‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 28 sur 33 · AUTRES EXEMPLES DE SATYRIASIS · texte numérisé non relu

AUTRES EXEMPLES DE SATYRIASIS

« Ln jeune homme de vingt ans, d’une complexion primitivement forte, presque athlétique, mais affaiblie par les excès dont je vais donner l’histoire, s’était depuis l’âge de quinze à dix-huit anslivré à cet acte destructeur dont Tissot a si bien décrit les dangers.Tl s’y livrait de préférence dans le bain, et avait quelquefois porté le nombre des pollutions jusqu’à quinze dans un seul jour. Des excès aussi multipliés affaiblirent sa constitution, portèrent atteinte à la force de son intelligence, et du trouble dans sa mémoire. D’après les avis

’ lie Valiénation mentale, deiixième édition, pag. i 5 et i6,parag. 18.

ET DU SATTRIASIS. ^75

avis de quelques personnes prudentes, ce jeune homme renonça à cette funeste habitude, et depuis deux ans il vivait dans la continence la plus exemplaire. Sa constitution s’était raffermie ; la mémoire et les autres facultés mentales avaient repris leur ancienne vigueur. Ses parents, qui le destinaient au commerce , le placèrent chez un négociant : il se livrait à toutes ses nouvelles oc* cupations avec tout le zèle et l’activité que comportaient et son âge et sa constitution robuste. Chéri de ce négociant et de sa femme , dont il recevait tous les jours des témoignages d’amitié, il s’abusa sur le genre d’attachement que la femme avait pour lui, et s’imagina d’en être tendrement aimé ; de son côté il ia payait d’un tendre retour. Placé entre la crainte de violer les devoirs de la reconnaissance, et les désirs de posséder cette femme, qui cependant n’était ni jeune, ni jolie, sa situation devint de jour en jour plus pénible et plus embarrassante. Bientôt on s’aperçut d’un dérangement dans les facultés de son entendement. Ce dérangement lui survint après la lecture de Phèdî'e, tragédie de Racine : il s’identifia tellement avec les personnages de cette tragédie, qu’il s’imagina être Hippolyte, regarda sa maîtresse comme Phèdre, et fit un Thésée de son époux. Plus amoureux qu’Hippolyte, et non

iS

2^4 I>E LA WTMPHOMAUIE

moins vertueux que lui, il conçoit le projet bizarre d’aller se jeter aux pieds de Thésée, et de lui avouer ce qui se passait dans son cœur. Il y met tout le pathétique que pouvait comporter le sujet : «Thésée, lui dit-il, le crime n’est pas encore consommé ; votre femme n’est pas encore coupable : jusques ici, j’ai résisté à ses prières, à ses larmes; mais je ne suis plus maître de moimême, et si vous ne m’éloignez de sa présence ^ il faudra que je succombe. » Il n’est pas besoin de dire quel fut l’étonnement du prétendu Thésée. Il prit le parti d’éloigner le jeune homme. Cet éloignement dissipa le délire ; l’estomac et le tube intestinal étaient frappés d’atonie. Le malade désirait les aliments avec avidité ; mais dès qu’il les avait pris, il éprouvait des douleurs dans les régions épigastriques , et du malaise dans le reste du corps. La maladie a cédé à l’emploi combiné des antispasmodiques et des toniques. Cè jeune homme, marié depuis cinq ou six ans, jouit de la meilleure santé. »

Conséquemment au système accrédité dans les écoles , la continence est aussi regardée comme cause de l’affection nerveuse dont nous venons déjà , par des observations particulières, de faire connaître les principaux symptômes. L’appareil de la reproduction est le siège ^ le piin-

ET DU SATTRIASIS. 2^5

cipe, la source unique de la maladie. Les égarements et la lubricité qui la caractérisent tiennent à Virritation produite par Vaccumulation du sperme dans les vésicules et à sa résorption dans Véconomie. Telle est en résumé l’opinion générale ; et comme nous ne la partageons pas, et que nous croyons l’avoir réfutée avec quelque avantage , nous nous bornerons à dire seulement ici que le satyriasis est quelquefois occasioné par l’infraction des lois de la nature, ou, pour m’exprimer en termes plus physiologiques, qu’il dépend en quelques circonstances de la non-satisfaction d’un penchant inhérent à l’organisation, penchant dont l’activité excessive, indépendante des circonstances extérieures, peut entraîner la volonté et subjuguer la raison. Sa condition matérielle, ainsi qu’il est démontré, réside dans l’encéphale, et, dans tous les cas, sa manifestation désordonnée tient ou à la force native et prépondérante du cervelet, comme je viens de le dire , ou aux causes morales et intellectuelles qui ont favorisé le développement de cet organe , ou bien encore aux circonstances extérieures qui, au moment meme de la maladie , ont mis violemment en jeu son action. Laissons donc pour la dernière fois ces idées préconçues, mais soumettons néanmoins à l’examen de nos i8.

2^6 DE LA tVTMPHOMAITIE

lecteurs quelques unes des observations particulières qui ont paru suffisantes à nos devanciers pour les proclamer et les faire adopter.

« Celui qui fait le sujet de cette première observation avait acquis, dès l’âge de onze ans ^ cet accroissement physique, cette vigueur ^ qui annoncent une puberté prématurée, et éprouvait déjà ces désirs tumultueux, cepenchant irrésistible, qui poussent un sexe vers un autre ; destiné par ses parents à l’état ecclésiastique, nourri dans les préceptes d’une religion qui commande la chasteté, il eut long-temps à lutter contre la crainte de trahir ses devoirs et le désir de céder au penchant qui l’entraînait. Parvenu à l’époque où des serments solennels le condamnaient à une continence perpétuelle, il redoubla de zèle et d’attention pour écarter de son imagination tous les objets lascifs qui pouvaient y laisser une impression vive, et émouvoir les organes de la génération. Cependant la nuit , durant le sommeil, la nature reprenant ses droits le délivrait par de fréquentes pollutions de l’irritation séminale. Pour obvier à cet inconvénient, il diminue la quantité de sa nourriture, supprime celle qu’il soupçonnait augmenter la sécrétion spermatique, et veille sur ses sensations avec encore plus de soin. Ce régime le réduisit à

ET DU SATTRIASIS.

un état de maigreur extrême. Arrivé à sa trentedeuxième année, un matin il s’éveilla l’imagination échauffée par des images voluptueuses, les organes de la génération fortement ébranlés : il se lève, et par de puissantes distractions trompe la nature. Cependant une vivacité, un feu jusqu’alors inconnu , s’emparent de lui, les sens acquièrent une sensibilité, une pénétration étonnante. L’après-midi, en entrant dans un salon, il porte ses regards sur deux personnes du sexe, qui firent sur lui une impression telle qu’elles lui parurent lumineuses, et comme si elles avaient été électrisées. Frappé d’un pareil phénomène, et en ignorant la cause, il l’attribua au prestige du démon, et se retira. Pendant le reste de la journée, ayant rencontré quelques autres femmes, il éprouva la même illusion. Le lendemain, voulant se rendre chez lui, il croit qu’à chaque instant la maison renverse.

«Dansune auberge où on lui sert à manger, le pain, le vin et toutes les choses qu’on lui présente, lui paraissent en désordre. Arrivé dans sa famille, il se trouve d’abord plus tranquille; mais le lendemain, environ dix heures après le repas, il sent tout-à-coup ses membres s’étendre et se raidir, tout son corps frémir et s’agiter par un mouvement violent et convulsif; il éprouve à la

tête la douleur la plus vive ; il lui semblait que cette partie tournoyait et faisait une volute : il se livre à des actions puériles et ridicules. Dans cet état, on le saigne , ce qui ne le soulage nullement ; on le plonge dans le bain, soulagement momentané. Bientôt les symptômes reparaissent avec plus d’intensité; le délire se montre sous les formes les plus bizarres ; il croit que le gouverneur de sa province lui offre toutes les beautés de la cour de Louis XV pour le faire renoncer à la continence ; il se livre à des transports furieux , brise les colonnes de son lit, enfonce les portes de sa chambre. Ce vacarme attire ses parents , qui s’emparent de lui et le garrottent : devenu plus tranquille, on le rend à la liberté, ce qui lui fait éprouver les jouissances les plus délicieuses. La nuit, il dormit d’un sommeil doux et paisible ; mais aux approches du jour et de son réveil , il eut un songe qui lui donna un troisième et dernier accès ; c’est alors que les idées les plus agréables vinrent s’emparer de lui. Tout ce que les femmes de tous les pays ont de plus ravissant, tous les appas dont la nature les a ornées , vinrent tour à tour émouvoir ses sens. Il croyait les soumettre toutes à ses désirs ; cependant il était un objet pour lequel il avait une prédilection particulière : c’était une jeune de-

ET DU SATYRIA.SIS. 2'jQ

moiselle qu’il avait vue quatre jours avant de tomber malade.

» Dans cette singulière névrose, tous les organes des sens furent portés à un tel degré de sensibilité qu’ils lui firent éprouver les tourments les plus affreux et les plaisirs les plux doux. La lumière affectait certaines fois la rétine avec tant d’éclat et de vivacité qu’il ne pouvait en soutenir la présence; d’autres fois les points de vue les plus agréables, les perspectives les plus variées s’offraient à sa vue et ravissaient son âme.

» Le son le plus léger, les moindres vibrations de l’air causaient dans l’oreille une douleur intolérable , ou bien cet organe mieux disposé lui procurait les sensations les plus délicieuses ; il lui semblait que l’univers était un orchestre immense, dont les sons harmonieux jetaient son âme dans l’extase la plus complète. Le goût et l’odorat eurent aussi leurs vicissitudes de peines et de plaisirs; le tact lui-même eut ses jouissances et ses tourments ; mais il parut le dernier sur la scène, rapporte le malade qui a fourni cette observation. Le rideau déjà tiré, le flambeau de la raison totalement éteint, il vint faire le dénouement de la pièce par une catastrophe qui alarme la pudeur , étonne la nature et déconcerte la religion. A la suite de cette crise, dont

aSû DE EA ITTMPHOMANIE

la honte retombe sur la loi du célibat ou sur soa législateur ; car s’il y avait un homme assez injuste pour me l’imputer, j’interrogerais contre lui ma conscience , j’invoquerais contre lui le ciel témoin de ma simplicité et de mon innocence; à la suite, dis-je, de cette crise , je ne pus plus ignorer ni me dissimuler le principe de ma maladie, mais je vis et compris clairement quelle avait été causée par l’abondance et l’effervescence de l’humeur séminale augmentée et échauffée par ma résistance et mon opiniâtreté à refuser à la nature de satisfaire à ses besoins.

' » Revenu à moi-même, je. ne me trouvais plus, qu’un infortuné mortel rendu honteux par le cruel dénouement qui venait de se jouer dans son imagination. Je me vis en opposition entre le devoir de la religion ët celui de la nature; menacé de maladie, si je me refusais à celui-ci; de honte et d’ignominie, même de ranimadversion de l’ime et de l’autre puissance, si j’abandonnais celui-là : triste et affligeante alternative, qui me rendit importune et presque odieuse la lumière qui brillait à mes yeux ! Plus d’une fois je fus tenté de la maudire, et je m’écriais souvent avec Job : Lux cur data misero. » La tentation de saint Antoine, demande le doc-

ET DU SATTRIASIS, 281

teur Rony,est-elle autre chose qu’un satyriasis? Ce pieux solitaire, doué apparemment d’un tempérament fougueux, vivant dans un état de contemplation mystique, nous est présenté par son historien comme sans cesse aux prises avec les démons qui, sous la forme de femmes enchanteresses, viennent émouvoir ses sens, obséder son imagination , et allumer en lui les feux de la concupiscence; aussi le voyons-nous dans un état d’hah lucination érotique lutter contre des fantômes chimériques, et nous offrir tous les désordres d’une imagination dominée par l’influence des organes génitaux. Nous allons citer tin passage de son histoire, qui prouvera que cette opinion est loin d’être une conjecture. « Les démons présentaient à son esprit ( saint Antoine) des pensées d’impureté ; mais Antoine les repoussait par la prière. Le démon chatouillait ses sens ; mais Antoine rougissait de.honte, comme s’il y eût eu en cela de sa faute, fortifiait son corps par la foi, par l’oraison et par les veilles. Le démon, se voyant ainsi surmonté , prit de nuit la figure d’une femme, et en imita toutes les actions afin de le tromper : mais Antoine., élevant ses pensées vers le ciel, et considérant quelle est la noblesse et l’excellence de l’âme qu’il nous a donnée , éteignit les charbons ardents dont il voulait,

282 DE LA N TMPHOM A jN'IE

par cette tromperie, embraser son cœur. » ( /^le de saint Antoine , écrite par saint Atbanase, traduction de M. Arnauld d’Andilly. )

8 Un jeune homme robuste et pléthorique était arrivé depuis quelque temps à Vienne. Faute de liaisons, il vivait dans une plus grande continence que de coutume, et il tomba brusquement dans une manie érotique. Il avait des érections long-temps continues ; les testicules étaient enflés et douloureux. Qu’y avait-il de plus naturel, suivant les idées reçues en médecine, que de chercher la cause de sa maladie dans l’inflammation des parties génitales ? Aussi employa-t?on tous les moyens pour combattre l’inflammation locale et pour faire cesser la' sur-irritation des organes générateurs, Mais le malade n’en resta pas moins dans le même état pendant trois semaines. Lorsque je fus appelé , je rendis mes collègues attentifs à l’inflammation du cerveau et surtout du cervelet. Nous concertâmes notre plan curatif. En conséquence de cette idée et en peu de jours , l’inflammation et l’enflure des parties sexuelles ainsi que la manie avaient disparu. On peut donc admettre sans balancer, avec l’auteur qui nous a fait connaître cette observation , que lorsqu’un état maladif des parties génitales est accompagné de manie, ces par-

ET DU SATTRIASIS. 285

lies ne sont malades que secondairement ou par sympathie, et que le siège du mal est dans le cerveau, ou, si la manie est en particulier du genre érotique, dans le cervelet.»

« Familiarisé avec les faiblesses humaines, dit le docteur Gall, je suis disposé bien plutôt à attribuer la manie érotique à des excès qu’à une trop grande continence. Ces excès produisent une irritabilité , une excitabilité telle qu’il n’est plus au pouvoir de l’homme d’arrêter le torrent des idées lubriques et des images voluptueuses qui vient fondre sur lui.

«Dans plusieurs hospices pour les aliénés et dans quelques maisons de correction , continue le même observateur, nous avons rencontré des sujets que l’on prétendait être devenus aliénés par suite d’émissions excessivement fréquentes de la liqueur séminale ou que l’on voulait punir de s’être livrés à l’onanisme. 3 e suis bien loin de nier l’influence pernicieuse que l’onanisme exerce sur la manifestation des facultés intellectuelles, et plusieurs passages de mes écrits le prouvent suffisamment; mais dans ces cas il faut d’ordinaire accuser une autre cause. La nature avait traité en marâtre, sous le rapport des facultés supérieures, tous les sujets semblables que j’ai eu occasion d’observer. Chez eux, la partie an-

284 LA UTIUPHOMAKIE

térieure du crâne était étroite et peu élevée , ou bien ils étaient plus ou moins hydrocéphales. Les parties postérieures du crâne, au contraire, leur nuque, leur cervelet, avaient acquis un degré de développement qui n’était dans aucune proportion avec celui des parties cérébrales affectées aux faculté^ intellectuelles supérieures. L’homme ainsi organisé se trouve dans le cas de tout animal lascif; c’est un singe en chaleur. L’organe de l’instinct de la propagation le domine impérieusement, parcequ’aucun autre organe ne peut balancer l’activité du premier. Rien de ce que nous appelons décence, mœurs, religion , ne peut agir sur un tel individu ; les punitions ne sauraient l’effrayer ; rien ne saurait engager à se contraindre un être ravalé au-dessous de la brute, et qui n’a pas de volonté. L’observateur philosophe reconnaît ici que la faiblesse est la cause de l’abandon à une sensualité brutale , tandis que, dans son erreur, le vulgaire regarde la faiblesse de l’entendement comme une suite de l’abandon à la sensualité. »

Pour exposer enfin tous les faits qui démontrent combien les auteurs ont erré en plaçant le siège de la nymphomanie et du satyriasis dans l’appareil de la reproduction , rapprochez de ces observations particulières les observations

ET Dü SATTRIASIS. 285

générales que les médecins de tous les temps et de tous les pays ont faites sur les causes les plus ordinaires de ces affections, et vous pourrez juger , par leurs déclarations, jusqu’à quel point une idée préconçue peut obscurcir l’entendement et fausser la thérapeutique. Consultez donc en quelque sorte, à tout hasard, les différents articles ou les livres ex-professo écrits sur ces affligeantes maladies, et vous y lirez presque jusqu’à satiété que dans la grande majorité des cas elles sont occasionées parla lecture des romans, la fréquentation des bals et des spectacles, l’inaction du système musculaire, les conversations érotiques , l’étude de la musique et la vue des statues et des tableaux , où la volupté, pour ainsi dire personnifiée , ne peut manquer d’exciter aux plaisirs dont elle paraît elle-même épuiser les délices.

INFLUEINCE

Page 1