TROISIÈME OBSERVATION
H...., âgée de cinquante-un ans, marchande foraine, n’ayant eu ses menstrues qu’à l’âge de vingt-quatre ans, sujette à la céphalalgie, aux coliques, est mère de trois enfants. Pendant sa dernière grossesse, à l’âge de trente-six ans, elle lisait l’apocalypse et des livres de revenants et de sorciers. Souvent elle était effrayée de ses lectures. Sa couche fut laborieuse, et après elle eut plusieurs syncopes ; elle croyait voir des flammes. Yers l’âgé de trente-sept ans, elle emprunte de l’argent pour obliger un parent. Le créancier l’inquiète, la menace; tourmentée par cette dette, et étant à se promener dans le jardin de sa maison, le diable lui apparaît, lui propose de signer un papier avec du sang tiré du petit doigt de la main gauche, et lui promet la somme d’argent qu’elle doit : après bien des débats, elle écrit la renonciation à Dieu et son dévouement au diable ; aussitôt la terre tremble sous ses pieds et autour d’elle ; sa maison est entourée par un tourbillon qui l’ébranle et brise les toits. Dans cet instant, le malin esprit disparaît, emportant son corps, et n’en laisse que le simulacre. Tous ses voisins ont été effrayés de tous ces phénomènes. Son corps étant au diable, son image est
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tentée de se jeter dans l’eau, de s’étrangler. Le diable l’excite à divers crimes ; se sentant dévorée par les feux de l’enfer, elle s’est jetée dans une marre et brûle davantage depuis. Elle n’a point de sang; elle est absolument insensible. Je traversai la peau de son bras avec une épingle, sans qu’elle parût éprouver de la douleur. Elle restera éternellement sur la terre, jusqu’à ce que des hommes savants aient trouvé le moyen de contraindre le diable à rendre son corps créé. Tout ce qu’elle dit lui a été enseigné par le corps qui n’est plus et qui était sur terre.
Cette femme est très maigre, sa peau très noire ; le chagrin et le désespoir sont tracés sur sa face, qui est très ridée. Elle se promène paisiblement en tricotant. Elle évite ses compagnes ; elle ne se croit point malade, et gémit sur son état misérable que rien ne saurait changer. Elle est tranquille, supporte la contrariété, et a un grand désir de se guérir. En flattant cet espoir, elle a consenti à se faire magnétiser quatre fois sans éprouver les moindres effets du magnétisme.
Dans l’espérance que son portrait serait porté à M. l’archevêque, elle s’est très bien posée pour se faire dessiner. Tel est l’état de cette infortunée depuis douze ans.
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