ET DU SATYRIASIS
Il est des hommes et des femmes, dit le docteur Gall, qui n’accomplissent l’acte de la cohabitation que par manière d’acquit. Le coït leur inspire de la répugnance et du dégoût. Ceux qui y attachent un grand prix sont à leurs yeux des personnes sensuelles se ravalant au-dessous de la brute. On ne remarque ni chez ces hommes ni chez ces femmes la moindre différence des parties génitales par laquelle ils se distinguent des autres individus; mais dans ce eas il y a toujours faible développement du cervelet.
M. le baron Larrey a fait voir à ce médecin un soldat chez qui l’antipathie pour les femmes était dégénérée en véritable manie. L’aspect d’une femme produisait en lui des convulsions violentes, et le faisait presque entrer en fureur.
M. le docteur Spurzheim a vu un exemple semblable en Angleterre. Chez l’un et l’autre de ces sujets le développement du cervelet était absolument resté en arrière.
Épicure, François P% qui avait coutume de dire qu’une cour sans femmes est une année sans printemps et un printemps sans roses, Henri IV, Buffon, Mirabeau, Piron, l’Arétin, présentent une organisation et un caractère différents. Quoique doués d’ailleurs de facultés su-
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périeures, le pencliant à la reproduction les entraîne. Ils cherchent et ils trouvent le bonheur dans sa satisfaction.
Parmi les femmes que l’on peut regarder comme personnages historiques , et qui dans le cours de leur vie ont manifesté un penchant effréné pour les voluptés, on peut citer Sémiramis, reine des Assyriens ; Julie, fille d’Auguste; Messaîine, femme de l’empereur Claude; Agrippine, mère de Néron ; Faustine, épouse de Marc Aurèle ; la princesse Eusébie, femme de l’empereur Constantin, et la czarine Élisabeth.
C’est à cette organisation dominante que nous devons ces individus qui, sans respect pour les moeurs, et faisant des plaisirs de l’amour leur principale affaire, emploient dans la société tous les moyens de séduction pour arriver à leur but, et qui ne compromettent que trop souvent la tranquillité et le bonheur des familles.
C’est cette même organisation qui, pour outrage à la pudeur et pour viol, conduit un certain nombre d’hommes dans les bagnes et dans les maisons de détention.
C’est elle encore qui, ne pouvant trouver son emploi naturel dans les cloîtres, et qui vainement comprimée par les institutions et les règlements, y donne lieu à tout ce que la débauche, la
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luxure et la dépravation réunies peuvent offrir de plus scandaleux et de plus humiliant pour l’humanité.
Envers beaucoup d*autres animaux que nous avons tous les jours sous les yeux, la nature, sous le rapport de la force et de l’activité du penchant à la reproduction , n’a pas été moins inégale en ses répartitions. Les observations que nous faisons sur les pigeons, les béliers, les taureaux, les étalons, etc., établissent des différences bien sensibles, et ne permettent pas de contester un seul instant la vérité de cette assertion.
On peut, je pense, conclure de toutes ces observations qu’il en est de la nymphomanie et du satyriasis comme de toutes les autres maladies nerveuses, c’est-à-dire qu’il est des personnes qui par organisation offrent des prédispositions plus ou moins marquées à ce genre d’affections. Cependant il faut dire aussi que sous l’influence des causes particulières quelques individus, sans prédisposition prononcée, peuvent en être également frappés.
La nymphomanie est donc l’expression violente, désordonnée et presque continuelle de l’instinct de la reproduction. Elle ne dépend point, comme le disent les auteurs, d’une irritation nerveuse des parties de la génération. Elle a pour
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siège le cervelet, et c’est sur cette partie de l’encéphale qu’il faut diriger les moyens curatifs.
Cette passion morbifique présente dans sa marche trois degrés différents. Il faut un praticien exercé pour reconnaître les premiers symptômes de l’affection. La femme qui en éprouve les atteintes cherche d’abord à les repousser. Le penchant la domine ; mais la raison conservant encore son empire , elle en comprime les élans et en asservit la violence. Maîtresse d’ellemême , aidée et retenue par un sentiment de pudeur, fortifiée par les secours de la morale et de la religion, ses combats sont intérieurs, et rien jusqu’alors ne fait soupçonner le besoin impérieux qui la maîtrise. Cependant son inquiétude ou son agitation la rend déjà l’objet d’une attention particulière. On aperçoit du changement dans son caractère; elle était gaie, franche, expansive, elle devient triste, dissimulée, taciturne; dans d’autres circonstances , la simplicité de ses manières fait place aux prétentions et aux manèges de la coquetterie ; devant les hommes , sa respiration devient plus fréquente , le pouls prend plus de force et de vivacité , et l’expression de sa physionomie, sa démarche, ses poses, son langage même , trahissent enfin tous les feux dont elle est dévorée.
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Le docteur Gall donne comme symptôme constant de la nymphomanie un sentiment de chaleur douloureux à la nuque. J’ai été à même de vérifier ce fait sur une nymphomane que j’ai observée à la Salpêtrière, et dont le docteur Georget a publié l’histoire dans son ouvrage sur la physiologie du système nerveux.
Deuxième degré. « La femme n’éprouve plus de combats intérieurs. Dégagée de tout frein, elle se livre sans réserve à toute l’impétuosité de ses sens, à toute la fougue de son tempérament, au délire de son imagination ; elle se plaît dans les idées les plus lascives, les entretiens les plus voluptueux, les lectures les plus obscènes ; ses désirs sont pleins d’ardeur et de lasciveté : voluptates semper anhelant. Tout ce qui ne flatte pas sa fatale inclination, sa passion dominante ; tout ce qui ne se rattache pas aux jouissances vénériennes l’ennuie, la fatigue et l’irrite. Si l’entretien tarit sur de tels objets, elle l’y ramène effrontément , ou quand la conversation roule sur des questions d’un intérêt général, elle n’y prend aucune part, et se retire pour cacher la turpitude de ses pensées ou de ses actions. A la vue d’un homme, tout son être s’agite , sa sensibilité s’exalte, son imagination se monte, sa physionomie s’anime, la rougeur couvre ses joues.
ses yeux sont étincelants, un feu dévorant est près d’éclater ; sa poitrine est agitée , sa respiration précipitée et tumultueuse; souvent il se manifeste alors des palpitations violentes , une accélération et un trouble général de la circulation ; les expressions les plus passionnées sont sur ses lèvres ; elle prodigue les soupirs, les avances j les regards les plus tendres, enfin les attitudes les plus voluptueuses pour engager celui qui est l’objet de ses désirs à satisfaire sa lubricité. » {Loujer- Fillermay.)
Troisième degré. Je ne m’arrêterai pas à faire le tableau de cette maladie arrivée à son troisième degré. La plume se refuse à en retracer les symptômes. Je dois dire seulement, pour ne pas laisser mon travail incomplet, que l’exaltation augmente au point d’aliéner entièrement la raison. C’est alors que la nymphomanie, suivant l’expression de Cabanis, transforme la fille la plus timide en une bacchante, et la pudeur la plus délicate en une audace furieuse dont n’approche même pas l’effronterie de la prostitution. Le sommeil et l’appétit se perdent, l’agitation et la fureur sont presque continuelles, la bouche est sèche, brûlante et couverte d’écume; le délire s’étend à un plus grand nombre d’objets. La maigreur est alors extrême, et si la mort ne vient
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terminer tant de maux, la maladie, comme l’a remarqué M. Pinel, devient dans le plus grand nombre des cas périodique, et la vie se passe dans une alternative d’un égarement érotique et de l’apathie la plus stupide.
Passons maintenant aux observations particulières.De l’aveu même de tous les médecins qui ont entièrement adopté, sur le sujet qui nous occupe, les idées de MM. Pinel, Cabanis, Esquirol et Louyer-Villermay, l’utérus ne revendique sur les autres systèmes aucun empire jusqu’à l’époque de la puberté. Cependant on a observé la nymphomanie sur des enfants en bas âge. Bucban raconte qu’on a remarqué les premiers symptômes de cette affection chez une petite fille âgée de trois ans.
L’exemple remarquable que nous allons rapporter ne permet pas d’élever le moindre doute à cet égard.
Une petite fille, n’ayant encore que trois ans, couchée sur le carreau ou s’appuyant avec force contre un meuble, agitait son corps avec une violence singulière. Ses parents ne virent d’abord dans cette action qu’un jeu; mais bientôt, reconnaissant avec douleur quelle dépendait d’une sorte de libertinage, ils s’occupèrent avec soin de corriger une aussi fâcheuse habi-
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tude, recourant tantôt aux caresses et aux prières , tantôt aux menaces et à la honte, enfin aux corrections.: ils ne purent aucunement réussir.
L’enfant grandit et le mal s’accrut au point qu’à table, en société, à l’église, à la vue d’un objet agréable, elle s’abandonnait, par tous les moyens possibles, à ces manoeuvres, qui étaient suivies d’une éjaculation considérable. Quand on l’interrogeait sur l’époque où devait arriver son paroxysme , elle se taisait ou avouait éprouver un plaisir extrême. Au moment de ces crises, elle semblait avoir perdu presque entièrement la vue et l’ouïe. Par suite des menaces et des réprimandes de ses parents, elle s’abstenait, en leur présence, de se livrer à son funeste penchant ; mais , du reste , elle recherchait la solitude pour le satisfaire : souvent on la trouva exténuée et assoupie.
Rien ne pouvant arrêter cet excès de lasciveté, on app'ela un médecin dont les conseils furent infi?uctueux. Alors les parents songèrent à la marier, et firent choix d’un homme très robuste. Elle devint grosse , et fut dès lors exempte de sa maladie ; mais elle sortait toujours des assauts amoureux les plus réitérés, fatiguée, mais non rassasiée; enfin l’accouchement ayant été très difficile , elle succomba pendant le travail. L’é-