‹ Des cérémonies du Sacre ou recherches hist. s.l. moeursChapitre 11 sur 36 · COULEURS HISTORIQUES. I · texte numérisé non relu

COULEURS HISTORIQUES. I

qa^iucune couleur y eût été spécialement affectée.

Depuis Philippe-Augustfe , les princes et les courtisans portèrent le deuil noir ; le roi lui-même le portait ainsi, mais les premiers jours seulement, et le gris— brun ou le brun-tanné était le partage des gens du commun.

Le rouge succédait au noir , pour le roi , qui continuait son deuil en habit de pourpre , avec le manteau et le chaperon de même couleur.

Dans la description que Juvénal des Ursins nous a laissée des funérailles de Charles VI, il n^est question que de tentures , de draperies et de vétemens noirs. Le char et le catafalque étaient drapés, en noir; le poêle, pièce caractéristique du deuil, était de même couleur. Le noir don^ine partout ; le violet ne se montre nulle part '.

Monstrelet ' nous apprend que Charles VII , fils

et successeur de ce prince , ne porta son deuil qvCun

jour en robe noire , et que , dès \p lendemain , il

reprit Phabit de pourpre/, pour aller entendre la

messe dans la chapelle du château.

* Juvénal des Ursins, Hist. de Charles VI ^ an m.cccg.xxii, p. 394.

' « Lequel dauphin ojant les nouvelles dessus dictes (de » la mort de Charles VI) en eût au cueur grand tristesse ^ et ». plora très habondammcnt; et prestement, par l'ordonnance > de son conseil , fut vestu de noir pour la première jour- » née. • (^ChroH. de Monstrelet, t. a , p, 1. )

' Robe vermeille, suivant le texte de Monstrelet. Il ne peut

Louis XI , fils, de Charles VII, assista aux obsèques de ce prince, vêtu de noir, et accompagné des ducs de Bourgogne, des comtes de Charolais , d^Étampes , etc. L^histoîre ajoute qu^après le service , il se revêtit de pourpre, selon la coutume; ce qui prouve que nos rois portaient d^abord le deuil en noir , mais quHls ne le gardatent que très-peu de temps , et prenaient ensuite le rouge , même dans le deuil le plus rigoureux, celui de père. Aussi Mézerai signale-t-il comme une chose peu commune , la conduite de Louis XII , à la mort d^Ânne de Bretagne. « Ce prince , dit Thistorien , Taimait » si fort , que sa constance succomba à son afBic— » tîon. n en prit le deuil noir , demeura enfermé » quelques jours dans son cabinet, et chassa tous » les violons , les comédiens et les basteleurs '. »

Brantôme rapporte à ce sujet , diaprés une vieille histoire du temps , que « le roi regretta sa femme

être ici question que de Thabit d*écarlate rouge ^ c'est-à dire de la couleur exclusivement affectée aux princes , aux chevaliers et aux dames d'une haute distinction. Il serait donc naturel de penser que le monarque prenait le rou^e , après le iioir, bien moins comme signe de deuil, que comme couleur royale , parce que la royauté ne souffre en France ni lacune ni interruption. Les vois faisaient leur entrée solennelle dans la capitale avec le manteau d*écarlatc , qui ne rappelait rien moins que des idées de tristesse et de deuil. (Voy. Jean Char— lier , et Fauchet , sur tes habilierhentSy p. 43.) * Méz. , Hist, de Fr, ^ t. 9, p. 4<>, édît. de Hol.

eOULbURS UiSTORlQUSS. 129

» et démena ua tel deuil , qu^il en cuida i^ourir » au bois de Viooennes , et s^h^iUa loDg-temps de » noir ; » c^est-à-dîre plus long-temps que ses prédécesseurs n'^ayaienf accoutume de le faire en pareille circonstance*

Le cérémonial nVxcluait point le bleu de ces pompes funèbres. Au convoi de la même reine , « le poille était à bandes de veloux blanc et bleu, » armoyé aux armes et blason de la dite dame

» comme reyne et duchesse puis venait le char-

» riot où était le corps , et dessus le dict charriot, Il nne grande couverte de veloux noir à line croix » de satin blanc '. »

Un drap d^or brodé de velours bleu couvrait aussi le cercueil de Charles VIII %

Dans tqut le cérémonie des obsèques de ce temj^s, on ne voit figurer que le noir, le blanc et le bleu. Le violet ne s^ montre point. UadoptioA de cette couleur par le roi , comme signe de deuil, ne doit pas remonter au-delà du seizième siècle. Le bleu qui se fait remarquer dans la bordure du poisle,la housse du cheval d^honneur, et le dais ou

* Ordre du Convoi d'Anne de Bretagne, dans God. , p. 1 11 ; in.4*.

• Ordre du Canvoi de Charles FUI, ibid. — Le feu roi Louis XVIU était habillé de noir, lorsqu'il reçut les fonctionnaires et les officiers généraux, à l'occasion du meurtre de rinfortuné duc de Berri.

i3o CÉRÉMONIES DtJ SACRÉ.

ciel-poide , aux funérailles de Charles VIII , ne reparait plus dans celles de François I". Partout le violet y remplace le bleu.

Nous lisons, il est vrai, dans du Tillet, <iue, , quelques jours avant Pinhumation du feu roî^ son successeur revêt le manteau royal de pourpre f et plus hdiS^ ledit pourpre est le deuil des rois et le tanné celui des roynes '. Mais cette remarque ne prouverait rien contre les faits qui viennent d^étre rapportés. Outre qu'elle peut ne s'^entendre que du • second deuil y de celui ^\w^ précédait V inhumation que de quelques jours ^ qui ne suivait pas immédiatement le décès , la qualification de pourpre nVcarterait pas non plus Fidée de deuil violet.

Les anciens donnaient le nom de J^ourpre et Vépithète de pourpré à toutes les couleurs d\in grand éclat; et les termes de purpura y purpûrens équivalaient, en certains cas , au Xa^iTrpoç ou Xatjx- TTporaToç des Grecs , resplendissant ". L'expression

• Recueil des rois de Fr. , p. 244 » in-f». Aux funérailles du duc d'Anjou , frère d'Henri III , ce dernier était suivi « de la » reine sa femme , seule , en un carrosse couvert de tanné ,

> et elle aussi vêtue de tanné y après lequel suivaient huit

• coches pleins de dames vêtues de noir j , à leur ordinaire.

> Le roi portait un grand manteau de dix-4iuit aunes de

• serge de Florence violette , ayant la queue plus large que

• longue , etc ÇJouk de VEstoile , t. i , p. ^ii et 422,

édit. de la Ha je.)

' Principalement chez les poètes. Horace et Virgile ont

COULEURS HISTORIQUES. i3l

des mêmes idées reçut la même extension ge'nerique dans le langage de nos pères. Aussi les mots écarlate et pourpre n*j ont-ils pas toujours un sens précis , une valeur déterminée , comme qualification exclusive de telle ou telle couleur. Non-seulement les écrivains du moyen âge, et même ceux du seizième siècle, les emploient sou^ vent Tun pour Fautre ^ mais il reste encore à savoir quelle pourpre ou quelle écarlate ils ont voulu . désigner. Voilà pourquoi on disait anciennement , et sans pléonasme , de Vécarlate rouge , pour distinguer cette espèce d^une autre. On admettait encore de la pourpre grise , et même de Vécarlate ou pourpre blanche f ce qui a fait soupçonner à Pun des hommes les plus versés dans la connaissance de la langue et des usages de ces temps, que le mot écarlate rappelait plutôt la qualité que la couleur spéciale de Pétoffe ". Cependant il y avait de la pourpre noire *.

employé ces mots dans le sens de vif y pur^ éclatant. Hor&ce qualifie des cygnes de purpurei , ponr rendre Téclat de leur bUnohenr. (Voj. Samuel Bochart , sur Tinterprëtation du mot purpureusl ) Suivant Pline , la plus belle pourpre arait la couleur du sang refroidi. ou concret, tirant sur le noir; mais le reflet en était fort brillant : JLaus eisumma coior sanguinis concrtti nigricans aspectu , idemque suspectu refulgens$ undè ah Homero purpureus diciiur sanguis, (^Hht. naf,j l. 9, c. 38.)

* Le Grand d* Aussi , Not. sur div.fab.

• Uauteur ancien de V Histoire prodigieuse du docteur

i3a GBRBBfONIBS DU SACRB.

On distingnait aussi plusieurs sortes de violet ^ telles qpe le bleu et le cramoisi. La qualification de cramoisi violet se rencontre fréquemment dans le cérémonial de France * ; et Rabelais nous fait voir qu'il Y avait du bleu cramoisi. « Pour les souliers n ( de Gargantua) furent levées quatre cents six » aunes de velours bleu cramoisi '.

Or, le pourpre dont parle du Tillet ne peut sVntendre que de la pourpre violette ; car il est cer* tain que, du temps de cet auteur qui écrivait sous Henri II , le violet , tel que nous le concevons actuellement, avait remplacé le bleu, et qu'il caractérisait déjà le deuil du roi *.

Henri II portait le deuil en violet, suivant Pu-

Fauite fait apparaître la feiineuse Hélène de Grèce , en présence du docteur y « ayant une robe de pourpre noire pré- 9 cieusej ses clieveux lui traînaient jusques au bas si excel- » lemment beaux , qu'ils semblaient être fin or. » ( 3* part. , p. 145 de redit, de Col. ; 171a. )

* Godef* , in-P».

* Gargant. , 1. t , c. 8.

^ Du Tillet fournit lui-même la preuve de ces cbangemens: « La particularité des cérémonies et façons des eveques , dit

• cet écrivain ^ n'a certitude, parce que aucuns qui ont eu » cbarge des convoys y ont par erreur du passé , faict des

• cbangemens y non seulement es pompes augmentées et en- » ricbies , qui est de petite importance ^ mais es formes an-* » ciennes et signifiantes. »- (^Rec. d£s A. de Fr,j p. a4a 1 in-f>. )

^.rm.A £;/,.,-,//;, £^^^,^,^^ J^i^£^.

COULKURS S1STORIQUB8. t33

sage, dit on ecriyain contemporain *. Le nouveau

mode avait donc prévalu. En effet , le violet est la

couleur affectée par FÉglise aux temps de péni-*

tence ' , et le caractère ecclésiastique que le sacre

est réputé imprimer aux rois de France, explique

comment cette couleur a pu devenir pour eux un

signe de douleur et de tristesse. Les cardinaux de

Lorraine, de Bourbon, de Sens, de Châtillon et

de Guise , assistèrent aux obsèques de Henri II en

chap|$ês violet tes, et le roi y parut aussi en robe et

e# manteau violet '»

' On nïgnÔKe pas, d\ulleurl, que ce signe a va^

rie suivanl' les temps , les lieux et les idées philo-*

sophiques* et religieuses des peuples. Quoique le

noir et 'les bouleuns sombres aient une analogie na-

turelltt' ftvéc liétat du cœur triste et souffrant , la

coulocirô{)pasée n^en a pas moins été consacrée ,

chez plus dMn : peuple, àPexpression de Fabatte^

ment et: de la doideui-.: Autrefois, les reines de

' Mémoifis de ta Pleille^F'iiie , t. i . Bégyie de Henri IL

* « L'Église', qui a cbtitinué de re^rder Tavent comme » «a 'temps destiné à la pénitçùcè, y a conservé TiiHerdit » des noces , et se sert du violet , couleur affectée aux temps » de pénitence. » (Calend. kistor. , p. i53. )

Pendant Vavent , le carême et toutes les vigiles, le pape n*officie qu*a?ec des ornemens violets , excepté le vendredisaint , jour auquel le noir est exclusivement consacré. ( Voj. Lo stato délia corte di Rom. )

' Ordre des obsèques de Henri //.

l34 céREMONIBS' nu SACRE. '

France portaient le deuil en blanc. Anne deBre* tagne est la première qui Fait pris en noir; Les Castillannes le portèrent aussi en blanc jusqu^à la mort de Don Juan '. Chez les Russes, les femmes se couvraient d'un voile blanc à la mort de leurs maris , et le gardaient pendant quarante jours '• Les Romains prenaient la même couleur dans les mêmes circonstances. Le noir est pour les Japonais la couleul* de la joie, et le blanc celle de la douleur, quoique les Chinois, leurs voisins,* aient adopté Tusage contraire '. Dans le royaume du Pégu, le deuil se porte en jaune. Les juifs n^ affectent aucune couleur exclusive, mais ils sont obligés de se servir, pendant Tannée du deuil , des mêmes habits qu'ils portaient au moment où le défunt a quitté la vie , et il ne leur est point permis de les remplacer, quelque sales et usés qu'ils puissent être ^. D'autres peuples , avec des maximes encore plus opposées aux idées communes, ont banni ou flétri toute espèce de deuil. Une loi lycienne ne permettait de le porter qu'en habit de femme , parce que l'affliction , suivant le législateur, ne conviendrait qu'à des coe;urs efféminés ^^

^ C'est-à-dire jusqu'à la fin du quinzième siècle..

* Aubanus , Mores omn, gentium 9 p« i 75*

' Lettres du père C/iarleç^oix. — Muret, Cérém./uné6,; in- 1 a.

4 Muret, làid.

^ Meursius , de funere. -^ Demeunier , t. 3 , p, 333<

COULBURS HISTORIQOBS. l35

Le culte des morts était un crime chez les Albanîens, et ils ne pouvaient pas même en parler sans devenir coupables aux yeux de leurs juges*. En France , le chancelier était la seule personne du royaume qui ne portât pas le deuil : comme chef de la justice , il était censé impassible et au-dessus de toutes faiblesses humaines '• Mais je nVcris point ici Fhistoire des deuils. J^ai voulu seulement expliquer pourquoi un même signe se trouvait affecté à des choses aussi opposées entre elles. Cette explication mV paru d'autant plus utUe (pie le sacre n^interrompt pas le deuil, et qu^en pareille circonstance, le concours du violet , signe de tristesse , avec la même couleur admise comme marque d^une affection contraire , doit naturellement exciter la surprise et le désir de pénétrer la cause de cette apparente bizarrerie. Louis XIII était en d^uil le jour de son sacre , et montait un cheval blanc couvert d^'un caparaçon violet '.

Cet éclaircissement peut n^intéresser que la curiosité ; mais nous trouvons un sujet d^observations

* Strabon , Geog, j Lu, cap. 5.

Les Albaniens, ou Albani (suivant la traduction it l'Institut) auraient regardé comme une impiété de s'occuper des morts : ils enterraient avec le défunt toutes ses richesses , de sorte qu'aucun d*eux ne recevant de patrimoine , la plu^ part vivaient dans la pauvreté.

, * Legendrcy Mœurs des Fr, , p. ^o%.

3 Menin , Hisi. du Sac^

l56 CÉRÉMONIES DV SACRE.

plus solides dans les couleurs qu'ion pourrait appeler historiques. CVst ainsi que nous qualifierons le bleu j le rouge et le blanc , considérés comme signe politique dans Tancienne France.

Pour bien comprendre ce qui suit , il faut se rappeler que la couleur du roi , celle de la nation, et la couleur favorite des Français , sont autant de choses distinctes qui se rapportent à des principes différens.

Uhabit royal n'a pas toujours été d'un bleu foncé unicolore : celui de nos premiers rois était ordinairement tout blanc, et quelquefois mi-parti blanc et bleu '.' Mais il paraît que-le bleu était leur couleur de prédilection , et qu'ils ne portaient le manteau blanc qu'en qualité de monarque , cette couleur étant alors considérée comme le signe de l'indépendance et de la souveraineté '. A l'arrivée de Charles IV à Paris, en 1378 , le roi de France lui envoya un cheval noir pour faire son entrée \

' Legendre y Mœurs des Fr,,p. Bo.

* C'est une cliose devenue fort remarquable y que le ilane était pour nos anciens rois le signe de l'indépendance.

* « L'empereur fut mis à cheval sur un destrier morel

» (noir) Le roj de France lelujr donna de cçlujrpoQ,

• qui est plus ioing et opposite du- blanc , pour ce que es » coustumes de l'empire, les empereurs ont accoutumé en<> » trer es bonnes villes de^ leur empire , et qui sont de leur » seigneurie, sur cheval blanc, si ne voulait pas le toj que % en sonrojaume le fist ainsi, afin qu'il ne peul estre njotc

OOULBUI» HBSTORIQDBS. i3j

et il alla au-devant de lui sur uu palefroi blanc, pour montrer que sa souveraineté était entièrement indépendante de celle dePauguste voyageur. On attribue Tadoption du bleu royal à Tattention particulière qu^aurait eue Clovis de flatter le goût du peuple conquis, en prenant la couleur qui plaisait le plus aux Gaulois. Leurs femmes, suivant Ammien Marcellin, étaient ordinairement vêtues de bleu ' , et soit politique, soit galanterie, le vainqueur aurait voulu que Tobjet de leur préférence devint la règle de son choix '•

D^un autre côté , les Français ont toujours montré une certaine préférence pour le blanc , même dans les temps où cette couleur n^était pas celle de la nation proprement dite. « La candeur » et blancheur convenables aux moeurs des Fran-*-

• aneiin signe de domination. » (^ Grand, ekron. et autres.) — Yof, Savaron, second Traité de la Souveraifieté du Roy, p. 20. Paris» 161 5^ in-^®. — Bullet, Dissertation sur le bleu des rois de France^ p. ioi du recueil, ih-8*. Ce caractère aUaché au blanc se retrouve chez beaucoup d'autres peuples. Les mulets , les chevaux et les éléphans blancs passent à Siam, à la Cochinchine , et dans plusieurs autres parties de rOrient , pour une marque de souveraineté. Néron fit son entrée à Naples dans un char attelé de quatre chevaux blancs. Divers papes ont suivi cet usage y à pareil titre y et Tout même permis à plusieurs évéques.

' « Adhibitâ uxore multo fortiore et glaucâ* » (^Hist,, 1. i5.)

' BoDet > Dissert, sur le bleu , ubi sup.

l38 CERÉMOlflES DU 9ACRE.

» çaîs a été par eux choisie , et là portent en leur » écharpe de toute antiquité *. »

Les vers suivans en sont une preuve :

« Eut entr'eux tous sur leurs atours y

» Et les grans gens et les menues , ,

» Écherpettes blanches cousues, etc.... »

Et ailleurs :

« Qu'il soit seigniez d*escliarpe blanche » Pour être au férir coneus *. »

Ceci se rapporte au goût général et au libre choix des dames et des guerriers. Cest à ce titre que quelques-uns de nos princes adoptèrent le blanc pour leur enseigne particulière; car il ne faut pas confondre en cela , le signe de la royauté commun au plus grand nombre de nos rois, avec Tenseigne ou la couleur personnelle du monarque vivant. Charles VI avait pour enseigne particulière une croix blanche'; et, telle était la liberté de ce choix , que Charles V II adopta la couleur opposée. A son entrée à Rouen « Havart écuyer tranchant... )> portait un pennon de veloux azuré à quatre n fleurs de lys d W de broderie auprès de

• Aug. Galland , des Enseignes et Esiendarts de France, p. 57. — 1637, in-4°«

* Guill. Guiard, La branche aux royaux lignages.

3 Juvénal des Ursins , HisU de Charles f^I^-ad^n, i4ii-

GOVLEURS HISTORIQUBS* 189

» lui estait un escuyer qui portait Festendart royal, » lequel estait de satin noir '. »

Le bleu a pu. de venir aussi Tobjet de quelque choix particulier ; mais il avait , d^ailleurs , un caractère qui lui était propre , en ce qu^une adoption constante Payant conune uni au titre de roi de France, il constituait , par ttadition, une des marques distinctives du prince régnant sur les Français.

n n^en est pas ainsi du rouge , dont Tadoption , beaucoup moins ancienne, parait être TeffetdW acte délibéré, d^une innovation politique indépendante du goût et des affections personnelles du monarque. Cette couleur rappelle un étendard qui fut long-temps Tobjet de la vénération générale et d'aune sorte de culte chez les Français.

Uoriflamme, c'^est-à-dire la bannière de Saint- Denis, était d''un taffetas rouge uni , sans figure et découpée en longues bandes aiguës. La France ayant succédé aux droits des comtes de Vexin , protecteurs de cette abbaye, voulut lui conserver la même protection ; et , lorsque Tarmée française partait pour quelque expédition importante, Tabbé lui remettait Toriflamme , comme il en usait, en* pareille circonstance, avec les comtes de Vexin*.

* Alain Chartier, ad an. i448.

* Voy. Du Gange. — Le P. Daniel. — BuUet , Disseri. sur diffirens sujets de Vhist. de Fr.f in-8®, p. 170.

l40 CBRéMORiBS DU 8ACAB.

Cette adoption remonte au commencement de la troisième race.

Cestune opinion assez généralement reçue que Toriflamme n^a pas cessé de figurer dans les armées françaises, depuis Louis-le-Gros,jusqu^au règne de Louis XL Ce fait , en le supposant exact , ne détruirait pas ïe fondement de nos observations sur le blanc, parce que la bannière de Saint-DenîS, unique en son genre , nVtait pas IVtendard habituel des Français , ou le signe communément affecté à la distinction des troupes. Mais il est trèspermis de douter que Texistence de Foriflamme se soit prolongée au-delà du règne de Philippe de Valois.

Nous lisons dans les antiquités de Paris, par Bonfons * , que Philippe VI perdit Toriflamme dans la guerre de Flandre , et que , depuis , la France n^en a plus entendu parler. Bonfons ne citç pas son autorité, mais nous la retrouvons dans le témoignage de Meyer, historien du seizième siècle, qui assure que Toriflamme fut prise , lacérée et détruite à la bataille de Monts en Puelle , ou Peule {mons pabularius , ou populati*.) Voici le texte : « flammula Gallorum signum, de quo tam multa

«In-8%p. 91.

' hBi^ Puelle {Pabula) était un des einq (juartiers qui composaient l'ancienne châtellenie de Lille. (Là Martin.)

COULEURS HISTORIQUES. i4l

» solebant fabularl, eo prœlio discissa et laniata » est à Flandris , occisusque Anselmus Cheurosius »' ejiis gestator ' • i» Plusieurs auteurs contemporaÎDS font mention de ce fait. Il est dit dans Tancienne Chronique de Flandre , c. 47 % que le lendemain du comhsX^ F étendard Jiit trouvé gisant emmy les champs ^ei que toute, la' nuit r^^^^^ ff^a; car on tient pour certain que k( porteur Chévreuse y perdit la vie. Guillaume. Guiard, écrivain dii règne de Philippe-le*Bèl f convient plus posir tivement de la prise de.ronflaiilméifîl/^ftend^ à la vérité , que ce n^étart !qa^une< feuss^ h9AfnèTe faite à Fimitation de celle de Samt^^Deni^ et dé^ ployée dans ce jour pour' enfllmuner le .«suroge desFrançais : ,!>•:/:,: . ^- : '\

• Par droîcte semBltfnc^ pstréille ' ' ' '^ ' ^'

• A celle , se le 'rotf esgârdé y - ] ' '* » Que l'abbé de aâinl-FDeiiis'ig;âiUe.>: '

Et ailleurs:' '' "'

« Et ToviflaiiuiM contrefaicte .' .

. » tniai;à terre 9 et la saisirent ' i

» Tlaménb ; qui après s'enfujret\t. »

Cette interprétation a. été admise par/la plupart des historiens modernes : la nation dont elle flattait Porgueil ne fit pas difficulté d^ ajouter foi , et

* Annal, rerumJUmdrkarum , /. io.

Digitizçd by

l4â CEREMONIES DU SACRE.

Ton nV pas cessé de croire à Pexistence de Torlflamme jusqu^à rentière disparition de ce qui en restait, vers le milieu du quinzième siècle, 'plus de cent ans après la bataille de la Puelle.

Mais la version deGuiart ne répugne-t-elle pas au simple bon sens? SMl est vrai, comme il le parait, qu^une oriflamme , Jlammula Gallorum signurn^ ait été prise dans la journée de la Puelle, n^esl-il pas naturel de penser que cVtait la véritable.? Lorsqu^on possédait celle-ci , on n'^avait aucune raison d^en déployer une fausse ; c^eût été abuser gratuitement Tarmée. La substitytion est d^autant moins présumable , qu^elle supposerait une absurdité, ou une profanation ; c'^estrà-dire qu^après avoir été prendre solennellement roriflamme au lieu où elle était déposée , on Taurait mise de côté, pour en présenter une fausse; ou que la fausse existant déjà dans le dépét, on aurait payé au mensonge un tribut d^honneurs et de pieux hommages qui nVtait dû qu^à la réalité. La perte cachée de la vraie bannière pouvait faire excuser ce jeu scandaleux aux yeux de nos pères; mais nous convenons tous quVUe existait alors. Il est bien plus vraisemblable que la copie nV été produite qu'^après la perle de Poriginal, bien moins pour exciter Tardeur, que pour prévenir le découragement des troupes ; et qu^on aura mis beaucoup dUmportance à garder le secret de cette supercherie. Ainsi la prétendue oriflaïune

COULEURS HISTORIQUES. i43

conservéa depuis la journée de la Puelle jusqu'à Louis XI, et dont parlent Froissart ' et Monstrelet % n'aurait été que le simulacre de la vraie bannière de Saint-Denis, et il y aurait tout lieu de croire que l'existence de l'antique oriflamme ne descend pas au-delà du règne de Philippe-dc-Valois : j'insiste sur ce point essentiel ; on va savoir pourquoi^ Nous avons déjà vu que le blanc , qui est de>venu la ôouleur nationale des Français, n'a pas toujours eu ce caractère parmi nous : c'est l'oriflamme, c'est-à-dire le rouge, que la France a d'abord adoptée comme marque distinctive de la nation ^ . Le blanc était alors la couleur des Anglais, Personne n'ignore les prétentions que les souve-^ raiQs de la Grande-Bretagne élevèrent àlasucœs-* sion de Charles-le-Bel décédé sans postérité mas^ culine. Edouard III et ses successeurs , déjà parés du titre de rois de jEVance, ne se contentèrentpas » » •

* Giron», V. 1 , Q. i64>

a Veulium simples , ceaddo simplice teztuni , Spleodûris rubei

Omnibuê in bêlUs habet omnia signa prseire.

( GuiLLELMUS BrITO , PhUîp, , 1. X I.)

Ce demîei: vers prouve que roriflamme était la bannière par excellence , qui n'excluait pas Tusage des étendards ordinaires eu communs. Il en résulterait aussi qu'on la portait habituellement dans toutes les batailles ; mais les historiens ne s'accordent pas«ur ce pqini avec le poète.

l44 CBRÉMONIBS DU SACRE.

de faire écarteler leurs armes de fleui» de Us y ils affectèrent encore de porter notre couleur, c^est-à-dire le rouge de Toriflamme. D^un autre côté, nos princes, soit pour user de représailles, soit pour éviter la confusion des signes militaires parmi les troupes des deux nations , s^approprièrent la couleur blanche de la bannière rivale; et, comme Tusurpation ne cessa point de la. part des rois Bretons, la France demeura en possession du blanc, qu^elle substitua définitivement, comme marque nationale, au rouge retenu par la Grande- Bretagne* Cet échange sin^lier , et trop peu remarqué, parait remontef à Tépoque où le succès des armes anglaises sur notre territoire devait naturellement encourager Faudace de Fusurpateur, et lui laisser quelquVspoir dVriver à ses fins.

n.s^opéra, suivant toute apparence, du temps de Philippe-de-Valois ' . X)n a des «exemples de rois postérieurs qui abandonnèrent assez légèrement le blanc national. Henri III j substitua une autre couleur. Cétait alors les troupes du roi de Navarre qui portaient Péçharpe blanche. La France ne la reprit elle-même que pour cimenter la réconciliation avec le parti des réformes contre les Guises ; encore fallut - il que Pavis de Grillon triomphât du scrupule des courtisans , qui repu-

' Traités des marques nation,, p. 58; in-S", «769.

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