‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 27 sur 33 · ET DU SA-TYRIASIS · texte numérisé non relu

ET DU SA-TYRIASIS

quelle avait toujours aimé par prédilection les prêtres. Alors on lui lie les pieds et les mains, et le curé se dispose à l’exorciser. Bientôt elle s’assoupit, et les parties génitales sont arrosées d’un liquide infect. Le calme fut attribué à l’exorcisme. Le pouls devint moins fréquent et l’hypogastre moins tendu ; la figure colorée se couvrit d’une sueur abondante. La malade paraissant insensible , on lui appliqua treize sangsues à la vulve, puis on la plongea pendant deux heures dans un bain presque froid.

i) Durant la niiit, elle fut assez tranquille, mais elleanarmottait continuellement ; le pouls alorà était faible, et la respiration difficile ; pendant cette intermission, on s’efforça, mais en vain, de lui administrer le quinquina à forte dose.

a Le lendemain matin, il lui survint tout-à-coup un désir effréné et furieux des plaisirs vénériens ; enméme temps elle quitte son lit, jette sa chemise, descend les escaliers et se précipite dans les bi'as d’un charpentier : elle l’appelle aux assauts amoureux, l’assurant que jamais il ne trouvera une aussi belle femme. On la lia de vive force, et on la fit garder à vue par quatre servantes très vigoureuses. Le prêtre de nouveau s’efforça de chasser les démons par ses prières et ses cantiques ; mais, pendant près de sept heures, elle

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ne cessa de proférer les propos les plus indécents. Outre les symptômes de l’accès précédent, on remarqua que l’œsophage était fermé par une strangulation spasmodique. Devant le pasteur, ses parents et ses médecins, elle récita les deux premières strophes de la même ode. Le paroxysme dura neuf heures. Une prostration absolue lui succéda bientôt : le pouls devint misérable ; il s’y joignit de fréquents hoquets et le rire sardonique. Au milieu d’une sueur froide générale, cette infortunée expira ^ »

Il n’y a point de commentaire à faire sur une observation semblable. Les lectures érotiques dont cette jeune personne nourrissait son esprit avant l’époque de sa maladie donnent une preuve convaincante de la violence native de son tempérament, et conséquemment des prédispositions prononcées qu’elle apportait à la contracter indépendamment de son affection herpétique.

Nous pourrions multiplier les faits en faveur de notre opinion: nous en faisons grâce à nos lecteurs , et nous conseillons aux médecins qui auraient encore quelque doute dans l’esprit d’aller dans les hôpitaux où l’on reçoit les personnes

' Dictionnaire des sciences médicales, art. Nyinphomani<'.,

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affectées de maladies de la peau. Ils y verront quelques sujets qui portent des dartres sur tout l’appareil de la génération , et ils ne les entendront accuser qu’une chaleur brûlante et une démangeaison insupportable.

Il faut reconnaître seulement qu’on peut tout à la fois avoir des dartres et un tempérament combustible.

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Tous les auteurs que nous avons précédemment nommés placent également le siège du satyriasis dans l’appareil de la reproduction. D’après les détails dans lesquels nous sommes entrés jusqu’à présent, nous devons nous borner ici à consigner quelques observations particulières.

L’instinct de la propagation, avons-nous déjà dit, se manifeste quelquefois avant l’âge ordinaire de la manière la plus prononcée.

J’ai vu à Paris, rapporte le docteur Gall, un garçon de cinq ans qui, sous le rapport des forces corporelles, paraissait en avoir seize ; les parties sexuelles étaient entièrement développées ; sa nuque était large , bombée. Il avait une forte barbe, une voix rauque et mâle, en un mot

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tous les signes d’une virilité pleine et entière, (ïom. IIIjp. 260.)

Nous trouvâmes, continue le meme observateur , le cervelet tout aussi développé chez un garçon de dix ans, qui était détenu dans une maison de correction à Leipsick pour avoir violé une jeune fille. A Paris, j’ai vu le garçon d’une mulâtre, âgé de moins de trois ans ; il se jetait non seulement sur de petites filles, mais sur des femmes, et les sommait avec audace et avec opiniâtreté de satisfaire ses désirs. Il ressentait dans les parties sexuelles, qui n’étaient point prématurément développées, mais qui présentaient des dimensions proportionnées à son âge, des érections plus que momentanées. Comme il était environné de filles qui se prêtaient à satisfaire ses désirs, comme à un jeu piquant pour elles par sa singularité, il mourut de consomption avant d’avoir atteint la fin de sa quatrième année. Son cervelet était extraordinairement développé. Le reste de sa tête avait les dimensions ordinaires à son âge.

L’ouvrage qu’a publié Tissot sur l’onanisme est rempli d’observations analogues. J’engage mes lecteurs à en prendre connaissance : elles contribueront à leur démontrer que le penchant à la reproduction peut se manifester bien aupa-

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ravant l’époque de la puberté, et que son activité est indépendante des circonstances extérieures et du développement de l’appareil génital.

Les deux observations qu’on va lire ne peuvent être regardées comme exemples de satyriasis, puisque la santé générale n’a point été affaiblie, et que l’harmonie des fonctions du cerveau n’a point été troublée ; mais elles ne peuvent cependant manquer de présenter quelque intérêt pour rhistoire complète de cette maladie. Comme faits physiologiques , elles confirment ce que nous avons déjà dit sur l’inégalité des facultés; elles servent bien naturellement de transition à l’état pathologique , et elles inspirent en même temps quelque pitié pour les infortunés qui , avec une semblable organisation , sont presque à chaque instant exposés à violer la pudeur et les lois, et dont l’intérêt de la morale et de la société ne saurait avec trop de persévérance et de soin chercher à réprimer la force démesurée.

J’ai observé, dit le docteur de Montègre, un homme de trente-six ans, mince, à cou alongé, à tête petite, à cheveux blancs, lisses et rares ; sa peau était très blanche, ses chairs molles et maigres , ses passions en générai douces et peu emportées ; en totalité, il m’a toujours semblé érai-

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nemment lymphatique : il était d’ailleurs de la Belgique, pays où la constitution lymphatique est fort commune. Toutefois, cet homme était d’une salacité extraordinaire et infatigable, au point que des actes de vigueur répétés huit ou neuf fois par nuit étaient pour lui des choses fort communes. Je dois ajouter que cet homme, qui menait la vie militaire depuis douze ou quinze ans, vivait avec des camarades assez curieux pour ne se laisser induire en erreur sur aucune circonstance du fait dont il s’agit. J’ai entendu raconter des choses bien plus étonnantes par des gens qui prétendaient en avoir été les témoins , mais je n’ai voulu parler que de ce qui m’est connu.

« Un musicien d’une structure athlétique, ayant les chéveux et la figure rouges , d’un tempéra-^ ment ardent, était tellement tourmenté de désirs amoureux, que l’acte vénérien répété plusieurs fois en peu d’heures ne pouvait le satisfaire. Odieux à lui-même, et craignant les châtiments que la colère divine réserve aux luxurieux, il vint implorer mon secours. Je lui fis pratiquer une saignée, et le mis à l’usage des rafraîchissants et des calmants ; je lui conseillai une diète légère, ce qui ne procura aucun soulagement.

Mon avis fut alors qu’il eût recours au mariage ; effectivement il épousa la fille forte et robuste

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d’un villageois ; d’abord il parut s’en trouver bien ; mais peu de temps après il lassa sa femme par des embrassements trop répétés, et redevint aussi satyre qu’auparavaut. M’étant venu demander d’autres secours, je lui recommandai les prières et le jeûne. Ne se trouvant pas soulagé, il voulait se soumettre à la castration : je pensai qu’il ne fallait point pratiquer cette opération, par rapport aux suites funestes qu’elle pourrait avoir, et qu’au moins il fallait la différer. Le malade, au contraire , me pressait vivement, et cherchait à gagner par des présents ceux qui s’opposaient à son dessein ; il me promit même un cheval qui allait l’amble, dont la beauté n’était pas à dédaigner, en cas que je voulusse me rendre à ses désirs.

» J’avoue que mes domestiques m’ont souvent fait rougir, ne connaissant pas la fureur satyriaque de ce musicien, et me demandant ce qu’il venait faire si souvent chez moi, lui qui non seulement n’avait pas l’air malade, mais qui présentait tous les signes de la santé la plus robuste; peu s’en fallut que je ne fisse couper son membre importun.

» M’occupant des moyens que l’on pourrait tenter pour la guérison de ce musicien, je me rappelai avoir entendu dire à Pavie , par l’illustre

Prévatius, qu’il avait, avec du nitre préparé, guéri un homme qui souffrait des douleurs néphrétiques , occasionées par la présence d’un calcul. Le malade fut délivré de ses douleurs ; mais il devint par la suite inhabile aux plaisirs de l’amour. Je fis l’essai de ce moyen ; matin et soir je lui donnai du nitre dissous dans de l’eau fie nymphéa. L’usage de ce sel, pendant environ huit jours, le rafraîchit au point qu’il suffisait à peine aux besoins de sa femme. (Traduct. de Baldassar Timeus, Ças^ med., lib. III. Salacitas nitro curata).

Les observations suivantes sont également intéressantes sous plusieurs rapports ; elles ont été fournies par des sujets qui par leur organisation offraient des prédispositions marquées à contracter la manie érotique, et qui, placés au milieu de circonstances favorables à la satisfaction de leur penchant, ont fini par lui faire acquérir une activité tellement forte, qu’il ne leur a plus été possible d’en régulariser l’emploi. Elles confirment les lois physiologiques, et elles prouvent contre l’idée générale que les fréquentes jouissances, loin d’étre un remède contre cette espèce de manie, ne peuvent au contraire qu’en faciliter le développement et en empêcher la guérrison.

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a Un jeune homme, d’une forte constitution, et né d’un père riche, avait atteint son accroissement complet vers la dix-huitième année de l’âge, et ce fut à cette époque de Vextrême effervescence de ses sens qudl commença à se livrer à ses penchants avec toute Vimpétuosité d’un caractère ardent, et les facilités que lui donnait un rassemblement journalier de jeunes ouvrières dans une grande manufacture. Il prend alors l’habitude de s’adonner au plaisir sans frein et sans mesure, le plus souvent à diverses heures du jour et de la nuit ; il fait succéder à l’âge de vingt ans d’autres excès non moins destructeurs, ceux de l’intempérance et de la fréquentation répétée des lieux de débauche. Des maux vénériens, tout-à-coup guéris et de nouveau contractés, viennent se joindre à l’épuisement, et se compliquer avec d’autres affections cutanées. Des objets de commerce rendent alors nécessaires des voyages fréquents en chaise de poste, le jour, la nuit, et' dans toutes les saisons de l’année. Les traitements au mercure sont tour-à-tour commencés, suspendus , renouvelés, sans ordre et sans règle. Dès lors symptômes les plus marqués d’une hypochondrie la plus profonde; digestions laborieuses et très imparfaites ; flatuosités incommodes , rapports aigres, alternatives de resserre-

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ment ou de relâchement des intestins, douleurs vives de colique devenues périodiques; frayeurs sans causes, pusillanimité extrême, dégoût de la vie, et plusieurs tentatives de commettre un suicide; une crédulité aveugle et puérile dans la vertu des médicaments, et une confiance entière accordée à toute espèce d’empiriques, se joignent déjà, à vingt-cinq ans, à la nullité entière pour un plaisir dont il a abusé à l’excès, et à une décadence de la raison qui ne fait que s’accroître. » (Pinel, Aliénation mentale.)

« Un jeune homme très bien élevé et rempli de talents, qui depuis son enfance s'’était senti violemment entraîné aux idées érotiques , les maîtrisait jusqu’à un certain point, à l’aide de son penchant également décidé à la dévotion. Lorsque ses relations sociales lui eurent permis de se livrer sans contrainte aux plaisirs de l’amour, il ne tarda pas de s’apercevoir, avec une espèce d’effroi, que souvent il lui devenait très difficile de détourner son attention des images voluptueuses qui le poursuivaient, pour la porter sur les affaires importantes et souvent pressées de son état. Tout son être était absorbé par la sensualité. Pour ne pas succomber tout-à-fait, il se trouvait forcé de s’occuper assidûment d’objets scientifiques ou de se créer quelque nouvelle

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occupation favorite; son cervelet est d’une grandeur peu ordinaire. »(Gall, tom'. III.)

Un homme avait vécu plusieurs années dans un mariage très bien assorti, dont il était né plusieurs enfants, et il avait acquis par son activité une fortune honnête. Lorsqu’il se fut retiré des affaires, et qu’il mena une vie oisive, son penchant inné dominant gagna peu à peu le dessus. 11 s’abandonna tellement à ses désirs, que, jouissant encore de sa raison, il regardait toute femme comme une victime destinée à satisfaire sa sensualité. Du moment où il apercevait de la fenêtre une personne quelconque du sexe, il annonçait en toute hâte, et avec l’accent de la joie, à sa femme et à ses filles, le bonheur qui l’attendait. A la fin cette manie partielle dégénéra en manie générale, et peu après il mourut dans l’hospice pour les aliénés de Vienne. Son crâne prouve que son cervelet avait acquis un développement très considérable. (Gall, tom. III, p. 020.)

M. Pinel rapporte un exemple tout semblable : « Un homme, dit-il, avait rempli avec éloge, jusqu’à sa cinquantième année, des fonctions publiques. Il s’excite alors une ardeur immodérée pour les plaisirs vénériens; son regard est vif et animé; il fréquente des lieux de débauche , se livre à tous les excès, et revient tour à tour dans la so-

ciété de ses amis leur peindre les charmes d’un amour pur et sans taches. Son égarement augmente par degrés , et on est obligé de te tenir enfermé. La solitude exalte son imagination fougueuse; il peint en traits de feu les plaisirs qu’il a goûtés avec ce qu’il appelle des beautés célestes; il s’extasie en parlant de leurs grâces et de leurs vertus ; il veut faire construire un temple à l’amour, et se croit lui-méme élevé au rang des dieux : ce furent là les préludes d’une fureur violente avec délire

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