‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 31 sur 33 · DE L’ALIÉNATION MENTALE · texte numérisé non relu

DE L’ALIÉNATION MENTALE

Des symptômes étant donnés, déterminer le siège de la maladie, tel est le problème que la médecine, éclairée par la physiologie , peut se proposer aujourd’hui; je dis éclairée par la physiologie, parcequ’il est de toute évidence que les fonctions d’un organe étant connues, le trouble de ces mêmes fonctions doit indiquer nécessairement l’altération de l’organe que la nature a chargé du soin de les remplir.

Les observations particulières que j’ai consignées dans le cours de cet ouvrage ayant déjà servi à faire connaître les symptômes de l’aliénation mentale, je vais me borner à donner en cet endroit un exposé rapide des désordres intellectuels et moraux qui peuvent le mieux la caractériser , sans m’arrêter rigoureusement aux divisions que les auteurs ont cru devoir établir pour classer les différentes formes du délire. J’emprunte au professeur Esquirol la descrip-

530 CARACTÈRES ET SYMPTOMES tion qu’il a faite à ce sujet, et qu’il a insérée dans l’article folie , du Dictionnaire des scien^ ces médicales. Mes lecteurs y reconnaîtront le coup d’œil profond et ingénieux de ce praticien , et ils verront qu’il était difficile de présenter un tableau général où la nature ait été mieux prise sur le fait et où l’on représentât avec plus de vérité dans l’expression tout ce qui peut donner une idée complète d’une affection que l’on voit et que l’on verra malheureusement se multiplier de jour en jour dans une effrayante proportion , si par de sages et fortes institutions on ne parvient pas à refréner l’action exclusive et trop énergique de certains penchants ou sentiments qui semblent à eux seuls aujourd’hui composer toute l’existence intellectuelle et morale d’une multitude d’individus.

« Que de méditations pour le philosophe qui, se dérobant au tumulte du monde, parcourt une maison d’aliénés I il y retrouve les mêmes idées , les mêmes erreurs , les mêmes passions, les mêmes infortunes. C’est le même monde j mais dans une telle maison, les traits sont plus forts, les nuances plus marquées, les couleurs plus vives ; parceque l’homme est dans toute sa nudité, parcequ’il ne tourne point ses défauts en agréments, parcequ’il ne prête point à ses

de l’aliéîtation mentale. 55i passions le charme qui séduit, ni à ses vices les ornements qui l’embellissent.

» Chaque maison de fous a ses dieux, ses prêtres , ses fidèles, ses séides ; elle a ses empereurs, ses rois, ses ministres, ses courtisans, ses riches, ses généraux, ses soldats, et un peuple qui obéit. L’un se croit inspiré de Dieu, en communication avec le Saint-Esprit, il est chargé de convertir la terre; tandis que l’autre, possédé du démon, livré à tous les tourments de l’enfer, gémit , se désespère, maudit le ciel, la terre, et sa propre existence. L’un, audacieux et téméraire, commande à l’univers et fait la guerre aux quatre parties du monde; l’autre, fier du nom qu’il a pris, dédaigne ses compagnons d’infortune , vit seul et à l’écart, et conserve un sérieux aussi triste qu’il est vain. Celui-ci, dans son ridicule orgueil, croit posséder la science de IN^ewton, l’éloquence de Bossuet; il exige qu’on applaudisse aux productions de son génie, qu’il débite avec des prétentions et une assurance comiques. Celui-là ne bouge point, ne fait pas le moindre mouvement, ne profère pas un mot; on le prendrait pour une statue : desséché par les remords , son voisin traîne avec lui les faibles restes d’une vie qui se soutient à peine ; il invoque la mort. Près de lui, cet homme qui vous paraît

332 CARACTÈRES ET SYMPTOMES heureux et jouir de sa raison, calcule l’instant de sa dernière heure avec un sang-froid épouvantable; il prépare avec calme, et meme avec joie, les moyens de cesser de vivre. Que de terreurs imaginaires dévorent les jours et les nuits de ces mélancoliques î Éloignons-nous de ce furieux ; il se croit trahi, déshonoré; il accuse tout le monde, et ses parents et ses amis; dans sa vengeance effrénée , il n’épargne personne : celui-ci, jouet de son imagination qui l’irrite, est dans un état habituel de colère; il crie,menace, injurie, frappe, tue. Celui que vous voyez renfermé est un fanatique, qui, pour convertir les hommes, veut les purifier par le baptême de sang ; il a déjà sacrifié deux de ses enfants.

» Cet insensé, dans l’explosion bruyante de son délire, est d’une pétulance incoercible; il semble prêt à commettre les plus grands désordres, mais il ne nuit à personne. A l’activité empressée de celui-ci vous croiriez que quelque grand intérêt l’anime, que sa destinée dépend de ses démarches; dans l’irrégularité de ses mouvements, il choque tout ce qui l’entoure, il heurte tout ce qu’il rencontre ; avec son babil intarissable, il vous poursuit, il vous obsède ; et, malgré ce torrent de paroles, il ne dit rien, il ne pense à rien : cet autre, transporté d’aise, passe sa vie

DE d’aliénation mentale.

à se réjouir, il rit aux éclats;- cependant, que peut-il espérer? il n’a aucun souvenir de la veille, aucun désir pour le lendemain.

» Ici l’on entend en même temps les cris de la joie mêlés à ceux de la douleur, l’expression de l’allégresse à côté de celle du désespoir ; on voit le contentement des uns et les larmes des autres.

«Dans une maison de fous, les liens sociaux sont brisés, les amitiés cessent, la confiance est détruite , les habitudes sont changées; on agit sans bienséance, on obéit par crainte , on hait sans haïr ; chacun a ses idées, ses pensées, ses affections, son langage; chacun vit pour soi, l’égoïsme isole tout. Un pareil asile n’est pas exempt de crimes : on s’j livre au plus honteux liberti- ■ nage; le fils y maudit son père , la mère égorge ses enfants; enfin, on y vole, on y assassine.

» Si nous descendons plus loin, nous voyons l’homme, descendu du haut rang qui le place à la tête des êtres créés , dépouillé de ses privilèges , privé de son plus noble caractère, réduit à la condition des plus stupides et des plus viles créatures. Non seulement il n’a plus d’idées ni de passions, il n’a même plus les déterminations de l’instinct. Ne pouvant pourvoir à sa subsistance, il n’est pas même capable d’approcher de ses lè-

vres les aliments que la tendresse ou la bienfaisance lui présentent; il se roule sur son propre fumier; il reste exposé à toutes les influences extérieures et destructives/, il méconnaît son semblable, et n’a nul sentiment de Sa propre existence. » .

Malheureusement pour les aliénés,*ët quelquefois même pour la société, les symptômes qui caractérisent la fofie ne se manifestent pas toujours d’une manière aussi prononcée. Lorsqtie la cause n’a point agi avec assez de violence pour provoquer presque instantanément l’explosion du délire^ lès dérangements qui s’opèrent dans les fonctions cérébrales se font lentement et progressivement.? Au début de l’afîectiqjOL, le malade^a jusqu’à iip certain point la conscience de son état. Dans la solitude , il s’abandonne aux idées ou aux sentiments nouveaux qui le préoccupent , mais devant sa farnWle , ou sous les yeux du public, il fait effort sur lui-même, et parvient avec d’âutant plus de.facilité à cacher^a position, que l’on est en général dans un.e ignorance bien funeste sur les signes 4 MvécOT^ des maladies mentales , et que par la crainte de certains préjugés, ou par une multitude d’autres raisonsqu’il serait trop long d’énumérer ici, on est assez naturellement porté à conserver ses illusions

de L’ALlÉlîATiOÏÎ MENTALE. 335 et à rejeter tout ce qui pourrait donner l’idée d’un malheur qui affecte aussi' péniblement l’âme qu’il humilie profondément l’amour - propre^ Néanmoins, au rapport même de toutes les personnes qui entourent le malade , il n’est pas tel qu’il était auparavant ; son caractère change ^ mais quelques singularités qu’il puisse faire paraître , on n’y apporte presque pas d’attention ^ ou l’on n’en parle que pour démontrer quelles sont toutes naturelles et qu’elles peuvent aisé-* ment s’expliquer par les circonstances au milieu desquelles il se trouve. Les douleurs de tête, l’insonmie,,-‘qu’on observe si-fréquemment alors, rien ne peut faire croire à l’affection du cerveau, aucune indication ‘ ne se présente à remplir ; et tandis que pour les lésions de l’estomac , des intestins, des plèvres, des poumons, etc.-, on-voit les malades, les parents, les.médecins, saisir-avec habileté, aux premiers troublesles symptômes les plus légers et adopter une thérapeutique prompte et savamment calculée, on .néglige-à l’égard du plus important des organes* tous les signes qui annoncent de la majlière la napins équivoque le désordre de ses fonctions. Il faut que la maladie dont il est frappé soit, 'portée . à son^plus haut degré, que ses facultés soient presque entièrement bouleverséès ,.poîir qu’il n’y

336 CARACTÈRES ET SYMPTOMES ait plus d’incertitude ou de restriction, et que l’on arrive enfin à avouer que l’individu dont on voulait à toute force méconnaître l’état ou motiver la conduite est décidément aliéné.^

C’est encore à l’esprit observateur de M. Esquirol que nous devons la connaissance de la période d’incubation de l’aliénation mentale.

Mais la folie, dit-il , a, comme toutes les autres maladies, son temps d’incubation, ses prodromes , et souvent, dans le compte que donnent les parents, on découvre que le premier acte de folie qui les a effrayés avait été précédé de plusieurs autres qui avaient échappé à toute observation. Souvent les aliénés combattent leurs idées, leurs déterminations, avant que personne s’aperçoive du désordre de leur raison et de la lutte intérieure qui précède l’explosion du délire. Long-temps avant qu’un individu soit reconnu aliénéj^ ses habitudes, ses goûts, ses passions, changent : l’un se livre a des spéculations exagérées ; ce revers n’est pas cause, mais premier effet de la maladie. Un autre donne toutà-coup dans la haute dévotion, assiste à une, prédication dont il est effrayé, il se croit danumi, La prédication n’eût pas produit cet effet si la maladie n’avait existé précédemment. Un i'eune seigneur, sans motif quélconque, part pour un

de l’alién.a.tion mentale.

voyage de plusieurs années, huit jours après les couches de sa femme; il éprouve quelques contrariétés pendant son voyage ; et, après six mois, son aliénation éclate : ce voyage n’était-il pas le premier acte de folie? Ainsi arrive-t-il souvent que le mal existe alors qu’on ne le soupçonne pas.

Relativement aux signes précurseurs de la folie, les trois observations suivantes, publiées par le docteur Georget, et les réflexions qui les suivent, ne seront point lues sans intérêt; elles confirment en tout point nos opinions.

«Adèle L...., âgée de dix-huit ans , vivement frappée des malheurs que venait d’éprouver sa famille, obligée par cela même de se faire ouvrière , après avoir joui de toutes les douceurs de l’aisance, s’imagine tout-à-coup qu’elle seule est l’auteur de tous ces malheurs ; elle se jette dans une dévotion outrée pour apaiser la colère de Dieu ; elle ennuie son confesseur par ses fréquentes visites et les contes qu’elle lui fait ; plus tard, elle croit l’aimer plus que Dieu même, et s’en afflige ; elle est très gaie ; elle est silencieuse ; les règles deviennent irrégulières, puis se suppriment; le sommeil est agité, entremêlé de réveils avec frayeur. Cet état ne l’empêche pas de travailler très bien pendant près de quinze

538 CARACTÈRES ET SYMPTOMES mois. Les personnes qui l’entourent remarquent seulement que son caractère a changé ; mais elles attribuent ce changement à l’âge de raison. Après huit mois de traitement à la Salpêtrière, elle est guérie, et c’est seulement alors que j’ai pu recueillir ces renseignements. »

«Caroline S...,âgée de dix-neuf ans , éprouva ce délire caché plus de dix mois avant qu’il n’ait éclaté, et sans que ses parents s’en soient doutés ; seulement elle n’aimait plus la promenade, pleurait quelquefois sans sujet apparent ; elle allait tous les jours en cachette faire dire des messes pour devenir meilleure. Ses parents lui deviennent indifférents, ce qui l’afflige beaucoup ; elle maigrit, perd le sommeil, éprouve des céphalalgies, ses règles se suppriment, et trois mois après elle est conduite à la Salpêtrière. Peu de jours auparavant elle faisait encore son état de couturière. Ce n’est de même qu’après sa guérison quelle a pu me donner ceux de ces renseignements qui tiennent à l’état de son intelligence. »

« Colas, âgée de trente ans, a déjà eu trois accès de manie; dans l’intervalle elle paraît jouir de toute sa raison, travaille, et se conduit très régulièrement; cependant elle m’a assuré'plusieurs fois que ce n’est qu’avec beaucoup dé peine qu’elle parvient à comprimer des idées

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qui la ponrsuivent constamment ; quelquefois même son ouvrage lui tombe des mains pendant des instants très courts où elle éprouve une sorte d’anéantissement intellectuel. Cette intermission , ou plutôt cette rémission , dure environ six mois. »

« Guillot entre à la Salpêtrière à l’âge de dixhuit ans, atteinte d’une manie avec fureur, suite d’un amour contrarié. Toute l’année précédente elle travaillait de son état, sans qu’on se doutât de la maladie qui la menaçait , ou plutôt dont elle était atteinte. En effet, elle était moins gaie qu’à l’ordinaire; le travail ne lui plaisait plus autant. Elle était parfois assez brusque, même envers ses parents. Elle sentait bien que sa tête était affaiblie, que des idées, qui lui paraissaient extraordinaires, naissaient malgré elle; mais la raison suffisait encore pour les comprimer. Environ quatre mois avant l’explosion du délire, l’appétit s’est perdu, les règles sont devenues irrégulières , et ont fini par se supprimer ; il est survenu de l’insomnie, dès céphalalgies, etc. »

« Cette période d’incubation, qui peut durer des jours, des mois, et même plus d’une année, ne présente pas seulement des lésions intellectuelles, le cerveau offre encore d’autres dérangements ; et comme cet organe ne peut-être long-

54o CAIiACTÈEES ET SYMPTOMES

temps malade sans que les autres ne s’en ressentent , plusieurs fonctions finissent par se déranger; le sommeil, d’abord troublé par des rêves pénibles, des réveils en sursaut , finit par se perdre; il survient des maux de tête : les malades disent que le sang leur monte à la tête; ils se plaignent de chaleurs incommodes vers cette partie ; les fonctions digestives s’altèrent, l’appétit se perd, des maux d’estomac se développent quelquefois. L’embonpoint diminue ; la peau perd de sa fraîcheur , sa couleur change parfois, et devient très brune , foncée, terreuse : les règles deviennent d’abord irrégulières, tant pour la quantité du sang que pour les époques auxquelles elles doivent venir, puis finissent par se supprimer entièrement. Il en est à peu près de même de tous les écoulements naturels ou artificiels. C’est de même ainsi que surviennent ces répercussions d’exanthèmes, ces dispositions d’affections rhumatismales , goutteuses, ou autres du même genre; ces accidents ne se présent tent pas toujours ; il arrive même que si le délire éclate peu de temps après Faction de la cause, il ne s’en manifeste aucun. Enfin ils ont plus ou moins d’intensité , selon l’irritabilité de l’individu , la nature de son délire latent , son genre de vie, l’état ordinaire de sa santé, etc.»

DE L’ALlÉifATIOJN' IttENTAEE.

« Tel est le mode de développement que suivent le plus ordinairement les symptômes qui précèdent l’invasion de la folie, et dont il est très important d’avoir une connaissance exacte, puisque nous y puisons la faculté de remonter à la source des désordres qu’offre cette maladie. Si les auteurs eussent ainsi analysé les différents phénomènes de l’aliénation mentale, s’ils les avaient pour ainsi dire surpris en naissant, se disputerait-on encore pour savoir quels sont ceux qui ont précédé ou suivi, ont été causes ou effets ? N’est-il pas évident que s’ils eussent reconnu ce que nous venons de prouver à l’instant, qu’un organe très important, très influent de l’économie, le cerveau, présente les premiers troubles dans ses fonctions, que ceux qui se manifestent ailleurs sont consécutifs à ceux-là et en dépendent, ils n’auraient jamais pensé à fixer le siège de la folie dans le thorax ou l’abdomen, et à regarder comme des causes la suppression des règles, du lait, qui ne sont que les effets de l’affection cérébrale ? »

Les faits particuliers que nous venons de rapporter font parfaitement bien connaître la période d’incubation des maladies mentales. Pour un esprit non prévenu, tout déjà y rend irrécusable l’affection primitive et idiopathique du

cerveau ; il ne reste plus qu’à donner l’énumération des symptômes principaux qui signalent l’invasion de ces maladies, pour dissiper tous les doutes que l’on pourrait encore avoir sur leur nature et leur siège : le désordre des fonctions intellectuelles et morales devient alors plus frappant, et l’on n’y peut, sous peine d’absurdité ou de mauvaise foi, y méconnaître tous les caractères d’une lésion de l’organe encéphalique ou de ses dépendances ; mais comme il importe beaucoup pour la thérapeutique dé ne pas laisser dans l’esprit de nos adversaires le moindre sujet de contestation, et que la description qu’il me serait facile d’en faire, d’après les tableaux que j’ai tous les jours sous les yeux, pourrait lem’ paraître suspecte, je préfère laisser parler l’auteur le plus célèbre de la dernière époque, le vénérable Pinel, dont le témoignage ici milite d’autant plus en notre faveur, qu’il a souvent placé lui-même, en dépit de l’observation, le siège primitif des maladies mentales dans la région de l’estomac et des intestins.

« Il survient , dit ce grand médecin, des agitations, des inquiétudes vagues , des terreurs paniques , un état constant d’insomnie, et bientôt après, le désordre et le trouble des idées se marquent au dehors par des gestes insolites, par des

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singularités dans la contenance et les mouvements du corps, qui ne peuvent que vivement frapper un œil observateur. L’aliéné tient quelquefois sa tête élevée et ses regards fixés vers le ciel; il parle à voix basse, ou pousse des cris et des vociférations, sans aucune cause connue ; il se promène et s’arrête tour à tour avec un air d’admiration réfléchie ou une sorte de recueillement profond. Dans quelques aliénés',,,'ce/sont de vains excès d’une humeur joviale et des éclats de rire immodérés. Quelquefois aussi, comme si la nature se plaisait dans des contrastes, il se manifeste une taciturnité sombre, une effusion de larmes involontaire , ou même une tristesse concentrée et des angoisses extrêmes. Dans certains cas, la rougeur presque subite des yeux, une loquacité exubérante, font présager l’explosion prochaine de la manie et la nécessité urgente d’une étroite réclusion. Un aliéné, après de, longs intervalles de calme, parlait d’abord avec srolubilité ; il poussait de fréquents éclats de rire, puis il versait un torrent de larmes, et l’expérience avait appris de le renfermer aussitôt, car les accès étaient de la plus grande violence. C’est par des visions extatiques durant la nuit que préludait souvent les accès d’une dévotion maniaque; c’est aussi quelquefois par des rêves

enchanteurs et par une prétendue apparition de l’objet aimé, que la folie par amour éclate quelquefois avec fureur, qu’elle peut prendre le caractère d’une douce rêverie , ou bien ne laisser voir que la confusion la plus extrême dans les idées, et une raison entièrement bouleversée, b

Les symptômes caractéristiques de l’aliénation mentale observés pendant la période d’excitation, et dont on a pris connaissance au commencement dé ce chapitre, en lisant la description qu’en a faite d’une manière générale le professeur Esquirol, ne permettent pas non plus de chercher ailleurs que dans le cerveau le siège de cette maladie.

Que cette affection se termine d’une manière fimeste ou heureuse, l’observation clinique ne fournit encore que des preuves en faveur de notre opinion. Lorsque le malade guérit, les fonctions cérébrales rentrent dans l’ordre physiologique, les sentiments et les penchants pervertis , exaltés, ou affaiblis, reviennent insensiblement à leur état normal, et l’intelligence reprend sa supériorité ; si la maladie s’aggrave, toutes les facultés intellectuelles et morales se troublent ou s’anéantissent à la longue, et à un tel point qu’il ne reste souvent chez ces infortunés aucun desxaractères distinctifs de rhumanité.

DE E’ALTÉNA.TIO]>r MENTALE. .>45

L’ouverture des cadavres ne va point démentir nos assertions ; ce sera, si je puis parler ainsi, notre troisième démonstration; elle ne sera pas moins évidente que les deux autres.

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