‹ Des causes morales et physiques des maladies mentales et de quelques autres affections nerveuses, telles que l'hystérie, la nymphomanie et le satyriasisChapitre 6 sur 33 · PREMIÈRE OBSERVATION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE OBSERVATION

A. D., âgée de quarante-six ans, était fille

de service ; taille moyenne, cheveux châtains ; yeux bruns, petits; peau brune, embonpoint médiocre, douée d’une grande sensibilité; elle a beaucoup d’amour-propre, et est élevée dans les principes religieux.

Quatorze ans : première menstruation ; depuis, menstrues peu abondantes et irrégulières.

Trente ans : elle est amoureuse d’un jeune homme qu’on lui refuse; elle devient triste, mélancolique, se croit abandonnée de tout le monde. Les menstrues cessent, pour ne plus reparaître; elle se jette dans une extrême dévotion , fait voeu de chasteté et se voue à Jésus-Christ. Quelque temps après, elle manque à sa promesse ; les remords s’emparent d’elle ; elle est damnée, livrée au diable ; elle souffre tous les feux de l’enfer. Six ans se passent dans cet état de délire et de tourments, après quoi l’exercice, la dissipation, la ramènent à la raison et à ses occupations ordinaires.

Quarante ans ; délaissée d’un nouvel amant, elle renouvelle ses voeux de chasteté, et passe son temps en prières. Un jour, étant à genoux, lisant l’imitation de Jésus-Christ, un jeune homme

RELIGIEUSES

entre dans sa chambre, lui dit g^u’il est Jésus- Christ , qu’il vient la consoler; que, si elle s’abandonne à lui, elle n’aura plus à redouter le diable ; elle succombe. Elle se croit, pour la seconde fois, au pouvoir du démon; elle ressent tous les tourments de l’enfer et du désespoir. Envoyée à la Salpêtrière, elle y reste presque toujours couchée, gémissant nuit et jour, mangeant peu, se plaignant continuellement et racontant ses malheurs à tout le monde.

Quarante-six ans; 16 mars i 8 i 3 . Cette femme est transférée aux infirmeries des aliénées : maigreur extrême, peau terreuse, face décolorée, convulsive; les yeux ternes, fixes; haleine fétide; langue sèche, rude, parsemée de points blanchâtres; refus des aliments, quoiqu’elle dise être tourmentée par la faim et la soif; insomnie; pouls petit, faible; tête pesante, très brûlante à l’intérieur, extérieurement étreinte comme avec une corde; constriction très douloureuse de la gorge; elle roule sans cesse la peau du cou avec ses doigts et la repousse derrière le sternum, assurant que le diable la tire, l’étrangle et l’empêche de rien avaler; tension considérable des muscles de l’abdomen , qui, lui-même, est sensible par le toucher ; constipation ; sur le dos de la main droite et du pied gauche une tumeur scrofuleuse.

FSTITÜTIOWS

Le diable a placé une corde depuis le sternum jusqu’au pubis, ce qui l’empêche de rester debout; le démon est dans son corps, qui la brûle, la pince, lui mord le cœur, déchire ses entrailles; elle est entourée de flammes, au milieu des feux de l’enfer, qu’on ne voit pas. Personne ne peut croire à cela; mais ses maux sont inouïs, affreux, éternels; elle est damnée, le ciel ne peut avoir pitié d’elle.

Avril i 8 i 3 : diminution des forces; la malade ne voit plus les personnes qui l’approchent; le jour lui paraît une lueur, au milieu de laquelle errent des spectres et des démons qui lui reprochent sa conduite, la menacent et la maltraitent.

Elle repousse toute consolation, s’irrite si on persiste; l’assistance des ministres de la religion est inutile; les secours de la médecine sont rejetés ; sa maladie ne s’étant jamais vue, les hommes n’y peuvent rien; il faudrait une puissance surnaturelle; elle maudit le diable, qui la brûle et la torture; elle maudit Dieu, qui l’a précipitée dans l’enfer.

Mai i 8 i 3 : marasme, membres abdominaux rétractés sur l’abdomen ; chute des forces, quoiqu’elle ne doive jamais mourir.

22 juin : mort à sept heures du soir.

RELIGIEUSES

Page 1