OPÉRATION PAR LE CAUSTIQUE. GUÉRISON
3[nio ye (le p; ^ propriétaire à Londres, a eu trois filles dont la cadette est âgée de 17 ans. Depuis six ans elle souffre fréquemment d’hémorragies utérines abondantes qui l’ont plongée dans un état d’anémie et d’affaiblissement profond. Chaque époque menstruelle est précédée, accompagnée et suivie de douleurs utérines, abdominales très violentes s’irradiant à la région lombo-sacrée (signe caractéristique des affections du col utérin). Le sang qu’elle perd est, au début surtout, noir, fétide, d’odeur sui-généris qui fait diagnostiquer le cancer au praticien expert et habitué â traiter ces tristes affections.
Depuis six ans M™*" de C... a subi divers traitements sans succès. Les médecins anglais et français qu’elle a consultés la déclarent atteinte d’un ulcère cancéreux du col utérin, laissant peu de chance de guérison.
Le dernier chirurgien qu’elle a consulté en Angleterre
lui a conseillé de passer l’hiver en Belgique où le climat est meilleur et moins humide qu’à Londres.
Arrivée à Bruxelles le 28 novembre 1874, M"’® de C..., à peine descendue à l’holel, est prise d’hémorragie utérine grave, accompagnée de douleurs vives et de syncopes, qui met ses jours en danger.
Je suis appelé à lui donner des soins et j’ai recours à la médication générale tonique et hémostatique locale, surtout le tamponnement du vagin.
Le 29 novembre, l’état de la malade est moins grave, et le 30 novembre toute hémorragie a cessé. La malade peut prendre quelque nourriture substantielle; les douleurs ont cessé sous l’inlluence d’une potion composée de 2 grammes de solution de perchlorure de fer à 30® et de 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine dans 150 grammes d’eau de menthe.
Le 2 décembre 1874 l’état satisfaisant de la malade me permet l’examen attentif des organes génitaux. Le toucher et le spéculum me font découvrir un ulcère fongueux du col, à bords calleux, durs, irréguliers, cet ulcère a envahi l’orifice externe et la partie centrale du col fortement hypertrophié, et la sanie qui s’en écoule répand une odeur caractéristique, cancéreme qui ne trompe pas.
L’examen du raclage de l’ulcère au microscope découvre des cellules épithéliales nombreuses et caractéristiques, ce qui vient confirmer le diagnostic clinique qui du reste ne trompe jamais chez le médecin attentif et habitué à l’étude et à la marche de ces affections.
N’ayant pas constaté de ganglions durs aux aines, dans le péritoine, ni dans le cul-de-sac rétro-vaginal, nous étions autorisé à croire à l’absence de la cachexie et à
conseiller l’opération par le caustique.
La malade accepta notre conseil et nous dit (pi’elle
était disposée à courir toutes les chances d’une opération quelque grave (ju’elle fût, puisqu’elle avait la conviction de ne pouvoir plus vivre longtemps.
Le 4 décembre 1874, après avoir vidé la vessie, et protégé par de la charpie les parois du vagin, je remplis l’excavation faite au col utérin par l’ulcération, d’une pâte caustique composée de farine de froment, chlorure de zinc et acide phénique cristallisé en parties égales et manupilée de façon â pouvoir s’en servir comme du mastic des vitriers. Je laissai cette pâte caustique à demeure pendant douze heures, administrant à la malade, très courageuse, une potion composée de :
Hydrate de chloral 2 gr.
Sirop morphine 50 —
Eau distillée 100 —
A prendre une cuillerée tous les quarts d’heure jusqu’à sommeil.
Le 5 décembre, nouvelle application de caustique, les douleurs sont très violentes et des signes de péritonite se manifestent; pouls à 120, lièvre, nausées. Une potion composée de 4 grammes de chloral et de 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine plus un gramme d’alcoolature d’aconit, prise par cuillerée toutes les demiheures, rétablit le calme.
Le 6 décembre, l’escharre est très dure et un liquide fétide s’écoule par le vagin.
Injections et irrigations vaginales avec la décoction de quinquina 1000 grammes, additionnée de 500 grammes d’alcool camphré et de 5 grammes d’acide phénique liquide.
Tamponnement du vagin avec l’ouate imbibée de glycérine phéniquée.
Le 12 décembre, l’escharre s’est détachée et au moyeu d’une pince je retire du vagin une tumeur composée de tout le col utérin et de la paroi postérieure qui forme le cul-de-sac du vagin, et laissant voir l’érosion des tissus par l’ulcère.
A partir de ce jour l’opérée va parfaitement bien ; un bon régime, des toniques et des ferrugineux rétablissent ses forces et le 2o décembre, la cicatrisation est terminée, la malade sort en voiture et la guérison est complète.
En décembre 1881, j’ai appris que de C... jouissait encore d’une parfaite santé; depuis je n’ai plus eu de ses nouvelles.