‹ Des caustiques dans le traitement du cancerChapitre 3 sur 23 · DANS · texte numérisé non relu

DANS

ET DE CERTAINES AEEECllONS ClllDUllOlCALES

En médecine et en chirurgie* pratifjues, il ne faut avoir ni idées j)réconçu(‘s ou sysléinati([ues ni jeréjugés ni dogmes, et pendant (jue les rluHeurs se disputent la découverte des secrets de la science pure, le j)raticien a raison do se renfermer dans le rôle plus modeste, mais ])lus utile, d’ol)servat(*ur rigoureux des faits clinicpies (*t des résultats tliérapeuli(|ues oblcnus. Fidèle à la iradition hippocratifiue ; « prévenir d'abord, (juérir ensuite èl en/in souhKjer d, le j)raticien ne rejette pas, de parti pris, une idée, un moyen, un j)rocédé, une méthode*, un remède anciens ou nouveaux; il ne voit (*-t il ne doit voir (jue le soulagement, la guérison des malades et les bienfaits de la science; mis au protit de Ehumanité.

La médecine et la chirurgie, après avoir subi h* joug de l’empirisme, sont devenu(*s une sci(;nc(; exacU*, positive, grâce surtout aux mélhod(;s (;xj)érimenlales (*t â l’observation rigoureuse d(*s faits. Aussi tout praticit;n a-t-il le droit d’étre é(;outé epiand il signale les résultats de son expérience, parce; epu; h*s malades profiteront souvent plus d’une médicalion, basée sur le bon s(*ns pratique, que d’une dissertation académiepie. Dans l’art

(le guërir, tous les moyens sont bons pourvu qu’ils soient utiles et l’on aurait tort de rc'pudier une pratique quelconque, sous prétexte qu’elle n’est pas assez scientifique ou assez brillante pour celui qui l’emploie.

Le progrès ne consiste pas à déiraire ou à renier ce qui existe et ce qui a fait ses preuves, mais à le respecter et à en user pour le perfectionner sans jamais perdre de vue, surtout en médecine comme en sociologie, que le mieux (*st parfois rennemi du bien et que la vérité du lendemain s’est souvent fait jour, gi*âce à l’erreur ou à riiypnllièse de la vcélle.

A notre avis, c(^ n’est point parce que la méthode antiseptiipu* du(‘ à Lister, bi grand cliirurgien anglais, et aux travaux (b* l'illustre Pasteur, fait (b‘s merveilles dans les opérations sanglantes, (pi’il faille laisser au bistouri un droit et un privilège exedusifs dans le domaine de la cliirurgicî. Avant (ropércu* une tumeur (juelconque, il faut bi(!n voir si elbi est avantageusement opéralile pour celui (pii la porte, et en sec'xmd lieu, l’observation clinique et rexjiérience doivent décider du procédé qui convient le mieux à chaque cas déterminé.

Au lit du malade ou du blessé, soyons, comme le disait b* savant cliirurgien de la Pitié, M. le professeur Verneuil, dans une d(‘ ses plus int(‘ressant(‘s conférences, faite à l’Académie de médeciiu^ de Belgique en 1887, soyons avant tout médecin, ce (pii nous empêchera d’abuser des opérations et nous rendra jdus expert et plus utile chirurgien.

Malgré l’antisepsie, les accidimts opératoires ne sont pas bannis de la jiratique cliirurgi(îale et la statistique des li(’)pitaux nous montre encore bien des victimes de l’instrument tranchant. S’il faut réserver le couteau et la scie .doLir l’ablation des membres et des parties osseuses

qu’on ne peut conserver, jiour les résections, les laparotomies, les ovariotomies, etc., en un mot, pour toutes les op(‘ralions qui consistent à enlever un membn; ou un néoplasme bien limité, en est- il de meme (piand il ne s’agit j)as seulement d’enlever le néoplasme, mais encore les parties voisines et des surtac(îs oii ce néoplasme a des racines et des prolongements (jue le bistouri ne peut atteindre et que les sens exercés du chirurgien ne peuvent découvrir?

I^’action chimique et élective de certains caustiques n’est-ellc pas plus sûre, plus profonde, plusetlicace dans certains cas, que le grattage, le raclage ou la section? l*ourquoi donc Hij)pocrate et tous les chirurgiens qui lui ont succédé juscju’à nos jours, ont-ils fait si grand cas du f(îr rouge, de la cautérisation par l’huile houillanûî, fies caustiques chimifpies, du galvano-caustifjue et du thermo-cautère?

Il nous semble que s’ils n’avaient point de raisons sérieuses pour employer ces moyens, ils se contenteraient mieux que jamais de l’instrument tranchant sous scs mille et une formes, dc'puis le grand couteau jusqu’au bistouri et au ténotome, depuis les ciseaux jusfju’i'i l’amygdalotome et au lithotome? Au contraire*, c’est qui trouvera le nnélleur moyen de rougir un cout(‘au par le feu, rcssence d(^ Ixmzim; ou l’électricité!

N’est-ce |)as la preuve d(î la non omnipotence de l’instrument tranchant? et s’il en (ïst ainsi j)Ourquoi ne j)as étudier l’action de certains caustiepuîs (jui, par leur composition chimi(|ue, détruisf'ut 1(!S tissus morbides c't |)roduisent dans hss tissus vivanls d(‘s moditications importantes et salutaires? Mais j)ourtant si le bistouri n’a plus de rival, si c’est h; sp('“C.ili(pie uni(p>e de la chirurgie moderne, et peut-être hieiilôl de* la nu'dc'cine, car il

paraît qu’on résèque aujourd’hui des poumons aux phtisiques, alors (jue jadis on essni/a de les eautériser, ce qui n’était pas aussi irrationnel; s’il n’y a plus que le bistouri en chirurgie, même en dépit de la clinique et des lois de l’observation, pounjuoi ceux-là mêmes qui l’emploient avec autant de passion que d’adresse cherchent-ils encore d’autres moyens? Et pourquoi, rpiand des praticiens se trouvent bi(;n d’autres |)rocé(hîs oj)ératoires moins dangereux, plus simples et plus etlicaces contre les récidives, les virtuoses de la méthode sanglante ne se donnent-ils pas la peine d’expérinumter avec soin les causti(jues, et sacrilient-ils à l’enlhousiasme du brio opératoire la guérison définitive d(*s malades et les avantages de l’Ecleclisme médical?

Ah! s’il n’y avait (pi’à couper, à enlever, à réséquer ])our guérir, nous sc'rions aussi de l’avis que a eito r> (êest le mieux et (jue rien m* vaut le bistouri ! Mais dans les ulcères malins, syphiliti(pjes , cancéreux, dans les tumeurs de mauvaise nature, n’y a-t-il absolument pas autre chose à faire (ju’à enlever le néoplasme? Est-on toujours bien certain de l’avoir enlevé complètement?

Quand, avec rinslrument tranchant, vous faites l’ablation de la tumeur et des ganglions durs, avez-vous enlevé de ce brillant coup de bistouri les vaisseaux afférents et elférents tjui sont gorgés de suc cancéreux ou de bactéries infectieuses? Voire couteau a-t-il pu trouver et couj)er dans les tissus voisins qui semblent parfaitement sains aux yeux du chirurgien expert les radicelles imperceptibles disséminées dans la trame de ces tissus voisins? l‘eut-il atteindre les derniers retranchements des bactéries emportées par les capillaires sanguins ou lymphati- (|ues? Ce (jue le bistouri ne peut faire, ce (jue l’œil le plus exercé ne [)eut découvrir, certains caustiques chi-

niiques le découvrent surenieiit et j)euveiit le détruire. C’est là un des points les plus importants de notre observation et de notre prati(iue cliirurgicale, et sur lecjuel nous attirons l’attention de tous ceux (jui se dévouent au grand art de guérir.

Le lobe pulmonaire, ((ue certains cliirurgiens osent resé(|uer aussi audacieusement (jirimprudemment, est-il la seule forteresse où se soient retranchés les baciles de la tuberculose ?

Le raclage, le grattage des surfaces et des cavités comme l’utérus, et j)eul-étre bientôt de l’estomac, si l’audace et l’engouement o|)ératoires continuent, n’en déplaise à la |)auvre humanité, victime inconsciente et trop docile de l'expericutia in nninia vili, n’ouvriront- ils pas toutes larges les portes de l’économie aux microbes de la septicémie et des maladies |)arasilaires?

Lien jus(|u’ici n’a pu inlirmer d’une manière absolue l’assertion clini(juc de Loyer, que : « Toute plaie est une porte ouverte à la mort », ni les remarcjuables expériences de Sédillot, sur la iddébite et l’infection [)urulente.

La statisti(jue enregistre enc.ore tous tes jours des cas d’accidents opératoires mortels, et maintenant (jue la nature microbiemuî, contagieuse, épidémi(|ue même du tétanos traumatique vient d’étre découverte, faut-il faire fi de l’action .inolfensive, moditicatrice d(îs causticjues dans le traitement d(!S j)laies, des ulcères aloni(jues ou de mauvaise nature, dans le traitement chirurgical des tumeurs malignes, sypbiliti(jues ou cancéreuses. Si nous avons perdu notre enthousiasme })our l’instrument tranchant dans bien des cas, c’est parce que nous l’avons vu hélas! trop souvent échouer, non \kis eom me succès opératoire (lu moment, mais comme moyen curatif, comme succès chirurgical délinilif, ce (jui importe le plus pour

l(.‘s pauvres malades. I.a statisticpie des plus grands chirurgiens fourmille de ces insuccès et ces insuccès innombrables ont conduit à cette conclusion aussi désespérante que désastreuse (i) :

« Le cancer étant une atlèction constitutionnelle, dia- )) tbési(jue et toujours incurable, il ne faut opérer qu’à )) la dernière extrémité [in extremis), puisque la récidive » est cerlaine. »

Mais alors au lieu d’opérer encore, puisque c’est absolument inutile; pourquoi, comme le font assez bon nonibri! de chirurgiens logiijues avec eux-mémes, soumettre encore les malheureux patients aux tortures et aux péripéties d'une opéralion chirurgicale? Dans ce cas, la science et riiumanité ne nous obligent-elles pas à une sage expectation ?

Nous établirons plus loin que la diathèse cancéreuse pr éexistaute est un mythe, comme la constitutionnalité absolue de cette maladie. Le cancer peut être héréditaire, comme la syphilis et la tuberculose, mais pas plus (pie les deux autres affections il ne l’est fatalement, et notre exj)érience, d’accord avec les découvertes bactériologiques, nous pcu’inet d’atlirmer qu’il est bien plus de cancéreux, de syphiliti(pies (;t de tuberculeux par infection ou par contagion, (pie par hérédité.

Aussi nous attribuons le grand nombre d’insuccès et de récidives dans les tumeurs cancéreuses opérées par l'instrument tranchant à deux causes : on opère trop tard, quand réconomie toute entière est infectée par le suc cancéreux, c’est-à-dire quand le malade est atteint de caehexie cancéreuse.

( 1) D’après Gross, la récidive locale a lieu dans l'espace de trois mois après l’opération par le bistouri d:ins 81, 81 j). 100 des cas. (V. Encyclopédie internationale de chirurgie du D‘' John Ashhurst. T. VI, p„ 232. Cancer médullaire.)

2" En opérant par le bistouri, avant même (|ue le mal ne se soit généralisé dans l’économie, on ne le détruit pas jus(iu’en ses dernières racines, et j’appellerai à cet égard l’attention des |)rati(;iens. Où se produisent les récidives? Toujours ou pres(|ue toujours dans la région opérée ou dans la zone des ganglions superficieh ou profonds de cette région. Je souligne à dessein ces deux mots parce (ju’il arrive IVécpuanment, rpi’cm enhoant une tumeur et en ayant soin de couper bien avant dans les tissus sains circonvoisins du néojdasme, on a laissé, dans les parties profondes, des vaisseaux ou des ganglions lymphatiques ayant (bijà subi la d('généres(;ence cancéreuse et dont il était absolument impossible de découvrir l’état patliologir{ue. Comme nous le verrons plus loin, le causti(|ue nous permet de découvrir ces traces de productions cancéreuses.

Nous sommes absolument d’accord avec M. le j)rofesseur baron Michaux, de l’Eniversité de Louvain, (pji conseille, dans l’opération d(is tunuairs du s(;in a(;compagnées d’adénopathies axillaires, d’enlever non pas seulement tous les ganglions du creux de. l’aisselb», mais encore la traînée en cordon [)lus ou moins dur (|ui réunit en quebiLie sorte le sein malade à la j)léiade ganglionnaire. Nous avons vu souvent, dans (U“s cas (b^ cancer du sein, ((ue le muscle p(*cloral était altén* dans une grande partie de ses libri^s et avait subi la dégénérescenc(! cancéreuse, alors (pie la tunuuir semblait mobile et d(ïs mieux circonscrit(;. i^’action éleciive de notre pâte caustique a pu seule nous révéler cet état jiathologiipie (pii échapjie au bistouri et à l’attention du cbiiairgien le plus expert.

Aussi, en pr( niant l’utilité (*t la su|>éri()iMt('' du causliipic! dans le traitement du cancer et de certaines alléctions

cliirurgicak’s, nous ne sommes pus des apôtres, mais des convertis par l’expérience des faits et des résultats obtenus. Nous avons été étonné de la façon rapide dont se guérissent les plaies j)ar le causti(jue, des modifications profondes qui s’opèrent imjmnément dans les tissus par certains caustiques à base de chlorure de zinc, et particulièrement par la pâte causticjue du docteur Bougard, et j)ar la pâte que nous avons composée et dont nous publierons j)lus loin la recette; enfin de l’action éleclivede ces agents chimiques sur les tissus morbides, de façon à j)Ouvoir suivre et détruire les racines du mal jusque dans ses derniers retranclunnents.

Mais, dii’a-t-on, remj)loi du caustique pour l’ablation de tumeurs volumineuses cancéreuses ou autres, est long, douloureux et par conséquent doit débiliter les malades et être plus nuisible (jue l’emploi radical du bistouri.

Nous répondrons (jue rexj)érience de vingt années de pratique nous a prouvé que les malades le supportent très bien et (jue leur santé n’en est pas altérée; au contraire, à mesure (jue le caustique détruit une tumeur ou un ulcère; de mauvaise nature, on s’aperçoit que le teint de l’opéré se modifie, que le sommeil et l’appétit reviennent.

Quant à la doul(;ur, les applications topiques de solution de cocaïne, d’anti j)yrine, les injections hypodermique de ces deux puissants analgésiques, d’après la méthode du professeur (iermain 8ée, de l^aris, les narcoti(|ues divers, etc., ont aisément raison des souffrances du caustique, beaucoup plus redoutées des médecins hostiles à cett»; pratiqm; (jue d(!S malades qui les craignent bien moins (jue remj)l()i de la méthode sanglante. Nous ajouterons (ju’il n’i'st |)as d’hémorragie à craindre avec le caustique, (ju’il' ne faut |)oint avoir recours à l’attirail toujours trop compliqué, pour les médecins de

campagne surloul, de la mélliude anlisej)li(|ne ; que le causti(jue est le meilleur et le plus |)uissaiit licmüstati()ue; (ju’il est rautisepti(|ue par excellence, parce (|u’il ne se borne pas à agir à la surface, mais (pi’il pénètre dans la trame profonde des tissus; (pie le causlicpie n’exige ni soins assidus avant, pendant et après l’opération, ni ces mille et une précautions, si i'aciles à réaliser dans les lujpitaux, mais si ditliciles dans la praticpie civile, dans la médecine des pauvres, surtout à la campagne, pour pouvoir éviter, prévenir ou combattre les hémorragies, la septicémie, le tétanos, la syncope, le choc traumatique encore si fré(juent et toujours redoutable, et tous les autres accidents opératoires cpii font encore bien des victimes, sans oublier remj)oisonnement cbloroformiipie.

V^oilà pourquoi nous allirmons (jue l’emploi des caustiques ne doit pas être banni de la praticiue chirurgicale, mais (ju’il est précieux et utile d’étudier les causti(jues, de régler méthadicjuement leur mode d’enijiloi aün de pouvoir y recourir clKUjue fois (pi’il y aura lieu, non seulement d’extirper un néoplasme mal circonscrit, comme le sont les tumeurs malignes, mais encore de modilier prolondément les surfaces malaibîs ; clnnpie fois (pie l’étal de faiblesse du sujet ou sa pusillanimité fera craindre l’hémorragie, le choc lraumali(pie, la syncope ou d’autres complications habituelles des opérations sanglantes ; cha(|ue fois surtout ((u’on pourra espérer, dans les cas d’ulcères profonds, de tumeur blanche, d’osUîïte, de carie osseuse, de cons(;rver le membre par une cautérisation profonde et modiiicatrice (pii amène souvent les plus heureux résultats et ipii éviti; ces lalales répercussions dialhési(pies signalées est si redoutées parVCrneuil (;t bien d’autres chirurgiens distingués.

Nous ferons remanpier (jue l’emploi du causti(pie est

surloul indiqué au début des tumeurs alors qu’elles sont encore peu développées et (jue le bistouri effraierait le inakub' et ne pourrait pas être accepté par lui. Dans ces cas roj)ération par le causliciue est simple, facile pronq)te et ne doit pas plus etirayer le malade que l'application tl’un vésicatoire.

Dans son remarquable ouvrage sur le « Pansement antiseptUine » (2*' édition fran(,‘ais(î, Daris, 18(S8), traduit par le docteur Eugène de la Harpe, de Lausanne, M. le docteur de Nussbaum, professeur de clinique cbirurgicale à Municli, ('>crit à j)ropos du cancer, p. 272 et suivantes :

« 11 existe d’ailleurs (b“S observations recueillies j)ar » des cliniciens distingués, de cancers guéris par » d'énormes doscîs d’iodure de [)otassium et par un » jeûne systématicjue et longtemps prolongé.

» Il est hors de doute que le cancer épithélial des » lèvres, de la mufiueuse de la bouche, des joues, a » souvent été guéri à son début par des lotions alcalines » fai tes pendant longtemps, par des coin presses, desgarga- » rismes alcalins. J’em[)loie souvent, avec un bon résultat )) évident, une solution aqueuse de carbonate de soude )) à 2 p. 100. Cependant le mieux, c’est toujours d’enlever )) toute la tumeur, le [)lus tôt [lossible, avec le bistouri, )) le thermocautère on les eansliqnes. ('.es derniers, snrtonl » le ehlornre de zinc mélamjé avec l’amidon, parties égales » de cliacnn, m'ontsonvent para faire disparaitre un cancer, » mieux encore ijne ne le fait le bislouri.

)) La guérison radic(de d’un cancer est possible à la )) condition qu’on extirpe tout ce qui est carcinomateux )) et en outre toute la région voisine, irritée, disposée û » devenir cancéreuse; il faut opérer assez tôt pour qu’il » n'y ait pas ulcération et érosion vasculaire (jui ouvrent » la porte à l’émigration des cellules carcinomateuses.

)) Des recluîiTlies exaeles oui permis de eoiistaler (ju’on » a vraiment obtenu un certain nombre de guérisons )) radicales. »

On voit par ces lignes émanant d’un praticien éminent et d’une grande autorité chirurgicale en Allemagne, (pie VlncurabiHlé absolue du camper est aussi erronée cpie la doctrine de la dialhèse eancéreuse préexislaule.

Nous sommes heureux d’entendre le professeur de Nussbaum, un des virtuoses les plus expérimentés du bistouri et un des plus audacieux et des jilus heureux opérateurs, partisan convaincu des doctrines microhiennes et de l’antisepsie, proclamer dans son ouvrage (pie, dans le traitement des tumeurs cancéreuses, les caustiques chimiques sont plus etlicaces et prélérables à rinstrument tranchant. Dans son traité sur les tumeurs, le Ih’otesseur Droca signale aussi les bons résultats des caustiques.

11 ne sutlit pas de faire le diagnostic d’une tumeur, il inqiorte surtout de décider si la santé du malade, c,om- ])orte une opération; (pud est le moment ()ropi(H; jxuir la faire et le procédé le moins dangereux et le plus utih^ au jiatient. (à; sont là des considérations imj)<)rlantes (lict(3es [)ar la siuence et l’humanité, et (pie l’illustre Velpeau savait si bien faire prévaloir dans ses remanpiables travaux sur le cancer et la nu-decine ojiératoirii.

Le diagnostic au début des tumeurs (!st encore obscur, si l’on ne peut |)as toujours déterminer la nature bénigne ou maligne d’une tununir à son début, on a aujourd hui la cerlilmh! (ditiiipu*, (*1 h\s plus grands chirurgiens sont de cet avis ; Velpixm, Dilirolh, von Langenbeek, Virchow, Verneuil, Dinoubaix et bien; d’autres, (pie les tumeurs btuiigiuîs peuvent (hîvenir malignes dans le cours de leur évolution.

Une erreur dans laquelle on verse eneore aujourd’hui c’est de ne déclarer une tumeur maligne ou cancéreuse que lors(|ue cette tumeur, |)ar son développement ou par les symptômes mori)id(;s qu’elle provocjue, compromet l’existence du sujet (jui la porte. 11 en résulte qu’on a été rassurant, très rassurant pour le malade jusqu’au jour où la constitution s’altérant et l’existence étant compromise, on parle d’opération grave et de résultats problématiques.

(À! qui a le plus contribué à propager cette manière d’expectation jus(|u’au monunit fatal, jisycfiologique de l’opération tardive et troj) souvent inutile alors, c’est la théorie de l'hypoa/oturie comme signe diagnostique cerlain du cancer et des tumeurs malignes, venant en (piehjue sorte et pour les besoins de la cause, remplacer celle de la cellule cancéreuse dont l’existence n’est plus admise aujourd’hui.

.Nous avons analysé et fait analyser dans de nombreux cas de cancer confirmés, récidivés et incurables, les urines par les procédés que préconisent Mi\l. les jirofesseurs Depaire, pharmacien chimiste et le docteur Uommelaere, de Bruxelles, et qui ne sont autres que ceux de la méthode d’Eshach plus ou moins moditiés, basée sur la décomposition de l’urée en eau, acide carboniiiue et azote, au contact à froid de l’hypohromite de soude. Nous pouvons allirmer que nous n’avons jamais rencontré d’hypoazoturie constante, même dans les cas de cancers incurables, que lorsque le malade était arrivé à lui état de cachexie ou d’atrepsie (pii mettait ses jours en danger.

Alors et toujours nous avons constaté l’hypoazoturie et riiypochlorurie progressives jusiju’à la mort; ce qui est absolument conforme aux lois physiologiques de la

nutrition et do la dénutrition organiques; l’urée étant, eomme l’ont démontré Ilrouardel et Armand (iauthier, 1(^ produit ultime, excrémoitHicl de l’oxydation et de la combustion des matières a/otées : créatinine, xantine, sarcine, acide uricjue (1).

Dans plusieurs cas de cancau* du sien pcm développé où nous avons trouvé l’hypoa/oturie, nous avons découvert en cbercliant bien, cbez mémo sujet un cancer de la matrice très avancé et qui n’attirait guère l’attention de la malade attribuant à son retour d’age les bémorragi(‘S tWbjuentes dont die était atteinte. Une autre lois nous avons trouvé <‘n même temps (|u’un cancer du S(!in à la première période, un cancer du col utérin (m voit; d’ulcération; du'z une autre malade nous avons (b'couvert une tumeur cancéreuse du t'oie; (‘t encore deux cas (b; cancer de la plèvre et du poumon, l’un chez uikî lèmme (‘t l’autrcî chez un bomme, tous deux âgés d’environ dn(piant(;-cin(j ans.

(b‘S faits nous font conclure av(îc bon nombia; de cliniciens : Dujardin-lîeaumetz, l{abut(‘au, Deroubaix, 1'biry, llenrijean et Urost de U}èg(î, (puî riiypoazoturii' n’cist pas le signe enractirisliqiie et constant des tuiiu'urs malignes et de la diathèse cancéreuse ('2).

Pour ce (pii nous concerne personnellement, nous avons la (!onviction basée sur ri'Xjiérience de malades observés pendant plusieurs aiimb's et sur ib;s anaivses

(1) Voir UKOUAiiDKr.. L'nvée et le foie, Paris, 1S77. — Armand Gauthier. Cldmie apitliqnêe à la physiologie, 1. II. j). l^etsiiiv. Paris. 1S7I.

W. WuNDT. Nouveaux élémeals de physiologie humaine, Paris, 1872. Vradiiciiou du doctour Houciiaru, v. p. 831 cl suiv. Delà production de l'élimination de l’urée.

Docteur G-, Harlky. De l’urine, Paris, 187.7. Traduit de l’aiij^lais [lar le docteur IIaiin, v. j). 72 cl suiv.

(2) Voir Henrijean et Prost. Contrilnduni à l’étude des urines pathologupies, p. 31 et suiv, Bruxelles, Manceaux, 1S8G. — Dkrouhaix. Elude s^a' l'ablation de la langue, Bruxelles, 188G, p. 10 et suiv.

d’uriues faites avec le plus grand soin et souvent contrôlées par nos amis, MM. Delchevalerie et Denayer, pharmaciens-cliimistes, à Bruxelles :

1" Que riiypoazoturie peut se produire, de même que riiypoclilorurie, dans le cours de toutes les affections bénignes ou malignes, aiguës ou chroniques;

Qu’elles dépendent non seulement de la maladie mais encore de diverses conditions de régime, de digestion, d’activité musculaire, d’émotions morales, de nutrition ou de dénutrition plus ou moins actives du sujet, et que par conséquent, elles ne peuvent apporter dans 1<‘ cancer ou les tumeurs aucun élément certain de diagnostic sous le rapport de leur bénignité ou de leur malignité;

3" Qiu' dans le cours d’une affection quelconque, lorsriiypocliloruri(! et riiy[)oazoturie s’accentuent d’une manière progressive, c’est un signe certain de la cachexie ei non de la (liatlièse qu’il ne faut jamais confondre puisque ce sont deux choses absolument différentes;

4" Que lorsque l’hypochlorurie quotidienne descend au-dessous de deux grammes et l’hypoazoturie au-dessous de huit grammes, le malade est en danger de mort; mais nous devons ajouter que dans ces cas, il est bien d’autres symptômes locaux et généraux qui avertissent aussi sûrement de la tin prochaine ou des accidents septi(piesque l’extrême bypocldorurie ou azoturie. Le frisson initial de Dujmytren, les sueurs colliquatives, le faciès hippocratique, le délire ou le coma, la chute rapide et les oscillations brusques du thermomètre de 40" C. ù 30" sont des signes cliniques qui n’ont encore aujourd’hui rien perdu de leur importance ni de leur certitude, et que tout praticien ne saurait négliger.

Les points nous paraissent même parfaitement établis

parles travaux et les expérieuces du professeur docteur Honimelaere, puisque la plupart des nialad(îs cancéreux chez qui il a constaté la diminution (‘onstante de Turee sont morts à bref délai (I).

En eliet, des six cas de cancer pour lesquels le docteur Rommelaere a fait l’analyse de l'urée, cinq sont morts :

Le !**'■ cas, huit jours après son tmtréc à l'hopilaL

Le 2^^ cas, vingt et un jours après son entrée à riinpital. '

Léo'' cas, sejU mois après son entrée à l’hopitaL

Le 4^ cas, on ne dit pas ce cpi’il est devenu.

Le 0'' cas, est mort au bout d’un mois.

Le t)'* cas, est mort au bout de (juatrc mois (2).

Il est évident que le do(*t(nir llommelaere a confondu ici la diathèse, av(‘C la cacluîxic^ canc(*reus(; et qu’en voulant prouver l’existcmcc! de la |)r(miière, il n’a fait, par ces six observations de cancer, (puî hi(‘n établir la .seconde*. Notre pratiepui, les observations de cas de cancers nombreux suivis attentiveune-ut non pas |)endant (pu'bpies semaines, (piebpuis mois, comme* c’e^st la règle élans les be')pitaux, où la pluj»art eb's cancéreux ne; vie*nmmt .s’installeu* epi’à la elernière^ j)éiie)eb; , le)rsepie* la me)rt (*t la misère le;s pe)ursuive*nt, mais e)bse*rve‘s jumdant plusiemrs anné(*s, bis analyses erurine*s epie^ ne)us avons faite*s, les sympteuncs cliniepies e)bse‘rvés alte*ntivement, te)utes ces de)nne‘es ne*, ne)us pe*rme‘tt(*nt pas el'aelmedtre; l’exae'tituele de^s eleux prope)sitie)ns élu (tre»fesse*ur liommelaeu’e :

» 1'* L(i malidiiité se caraelérise par une viciatioti de In nulrilion iuHme, celle virialiaa ne serenconlre pas dans les Inmenî s bénujnes ;

(1) Voir. Annales de V IJ nirersitâ, de. BnixeUes, I. in. p!isf*s 20^ et suiv. Ro MM Kl, A K 11 K. Dii difff/ nos(/c dn aince}'.

(2) Voir. A Jinales de t’ Unirersité de lîrnxeUes, ISSa t I«r n.-in-es

21tetsuiv. - • - 1 h-

)) S*' l.e cancer est le résnital (f ane viciation de ta nutrition intime ; la réalité de cette viciation est établie par Vlnjpoazolurie (1 ). »

Nos études et nos observations eliniques nous ont conduit à formuler les trois propositions suivantes comme loi générale, et nous les soumettons volontiers à l’examen et au contrôle du corps médical :

1" léliijpoazotnrie constante n'existe pas plus dans les tumeurs mali(/)u's et cancéreuses à leur début, que dans les tumeurs béniqnes. bille ne se produit que lorsque le développemeid de ces tumeurs a déterminé un état cachectique du sujet.

Le cancer n'est point le résultat de la viciation de la nutrition intime de rindividu, mais il produit celte viciation qui amène la cachexie dont riiijpoazoturie est u)i des siqnes caractéristiques.

Il" L’hppoazoturie constante caractérise toutes les cachexies (cancéreuse, tuberculeuse, scrofuleuse, etc.) et est, avec l’fnipocldorurie proqressive, si elles se mainlienneid, la première, au-dessous de huit grammes, la deuxième, au-dess(n(s de deux grammes par jour, le signe d'une terminaison fatale et prompte dans toutes les maladies.

Un fait important à noter est celui-ci : Dans la séance de la Société des otiieiers de la santé publique d’Angleterre, M. le docteur Blyth a discuté la transmission du cancer par contagion. Il a cité des expériences et a donné plusieurs exemples d’infection chez les hommes par inoculation accidentelle. Le point de départ du cancer était souvamt des blessures, et, dans nombre de cas, le contact intime de cancéreux et de personnes saines avait paru répandre la maladie. A l’appui de son dire M' Wyn-

(1) Voir. Annales de l’ Lhi irersisé de Bruxelles, t. pages 240 et suiv. liOMMELAiiKK, Du dwjnostic du cancer.

ter Blytli a rapporté l’iiistoiro de trois personnes fjni avaient siKîcessivenient habité la même maison et (jui sont devenues eaneéreuses. (( Un étranger (jui visitait sou- )) vent celte liahitation est d(‘venu cancéreux; sa nièce » également; est-ce là une sim{)le coïncidence? No vaut-il » pas mieux invo(ju(‘r la contagion plutôt rpie cette soi- )) disant jyrédisjiimlwn individuelle^ (la diathèse) mjjste- » rieuse, hérédituire restée si UnKjtemps lulente (1)?? »

Si l’on considère clini(iuement (d histologicjuement que toute tumeur néoplasi(jue provient d’un élénienl normal de l’organisme dévié simplement de son type primitif (!^); si le tissu formant une tumeur trouve son type dans un tissu de l’organisme soit à l’état embryonnaire, soit à l’état adulte (.1. Midlen, sera-t-il nécessaire d’admettre la diathèse lateide ou piée.rislanle pour explicpier le développement de ces tumeurs dans un endroit (pielcoïKjue de l’économie?

La clinifjLie ne nous enseigne-t-elle pas tous hîs jours (jue ce sont les organes les plus (‘xposés aux viohmees,

(O Voir Bulletin médical de Paris, 2e année, no 4,

Armand (;autiiikr, (nivr. cité, t. II, pp. 3(50 (R 3G3.

Uaiujteau. Eléments d'urt)l(ujie, l’aris, 1875, p, Sfi et suiv.

I)r(T. Harley, traduit de l’anj^lais par le (!'• L. IIahn. ])e l'urmc et de ses altérations pathoUmviues , p. GG et suiv,

ID’ Rorert Rarnès, ciiirur<fieu de riiùpital St-Thoinas h Rondres. Traité clinvjtiedes maladies des femmes ,• traducti(ui pai" le d'' Cordes. Paris, 187Ü, v, p. GSOetsuiv.

])>■ C/OPi.AND. Diction of praet medecine, art. Cancer, p, 2S2.

1)1’ Carswell, The cnjclopoedia of pract tried., art. Scirrhus.

!)'• Virchow. Travail sur le Cancer.

!)>■ Rougard. Etude sur le cancer. Rruxelles, 18S2, p. iGG et suiv,

!)*• Deciiamhre. Dictiomiaire eni'ijcloitédviuc des sciences médicales t. 290. l’aris, 1884, p. 250 et suiv. ’

]<]. DE Renzi. V ariazonl délia quantita, délia n.rea .ser/reta ijiornalmehte in diverse malatie amiali univers de med., aoOl issi.

Ramty. Essai sur les variations de l'urée dans la tuberculose. Tliêse de Lyon, 1882.

R0N.SIN. Variations de Vurée, des phosphates et des chlortircs dans la tuberctdose.'ï\\ès,e. l’aris, 1883.

(2) Voir Ladoulrène. AnaUnnie pathologicpic. Paris, 1879, p. 8S2 et suiv.

au traumatisme qui présentent le plus souvent des altérations cancéreuses? Le cancer de la lèvre chez les fumeurs, l’épithélioma, les sarcomes encéplialoïdes, les squirrhes de la mamelh;, les épithéliomas du col utérin, conséquence fré(juente des avortements provoqués, des déchirures du col dans les accouchements trop précipilés ou par l’application intempestive du forceps? I^’ulcère mélanique de l’estomac et le carcinome glandulaire de cet organe chez les grands mangeurs, les buveurs d’alcool et les p(*rsonnes (pii mangent avec avidité, avalent des os de grives, des arêtes de poissons, des condiments irritants ou des licpiides lirfdants?

Pour le clinicien ipii voit et qui observe beaucôuj), il est rare qu’il ne découvre pas dans un cas de cancer la cause déterminante, occasionnelle de cet horrible mal sans devoir toujours recourir à la diathèse préexistante, ce mythe qu’on voudrait ériger en dogme, que le plus grand nombre admet et dont personne ne peut établir l’existence ni par la chimie, ni par l’iiistologie, ni par la clinique !

La question du diagnostic de la diathèse cancéreuse et des tumeurs malignes au moyen de l’hypoazoturie nous paraît si importante, au point de vue surtout du traitement de ces tumeurs, (pie nous ne nous sommes pas contenté de réfuter les propositions du docteur Kommelaere par l’opinion et les travaux de chirurgiens distingués et de physiologistes, par les résullats de nos observations

personnelles; mais nous nous faisons un devoir d’invo- (pier les propres travaux du professeur Rommelaere pour établir l’erreur de ses conclusions.

Si les tumeurs cancéreuses ou malignes sont toujours le résultat d’une dialhése préexistante, si l’hypoazoturie est la caractéristique de cette diathèse, il est évident que

chaque fois que l’Iiypoa/oturie sera conslalée dans un cas de tumeur qiKdcomjue, ii n’y aura [)lus à songer (ju’à rexpeclation ; car ce serait une faute grav(i d’opérer encore ces tumeurs, puisepui l’opération ne peut (jue réveiller la dialhèse (jiii dort plus ou moins oX provotjuer les fatales et rapides répercussions dialhési(pu‘s signalées j)ar Verneuil. D’autre part, cha<iue fois (jue dans un cas de tumeur l’hypoazoturie ne sera pas constatée, on aurait la certitude d’avoir affaire à une tumeur bénigne et l’expectation serait encore indiquée. Or, la clini(pie nous prouve que les choses m; se passent j)as toujours ainsi ; (jue les tumeurs les j)lus bénignes en a{)jKirence au début sont ou d(!vi(ïnnent des tumeurs maligiu's, dans un lem|)s j)lus ou moins éloigné, et rex|)érience établit que bien des tumeurs o|)éré(,'s à leur début |)ar le causti(|ue sauvent la vie des malades et n’ont jioint d(î récidive.

Si nous analysons les observations du docteur l{ommelaere (1), nous trouvons (jue ces observations cliui(jues sont divisées en deux caté*gories :

1" Les cancers dont le diagnostic était si évi(l(*nt (ju’il avait j)u être établi sans le secours de l’analyse des urines ;

i2'’ Les cas dans lesquels les lésions, quoi(jue graves, n’étaieiU point cancéreuses.

Dans la j)remière catégorie le ju’ofesseur Dommehu're donne l’observation d(“ M cas de cancers ('onfirmes et iucurnbles réjjarlis comim; suit :

a. Huit cas (h; cancer de r(‘slomac- j résentant une moyenne de 6 à H gramnuis d’urée en ving(-(jualre heures; six de ces huit cas sont morts environ trente jours après leur entrée; à riuqétal ; rhyi)oazolurie (‘t

(1) Voir Annales de l’ Unirrrsilé de BrnorcUcs, du diagnostic du cancer, tome III, i*. 259 et suiv.

l’iiypochlorurie ont été constantes et progressives. A notre avis, dans ces six cas, la cachexie n’était pas douteuse, la diathèse n’existait donc pas et ne pouvait être confondue avec la cachexie que les autopsies ont très bien établie.

Uuant aux deux autres cas qui ne laissaient aucun doute sur le diagnostic du cancer conUrnié, ils ont quitté riiôpital après un très court séjour, et M. le professeur Koinmelaere ne nous dit pas ce (ju’ils sont devenus.

h. Deux cas (h; cancer du foie dans lesquels la moyenne (piotidienne de l’urée est descendue de 10 grammes hO centigr. à 5,61 grammes.

I.a mort a été très rapide à partir du moment où l'hypoazoturie s’est abaissée en-dessous de 8 grammes par jour. L’existence de la cachexie et non de la diathhe nous j)araît encore parfaitement élahlie dans ces deux observations.

c. Huit cas de cancers d(i l’estomac et du foie dans les(piels la moyenne (piotidienne de l’urée fut de 10,01 grammes. Ils ont vécu de dix jours à trois mois à partir du moment oii l’hypoazoturie a été reconnue constante et progressive et les autopsies ont démontré, à notre avis, l’existence de la cachexie et non de la diathèse cancéreuse.

d. Quatre cas de cancer ;'i nombreuses localisations (foie, poumons, pancréas colloïde de l’intestin) ont donné une moyenne quotidienne d’urée de 9,26 grain. Deux d’entre eux ont encore vécu vingt-six jours, le troisième, trente jours et le (juatrième, cinquante jours. L’autopsie dans deux cas, où elle a pu être pratiquée, nous semble avoir bien démontré la cachexie et non la diathèse cancéreuse puisque l’économie était imprégnée de néoplasies cancéreuses; si la cachexie n’existe pas

dans pareils cas nous serions lieiireiix de savoir où et (juand on peut la trouver.

e. Douze cas de cancer uti'rin dont la moyenne (piolidienne d’urée a été de î),21) ^rainiïies. De ces douze cas huit sont morts après un séjour à l’iiopital de vingt jours à huit mois, l’autopsie, à notre avis, a encore révélé l’existence de la cachexie cancéreuse. Les quatre autres cas ont (juitté l’hôpital sans aucune amélioration (1).

En lisant attentivement les trente-cpiatn* observations de cancer confirmé, produites |)ar le professeur Dommelaere, on est frappé des faits suivants :

1" Tous ces cas de cancer évident sont arrivés h la troisième période du cancer contirmé et généralisé dont le dévelop|)ement a entravé les fonctions vitales du sujet et en a altéré j)rofondément l’économie;

2" La cachexie, ce g(înie précurseur de la terminaison fatale, a donc envahi l’économie, et riiypoazoturie ainsi que l’hypochlorurie augmentent progressivement et d’um; façon constante à mesure (jue la tin ap[)roche;

3" Dans quehjues cas, très rari's il est vrai, où la mort s’est lait attendre de (piatre à six mois, nous voyons par les tableaux intéressants et remanpjahles de l’analyse des urines, dressés |)ar hî docteur Uommelaere, (pi’à certains jours la (juanlili' d'urée se relève lui peu. Il est regrettable (jue ces ol)S(;rvations, pour être complètes, ne donnent aucun rcmseignement sur l’état général du malade pendant ces jours meilleurs : sur sa nourriturt;, sa digestion, son pouls, sa tenq)érature, sa respiration, sur Tanalyse et la pesée de ses excréimuits solides, |)ar lesquelles on pourrait, par déduction des déchets, constater la (juantite exacte d aliments ahsoi’hes, car on ne se nourrit

(1) A'oir RoMMELAiiKK. Dii (liugiu)stic du (‘.'uicer, Annales de l' Uni' versité de Bruxelles, p. Sô'J et suiv., tome III.

pas fie ce c|u’on mange mais bien de ce qu’on digère. On n’a pas tenu compte non plus des produits éliminés par la surface cutanée, on ne nous dit pas si pendant ces jours où la quantité d’urée a augmenté sensiblement, les malades s’adonnaient à un exercice au grand air, ou s’ils étaient atteints de lièvre d’accès, ce qui, d’après les auteurs, augmente la [)roiluction de l’urée.

Tout le monde sait (pie les variations de production d’urée dépendent surtout de la nature et de la quantité des aliments; cpie l’urée diminue parla diète; que l’alimentation azotée (albuminales, gélatine ou tissus à gélatine) ])orte la production d’urée au maximum (1).

Des boissons abondantes diminuent la proportion d’urée par litre d’urine excrétée. L’addition du sel marin en plus ou moins grande (piantité aux aliments, augmente la production d’urée.

D’ajirès Voit les mouvenu^mts musculaires augmentent la production d’urée; ce (jui nous paraît très rationnel, puis(jue l’nrée p(*ut se détinir le dernier produit {excrémentitiel) de la combustion organique, physiologique et palhologique (2).

Les autopsies des cas, décrits par Hommelaere, nous montrent les progrès et les désastres du mal ; la localisation primitive du cancer, sa propagation successive aux organes voisins et dans toute l’économie en suivant surtout le trajet des vaisseaux lynqihatiques pour aboutir aux ganglions lynqibatiijues (jui s’altèrent progressivement et deviennent à leur tour cancéreux. 'Dans tous ces

(1) Voir V. W. WuNDT. P/n/siofof/i'e /i umaîne, Y>. 331,

(?i V'oir AVundt. P/ii/sinloi/ie hionaine, p. .333 et suiv.

Docteur Letournkau. Piohxjic, j). IGl et suiv.

Docteur Kauuteau. Urologie, p. 80 et suiv.

Docteurs. Laacue. (UdUe piydique de l’ anal i/se des urines, p. 20, traduction française de M. X. Francotte. ISS.3.

Docteurs Kuss et Duval. Physiologie, p. 453 et suiv. Paris, 1883,

faits qui constituent un processus inorl)i(le, une évolution régulière d’un néo[)lasine, une patliogénie progressive, nous ne pouvons trouver le moindre germe, ni l’indice meme d’une diathèse préexistante; mais nous suivons pas à pas la marche d’un mal débutant localement, se propageant d’un point donné initial vers la périphérie et infectant de proche en proche toute l’économie, juscju’à ce que l’empoisonnement général du sujet le livre à toutes les tristesses et à toutes les désespérances de la cachexie fatale.

Pour que l’hypoa/oluric ait une valeur réelle dans le diagnostic du canc(*ret des tumeurs malignes, (^lle devrait exister non pas dans la dernière j)ériode des affections cancéreuses, mais aussi et surtout dans la première période de cette maladie, au début de cette alfection. Ah ! si riiypoazoturie existait alors, cette découverte ne serait point un teurre ; elle établirait sûrement la diathèse cancéreuse préexistante; cette pauvre, diathèse; (jui satisfait bien des savants au détriment des malades et ((ui conduit à une intervention chirurgicale trop tardive ou à une expectation désastreuse! Mais on ne trouve généralement riiypoazoturie constante epie (;hez les cancéreux cachectiejues ou iti extremis. Nous ne i’avons même pas rencontrée chez des suj(;ts atteints de cancers opérés par le bistouri et récidivés. Dans ces cas rhyj)oazoturie constante n’apparaissait (ju«; lorscpie l(*s symptômes de l’épuisement gt'méral du malade se manifestaient et ([ue la cachexie d(;venait évident(; par tous les symptômes clini(pies (pii n’échappent j>as au pratici(;n expérimenté. Par conséquent nous concluons, (‘ontrairemenl è l’opinion du professeur P»ommelaere (‘t coidormément à ses observations, (jue : « La eaehexie et non te cancer est

le résulliit d’une vieialiou de la nulrition intime et que l'hiipoazoturie eoustunle est un des effets de la cachexie. »

Dans la deuxième catégorie de malades présentant des lésions non cancéreuses, le professeur Dommelaere donne l’observation de six cas dont un de dyspepsie simulant le cancer de restomac (!) et ciinj cas d’ulcère simple de l’estomac dont (juatre suivis de guérison et un de mort. L’autopsie de ce cin([uième cas a constaté (v. Kommelaere loco citato) une gastrite ulcéreuse dont l’inllammation progressive a déterminé des adhérences nomlu’euses avec, les inl(istins, le foie; un rétrécissement de l’oritice pyloricpie et la destruction par l’ulcère d’une grande partie de la paroi stomacale dans une étendue de plus de six centimètres. Le foie est adhérent à l’estomac par son lobe gauche et [)résente à ce point d’adhésion, grand comme la paume de la main, des nodosités dures et résistantes de la yrosseur d'une noisette et dont le professeur liommelaere ne spécifie pas la nature, pas plus qu’il ne nous renseigne sur l’état des ganglions lympliaticjues de celte région. Aucun examen microscopique n’a été fait ni des nodosités ni des parois de Lulcère.

Ces six observations sont pour nous d’une très grande importance; en elfet, les synij)tômes cliniques sont ceux de la gastrite parenchymateuse ulcéreuse et non pas du cancer pour les ciiuj premi(‘rs cas. Les malades sont bien émaciés, all'aiblis par l’atrepsie et les autres causes morliides mais rien (jui puisse faire songer à la cachexie. Aussi riiypoazoturie n’est [las constante; au contraire on voit la moyenne (pmtidienne de l’urée se maintenir et même augmenter à mesure que rembon[)oint se produit et que la nutrition du sujet se réveille. Dans aucun de ces cas l’engorgement dur des ganglions, qu’on ren-

contre toujours dans le cancer à la troisième période, n’est signalé.

L’examen microscopique des matières vomies n’a jamais été fait, ce (jui nous étonne dans un service de clini(jue où le diagnostic ne saurait jamais être trop précis. En un mot, ces malades n’étaient atteints (jue d’une atiéction curable, pas maligne du tout, et ne j)ouvant par consé(juent déterminer la cachexie; aussi il n’y avait et ne j)ouvait y avoir d’tiypoazoturie constante et la guérison devait se j)roduire, comme elle s’est heureusement |)roduite.

Quant à l’observation du sixième cas : u Ulcère de l’eslomac considéré comme un cancer, mais non cancéreux d’après l’aulopsie el suivant Itommelaere » elle est pour nous d’une importance ca|)itale : le malade est entré à riiê)j)ital le 6 mars lt>81 dans un état grave {voir observation loco citalo). Le 1:20 mai, il fut atteint, pour la pn;mière fois, d’Iiémalémèse (jui se renouvela les jours suivants; le malade s’atfaiblit de jdus en plus et succondia le 30 juin.

L autopsie (jLie nous avons résumée ci-dessus fut j)ratiquée le 12 juillet.

M. le professeur Hommelaere fait ressortir deux périodes dans la maladie de cet bomme durant son séjour d’environ (|uatre mois à riiôpital :

Dans la première période, du 10 mars au LS mai, les cimi analyses d’urines prati(p]é(‘S le ll2 mars, Iel2i mars, le l2o mars, le 11 avril et le IS mai, donnent unt; ditférence notable dans la moyenne- (|uotidienne de l’urée et des chlorures, dont la (juantité resü; assez élevée et s’élève [)rogressivement à mesure (jue l’c-lat du malade s’améliore; en elfet ;

Quantité d’urine. Urée. Chlorures.

12 mars 1882 1100 gr. 11,38 gr. 9,17 gr.

11 avril — 2300 — 17,69 — 22,48 —

18 mai — 600 — 21,56 —

Le 20 mai survient riiématémèse le seul signe qui justiu’ici, (l’aj)rès Uommelaere (1), manquait à ce malade pour faire admettre l’existence du cancer de l’estoniac! riiématémèse se renouvela les jours suivants, et le 21 mai on trouve pour 400 grammes d’urines 13,07 d’urée et 0,92 de chlorures;

L(* 22 mai, pour 600 grammes d’urines, 12,36 d’urée et 1,38 de chlorures;

L(; 23 mai, pour 300 grammes d’urines, 9,27 d’urée et 0,67 de chlorures.

On voit donc, sous l’inlluence de riiématémèse et de l’épuisement du malade [taries hémorragies et l’atrepsie, l’urée descendre de 21,56 grammesà 13,07 et les chlorures à 0,92. L’hypochlorurie et l’hypoazoturie deviennent constantes et progressivtts Jusqu’à la mort du malade et, dans ce cas où la diatlihc n’existe pas de l’aveu même du ju’ofesseur Uommelaere, elles doivent être le résultat de répuisenient dli malade et de son atrepsie. Mais alors, pourquoi dans tous les autres cas cités plus haut ne seraient-elles pas aussi le résultat des causes d’épuisement, de la cachexie? et non pas de la diathèse pré-

existante que rien ne fait encore découvrir.

Le résultat de l’autopsie dans le cas cité ci-dessus nous parait encore très im|)Ortant; sans vouloir nous prononcer d’une manière absolue sur la nature des nodosités dures du lobe gauche du foie, nous ne saurions

(1) Annales de l' Université de Bruxelles, 1882, p. 308.

nous passer de dire (ju’elles ne ressemblent pas mal à des productions sfjuirrlieuses. Il est regrettable (jue cette autopsie soit faite si incomplètement; car à part Tulcère de l’estomac, (pji pourrait très bien être un ulcère cancéreux, au tien de le })araUre, et les adhérences de cet organe aux organes voisins, aucun renseignement précis ne nous est donné sur l'état patliologi(iue des ganglions mésentéri(jues ni du lobe gauche du foie si profondément altéré; l’examen microscopi(|ue de l’estomac, du foie, des ganglions et des nodosités dures a été négligé, ce (jui cependant nous paraît absolument essentiel. Quant aux signes clini([ues, le professeur Kommelaere nous dit (locu cilalo) ({u’ils existaient tous pour poser le diagnostic du cancer, excepté l’hématémèse; or riiématémèse se produit le 20 mai, donc tous les signes clini(|ues pour le diagnostic du cancer existent alors; le malade succombe en (juehjues jours et l’autopsie, faite iucomplèlemeul, semblerait établir «pie l’afltMaion était de nature cancéreuse; mais peu importci, le malade a succombé à un état cacliecticpie, à l’épuisement et riiypoazoturie a été un des signes évidents de cette cachexie. Donc, encore une fois l’existcmce de la diathèse nous échappe ici, même et surtout si le microscope avait prouvé l’exishmce du cancer! Mais on a oublié l’examen microscopi(iue !

Nous croyons donc (|ue cette seconde série de faits invoqués par le profess(!ur llommelaere, aussi bien (pie ta première, confirme la réalité de nos propositions énoncées plus haut.

Nous devons à robligiîaiKUî de notre ami, >1. Denayer, pharmacien chimistt; à llruxelles, le i*(‘sumé analyti(pie, extrait ihî son livre; de laboratoii*e, d’analyses faite'sdans treize cas d’alfections cancéreuses bien déterminées (pii

confirnient en tout points nos opinions énoncées cidessus :

1. M. B., (tancer, opération, guérison sans récidive; analyse le 14 octobre 1882 : urée 1 1 gr. 70. Chlorures indéterminés.

2. iM. W., papillôine à Taîne; opération par le bistouri; récidive : urée 5 gr. 730. Chlorures indéterminés.

3. M""* B., cancer du sein; opération sanglante; récidive; cachexie; analyse le 15 novembre 1881 : urée 4 gr. 0,58. Décédée en janvier 1882.

4. M""' M., tumeur du sein, renseignements insutlisants; analyse le 29 septembre 1882; urée 1(3 gr. 428. Analyse le 1'' oclobre 1882; urée, 9 gr. 789. Décédée en décembre 1882.

5. M. L., cancer du bras. Bécidive. (uu'rison complète; analyse! du 14 novembï'e 1882; urée, 5 gr. 678.

6. M"., cancer du sein; l’opération sanglante échoue, récidive; guérison radicale par le caustique, analyse du 14 février 1883; urée 29,444. (Chlorures, 3,507.

7. M""' I)., cancer de la matrice. Analyse du 18 février 1883 ; urée 14 gr. 410.

8. ÎM. (î., cancer villeux de la vessie. Analyse du 9 mars 1883; urée 2,0692. (ddorures, 7,198. Décédé le 28 mars 1883.

9. l\l. S., cancer de la joue, guérison par le caustique. Analyse du 20 mars 1883; urée, 14,291. Chlorures, 6,661 ,

10. M"” (1., cancer dû sein, opéré par le bistouri; récidive; opération j)ar le caustique, guérison : Analyse du 30 juin 1884. Crée, 28,127. Chlorures, 14,650.

11. M. 11., cancer du bras, récidive après opération ' par le bistouri ; cachexie. Analyse du 2 décembre 1886;

urée, 14,460. Chlorures, 13,415. Mort le 10 décembre

12. M. H., cancer du bras. Mort le \0mai 1887. Analyse du 3 mai 1887 ; urée 6 gr. 318. Chlorures, 6,432.

13. M'"** V., cancer du sein gauche, opération sanglante, guérison suivie de récidiv(‘; le sein droit devient cancéreux, 2'^ opération sanglante, suivie de K'cidive, 3^^ opération sanglante, cachexie. Morte le 12 avril 1883. Analyse le 17 noveinlu’e 1882; urée 14,09. Albumine 1,48. Analyse du 9 avril 1883; urée, 16,009. Chlorures, 2,913. Analyse du 10 février 1883; un'e, 38,766. (ddorures, 3,58.

11 nous semble avoir démontré à révidence, par l’étude des faits clinicpu's, (pu* l’hypoa/oturie constante et progressive est un d(‘s symptômes multiples de.i cacJiexies et n’est point la caraetérisli(iue de la diathèse ca)i( ‘ère use jiréea islau te .

A notre avis, il n’est point nécessaire d’avoir re(‘Ours à cette diathèse, (pie rien jns(pi’ici n’est encore^ venu démontnu’, pour expliipier la marche des alfections malignes ou cancér(!us(;s (!t se rimdre compte des ditlicultés de huir ginhlson dans un c(!rlain nombres (h; cas, et d(‘ l’impossibilité de huir (Mire radicale dans d’autnxs. Nous ne croyons pas (pie le cancer fasse excejition aux lois (pii r(*giss(‘nt la jdn/siolof/ie palliolo(ji(iae de tontes les alfections morbides, et nous pensons ipie l’étude simple et attentive des faits cliniipK's jient jeliîr un grand jour sur la (piestion si (a)ntrov(îrsée : « réli(do(jie et la (jenèse des tinneurs maVujnes et eauréreuses. »

Il ne s’agit plus aujourd’hui de la eellule eanréreuse spf'ciale ou .s7ur///(///(^ (/(^ Lebert (1). I)(‘jà Ibispail, en 1827,

(1) Voir lînUetin de V Académie de Pafis, séances des mois d’octobre, de noveml)re et de décembre 1851.

étudiant de front les tissus animaux et végétaux, publiait dans le BuIleHn des sciences naturelles le résultat de ses recherches et atlirniait que toutes les parties organisées, tous les tisb>us se forinont aux dépens <lc vésicules élémentaires, microscopiques, l.a même année Haspail, dans son mémoire si remanjuahle sur le tissu adipeux

hreschet, explique comment de nouvelles cellules se développent dans l’intérieur des anciennes, et comment C(‘S cellules donnent naissance aux (issus cellulaire définitif (U autres, llippolyte Royer Collard émet les mêmes id('‘(‘S (Ml ISl^O, à la Société anatomique de l‘aris, et dans son travail piihli('“ (mî il complète la du'orie cellulaire d(‘. lîaspail (mi rétendant des tissus normaux aux tissus patliologi(iues. En 1834 x>Iu11(m% tout en se perdant dans les dédales (rune classiticailion des tumeurs, diMnonlrait (jue les cellules physiologiques peuvent devenir patliologi(|ues et (jue les tumeurs bénignes peuvent se transformer en tumeurs malignes. Les préoccupations de classification des tumeurs de la part de ces auteurs amenèrent des confusions et des appréciations aussi singulières que contradictoires et pendant qu’on voit Lehert, armé du microscope, atlirmer pour établir ses classifications basées sur l' homéomorphisme (épitliéliome, tumeurs fibro-plastiques, chondroïdes, mélaniques) qui constituaient pour lui les tumeurs bénignes, c’est à-dire form('“(‘s de tissus normaux, et V hétéromorphisme (tumeurs malignes formées par des éléments étrangers à l’organisme, par la cellule cancéreuse (‘t })ar leur tendance à envahir et à ruiner l’économie); nous voyons l’illustre observateur Vcljieau, démontrer cliniquement que l’épithélioma et le cancroide de la lèvre récidivent aussi bien que le cancer, repullulent sans continuité aucune dans

l’épaisseur dos os, dans le corps et dans la l)ranclie du maxillaire, se manifestent dans les organes inlernes, tels que le foie et les autres viscères; en un mot, envahissent l’économie avec foutes les manifeslalions d(î la cachexie, ce qui fait dire à Velpeau (pie h; cancroïde cl l'épithélioma c'esi le cancer (1) !

En l8o3, Virchow juihliait des observations de généralisation de cancroïdes et conlestait la spécificité de la cellule cancéreuse de Lehert; et, ee ipii est pour nous de la plus haute importance, le grand hislologisie alhunand démontrait (pi’il est impossible d(‘ dislinguer la ccllnlc canccrcnsc des cellules iiorniales; (luhier, Uohin, Luys se déclarent aussi partisans d(*s idé(‘s de Virchow. On le voit la clinique n’a poinf désarmé devant hî mii'roscope et hîs ohs(‘rva(ions de Velp(‘au, combattues un instant par Lehert, retrouvent huir consécration dans l’observation des micrograjihes, tels que ; llohin, luiys, Virchow, etc.

La perspicacité de l’illustre chirurgiim français, l’étude., et la coordination des faits ébranlèrent h‘s idéins préconçues des micrographes et l(‘s tirent revenir à une plus saine observation; aussi les voit-on, piuir la |)lupart, ahandoniHîr l)i(;nt<*it leurs théori(!S de la spécificité dt^ la ciîllule cancéreuse (it (h; rhéti'romorphisme pour (‘tahlir une doctrine plus en rapjiort av(H‘ l’observation simjde d(!S faits, d(*gag(î(- en histologii; coinnu* (mi cliniipie de toute théorie; jiréconçue ou spéculative*, liohin (;t (iuhler n’admeïttent l)i(*nte*)t plus les tissus he'te'romorphes ; ils rattachent aux tissus enihri/auuaires primordiaux ou ualu~ rels de l'onjouisme les difjerenles formes de cellules, de

(1) Hougari). EtuddH sur Ir cancer. Bruxelles, Maiicoaiix, 1S82, Pl>. 41 et suiv.

Velpeau. Renie médicale, 182.“), t. I. 182i), t. III, p. 77.

noymix ou de fibres que le uiieroscope fait voir dans les lumeurs eancéreuses ou autres. Dclafond soutient alors que la cellule cancéreuse ne se distingue par aucun caractère fixe des cellules des lissus normaux, et qu’il n’est pas possible de les distinguer les unes des autres. N’est-ce pas établir ri)U})ossibilité d’une diathèse préexistante, puisque l’individu le mieux constitué pbysiologi- (juement et bistologiquement peut devenir cancéreux, sans qu’on puisse découvrir d’élément histologique ou patbologi(|ue primordial et spécifique de cette alïéction ? L’étiologie du cancer et des tumeurs malignes ne doitelle pas être recbercbée ailleurs? Et n’cst-cc; pas encore la clinifpie (pii doive se charger d’élucider cette (piestion ? '

Ou donnait autrefois le nom de tumeur à toute tuméfai'tion anormale, aujourd’hui le nom de tumkuh est réservé exclusivement « ù toute masse eonstiîuée par un tissu de formation nouvetle {néoplasme) ayant de ta tendance il persister et à s’accroître » (Corn il et Hanvier).

On a donné de nombreuses classifications des tumeurs dont les [irinci pales sont celles de Virchow, de Lehert, de Ifillroth, de Cornil et Uanvier, pour les détails desquelles nous renvoyons nos lecteurs à l’excellent Traité d’anatomie patholoyique du docteur Abadie Leroy. Caris, 1887.

La loi de J. Muller ainsi formulée :

« Tout tissu qui constitue une tumeur a toujours son type dans un tissu de l'oryauisme, à l’état embryonnaire ou à l’état de développement complet » semble faire table rase de toutes ces classifications fantaisistes des tumeurs qui, à notre avis, ont servi bien i)lus à égarer le praticien dans sa conduite à tenir envers les pauvres malades, qu’à éclairer la science pour le profit de riiumanité.

A quoi bon en effet au point de vue pratique et cli-

nique (le seul réel en médecine et en chirurgie), cette classitication de Virchow en quatre classes de tumeurs :

1" Les hématomes;

2” Les kystes ;

3® Les tumeurs par prolifération des éléments qui constituent les tissus de r organisme :

A. Les HISTIOÏDES,

B. Les ORGANOÏDES,

G. Les TÉRATOÏDES ;

4® Les tumeurs formées par la réunion de plusieurs tumeurs des trois classes précédentes.

Ce que nous voyons de plus clair dans cette classitication, c’est que les tumeurs les plus simples peuvent se compliquer à un moment donné des divers éléments qui constituent toutes les tumeurs, et que par conséquent la tumeur la plus bénigne à son début peut devenir la plus maligne ultérieurement (1).

Ceci nous paraît la réfutation péremptoire de toute idée de diathèse cancéreuse préexütaîde. Mais comme conclusion pratique, nous ne voyons autre chose que la mise en garde contre les tumeurs même bénignes et le devoir de les enlever le plus tôt possible, quand elles ne passent pas à résolution par les moyens thérapeutiques. Cela prouve encore en faveur du procédé opératoire par les caustiques, puisqu’il est facile, innocent, prompt et sûr.

Quant à la classitication de Lebert, en tissus homéomorphes et tissus hétéromorphes, les progrès et les découvertes de l’histologie l’ont réduite à néant. La classitica-

(1 J Note extraite du Dictionnaire encyclopédique du docteur Dectiambre, t. XVIII, p. 338. Tumeur : « Déjà nous avons dit que M. Romme- « laere (de Bruxelles) avait voulu faire de l’abaissement considérable de « l’urée un signe des tumeurs malignes. Les recherches auxquelles « nous nous sommes livré, nous ont permis de combaitre ces conclu- « sions. Déjà M. A. Robin était arrivé au même résultat que nous. Le « chiffre de l’urée est en effet soumis à tant de conditions diverses qu’il « est bien difficile d’en faire un signe de quelque valeur. »

lion de Billroth a cela d’intéressant, c’est qu’elle n’en est pas une au point de vue clinique et scientifique ; c’est une classification qu’on pourrait dire : « après coup » et qui dépendrait tout autant de la perspicacité opératoire du chirurgien, de son procédé, de son adresse que de la nature plus ou moins maligne de la tumeur; en effet cette classification divise les tumeurs en :

1" Tumeurs bénignes qui ne récidivent pas [lipomes fibromes) ;

2*^ Tumeurs en général bénignes mais gui peuvent devenir infectieuses, malignes et récidiver (sarcomes, adénomes) ;

3"’ Tumeurs à développement rapide, à récidive habituelle et devenant promptement infectieuses (carcinome).

En vérité cette classification ne manque pas d’originalité; en effet n’importe quelle tumeur, bénigne ou maligne, trouvera sa place dans une des trois catégories de la classification de Billroth, suivant la manière dont elle se comportera dans un temps plus ou moins long après l'opération, car pour qu’une tumeur puisse être bien classée il faut absolument qu’elle ait été opérée et qu’elle nous ait montré sa manière de se comporter après, puisque suivant notre opinion, basée sur l’expérience des faits, la récidivité des tumeurs opérées dépend bien plus de leur période de développement et du procédé opératoire suivi que de leur nature bénigne ou maligne, puisque toutes les tumeurs sont bénignes dans leur première période, où elles ne compromettent pas l’existence, et sont malignes arrivées à la troisième période de leur développement qui devient incompatible alors avec l’existence du sujet.

Franchement nous ne croyons guère à l’utilité de pareilles données cliniques et scientifiques pour les patients atteints de tumeurs quelconques!

Ouant à la classification de Cornil et Ranvier, la seule

à la fois clinique et histologique, elle est fondée sur l’analogie du tissu des tumeurs avec les tissus de l’organisme, embryonnaires ou définitifs. Elle est la consécration de la loi de J. Muller et, en jetant un jour lumineux sur la formation et le développement des néoplasmes, elle guide sûrement le praticien dans sa conduite à tenir envers ses malades. C’est là tout le secret de la science médicale et chirurgicale résumé dans l’immortel aphorisme d’Hippocrate : « Prévenir d’abord, guérir ensuite et enfin soulager.'»^

Il résulte de la classification de Kanvier et Cornil que les tumeurs peuvent être classées en 1® tumeurs bénignes, c’est-à-dire n’infectant pas l’économie et n’étant pas sujettes à récidiver après l’opération : telles que les myxomes, les fibromes, les lipomes, les ostéomes, les papillomes, les adénomes, les kystes, les my ornes, les angiomes et les névr ornes.

Ces diverses tumeurs ne sont formées que de tissus organi(|ues, par hyperthrophie ou hyperplasie de ces tissus et ne deviennent graves, ne compromettent l’existence que par leur développement excessif (jui empêche les fonctions de (|uelque organe essentiel à la vie; ou par la gangrène ou ulcération de ces tissus exubérants, prolifiques; cette période pathologique de tumeurs bénignes en elles-mêmes, mais arrivées à un développement incompatible avec leur vitalité ou celle des organes voisins, détermine des accidents septiques gangréneux et autres qui compromettent alors l’existimce du sujet et amènent une issue fatale.

2" En tumeurs malignes, c’est-à-dire formées de tissus embryonnaires ne pouvant atteindre leur organisation définitive et par conséiiuent éphémères, frappés de mort à leur origine et devant subir plus ou moins rapidement et à mesure de leur développement exagéré la décomposition organique entrainant avec elle le développement

progressif des éléments septiques et des ptomaïnes qui empoisonnent peu à peu l’économie et déterminent les phénomènes graves de la cachexie qu’on confond, à notre avis, trop souvent avec la diathèse préexistante.

Ces tumeurs malignes sont, d’après Cornil et Ranvier :

Les sarcomes, les lymphadénomes ;

Les carcinomes;

Les tubercules ;

Les gommes syphilitiques ;

Les chondromes à tissus embryonnaires ;

Les épithéliomes, surtout ceux à forme embryonnaire.

Toutes ces tumeurs malignes, c’est-à-dire formées de tissus embryonnaires, éphémères ayant le génie de se reproduire avec d’autant plus de rapidité et d’abondance que leur existence est plus limitée et cela en raison des lois fatales de l’existence, mises en lumière par les immortels travaux de Darwin et de Pasteur, ces tumeurs composées d’éléments embryonnaires caducs, empoisonnent rapidement l’économie, vicient le sang dans lequel se déversent les produits pathologiques et septiques de la nécrobiose cellidaire qui détermine les phénomènes graves de la cachexie !

Nous pouvons donc, nous semble-t-il, en nous appuyant sur les données exactes de la clinique et de l’histologie actuelles, dire qu’il n’y a qu’une seule classification rationnelle des tumeurs, comme l’ont établie Cornil et Ranvier.

i** Les tumeurs bénignes formées d’éléments histologiques semblables aux tissus physiologiques de l’économie.

2” Les tumeurs malignes formées d’éléments embryonnaires ne pouvant atteindre une organisation définitive, et par conséquent éphémères, doués d’une hypergenèse égale à leur nécrobiose organique. Cette nécrobiose cellulaire est la cause de l’empoisonnement plus ou moins

rapide de l’économie et par conséquent détermine dans un temps plus ou moins rapproché les phénomènes de la cachexie, dont les derniers et les plus graves sont Vhypoazotiirie et Vhypochlorurie comlantes et progressives.

Voilà les données exactes que Thistologie nous fournit sur la genèse des tumeurs et qui établissent en même temps la notion de la loi du développement des microorganismes : « Les bactéries et les micro-oryanismes ne » peuvent îiaitre et se multiplier que dans des milieux et sur » des terrains favorables à leur croissance et bien préparés » pour leur développement. »

Mais la clinique a encore un champ plus vaste et nous apprend par l’observation» constante des faits que les tumeurs' bé)iignes peuvent, par leur développement exagéré, compromettre l’existence et entraîner la mort des malades aussi bien que les tumeurs malignes.

Mais si le résultat fatal est identique, le mécanisme n’est pas le même et il est de la j)lus haute importance i)Our le praticien soucieux du sort des patients qui lui sont confiés, d’étudier sérieusement cette question.

Dans les tumeurs bénignes que faut-il redouter?

Le développement exagéré de ces tumeurs (jui se trouvant dans un organe ou une cavité du corps doivent tôt au tard compromettre sérieusement l’économie par leur envahissemeid . Dans ce cas, l’importance d’un diagnostic précis, fait le plus tôt possible, s’inqjose.

Le médecin doit suivre avec la plus grande attention le dévelo[)pement du néojilasme, et dès (pie celui-ci prend des proportions telles ([ue les fonctions d’organes essentiels à la vie peuvent étn; troublées ou entravées, il y a lieu de faire procéder à une opération radicale du néoplasme, (luand elle est possible, et dans ce cas, je n’hésite pas à proclamer la suix-riorité de l’instrument tranchant.

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