SS
II ne faut pas ignorer que les tumeurs bénignes ont plusieurs périodes de développement :
Apparition et développement progressif lent et indolore, en quelque sorte latent.
2® Développement plus ou moins rapide et considérable sans phénomènes morbides bien marqués.
3® Ulcération de ces tumeurs soit par compression dans des parties osseuses (tumeurs du bassin, des os, etc.) amenant la gangrène ; soit par défaut de nutrition dans leur périphérie à cause d’un développement exagéré et déterminant l’ulcération, soit enfin par l’inllammation et la suppuration du néoplasme.
On voit que, dans un cas comme dans l’autre, l’existence du sujet est gravement compromise et que par conséquent la sagacité du praticien ne saurait être assez grande pour engager le malade à prendre une résolution en temps opportun.
11 ne faut pas non plus perdre de vue que les tumeurs bénignes peuvent devenir malignes, et il n’est pas rare de voir des sarcomes revêtir la forme de carcinomes encéplialoïdes; des ulcères syphiliti(|ues ou tuberculeux se compliquer d’épithéliomas. Nous avons très souvent rencontré ces cas dans notre pratique et ce sont peut être ces dégénérescences, comme on disait autrefois, qui ont été la base de la classification de Lebert : « V homéomorphisme et V hétéromorphisme » qui nous paraît singulière et inadmissible aujourd’hui.
Conclusions pratiques :
Nous croyons avoir démontré :
1® Que les tumeurs bénignes ou malignes exigent la plus grande attention de la part du médecin qui doit recourir à tous les procédés et moyens possibles pour en déterminer exactement la nature et faire un diagnostic précis.
2» Que dans les tumeurs bénignes le médecin ne peut rester inactif; qu’il doit avoir recours aux divers moyens thérapeutiques indiqués, et que si le développement exagéré de ces tumeurs venait à compromettre rexistence en entravant les fonctions d’un organe important, il faudrait recourir à temps à une opératwfi radieale.
3° Dans les tumeurs malignes ou (}ui le paraissent à leur début, le seul moyen c'est l’opération le plus tôt possihte, et- de tous les procédés opératoires, c’est la méthode des caustiques chimiques qui est la plus simple, la plus sûre et la plus efficace contre les récidives pour les motifs énoncés plus haut (1).
Nous allons exposer brièvement la méthode rationnelle des caustiques chimi(jues que notre maître feu le docteur Bougard, ancien professeur à l’université de Bruxelles, a si bien décrite dans son remaivjuable ouvrage (2).
« Après avoir essayé les différents causticjues usités, le » docteur Bougard parvint à composer une pâte des » éléments suivants :
Farine de froment .
Amidon
Arsenic
(]inabre. . . , .
Sel ammoniac.
Sublimé corrosif .
Solution de chlorure zinc à 32" . . .
j à à 00 grammes.
1 gramme.
O grammes.
i) grammes.
50 centigr.
de
245 grammes.
(O M. Gerster, de New-York, croii que les opérations sanslantes ont pour effet, dans bien des cas, de disséminer le cancer dans toute l’économie ; de produire une inoculation et une infection générale de l’organisme, qui déterminent la marche loudroyante du cancer. (Diction, encycl. de Decliambre, t. XVI II. p. .3:52.)
(2) Études sur le cancer, llruxelles, 1882, p. 043 et suiv.
» En faire une pâte homogène, en mélangeant dans un » mortier les six premières substances au préalable tri- » turées séparément et réduites en poudre fine, puis en y » versant doucement la solution de chlorure de zinc, en » même temps qu’on tourne rapidement le mélange avec » le pilon, de façon qu’il ne se forme pas de grumeaux.
» La pâte ainsi préparée doit être parfaitement homo- )) gène, très facile à manier, très élastique et fortement » adhésive. »
âlode et méthode d’application :
Comme la pâte caustique du docteur Bougard n’attaque pas l’épiderme, il faut cautériser toute l’étendue de la peau qu’on veut atteindre au moyen d’une couche de pâte caustique de Vienne; au bout de quelques minutes de cautérisation très douloureuse et qu’on peut tempérer par des calmants usités, l’épiderme est enlevé et l’on applique une couche de caustique Bougard, qu’on laisse pendant six heures; on enlève alors le caustique, on le remplace par des cataplasmes faits de 3/4 farine de lin et 1/4 farine de guimauve, qu’on renouvelle deux ou trois fois en 24 heures. Le lendemain, on enlève au moyen du bistouri l’escharre produite par le caustique de façon à ne point entamer la couche profonde non cautérisée, et l’on refait la seconde application de caustique pendant six heures, puis applications de cataplasmes, enlèvement des escharres, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on ait détruit tout le néoplasme, ce qu’il est aisé .de reconnaître 'avec un peu d’expérience et d’habitude parce que le caustique détermine une réaction chimique, une cautérisation différente dans les tissus sains et les tissus malades; chose très importante à noter (1).
Au bout de six à huit jours d’application de cata-
(1) V. Bougard Études sur le caucer, p. 734.
plasmes émollients, la dernière escharre tombe et laisse à nu une plaie vive et bourgeonnante qui se cicatrise rapidement par l’application de pansements simples, répétés chaque jour.
Si la plaie s’y prête on peut en rapprocher les bords au moyen de bandelettes au collodion, remplaçant avantageusement les points de suture et hâter ainsi la guérison qui donne une cicatrice souple, linéaire et lisse, d’un très bel aspect.
Pour obvier à certains inconvénients du caustique Bougard, tels que la douleur assez vive, due sans doute à l’arsenic qu’il contient, le défaut de se liquéfier et de fuser par la chaleur du corps ; l’emploi de cataplasmes qui causent quelquefois l’érysipèle, etc., nous avons recours â une pâte de notre composition, plus en rapport avec les principes de l’antisepsie, et dont l’ap[)lication est beaucoup plus facile, plus simple, moins douloureuse et ne produit aucun accident consécutif. Nous avons aussi sim{)litié de beaucoup la méthode opératoire, ce qui nous paraît un grand avantage aussi bien pour le malade cjue pour le chirurgien.
Voici la composition de notre caustique ;
Farine de froment .
. . . 112 grammes.
Amidon
Sublimé corrosif . .
lodol pur
Croton chloral .
Bromure de camphre .
Acide phéniijue cristallisé
Chlorure de zinc sec.
Mode de préparation. —
Mêlez dans un mortier en
verre ou en porcelaine ces
substances préalablement
pulvérisées â part, et ajoutez peu â [leu la ({uantité d’eau
distillée suffisante pour obtenir une pâte homogène de la consistance du mastic de vitrier] on rend cette pâte plus ductile en ajoutant une petite quantité de glycérine.
Cette pâte caustique est, par sa composition, antiseptique. Elle ne donne lieu ni â des phénomènes toxiques, résultant de l’absorption, ni â des accidents septiques ou inflammatoires; elle est un excellent modilicateur des plaies de mauvaise nature, des ulcères atoniques calleux, syphilitiques, tuberculeux, scrofuleux, etc. Elle s’emploie avec succès pour détruire les lupus, les noevi materni, et elle a des propriétés hémostatiques remarquables.
Méthode d* application. — Notre caustique n’attaque point les parties revêtues d’épiderme, le chirurgien peut donc le manier dans les doigts, en ayant la simple précaution de les mouiller avec de l’eau, pour empêcher l’adhésion incommode. Il est donc aisé d’en faire des pla({ues, des cônes, des cylindres, de grandeurs ou de volumes variés, suivant les différents cas d’application.
Pour que le caustique puisse agir sur la peau, il faut que celle-ci soit dénudée de son épiderme. Le moyen le plus simple, le plus rapide et le moins douloureux; beaucoup supérieur, par conséquent, à l’emploi du caustique de Vienne, est celui-ci : trempez un tampon de ouate ou un pinceau dans une solution sursaturée de potasse caustique, en frictionner les parties de la peau qu’on veut dénuder. Pour éviter la douleur, qui est cependant supportable, on peut faire préalablement sous la peau une ou plusieurs injections hypodermiques d’un gramme de la solution suivante :
Antipyrine pure grammes.
Chlorhydrate de cocaïne. ... 20 centigram.
Eau distillée de laurier cerise . . 15 grammes
Une simple pulvérisation (réther sulfurique, chez les sujets nerveux et impressionnables, produit aussi le calme, et peut-être que le stypage du docteur Bailly pourrait produire de très bons résulats, c’est une chose î\ essayer.
Après avoir enlevé l’épiderme par la friction à la solution de potasse caustique, on applique immédiatement une couche de pâte caustique de l’épaisseur de o millimètres, sur toute l’étendue qu’on veut cautériser; on revêt le tout d’une couche de ouate et l’on maintient par un bandage contentif.
Si l’on veut simplement cautériser un ulcère pour en modifier la surface, un lupus, un noevus maternus^ etc., il suffit de l’application du caustique pendant trois, six ou douze heures. Mais si l’on doit détruire une tumeur volumineuse, il y a tout avantage à laisser le caustique pendant vingt-quatre heures; le chirurgien trouve alors, à sa visite, une escharre épaisse, solide qu’il enlève facilement au bistouri et sans aucune douleur, par tranches épaisses, comme si l’on coupait dans une croûte de fromage. S’il arrive qu’en coupant l’escharre, des vaisseaux trop peu ou point cautérisés, donnent lieu à une hémorragie, le moyen le plus facile de l’arrêter c’est d’introduire la pointe d’un crayon de nitrate d’argent dans le foyer hémorragique, de l’y laisser quelques instants, puis de tamponner ce foyer avec une boulette de charpie imbibée de solution de perchlorure de fer à oO®; il se forme par réaction chimique un chlorure d’argent et l’hémostase est complète.
On répète la même chose chaque jour jusqu’i'i ce que la limite de la tumeur soit atteinte. Pour favoriser la chute définitive de l’escharre après cessation des cautérisations, il suffit de l’enduire de glycérine phéni((uée û
2 p. 100; on peut y ajouter du chlorhydrate de cocaïne pour calmer la douleur qui se produit quelquefois, lorsque l’escharre se détache.
Au bout de six neuf jours, l’escharre tombe et laisse une surface aussi bien disséquée que par le bistouri le plus habilement manié. Il est aisé de voir, à l’aspect de la plaie, s’il reste encore des vestiges du néoplasme; car, comme nous l’avons dit plus haut, notre caustique produit une réaction différente sur les tissus sains et sur les tissus morbides; par conséquent il permet au chirurgien, (|ui en a un peu l’habitude, de poursuivre et d’atteindre le mal jus({ue dans ses derniers prolongements.
Dans bien des cas, des tumeurs cancéreuses qui semblaient parfaitement mobiles et bien limitées, et où la peau (jui les recouvrait j)araissait très saine, au point que nous désirions la conserver dans sa plus grande partie pour nous ménager un ou plusieurs lambeaux, l’action spéciale du caustique nous a révélé que cette peau, d’apparence saine, était déjù malade, envahie par le néoplasme et nous montrait la nécessité absolue de la sacrifier entièrement. C’est là un avantage sérieux de notre caustique, et l’on comprendra aisément pourquoi la récidive, à la suite d’opérations sanglantes, est si fréquente dans la cicatrice ou dans son voisinage, tandis qu’elle est évitée par l’emploi du caustique.
Lorsqu’on enlève par le bistouri les ganglions périphériques atteints de cancérose, on ne détruit point les vaisseaux lymphatiques efférents ou afferents à ces ganglions malades. 11 en résulte que ces vaisseaux lymphatiques qui contiennent les germes (exsudais, microbes, cellules, noyaux, liquide spécifique) constituant les éléments des tissus embryonnaires, éphémères, caduques et par conséquent néoplasiques, n’étant point détruits.
sont la cause immédiate de la récidive, comme l’avait déjà fait remarquer, il y a quelques années, 31. le docteur baron Michaux, traitant à l’Académie de médecine de Belgique des causes de la fréquence de la récidive, après l’ablation sanglante des tumeurs du sein. Le caustique chimique a la propriété de détruire, mieux que le thermocautère et le bistouri, les éléments morbigènes des tumeurs malignes, et de fermer à l’auto-infection les vaisseaux lymphatiques et sanguins qu’ouvrent à large voie le raclage et le bistouri. .
Il est à remarquer que son action spéciale sur les tissus morbides permet à notre caustique de les détruire totalement et complètement, ce qui est absolument nécessaire; car si la cautérisation n’a pas été complète, s’il reste quelques vestiges de la tumeur, on est certain d’une repullulation rapide de celle-ci, parce que toute opération incomplète, surtout le raclage et l’excision, ne sert qu’à donner un coup de fouet au développement du néoplasme.
On a objecté, contre l’emploi des causticjues, la douleur excessive qu’ils produisent; nous pouvons affirmer que notre pâte caustique ne détermine pas de ces douleurs violentes, insupportables, qu’elle est tolérée et bien supportée par les personnes les plus craintives et les plus nerveuses, qu’elle n’altère en rien les fonctions générales, ne trouble ni l’appétit ni la digestion, que ce traitement ne nécessite aucune précaution pour le régime alimentaire, et l’expérience nous permet d’affirmer (jue les personnes que nous avons opérées pour des récidives survenues après l’opération parle bistouri, nous ont déclaré qu’elles préfèrent de beaucoup le caustique à l’instrument tranchant.
Quant à la cicatrisation, elle se fait avec une rapidité étonnante, sans le moindre soin spécial; un pansement
tous les deux ou trois jours, au moyen d’une feuille d’étain revêtue de ouate, suftît pour obtenir une cicatrice lisse, égale et parfaitement souple (1). C’est si vrai que nous avons employé le caustique pour détruire au cou et à la face des cicatrices vicieuses, résultat d’opération par le bistouri et cela avec grand succès.
La supériorité du traitement des tumeurs cancéreuses, par le caustique, nous semble encore établie par les nouvelles découvertes microscopiques qui tendent à démontrer la nature parasitaire, microbienne du cancer. Dans la séance de la Société de microscopie de Belgique, du 50 octobre I8S6, j’ai signalé la découverte, dans une culture d’épithélioma de la lèvre faite dans du bouillon de gélatine stérilisé, d’une bactérie assez semblable au bacille de la tuberculose, et se colorant, au violet de méthyle, par la méthode d’Ehrlich. J’ai appelé l’attention des micrographes sur ce fait qui, s’il se confirmait par de nouvelles expériences, établirait :
L’existence du bacille du cancer ;
S*’ L’analogie entre cette affection et la tuberculose que plusieurs praticiens et moi avons déjà pressentie pour des raisons cliniques (2). La Revue scientifique de Paris, du 3 décembre 1887, n° 23, p. 734, rappelle un article du 5 mars signalant à ses lecteurs les intéressantes recherches faites par le docteur Domingos Freire sur l’étiologie du cancer, et concluant à admettre que les tumeurs carcinomateuses sont dues à la présence d’un micro-parasite bacillaire.
(1) Voir les Avantages du pansement métallique ci feuilles d’étain, par le docteur Jules Félix. Ext. du Livre jubilaire de la Société de médecine de Gand, 1884.
(21 Voir Bulletin de la Société belge de microscopie, t. XIII, n» 1, p. 11, année 1886-1887 : Communication du docteur Jules Félix.
Voir : Du phosphore pur dans le traitement de la tuberculose pulmonaire, etc., par le docteur Jules Félix, Bruxelles, Manceaux, 1881.
A la Société de médecine interne de Berlin, le docteur Scheurlen expose les résultats de ses expériences qui confirment dans leurs points essentiels celles du docteur Domingos Freire et qui lui ont permis de formuler la même conclusion, que le cancer est une infection microparasitaire ; étiologie qui explique d’ailleurs bien le caractère remarquable d’ auto-inoculalnlité de cette maladie. Que diront les partisans de la diathèse préexistante^ de cette découverte qui met à néant leur malheureuse et décourageante doctrine?
Une preuve clini(|ue de l’auto-infection et de l’inoculabilité du cancer est pour nous la fréquence des cas dans lesquels nous avons rencontré des productions cancéreuses dans les parois vaginales; ces productions cancéreuses étaient absolument isolées, indépendantes et correspondaient aux lieux de contact du col ulcéré et augmenté de volume.
Dans un très grand nombre de cas, nous avons aussi constaté la production de noyaux cancéreux dans les endroits les plus déclives, à la paroi postérieure et inférieure du vagin, où stagnent les liquides (jui .s’écoulent du cancer ulcéré. N’est-ce pas une preuve évidente de la contagiosité du cancer?
D’après Domingos Freire et 31. Scheurlen, le bacille du cancer a la propriété de se colorer à la façon des bacilles de la tuberculose; c’est ce (|ue j’ai annoncé, en 1886, à la Société belge de microscopie. Les inoculations et les injections faites avec des cultures du bacille cancéreux, dans les mamelles de chiennes, ont produit, d’après 3131. Domingos Freire et Scheurlen, des résultats positifs, des tumeurs de grosseurs diverses présentant les caractères microscopiques des cellules épithéliales.
Un grand nombre de médecins admettent la nature
parasitaire du cancer (1) : Ledopil, Alberts et d’autres partagent cette opinion. Le docteur Van Ermengein, professeur de bactériologie à TUniversité de Gand, dans une communication très intéressante faite à la Société belge de microscopie, dans la séance du 28 janvier 1888, rapporte sept cas de transmission de cancers de Thomme à des animaux ou de l’animal à l’animal, relevés parmi les nombreux essais que les auteurs ont tentés dans ce but. Il admet aussi que ni l’anatomie pathologique ni la clinique ni meme la pathologie expérimentale, n’ont fourni jusqu’ici des données qui soient en opposition avec l’hypothèse de l’origine parasitaire du cancer.
Jusqu’ici le docteur Van Ermengem n’a pas été heureux dans les essais qu’il a faits depuis plusieurs mois avec le docteur Boddaert pour contrôler les expériences de Sclieurlen. Mais il se défend bien d’émettre à ce sujet des conclusions (léfîmtives quelconques sur les rapports du bacille de Sclieurlen {que j’ai signalé en 1886) avec le cancer, ses expériences de contrôle étant encore trop peu nombreuses et trop récentes (2).
On voit par ce qui précède que l’étiologie du cancer doit de nouveau être étudiée suivant les préceptes de la science nouvelle dont Pasteur et Koch ainsi que leurs disciples, ont établi les méthodes expérimentales qui offrent à l’esprit humain des horizons nouveaux.
Mais il importe de ne pas tout sacrifier à la microscopie; la clinique conserve toujours ses droits et l’observation attentive des faits cliniques sera toujours un guide fidèle et sûr dans la conduite à tenir par le praticien
(1) Voir Ledouy-Libard ; Le Cancer, maladie 'parasitaire, dans les Archives générales de médecine, 1885, vol. 1.
(2) Voir Bidletin de la Société helge de microscopie, séance du 28 janvier 1888.
soucieux d’apporter un remède à cette liorrible maladie qui semble devenir de plus en plus fréquente aujourd’hui.
Pour nous, la nature parasitaire du cancer ne fait aucun doute : P* parce que nous avons trouvé en ISSO un bacille assez semblable à celui de la tuberculose et se colorant comme celui-ci dans des cultures d’épitliéliomas faites dans du bouillon de gélatine peplonisée.
, 2“ Parce que depuis, plusieurs auteurs ont signalé le
même fait et ont obtenu des résultats positifs par inoculations ou injections des produits de ces cultures sur des animaux vivants.
3*^ Parce que la clinique rapporte des faits de contagion ou d’infection cancéreuse.
4" Enfin, parce qu’à notre avis, ainsi que l’a démontré Virchow (1). « Toute formation qui ne produit pas d\Hé- » ments pouvant être d'une utilité quelconque pour le corps » doit être considérée comme un parasite. »
En effet, si des cellules épithéliales ou autres se développent à l’excès; si les tissus embryonnaires prolifèrent sans s’organiser en tissus détinitifs, il en résulte (jue ces éléments éphémères se multiplient d’autant plus, en vertu des lois de la conservation de l’espèce, que leur existence est plus compromise et moins assurée. 13e là, formation d’éléments primitifs accumulés (jui constituent les tumeurs, mais ces éléments étant éphémères ne tardent pas à subir en tout ou en partie la nécrobiose qui engendre des fermentations diverses d’après les milieux dans lesquels elle se produit; c’est ainsi que les tumeurs cancéreuses ulcérées subissant l’intluence de l’air atmosphérique empoisonnent l’économie et déterminent plus rapidement la cachexie.
C’était déjà la doctrine du célèbre physicien anglais
(1) Pathologie cellulaire ^ p. 537 et suiv.
(lu xvii*^ siècle, Robert Boyle, qui écrivait alors : « Celui )) qui pourra sonder jusqu’au fond la nature des ferments » et des fermentations, sera sans doute beaucoup plus )) capable qu’un autre de donner une juste explication » des divers phénomènes morbides aussi bien que des » autres affections. Ces phénomènes ne seront peut-être » jamais bien compris sans une connaissance approfondie » de la théorie des fermentations. »
C’est à l’illustre Pasteur qu’était réservée cette découverte, la gloire du xix® siècle.
C’est encore sous l’influence de la nécrobiose des tissus embryonnaires que des réactions chimiques, biologiques produisent les poisons, si toxiques, appelés ptomaiues et leucomaines.
Or, comme Ta démontré Pasteur point de fermentation sans êtres vivants ; les ferments étant des êtres animés et les premiers êtres vivants organisés sont après la cellule, les microbes et les bactéries. Par conséquent, il est impossible d’admettre une tumeur quelconque ulcérée sans qu’elle ne renferme des microzoaires. Mais la science n’a pas encore démontré jusqu’ici si ces infiniment petits sont les éléments constitutifs et primordiaux des tumeurs, par conséquent : cause; ou, s’ils sont le résultat de la fermentation, de la nécrobiose des éléments organiques qui constituent ces tumeurs et conséquemment ; ell'et.
A notre avis, le développement des microbes et des bactéries, qu’on rencontre en pathologie, est le résultat de la nécrobiose des éléments morbides; aussi l’injection ou l’inoculation de cultures de bactéries pathogènes ne reproduit pas les affections morbides ou les néoplasies dans leur marche naturelle ascendante et progressive, mais elle détermine un empoisonnement complet de
l’économie qui amène la mort à bref délai, sans (|ue la maladie inoculée, la maladie artificielle ou expérimentale, si vous voulez mieux, présente toutes les phases régulières, identiques de la maladie naturelle, quoique identique à celle-ci dans ces produits ou exsudais patliologiques. Cela est tellement vrai (|ue l^asteur tira parti de cette différence d’action pour en arriver à la méthode de l’atténuation des virus, dans ses inoculations préventives du charbon, de la rage, etc. (1).
Tout cela nous montre combien les nouvelles découvertes doivent s’harmoniser avec l’étude clinique, qui est et sera toujours la pierre de touche par excellence dans l’art de guérir. Que de" fois n’arrive-t-il pas au praticien observateur de dire, en voyant quelqu'un : « Voilà un phtisique pour plus tard » ; et cependant auscultez ce sujet, vous ne trouverez ni tuberculose, ni microbes en bâtonnets dans les crachats; mais qu’une cause extérieure, un refroidissement, un trauma amène une pneumonie; qu’une lésion, quelque petite qu’elle soit, a[)paraisse dans le larynx, les bronches ou les vésicules pulmonaires, on ne tarde pas à reconnaître les premiers signes de la tuberculose à l’auscultation et à la percussion, et dès (|ue les crachats sanguinolents ou purulents paraissent, ou que (juehiues glandes pharyngo-laryngiennes s’ulcèrent, le microscope constate alors les bacilles de Koch qu’on n’avait pu découvrir auparavant. Voilà, pour moi, un fait clinique (jui se produit sans cosse à l’observation, et qui vient prouver que les bacilles sont non pas les causes mais les effets des fermentations pathologiques.
(1) Voir l’intéressant article du docteur E. Kermisson, professeur agrégé et médecin des hôpitaux de Paris, dans le no 34 du Bulletin médical, avril 1888 : De la nature microbienne du cancer.
Nous concluons donc, à tous les points de vue, et tenant compte des données nouvelles de la science, de l’expérience clinique et delà saine et sagace observation au lit des malades, dont M. le professeur Peter, de Paris, sait faire ressortir la haute importance dans ses remarquables leçons; nous concluons, dis-je, que la méthode d’opération des tumeurs cancéreuses par le caustique est la moins dangereuse, la plus facile pour les patients et pour le chirurgien, et celle qui donne les plus grandes chances d’une guérison radicale, parce qu’elle est la plus rationnelle, la plus antiseptique.
Le docteur Van den Corput, dans un travail sur l’étiologie du cancer, présenté à l’Académie de médecine de Belgique, prétend que le régime alimentaire animal, l'abus de la viande est une des causes principales du cancer qui, dit-il, n’existe point ou peu chez les religieux. Nous ne pouvons contester que l’abus du régime alimentaire azoté ne soit favorable au développement de la cancérose puisqu’il augmente la quantité d’acide uri(jue dans le sang et dont l’excès se dépose dans les divers organes de l’économie où il devient, par ses diverses formes cristallines (lamelles rhomboïdales, cristaux en forme de pierre à aiguiser, tranchantes; en forme de peigne, de rosaces, d’aiguilles, de lances ou de corps pointus et acérés très irréguliers), un agent de traumatisme et d’irritation continuelle des tissus, pouvant et devant déterminer l’hyperplasie cellulaire et, par conséquent, la formation de tumeurs diverses et du cancer.
Nous avons été consulté pour de très nombreux cas de cancer chez des personnes livrées à la vie monastique, et les renseignements que nous avons recueillis nous ont appris que les cancers du sein et de la matrice sont très
fréquents chez les religieuses arrivées à l’age de la méno pause. Ce fait s’explique facilement, à notre avis. En effet, la vie contemplative, monasti(|ue est débilitante par défaut d’air et d’exercice. L’assimilation des aliments, leur digestion est incomplète; la dyspepsie et Lanémie désolent les couvents de femmes. 11 en résulte, physiologiquement parlant, une disposition à l’excès de productions d’acide urique.
Or, l’expérience nous montre que l’excès d’acide uri(|ue dans le sang se dépose surtout dans les organes et les tissus qui ont le moins d’activité vitale. On comprend aisément que les organes de l’appareil génital, l’utérus, les seins que les religieuses s’efforcent d’atrophier, même par des moyens de compression barbares, soient dans des conditions favorables au dépôt d’acide urique, dont les cristaux en aiguilles cristallines, etc., produiront l’inflammation et l’irritation capables de déterminer l’hyperplasie cellulaire et même la cancérose.
Nous croyons utile de résumer ici (|ueh{ues renseignements statistiques sur les tumeurs cancéreuses opérées : le professeur liillroth, de Vienne, a publié, en 1878, les résultats de sa clinique; sur 170 cas de carcinomes du sein ((ui se sont présentés, Hl cas ont été jugés inopérables, li3 cas ont subi l’opération par l’instrument tranchaut; de ces 143 cas, 34, soit :23.7 p. 100, ont succombé aux suites immédiates de l’opération ; 55, soit 38.4 p. 400, ont succombé par suites de récidive; 35, soit 24.4 p. 100, sont encore vivants avec rccidive ou perdus de vue; 19 cas de guérison (h'linilive, libn's (h^ carcinome ou morts de tout autre: maladie, donc 13.3 p. 100 de (jtiérisons positives.
Le docteur lîougard, de liruxelles, dans son ouvrage:
Étude du cancer, publie, page 870 et suivantes, sa statistique :
Sur 300 cas d’opérations, faites par son caustique de 1867 à 1878, il a obtenu 144 guérisons définitives et sans récidive cinq ans après l’opération; 150 récidives et 6 malades perdus de vue et supposés guéris définitivement.
Ces 300 opérations comprennent : des cancers de la mamelle ou d'autres régions, des cancroïdes, des enchondromes, des fibromes, des lipomes, des kystes et quelques tumeurs érectiles.
Si l’on admet le principe énoncé par Billroth qu’«o?i ne peut considérer comme une guérison durable celle qui ifa pas ])lus de 2 durée », le docteur Bougard au-
rait obtenu, par la méthode des caustiques, 64 guérisons radicales sur 162 opérations de carcinomes du sein ; tandis que Billroth n’a obtenu, avec le bistouri, sur 143 opérations, que 8 guérisons, ayant plus de 2 1/2 ans de durée.
Les deux méthodes se traduisent donc en résultats de cette manière : caustiques, d’après la méthode du docteur Bougard : 39 82/162 p. 100 de guérisons radicales; le bistouri donne 5 p. 100 de guérisons radicales, donc 34 p. 100 en faveur des caustiques, pour la guérison des cancers.
Mais nous avons vu que sur 143 opérations par le bistouri et pratiquées par l’habile chirurgien Billroth, .34 malades sont morts des suites immédiates de l’opération. Sur 153 cas de carcinome du sein, M. Desgranges en a perdu 39 des suites immédiates de l’opération ; tandis que pour le docteur Bougard, sur 162 cas d’opérations de cancers du sein par le caustique, pas un seul malade n’a succombé aux suites immédiates de l’opération.
Depuis que nous opérons par les caustiques chimiques : les épithéliomas, les carcinomes, les ulcères cancéreux, scrofuleux, syphilitiques, les tumeurs érectiles et même les caries osseuses, le premier cas de décès, des suites immédiates de l’opération, est encore à enregistrer. Toujours le caustique, dont on a fait à tort un épouvantail, est facilement supporté; la santé n’en est pas altérée, et les cicatrices ne laissent rien à désirer, sous aucun rapport. Notre méthode, qui n’est pas toujours aisée pour des mains peu exercées, devient on ne peut plus simple et plus facile avec un peu d’habitude et d’expérience.
Sur 74 cas d’opérations diverses que nous avons pratiquées par les causticjues, nous n’avons pas eu un seul décès des suites de l’opération.
Sur 20 cas de cancers du sein, à la 2® et à la périodes, opérés par le caustique, nous avons obtenu 17 cas de guérison complète se maintenant après plus de 5 ans; 9 cas de décès se sont produits entre 1 et 3 ans après l’opération; ces cas étaient arrivés à la 3® période (cancer ulcéré), cachexie, et nous ne les avons opérés (jue pour soustraire les malades aux horribles souffrances, à l'hémorragie et pour prolonger leur existence.
Donc 79.7 pour lOU de guérisons définitives et 20.3 p. 100 de décès.
Sur O cas de cancer de l’utérus nous avons obtenu, par notre méthode, 2 guérisons radicales de cancers du col utérin, (|ui se maintiennent parfaitement depuis 1874, c’est-à-dire depuis 14 ans; 2 cas de décès, 2 ans ans après l’opération, })ar n'cidivc* et (‘xtimsion du n('*oplasme à l’utérus et aux organes voisins; et 1 (“as incurable qui se maintient depuis 1 aniuie, grâce à l’action hémoslati([ue du causticpie.
Sur 4 cas de cancer de l’(‘paul(^ et du l)ras, dont l’un a
nécessité l’amputation complète du bras au lieu d’élection et que nous avons pratiquée avec le caustique, nous avons eu : 1 décès 1 an après l’opération d’un fongus hématode du deltoïde, par pleuro-pneumonie cancéreuse, 2 guérisons radicales et 1 décès par pleurésie cancéreuse 18 mois après avoir subi l’amputation du bras par le caustique, pour un ostéo-sarcome encéphaloïde du bras; soit encore 50 p. 100 de guérisons.
Sur 18 cas d’épithéliomas de la lèvre (cancer des fumeurs) de la face et du nez, nous avons obtenu, par la méthode des caustiques 16 cas de guérisons définitives et deux décès, soit 88,8p. 100 de guérisons et 11,2 p. 100 de décès.
Sur 21 cas d’ulcères variqueux, syphilitiques, carie des cotes, des os du pied, kystes sébacés, noevi materni, lupus nous avons obtenu vingt guérisons.
Certains chirurgiens, trop enthousiastes de la méthode sanglante, invoquent que, depuis la généralisation de l’antisepsie, les accidents opératoires ne sont plus guère à redouter et que les succès opératoires sont la règle et les insuccès l’intime exception.
Nous sommes absolument de leur avis, l’antisepsie a augmenté les succès opératoires et diminué notablement la mortalité, si nombreuse à la suite d’opérations chirurgicales importantes, sans cependant avoir écarté définitivement les accidents mortels, tels que le choc chirurgical, le tétanos, la syncope chloroformique qui devient de plus en plus fréquente; mais nous devons à la vérité de dire qin; le chirurgien ne doit pas envisager que le succès opératoire; son devoir et sa mission humanitaire sont de ne point faire d’opérations inutiles ou peu profitables pour le malade, de ne point chercher à conquérir une haute réputalion ou une grande fortune par des opéra-
lions hasardées qui ne donnent aux malheureux patients aucun résultat satisfaisant ou définitif et de ne point conseiller à son semblable de se laisser faire des mutilations scientifiques qu’il se garderait bien de subir luimême, si le cas se présentait.
On doit toujours se souvenir qu'il ne faut faire au prochain que tout le bien qu’on voudrait qu’il fût fait û soi-même, et que la chirurgie ne doit pas être une école de vivisection pratiquée sur l’espèce humaine dans le .siècle où la société étend sa vive et etïicace protection jusque sur le dernier des animaux. Il ne faut point voir dans un cas chirurgical le succès et l’audace d’une opération, mais il faut peser, avant d’opérer, les chances de succès et le résultat dé/ùn'///’ exclusivement au point de vue de la santé et du rétablissement du malade.
Il faut toujours suivre la belle et vraie maxime du professeur Verneuil ;
« Messieurs les chirurqiens, soyez avant tout médecins! » parce que, comme le disait autrefois à ses élèves le docteur Lanthier, professeur d’anatomie à Louvain :
« La médecine est une reliyion. »
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10 affections de la face.