DES ORNEMENS ROYAUX , ET DES HABITS DU SACRE
Suivant un usage des plus anciens, le roi doit revêtir , dans la solennité du sacre , trois sortes d^habits difFérens de caractère, de forme et de couleur.
n arrive à Péglise enveloppé dans une longue robe de toile, ou drap d^argent, qui recouvre une camisole de satin cramoisi , galonnée en or , et descendant jusqu^aux malléoles.
Au moment de la consécration , le grand chambellan revêt Sa Majesté d^une tunique , d^une dalmatique , et , par-dessus , du manteau royal , vêtemens qui , selon les procès-verbaux des sacres modernes , représenteraient les habits de sous-^ diacre , de diacre et de prêtre , cVst-à-dire les trois degrés de la prêtrise.
;29^ CRRKMONIES DU SACRE.
Ces objets sont déposes sur Tautel pendant )a prestation des sermens , avec les insignes de la royauté,
Cest ainsi qu^on désigne la couronne, le sceptre , répée et la main de justice; à quoi Ton ajoute les éperons , les bottines ou sandales , Tagraffe et le livre des prières ou rituel du sacre.
Les insignes sont toujours les mêmes, et paraissent remontera une haute antiquité*. Ils étaient conservés à Tabbaye de Saint-Denis , où saint Louis les fit déposer, et d^où Pabbé recevait , à chaque sacre , Tordre de les apporter à Reims, pour servir à la cérémonie. Les religieux chargés de cette mission ne les perdaient pas un seul instant de vue , jusqu^à ce que la fin de la solennité leur permit de les reprendre pour les rétablir dans le dépôt.
La couronne , le sceptre , Tépée et les éperons passent pour avoir appartenu à Charlemagne. Je me dispenserai d'^en donner ici la description : on la trouve partout, et ma tâche n^est pas de trans-
* Philippe-Angiutc , et depuis Henri II , les firent renouveler. Il j avait alors , comme aujourd'hui , une grande et une petite couronne. La première servait au couronnement. Le roi, pour plus de commodité , ceignait ensuite la plus petite y qui était une couronne ordinaire , et la conservait au banquet royal. Avant saint Louis , les insignes et omemens rojaux demeuraient en dépôt dans le palais du monarque.
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crire * : mais je ilois dissiper une crainte trop pénible et trop généralement partagée '.Nous nVvons point à regretter la perte de ces précieux monumens : soustraits au pillage de Tancien trésor et à la profanation qui les menaçait , ils n^ont point éprouvé le sort de tant d'autres débris illustres de Tantique magnificence de nos rois : on les conserve religieusement à Fintendance des Menus-Plaisirs , où ils ont été recueillis depuis Taccomplissement de la restauration.
La ville de Saint-Denis n'^a point , d'ailleurs, » se reprocher la violation de ce sacré dépôt. Contrainte d'obéir à une volonté supérieure , elle a montré dans sa soumission moins de complaisance que de fermeté et de regrets» Elle a même osé protester contre un enlèvement dont Tirrégularité faisait présager les plus fâcheux résultats. Fidèle dépositaire , elle n'a cédé qu'à l'autorité des lois et à la force des circonstances \ C'est le 22 brumaire an II, qu^ s'effectua la trandation du trésor^ d'après l'ordre de la Convention , fortifié d'une disposition législative spéciale. On amena à Paris six chariots chargés de reliques , d'ustensiles d'*or
• Voy.. entre autres ouvrages, Menin, Hist.duSac; Us Manumetis de la Monarckie , par Montfaucon ; V Allas de Spallart ; la iiote du procès -verbal du, sacre de Louis Xyi , sur la couronné de Charlemagnc , etc....
' Ceci fut écrit en 1818.
' Voy. la loi du 1 8 août 1792.
et d'^argent , et d^une foule d^bjets enrichrs de pierreries *. Mais oublions ces temps de calamités et de désordres.
* Note extraite des archives.-^ J'ai sohs les jeux les preuves écrites de tous ces faits ; Fanal jse suivante est tirée de pièces ms. authentiques. (M, Pelletier était alors maire de Saint-Denis.^
Les sieurs Fournîer et Huvin , délégués pour procéder à Tapposition des scellés et à Vinventaire du dépôt, jugent cette mesure plus nuisible qu'utile. On n*en retrouve aucune trace. ( Procês-'verbal du i4 novembre 179^. )
La municipalité de Saint-Denis réclame la conservation du trésor. ( Proecs^-verbal de la séaneedu a5 novembre. )
Le président de la Convention refuse d'entendre la députafion municipale. La ville de Saint-Denis est menacée des plus grandes rigueurs, si elle persiste dans ses généreuses instances. ( Rap, de ta commis, du ^5, séance du a6 nov. )
Quatre membres du conseil municipal se réunissentàla commissioB populaire, pour concerter avec plus d'ordre, les moyens d'une translation devenue inévitable. ( Procès --verbal du %\ brumaire an II. )
Le aa brumaire , le trésor est chargé sur six chariots et transporté au Garde-Meuble à Paris. (^Procês^erb, de ta Con^ vention de même date. )
Les commissaires s'occupent de la reconnaissance de l'inventaire des objets enlevés. Cette opération , qui ne dure que six jours, est terminée le 7 frimaire. ( Proc-verb. du ifrùn, )
L'inventaire précipité du trésor contenant l'énumération des principaux ornemcns du sacre, est remis au district qui en renvoie une expédition informe à la municipalité de Saint- Denis , dessaisie de l'original. ( Séance du 8 fn'm. )
A la fin de vendémiaire, même année, MM. Thourct et Pinson^ médecins, sont chargés d'assister au dépouillement des, tombeaux, pour j recueillir les observations utiles aux arts.( Lettre
Digiti
ed by
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Je passe aux habits du sacre.
Le sort des choses anciennes est de fouSiir matière aux plus étranges interprétations. Elles prennent la couleur et Tempreinte des idées favorites du commentateur. Là , Vexplication est ingénieuse, quoiqù^invraisemblable ; elle sourit àTimagination; on s^eu contante faute de mieux. Ici ,. elle dégénère en absurdité.;*,oq la repousse, et Ton revient à d^agréables mensonges.
Je lis dans le Rational de Durand que la chape , ou Tancien manteau sacerdotal, demeurait ouvert sur la poitrine, pour signifier qu^une ame pure ne craint pas de se montrer à découvert , et que telle doit être la vie d^Un pasteur de FEglise pourPexempljî et rédification de son troupeau '. Voilà Tingénieuse suppcteition *.
Je trouve ensuite , dans Claude Villetle , que le manteau royal a été taillé en rond sur le patron
du a5 vend. ) Lft France leur doit la conservation du corps de Turenne, d*abord excepté de la mesure générale, et bientôt après abandonné aux agens de la violation.
11 existe , enfin , un état particulier des reliques proprement dites , où sont indiquées les dates des dépôts.
' • In anteriori parte aperta est ( cappa) ad denutandum m quod sanctè conversantibus , vita patet aeterna , seu quod » eorum vita patere débet aliis in exemplum. » (G. Durandi , Ration, dw. Offic A. 3 jC. i, n. i3.)
' L'explication suivante tiendra le premier rang parmi ce» ingénieuses suppositions qui plaisent , sans convaincre , et qui sont moins un outrage fait h la vérité, qu'un hommage rendu
29^ CKRËMQNI£S DD SACRE.
du firmament , que 6a couleur et les fleurs de liy dont U %6t semé représentent le ciel et les étoiles , et que ces fleurs ne sont que des' crapauds meta—
à la morale et à la raison. L'objet n'en est point étranger à oe chapitre. 11 s'agit du sceptre et de l'épée du premier de nos rois- Dans une médaille (vraisemblablement supposée) dont plusieurs antiquaires ont fiiit mention, et qui se trouve figurée pag« 5, t a , de rédition tn--folio de Mésérai , Pharamond est représenté tenant un sceptre de la mnin droite, et, de la main gauche, une épée nue, la pointe en haut.
Des commentateurs qui ont cru , ou feint de croire à Tauthcnticité de ce monument , Pont expliqué ainsi :
« Le sceptre est le symbole de Tautorité civile, et l'épée » celui de l'autorité militaire.
» Le sceptre, dans la main droite , fait connaître que c'est
• l'autorité civile , c'est>à-4k« <^®lle ^^s lois, qui est destinée » au gouvernement de l'Etat; et que ce qui constitue principa- » lement la puissance monarchique , c'est le gouvernement de
• paix et de sagesse, suivant les expressions du sacre *;mais de » cette paix qui est l'ouvrage de la justice, et qui fait goû- » ter sans discontinuation les fruits delà tranquillité et de la » sécurité publique **; de cette sagesse qui dit d'elle-même: » Moi , sagesse , j'ai ma demeure dans le conseil , et je me » trouve au milieu des délibérations ***. L'épée qui, contre » Fusage ordinaire , est placée dans la main gauche, montre
* « Propviis in patrià fès, et ftecniitai \ atiuaÉquetiM{ué iMuiidùm suam
» «eosaram mpdenttè gubemans plebi$gub«rnacqJa<ttBip«(eeMm«l
» et sapieiUia seraperinvcoire yidettor, etc...,. » {^Cérém..Jr. Jorm» de CharUi r, p. 38. )
''* « Et erit opu9.justitispaz, et cultus justitiae sîlentium , et securita» » usque în sempitemum. » (îsa. ^ c. 3a, v. 17.)
•** Bossuet , Politique , L 5 , aft. a fprop. 3 , p. 408. — Ptov, 8, V. *a et «47 ▼• ^-
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morphoses par des anges '• Voilà le conte ab* surde. Ne nous arrêtons pas à ces imaginations gothiques.
Nous avons vu que le monarque , après avoir déposé la r<^ blanche , revéi successivement la tunique de sous^diacre, la dalmatique de diacre et le manteau représentant la chape ou chasvd>le de prêtre.
Les historiens du sacire tt les procès-verbaux des sacres modernes tendraient à. fortifier Topinion que ce triple vêtement répi^ésente^ i^n effet, les habits propres au : iQinîstère 4es:ii»tel3> comme une image des trois d^gré^ di| spperdoCe, dont le sacre imprimerait i^'Çaraetère* iQa croit y voir i en un mot, rapplicfKioB réelle tlesfwmes de For»
» qu« ^exercice de l'autof^lé roiLilaire rie> constitue point le » monarque ; qu'au cpotrpire > cettç puis^^nce pe lui est qu'ac- » cidentelle; qu*elle n^ulieu qu^à-dëfaul de Tautorité civile , » et, par conséquent^ jamais contré le cltojen , si ce n*est pour » prêter aux lois un secours qui leur est quelquefois nëces- » sftire, et en réprimer les viokteurs trop putssans. »
Le conmentaire est touchant; «iai& le texte est-il vrai? Une aAédaille française du r^oe de Pharamead!
' Claude Villette, Raison des cérémonies fU l'Église, in-4'*. On peut voir ce que dit Tabbé Dubos de la métamorphose des crapauds en âeurs de lis. (^EiabL delà monarchie, ) Cette ridicule supposition eut beaucoup de vogue autrefois. On la retrouve dans nos vieilles chroniques , et des écrivains do seizième siècle en ont (ait l'objet de commentaires encore plus ridicules.
298 CEREMONIES DU SACRB.
dination sacerdotale à la consécration dû roi de France ' .
Cette opinion est-elle admissible ?
Nous pourrions n^ trouver qu'un préjugé accrédité depuis quelques siècles , et fondé sur une fausse interprétation des anciens formulaires.
Remontons aux sources.
Les ornemens sacerdotaux n'ont pas subi de changemens aussi sensibles que les habits séculiers. Cependant ils n'ont pas toujours été ce qu'ils sont aujourd'hui. On y a respecté les formes et les distinctions caractéristiques qui les séparent du siècle, mais les accessoires , les proportions et la matière en ont beaucoup varié. Nous en avons la preuve dans les antiques ornemens que possédaient naguère plusieurs églises de France , et qui n'étaient pas absolument hors d'usage ^ quoique différens à plusieurs égards du mode actuel. On conservait , à la cathédrale de Rouen, des chasubles toutes rondes, espèces de robes fermées qui n'avaient qu'une ouverture par le haut pour passer la tête. Les autres chasubles de la même église , excessivement amples, couvraient entièrement les bras suivant le mode antique % sacrarum vestium
• Voy. le Cércm. d*AUetz , et les sacres de Louis XV ,
Louis XVI , clc
» Voyage liturf^ique de Moîéon(\Ai Brun Desmaretles ) ,