraîcheur, est très bien réglée. Tout le monde s’étonnait qu’avec cet air de santé elle eût une si affreuse maladie. Elle se décide néanmoins à travailler dans une fabrique ; quelques préférences dont elle est l’objet lui font éprouver les plus vives et les plus fréquentes contrariétés; les attaques augmentent, se manifestent huit à

OBSERVATIONS

üi8

dix fois pai* jour. Entre les attaques, elle souffre beaucoup de la tête et des membres, mais conserve son appétit et son embonpoint : ses règles viennent bien. Au bout de dix-huit mois , elle entre à la Salpétrière; elle a encore le malheur de s’attirer l’animadversion de ses compagnes, et d’en éprouver mille contrariétés : elle a d’ailleurs beaucoup de chagrin de se voir réduite à l’hôpital , où elle craint de rester toujours. Les attaques augmentent tellement, que depuis quatre heures du matin jusqu’à onze heures du soir elles laissent à peine quelques instants de relâche : cela s’est passé ainsi pendant trois ans. Elle mangeait alors peu, et digérait difficilement , mais sans vomir. L’embonpoint a diminué, elle est de.venue pâle, les règles sont venues plus, difficilement et moins abondamment, mais régulièrement tous les mois. Depuis une année, la malade est mieux avec ses compagnes ; elle a moins de contrariétés et de chagrins; les attaques sont beaucoup moins fortes , moins longues et moins fréquentes. Elle mange et digère mieux; elle a repris un peu d’embonpoint et de fraîcheur. Les attaques sont toujours annoncées d’avance , comme chez les malades précédentes ; elle a mal dans la tête et dans tous les membres ; elle a l’esprit agité , des vertiges et des bourdon-

d’hystérie. 219

nements dans les oreilles ; elle pleure ou rit, bâille, étend ses membres : il lui prend quelquefois une douleur déchirante au cœur. Pendant l’attaque, elle ne perd pas connaissance, elle entend tout, ferme les yeux ; sa figure n’est point convulsée ; elle crie et fait de grands et forts mouvements. Elle ne jouit pas de sa raison; elle n’a d’idée que celle de l’horrible douleur de tête qu’elle souffre ; il lui semble que sa tête s’ouvre, éclate par morceaux, ou que sa cervelle est en ébullition Les cris la soulagent, sa poitrine se resserre et se gonfle , sa gorge est étranglée ; elle n’éprouve rien dans le ventre. Quelquefois suffocation imminente. Après quelques heures, l’attaque cesse, et laisse une grande fatigue dans tous les membres, une sorte de déchirement , de tiraillement dans tous les nerfs, un vide dans le cerveau, une grande sensibilité des sens, des bourdonnements dans les oreilles, de l’agitation dans l’esprit, de la confusion dans les idées, des souffrances terribles de la tête aux pieds , les yeux douloureux , le cœur serré , des envies de rire ou de pleurer, des bâillements, de la mauvaise humeur, des impatiences , une impossibilité de regarder , d’entendre, de se livrer à aucune espèce de travail. Entre les attaques, autrefois elle éprouvait une sorte de

320 OBSERVATIONS

gaieté forcée, un grand bien-être tenant à unpeu d’agitation, de grands maux de tête. Sa mémoire est beaucoup affaiblie, elle oublie à mesure qu’elle lit ; ses sens sont si irritables , qu’elle ne peut ni lire ni entendre lire. Ses attaques sont plus fréquentes pendant les grands froids et les grandes chaleurs : elles sont causées par les contrariétés les plus légères, une surprise, une émotion. Elles ne viennent guère que le jour. Le froid lui donne àe& crispations dans les membres, des agacements dans les nerfs ; la chaleur lui cause des courbatures. L’été il lui semble que sa tête va éclater en morceaux, et l’hiver c’est comme si un poids écrasait sa tête. Les règles viennent tous les mois, mais seulement un ou deux jours; l’appétit est passable, la digestion assez facile, sans envie de vomir ni vomissements; quoique pâle, sa face n’annonce point de souffrances graves. Entre les attaques , la malade va et vient, s’occupe continuellement ; à la voir, on la croirait bien portante. On a tenté, pour la guérir, l’emploi de beaucoup de moyens ; les bains tièdes, la diète lactée , l’ont affaiblie et irritée ; trois prises d’eau-de-vie, qui l’ont grisée, lui ont causé une sorte de délire et des attaques fortes et longues.

Voilà trois observations d’hystérie bien ca-

d’htstérie.

ractérisée, telle que la décrivent les auteurs ; il me serait facile d’en citer d’autres.

En voici maintenant trois d’hystérie se rapprochant de l’épilepsie, succédant à cette maladie, ou l’ayant précédée.

Ces exemples ne sont pas rares à la Salpêtrière : j’en ai vu un assez grand nombre.

Première observation.

Mademoiselle Angélique-Marie M... est âgée de trente ans ; elle a un cousin qui est imbécile, une cousine qui s’est jetée dans un puits ^ un frère sourd, et cinq autres parents aveugles. Étant très jeune, on lui a occasioné souvent des frayeurs par des contes de revenants. A sept ans, elle fut prise d’attaques convulsives, avec perte de connaissance , face violette ( c’était, lui disait-on, le haut-mal). Ces attaques n’étaient point annoncées, et laissaient, une fois passées, des troubles intellectuels, des idées noires ^ du penchant au suicide , la tête fatiguée, les- membres brisés, de violentes céphalalgies. Entre les attaques , elle se portait assez bien, et ne souffrait que de maux de tête très forts et presque continuels. Elles venaient tous les deux ou trois jours. La mémoire et l’esprit, au bout de deux ans, s’étaient beaucoup affaiblis ; la malade tra-

OBSERVATIONS

vaillait cependant autant qu’on travaille à huit ou neuf ans. De dix à onze ans , les attaques ont diminué de force et de fréquence. A onze ans , éruption très facile des règles. Jusqu’à dix-huit ans , les attaques ont été rares et légères ; mais persistance des idées noires et du penchant au suicide. A dix-huit ans, grande contrariété , qui lui cause un accès de délire maniaque qui la porte à se jeter dans un puits : cet état dure six semaine^ , et les règles restent supprimées pendant deux mois, La santé se rétablit, sauf de violents et continuels maux de tète, et quelques attaques. A vingt ans , contrariété extrême , révolution qui amène de fortes attaques, non plus d’épilepsie, mais de nerfs. Celles-ci sont toujours annoncées plusieurs heures ou même plusieurs jours d’avance, par un grand mal de tête, des lassitudes dans les membres, une courbature , des picotements au bout des doigts, un froid glacial dans tout le côté gauche, Virruption des idées noires et du penchant au suicide, des élancements dans la tête, qui lui font croire qu’on lui enlève le crâne ; souvent des oppressions , des serrements de gosier, de fortes palpitations ; quelquefois des mat^ d’estomac ; rien dans le bas-ventre. Enfin elle commence à perdre connaissance et''croit tomber dans un puits ;

d’hystérie.

alors perte complète de connaissance, cris très forts, mouvements extrêmement violents, qui nécessitent de solides camisoles. Après plusieurs heures, et quelquefois deux, trois, ou même huit jours , l’attaque cesse entièrement ; il survenait souvent pendant l’attaque des instants de repos pendant lesquels la malade mangeait avec appétit et digérait bien. L’attaque finie, les membres sont brisés, douloureux, surtout du côté gauche; céphalalgie violente, surtout à droite; souvent épistaxis du même côté ; tête troublée, sorte de démence quelquefois pendant plusieurs jours. Dans un temps, la maladie ne laissait presque aucun intervalle de repos ; dans un autre , les attaques ne sont venues que tous les huit ou quinze jours. Elle conservait toujours ses maux de tête et ses idées de suicide. Son appétit était excellent, ses règles bien établies , son embonpoint et sa fraîcheur remarquables.

Ayant été plusieurs mois bien portante, elle sort delà Salpêtrière; ce qui lui cause une joie si vive , qu’elle est prise d’un tremblement général, et, trois jours après, d’attaques plus violentes qui la tiennent quarante jours au lit, sans quitter la camisole, ne reprenant connaissance que quelques instants. Jusqu’à vingt-quatre ans , les attaques sont revenues tous les jours.

OBSERVATIONS

quelquefois deux ou trois fois le jour. Malgré cela, elle est très bien réglée, très grasse et très fraîche ; mais elle a cependant toujours ses maux de tête, ses idées noires^ son penchant au suicide, le sommeil agité ou nul, troublé par des rêves affreux, des accès de cauchemar, des états d’imbécillité à la suite de fortes attaques. A vingtquatre ans, elle a eu une fois ses attaques dix jours et dix nuits sans relâche ; à la suite , fluxion de poitrine. Pendant une année, elle a vomi tous ses aliments, excepté le lait. Elle devient profondément mélancolique, très irascible, plus portée que jamais au suicide ; son sommeil est très agité ; elle éprouve des chaleurs d’estomac ; ses règles vont bien. Elle s’est très bien rétablie, reprenant son embonpoint et sa fraîcheur, mais ayant toujours ses attaques. A vingt-cinq ans , elle devient enceinte. Les trois premiers mois, pas d’attaques ; les six derniers, attaques plus violentes et plus continues qu’à aucune autre époque; inflammation du bas-ventre à la suite des couches. Cette dernière maladie n’a point cédé entièrement; de sorte que, depuis, il est toujours survenu de fréquents accidents du côté du ventre. De temps en temps , la santé se rétablit cependant assez bien. Les attaques ont toujours persisté. Les règles sont très irrégulières.

b’htstérik. -225

Êlie se plaint tantôt de la poitrine et tantôt du ventre. Elle a cependant dans ce moment assez d’embonpoint ; elle travaille et se promène. Elle n’a pas de sommeil, et éprouve de violents et continuels maux de tête.

Deuxième observarion.

Marie-Charlotte R..., âgée de trente-six ans , a une tante épileptique et une cousine hystérique, toutes deux à la Salpêtrière comme elle : sa mère avait de grands maux de tête. Rien de particulier jusqu’à treize ans. A cet âge, elle reçut un coup sur la tête , d’où il résulta une plaie qui mit six mois à guérir, des migraines cruelles, des maux de tête inouïs. Réglée à dix-neuf ans ; peu après, étant couchée avec une personne, celle-ci eut des attaques de nerfs et la roula par terre ; elle en fut si vivement effrayée, que le lendemain elle eut elle-même des attaques, qui ne cessèrent qu’au bout de trois jours, et qui étaient accompagnées de délire ou d’imbécillité; après quoi elle fut prise d’une fluxion de poitrine, pendant laquelle les attaques venaient presque tous les jours, très fortes Les règles furent supprimées six mois, pendant lesquels il se manifesta, les deux premiers, une jaunisse, une anasarque;

OBSERVATIOKS

les quatre derniers , l’appétit revint ainsi que l’embonpoint. Pendant ces six mois, les attaques furent violentes et fréquentes. Les règles se rétablirent et n’amenèrent aucune amélioration dans les attaques. De vingt à trente ans, santé parfaite , toutes les fonctions régulières, excepté celles de relation, les attaques étant toujours les mêmes. Elle était si grasse et si fraîche , que personne ne voulait croire qu’elle fût malade... Les attaques étaient caractérisées par une perte complète de connaissance , des cris perçants, des mouvements convulsifs très forts , quelquefois de l’écume à la bouche. Ôn disait qu’elle avait le cousin germain du haut-mal. Après l’attaque , qui durait deux ou trois heures , état d’imbécillité pendant plusieurs heures, ou même une journée et plus : après quoi il ne restait que des maux de tête. A trente ans, vive fraiyeur, attaques pendant trois jours sans discontinuer, cris terribles de frayeur ; maladie grave, cessation des attaques l’espace de quatre ans ; mais pendant ce temps, migraines horribles, caractère très difficile, un rien la contrarie , les moindres révolutions lui font un effet extraordinaire dans la tête et les membres ; étouffements fréquents, palpitations; elle mange néanmoins très bien; ses règles, après trois mois de suppression , se

d’hystérie.

sont parfaitement rétablies. A trente-quatre ans, elle éprouve une révolution siforte et si terrible^ que ses attaques sont revenues, mais tournées tout-à-fait en épilepsie. Elle est maintenant épileptique. Les attaques ne durent que dix ou quinze minutes, présentent la distorsion de la bouche , la bave écumeuse , la face violette, des mouvements peu étendus, et des contractions plus fortes d’un côté que de l’autre, sans autres cris que celui qu’elle jette en tombant. Elle n’en est nullement avertie, et si on ne lui disait pas qu’elle sort de l’attaque, elle n’en saurait rien Les personnes qui l’approchent reconnaissent pourtant à des changements dans son caractère, qu’elle va avoir ses attaques. Les règles ont encore été supprimées trois mois, puis se sont rétablies. Depuis environ douze ans , le côté droit est plus faible que le gauche. Elle a beaucoup (f étourdissements épileptiques , c’est-à-dire de pertes de connaissance sans convulsions. Les contrariétés la tourmentent d’une manière ex- ^ordinaire. Ija mémoire est beaucoup affaiblie: elle se plaint continuellement d’un travail épouvantable qui se passe dans sa tête ; elle ne dort pas. Elle est maintenant assez mal portante ; elle est maigre , sa peau est jaune et terne, elle marche difficilement, et est à chaque instant près

OBSERVATIOTÎÎS

de se trouver mal lorsqu’elle est debout, elle est mal réglée.

Troisième observation.

Marie-Françoise L..., âgée de vingt-trois ans^ n’a point de parents sujets aux maladies nerveuses. A dix-huit ans, la mort d’un frère lui cause beaucoup de chagrin ; elle est mal à son aise pendant un mois ; elle éprouve des maux de tête et des serrements de poitrine ; des attaques surviennent, et ont duré , la première fois, huit jours sans relâche, et la seconde fois six semaines , seulement avec des intervalles de repos de quarante ou cinquante minutes. Pendant une année, elles ont continué presque aussi fréquentes et très violentes, laissant, dans les instants de repos, de grandes souffrances de tête et de poitrine. La malade mangeait, mais vomissait promptement ses aliments; les règles étaient supprimées. La seconde année, les attaques ne sont venues que tous les deux ou trois jours, la malade pouvait digérer ce qu’elle mangeait; bis règles sont régulièrement rétablies depuis un an. Elle a maintenant un excellent appétit, de la fraîcheur, mais peu d’embonpoint. Ses attaques viennent tous les huit, douze ou quinze jours. Les contrariétés ne lui font rien ; mais les cha-

d’htsteiiie.

grins un peu vifs lui causent ses attaques. Le froid lui fait mal à la poitrine, et la chaleur de l’été lui donne mal à la tête j et de plus fortes et plus fréquentes attaques. Sa mémoire n’est point affaiblie ; elle dort rarement, et son sommeil est toujours agité. Les attaques sont précédées , plusieurs minutes, plusieurs heures ou plusieurs jours , de mal dans la tête et les membres , d’envies de rire ou de pleurer, de bâillements interminables, de serrements de poitrine et de gosier, de défaut d’appétit, ou bien de boulimies, qui lui font dévorer de grandes quan^ tités d’aliments, quelle digère très bien. Pendant l’attaque, perte complète de connaissance, grands mouvements, cri fort singulier, figure naturelle ; puis sorte d’état cataleptique, respiration à peine sensible , mâchoires serrées, écume très légère sortant en grande quantité de sa bouche. Au bout de quatre, cinq, huit ou dix minutes, la connaissance revient et se conserve plus ou moins long-temps ; après quoi les mê-. mes phénomènes se répètent, cessent encore, et ainsi de suite un plus ou moins grand nombre de fois. Ces intervalles de repos durent quelquefois plusieurs heures, pendant lesquelles la malade parle, mange et digère bien. L’attaque entière est tantôt de plusieurs heures, et tantôt

23o observations

de plusieurs jours. Elle est remplacée par la fatigue, le brisement des membres, des douleurs de poitrine, des serrements de gosier, des élancements dans le dos, quelquefois des efivies de rire ou de pleurer sans sujet. La tête est pesante et douloureuse, l’esprit agité : ces phénomènes durent des heures et des jours. Dans les intervalles des attaques, la malade éprouve des maux de tête continuels, et quelquefois des douleurs de poitrine si fortes qu’elle tombe en faiblesse : elle a souvent des palpitations. Elle est fréquemment de mauvaise humeur sans savoir pourquoi : son appétit est excellent et sa digestion facile.

Je prie les médecins qui partagent l’opinion contre laquelle nous nous élevons, de faire, d’après ces observations, l’analyse physiologique des phénomènes que les auteurs ont présentés comme caractéristiques d’une affection de l’utérus. Qu’ils considèrent les prédispositions des malades , la nature et le mode d’action des causes à l’action desquels iis, ont été soumis; qu’ils veuillent bien ranger dans une même, classe tous les symptômes qui se rapportent à la lésion du cerveau, et qu’ils aient ensuite la bonté de m’indiquer ceux qui rendent incontestable l’affection primitive et profonde de Tutérus.

d’htstérie.

L’opinioa qui consiste à placer dans l’encéphale le siège de l’hystérie, et à faire par conséquent en^dsager cette affection comnae étant commune aux deux sexes, a été émise il y a déjà bien long-temps par Charles Pison. Voici, sur cette question importante pour le physiologiste et le praticien, le résumé de ses observations : Itaque concludamus ^ tôt tantorumque sjmptomatum quce falso hjsterica creduntur. Pai^um justis de causis utermn, ventriculum, autaliud ex visceribus accusari, sed eorum omnium unum caput esseparentem , idque non per sympathiam, sed per idiopathiam affectum male etperculsum eos motus universum concutientes ciere. i44- • • ^

Hjsterica sjmptomata omnia fere viris cum mulieribus communia sunt.

Lepois , Wllis , Sydenham , Boerhaave, Sauvages , Raullin, Cullen et M. Gardien sont du même sentiment.

L’autorité d’Hippocrate a cependant prévalu, et le plus grand nombre des médecins modernes est encore tellement convaincu que la maladie dont nous venons, par des observations parti-

Caroli Pisonis, etc., Selectiorum observationum, et consiliorum , etc., etc.

aôa OBSERVATIONS

culières, de faire une description exacte et détaillée , a son siège dans Futérus, qu’ils regardent comme une simple analogie l’identité qui existe entre elle et les affections cérébrales que l’on a observées sur plusieurs individus du sexe masculin. Les faits suivants vont décider la question; je préviens seulement mes lecteurs , que si les symptômes caractéristiques de cette maladie ne sont pas absolument les mêmes dans les deux sexes, cela dépend sans aucun doute de la différence de leur constitution. Roussel dit en parlant de l’organisation de la femme : « La faiblesse et la sensibilité, qui en est une suite, sont ses qualités dominantes ; elles se retrouvent partout chez elles ; elles sont non seulement la source de certaines affections morbifiques qui leur sont plus particulières qu’aux hommes, mais elles donnent à celles qui leur sont communes un cer” tain aspect qui les différencie \ »

Première observation.

Un jeune homme, âgé de seize ans, d’une stature élevée, d’un extérieur robuste et d’un tempérament musCulo-sanguîn, ressentait une vive douleur dans les aines , le long du cordon

’ Roussel, Syst. phys. et mor. de la femme, p. 28.

d’hystérie. 233

des vaisseaux spermatiques ; il ne se plaignait de cette douleur que depuis peu de temps ; il éprouvait en meme temps des érections involontaires, et son esprit était sans cesse obsédé de désirs variés qui le sollicitaient à l’acte vénérien. Peu de temps après il éprouva une fièvre qui ne dura que quelques jours.

Après plusieurs semaines, il fut tourmenté par les mêmes incommodités, mais avec d’autres symptômes, absolument semblables à ceux de l’hystérie. Des palpitations de cœur précédaient des spasmes horribles qui s’étendaient du pubis au dos, à l’épigastre, au diaphragrrïe, au cœur, à la gorge, au cerveau même, et déterminaient un sentiment de strangulation à l’arrière-boucbe, la difficulté de respirer, un état comateux, et des tiraillements convulsifs dans les membres.

Cet accès se renouvelait presque tous les mois, et ce qui est digne de remarque, c’est que le malade était tourmenté d’un appétit extrême; le ventre était tellement resserré, que les plus violents drastiques ne produisaient aucun effet.

Cependant les vaisseaux regorgeaient de sang; le pouls, qui pendant l’accès était très inégal et déprimé , se développait et devenait grand et fort après sa terminaison. On eut en vain recours aux anti-pasmodiques anti-épileptiques ;

OBSERVATIONS

ce qui engagea le malade à consulter Hoffmann. Ce médecin prescrivit une saignée presque à chaque mois, de l’eau de fontaine, des poudres de nitre (nitrate de potasse), à doses assez fortes. Il engagea en outre ce jeune homme à faire de l’exercice, et à suspendre les méditations auxquelles il avait coutume de se livrer avec ardeur, et sa santé fut rétablie en peu de temps

« Cette observation, demande M. Louyer-Villermay, est-elle une véritable hystérie? Je n’hésite pas à répondre négativement, la ma¬

trice n existe pas chez l'homme. On m’objectera, dit encore cet observateur, que les accidents de cette maladie offrent une analogie presque parfaite avec les phénomènes hystériques, tels qu’on les rencontre chez les femmes. Je répônds que ce fait isolé prouve seulement qu’on peut obser^^ ver parfois chez l’homme des symptômes très analogues aux accidents de Vhystérie , et même presque identiques. »

Deuxième observation.

En l’an IX, dans un voyage que je fis dans le département de l’Ailier, dit M. Gardien, j’ai rencontré un cultivateur qui m’a présenté tous les symptômes que l’on regarde comme propres à

’ Hoffmann, de rruüo hys'terico, t. 5, p. i56.

d’hystérie.

l’affection hystérique, et en particulier, ce sentiment d’une boule qui de l’abdomen s’élève jusqu’à la gorge, où elle menace de strangulation. Cet accident avait été occasioné par l’inquiétude vive que lui avait causée la crainte d’un sort dont on l’avait menacé. Il était réduit à un état de marasme; les nuits étaient agitées, le sommeil troublé à chaque instant par des rêves fatigants, dans lesquels il voyait fondre sur lui tous les maux auxquels il se croyait dévoué. Il s’agissait de le désabuser et de le convaincre de l’impuissance de ce prétendu sorcier. Dès que j’eus réussi à ramener le calme dans son esprit par des faits à sa portée, il reprit promptement des forces à la faveur de quelques toniques.

Un concours heureux de circonstances, ajoute cet accoucheur distingué, me donnait sur cet individu un ascendant tel, que les moyens qui m’ont suffi pour dissiper ses vaines terreurs auraient peut-être eu peu d’effet employés par un autre

Troisième observation.

Rosés (Nicolas-François), âgé de quarantesept ans, musicien, d’un tempérament lympha-

* Gardien, Traité d’accouchements , t. i, art. Hystérie, P-

OBSERVATIONS

tico-sanguin, d’une habitude maigre et grêle, d’une petite stature, d’un caractère jovial, n’a éprouvé dans sa première jeunesse qu’une fièvre intermittente, qui ne céda qu’à l’application d’un fer rouge sur la peau, après une durée de six à huit mois. Une gourme occupant le front et la tête se manifesta alors, et se prolongea pendant près de deux ans.

Quoique d’une constitution faible, Rosés n’éprouva, jusqu’à l’âge de vingt ans, aucune autre maladie; seulement il était doué d’une sensibilité excessive, qu’il devait peut-être à la malheureuse habitude de l’onanisme, contractée pendant son séjour dans un collège , et à sa passion pour les femmes, avec lesquelles il commit souvent des excès.

La gale, contractée à vingt ans, et l’affection vénérienne à vingt-cinq, sont les deux seules maladies qu’il ait eues depuis; la première fut traitée par la pommade soufrée , et la seconde par la liqueur de Van-Swieten ( solution de chlorure de mercure ) et les bols mercuriels.

Il y a environ un an que Rosés ressentit des picotements dans les membres, et un malaise général; dès lors sentiment du globe hystérique, qui semblait irradier des parties génitales jusqu’à l’épigastre, léger sentiment de constriction

d’htstérie.

son

à la gorge, sensation voluptueuse analogue à celle qui résulte de l’union des sexes ; du reste, point d’érection ni d’émission de la semence.

Le sentiment de la boule se renouvelle très souvent, quelquefois avec des mouvements involontaires des jambes et des bras, mais sans perte de l’usage de ses sens. Les excrétions sont rares, et les petits accès ne sont amenés, ni par le désir de jouissance, ni par l’image du plaisir ou d’idées obscènes.

Les fonctions sont dans une intégrité parfaite, excepté les mouvements volontaires, et notamment la progression, qui est très difficile, et le malade ne peut se tenir long-temps debout.

M. le docteur Brescbet, à qui nous devons tant de travaux intéressants, et qui a fait connaître cette observation, a été plusieurs fois témoin des accès, dont l’arrivée est annoncée par des picotements dans le corps, des douleurs dans les membres, et une difficulté plus grande dans la progression. Après ces préludes, il y a tuméfaction légère de l’abdomen, puis sentiment d’une boule qui monte à l’épigastre, descend, remonte, et redescend plusieurs fois de suite dans l’espace d’une ou deux minutes. Le malade est facilement effrayé , sa respiration s’accélère; il pousse des cris légers, des soupirs plus ou moins profonds ;

OBSERVATIONS

quelquefois une sensation voluptueuse. le jette dans une espèce de ravissement passager.

Quatrième observation.

Un homme marié, âgé de quarante-deux ans, doué d’une constitution nerveuse, avait la peau blanche, les cheveux et les yeux noirs ; il avait perdu deux de ses frères, enlevés par des convulsions; lui-même fut pris, à la suite d’un chagrin violent, mais sans symptômes précurseurs, le 11 avril 1 8 o 3 , d’un état convulsif général, qui se prolongea pendant trois heures. Dans les moments de rémission, il se plaignait de nausées , de douleurs d’estomac, et d’une sorte de boule qui paraissait rouler depuis l’épigastre jusqu’au cou, où il existait une constriction violente : durant la plus grande intensité des accidents, il y eut perte totale de connaissance ; on employa avec le plus grand succès une potion qui contenait un grain d’opium , et des frictions sur l’épigastre, avec un liniment narcotique *.

Les deux observations qu’on va lire appartiennent encore à l’auteur savant et ingénieux du Traité des maladies nerveuses. Les réflexions qui les suivent me dispensent de tout commen-

’ Traité des maladies nerveuses , p. 7 .

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