‹ Des cérémonies du Sacre ou recherches hist. s.l. moeursChapitre 18 sur 36 · ORNEMENS ROYAUX · texte numérisé non relu

ORNEMENS ROYAUX

ea forma, servetur quant patrum institution Cest ainsi que lesUomains, sous les empereurs, portèrent des tuniques d'aune largeur telle que , sans avoir de manches, elles leur couvraient les bras jusqu^au poignet '. Le chapitre d^Angers se servait de chapes d'une grandeur démesurée , et qui avaient jusqu'à cinq pieds de largeur, avec des chaperons en pointes'. Celles de Saint-Martin de Tours étaient garnies de chaperons formant capuchons, d'après l'ancien modèle ^. Ces sortes de chapes dérivent de l'antique lacerna^ ou palu-damentum à capuchon dont les Romains faisaient usage dans la saison pluvieuse *. Saint Augustin portait une lacerna; saint Cyprîen déposa la sienne lorsqu'on le conduisit au martyre *; les bardes se couvraient aussi d'une espèce de capot grossier, qui prit le nom de bardocucuUus '. A Sens, le jour

• Rituel de Rouen.

" Spallart. — Rom, , t. 3, p. a5 ,y?^. 187 et i38.

' Recherches de le Brun , p. 80.

4 Uîd. iiid.

^ La chape ecclésiastique est aussi 9L^pe\ée manteau plu çiai, « Est etiam et alia vestis çua: pluviale^ vel cappa vocatur , » quae creditur à legali tunicâ mutuata. > ( Durand. Ration, dw. o^. 1. 3,c. 1. — Rit. d'Alet.y 2» part. , p. 683.

* Spallart, uBi suprâj n. 44^ 9 %• <3i.

"f Gallia sanctonico ves/it te bardocucullo, ( Martial 9 1. 4 ; Epig. ia8. — 1. 3, Epfg, a. Voy. Dom Cajot, Hisf. trif. des Coqueluchons , p. 4« )

300 CEREMONIES DU 8ACBE.

de Saint-Thomas de Cantorbéry , on portait Tantique chasuble de ce saint, qui avait la forme et Tampleur d^un manteau sans échancrure. On re— marquait encore dVutres différences dans les mêmes ornemens de diverses églises; mais ces exemples suffiront pour faire voir que les vétemens sacerdotaux n^ont pas retenu invariablement leurs formes primitives, quoique TEglise ait plus ou moins veillé à leur conservation*.

Les habits séculiers ont dû laisser encore à une plus grande distance, le goût et les usages anciens. Le sacerdoce est soumis à des règles ; la mode ne connaît de loi que son caprice ; elle a varié de mille manières la forme de nos vétemens, et il n^y a personne qui ne sache que nos habits actuels n^ont rien de commun avec la robe et la cotie de nos ancêtres.

Cela posé, on concevra la possibilité d^un rapport plus ou moins étroit entre les habits séculiers et les ornemens sacerdotaux des premiers siècles, malgré Fextrême différence qui les sépare aujourd'hui. On se figurera deux lignes tirées du même point dans des directions différentes : plus elles s'éloignent du sommet, ou point de départ, plus elles sVcartent à la base , ou point d'arrivée.

' Voj. le Rituel d'Jllet , sur les dimensions , la matière et les couleurs canoniques des ornemens sacerdotaux; a* part. p. 680.

OKNEMRNS ROYAUX. * 3oi

En effet, depuis Tépoque où les habits longs ont cessé d'être d'un usage commun , plus nous remontons vers le premier âge de la monarchie, plus nous voyons les vêtemens ecclésiastiques se rapprocher des habits séculiers , jusqu'à ce qu'enfin la différence s'efface presqu'entièrement.

Les écrits du célèbre Jean Cassien , ecclésiastique du cinquième siècle, nous apprennent que les pères de la vie spirituelle improuvaient les singularités qui tendaient à distinguer les moines des gens du monde, et jusqu'à l'usage des cilices : ils ne permettaient pas à leurs disciples de se montrer avec des vêtemefns insolites, dans la crainte d'exciter les risées du public qu^ils étaient destinés à édifier. Dom Çà|pt^ <Jui rapporte ce' passage , ajoute que les pren)[ièr$ .splitaires ,. dçyenus en quelque sorte citoyen? après la création des monastères urbains , meHàient beaucoup d'attention à se conformer aux usages lès plus généralement reçus des gens de bien d'une condition privée, et qu'il n'y eut qu'une voix unanime lorsqu'il fut question de substituer l'habit de ville aux peaux de bétes et aux haillons du désert*.

L'ordre de saint Benoît est un des plus anciens. La robe des bénédîctitis n'était que lelaticlave des Romains, qui avait passé dans les Gaules '. L'jnsti-

* D. Cajpt, uBisuprà,ip, 1 5 etiig. Cas. de habit, monach,^\,^ . ' Loraqn*il fut question d<? substituer le manteau et le cba-

3oa CÉRÉMONIES DU SACRE.

tution des chanoines n^est pas moins remarquable par son antiquité ' , et par Tanalogie du costume canonial avec les habits mondains. Le vêtement commun à tous les chanoines réguliers du onzième et du douzième siècle , consistait en une aube qui descendait jusqu^aux talons et une aumusse en forme de manteau '. L^aube nous représente la tunique ou robe blanche de laine ou de lin telle qu^on la portait alors % et Faûmusse différait à peine du manteau court doublé de menu vair ou de martre àPusage des nobles et des riches du même temps *.

peau au froc a capuchon , les bénédictins donnèrent pour raison que saint Benoit n'avait prescrit à ses religieux que les vêtcmens séculiers 4^ son temps , et que , pour agir dans l'esprit de sa règle , on devait rejeter un costume dont les séculiers avaient abandonné Tusage. (Voy. D. de Vert^ Cérém. de l'Eglùe, t. 1 , p. a85. )

' Saint Chrodegand institua les chanoines réguliers vers le» milieu du septième siècle. ( HUt. EccL )

• Spallart, Ord, relig, , t. 7 , p. 4i«

' Le P. Thomassin , de la DiscipL de VÈgL, part. \^. Il parait que Tusage sacerdotal de Taubc ne remonte pas au-deU du concile tenu à Carlhage vers la fin du quatrième siècle; Fleury n'en a pas trouvé d'exemples plus anciens. (Voy. Hist, EccL , 1. ao , n. 33.) L'aube était un vêtement commun , nonseulement aux laïcs et aux clers , mais encore aux femmes dans certaines provinces. Les religieuses de l'ancien monastère de Saihte-Croix à Poitiers, portaient l'aube en faisant fonctions d'acolyte. On vpyait aussi, aux enterremcns, des femmes revêtues de cette tunique. ( D. de Vert, ubi suprâ. )

4 II parait que les fourrures se portaient en toutes saisons.

ORNEMENS ROYAUX. 3o3

Nous remarquerons même que les chaperons fourres des gens du monde et le mantelet des chanoines s'appelaient également aumusse;et que l'invention des aumusses de peau simple est postérieure à rétablissement des chanoines '.

Il en était aiasi des costumes de la plupart des communautés religieuses instituées progressive-^ ment , et dont Thabit rappelle plus ou moins les formes mondaines du siècle de leur création '. La mode a poursuivi sa course vagabonde , mais le moine stationnaire est demeuré lié à sa règle ; et de-là,les distances qui séparent Thabit d'un capucin de celui d'un bourgeois de nos jour^. La robe et le capuchon de Saint- François ne çont pourtant , au fond , que la tunique et la cucuUe ou le capot d'un paysan d'autrefois '.

Les habits royaux et les ornemens du haut

Cette circonstance serait, selon Fauchet (p. la des Habillemens ) , une habitude que nos pères auraient rapportée de la Germanie , où le froid était beaucoup plus vif que dans les Gaules. On a présumé que les chaleurs de Tété y moins fortes en France dans les temps où ce pajs était abrité par d*immenses forêts, permettaient de ne point interrompre Tusage des habits fourrés. C*est Topinion de le Grand d'Aussi.

* Clos, rom, — Le Grand, Faù. t. i , p. 397.

' Uist, des anc, Cérém. , p, 82.

' Saint François, dégoûté du commerce , s* éloigna du monde avec un mauvais manteau. Un*dese8amis l'ayant trouvé tout transi au milieu d'un fossé rempli de neige , l'obligea de re-

3o4 CRREMOniES DU SACRE.

clergé se rapprochaient plus étroîtemeirt encore par des formes communes aux solennités du trône et de Pautel : c^est qu^ils avaient aussi une même origine*.

La dalraatique inventée en Dalmatie , comme

cevoir une tunique, et de s'en couvrir. Ces vétemens du siècle devinrent le patron des habits de son ordre. ( Vej. Vie de saint François d'Assise, né en 1 182. )

L'abbé Fleurj fait observer avec raison qu'il n'y a rien d'étonnant dans les changemens de forme qu'ont subis , depuis douze cents ans , les habits des moines qui suivent la règle de saint Benoît. Quant aux ordres religieux qui se sont établis depuis cinq siècles, ajoute le même auteur (disons maintenant six siècles) j ils ont conservé les babits qu'ils ont trouvés en usage.

' Les ornemens d'église, c'est«à-dire les vétemens consacrés au ministère des aulels , n'ont commencé à se distinguer des babits séculiers que depuis le pontificat de saint Grégoire- le-Grand , qui, dans ses Lettres, les nomme habits de religion. Ecoutons sur ce sujet Ife savant Fleurj : « La chasuble était un habit vulgaire du temps de saint Au-

• gustin ; la dalmatique était en usaga dès le temps de Tem- « pereur Yalérien ; l'étole était un manteau commun, même » aux femmes : nous l'avons confondue avec l'orarium y qui » était une bande de linge dont se servaient tous ceux qui » voulaient être propres, pour arrêter la sueur autour du

• cou ou du visage ; enfin le manipule , en latin manipulas,

• n'était qu'une serviette sur le bras , pour servir à la sainte

• table. L'aube même , c'est-à-dire la robe blanche de laine » ou de lin , n'était pas, du commencement , un habit parti*

• culier aux clercs, puisque l'empereur Aurélîen fit au peuple

• romain des largesses de ces sortes de tuniques. »

ORNBMENS ROYAUX. 3o5

ce nom nous Pindique*, existait ayant Tinstitution de la prêtrise. Celait un costume originairement propre aux gens de guerre , dont Tusage s^introduisit à Rome dans les premiers temps de l'empire. Lampride rapporte qu'Helîogabale se montrait souvent au peuple en dalmatique , après le repas , et qu'il prenait alors le nom de Fabius Gurge et de Scipion , faisant allusion aux jeunes débauchés de ces familles, qui avaient paru en public avec un déguisement semblable *.

Jules Capitol in comprend des^ toges, des dalmatiques à manches et des espèces de chaperons ou capuchons , dans Fénumération des objets que les affranchis de Commode furent forcés de restituer sous Pertinax^. Heliogabale et Pertinax portèrent la dalmatique à manches , dahnatica chiro^ data^ seu jnanicatQ. Les diacres ne la prirent que vers le commencement du quatrième siècle , d'après les décrets de saint Silvestre qui l'affecta au' service de l'autel^. Mais les ecclésiastiques, ainsi que les

* Quod in Dalmatiâ sit reperta. (Isidor., 1* 1 9 » orig., c. aa.) — Durand , Rat. div.Offie,

* Hist. Augusta, Vit. Heliogab.

* J. Capitol., ibid.. Vit. Pertin.

4 « Silvester papa in Dalmaticam vertit colobium^ latas » manicas addendo, «t in sacrificîis portenda instituit. Dicta • est autem Dalmatica eo quod in Dalmatiâ, et post alia » indumcnta saeerdotalia sit reperta ? » ( Dur. , Rat. div» Offlt,j 1. 3,c. 41, n*a.)

3o6 CEREMONIES BU SACRE.

séculiers 9 en avaient usé long-temps a vant cette institution, comme dW vêtement ordinaire et commun. Saint Cyprîen , dont le martyre fut consommé en 258, portait une dalknatique '.

Des empereurs grecs et romains , la dalmatique passa chez les rois carliens qui Tadoptèrent avec lachlamyde ou paludamentum. Charles-le-Chauve, dit Fauchet %*aimait à se vêtir comme les empereurs de Constantînople. Depuis son retour de Rome , il affectait de porter une longue tunique dVcarlate avec le manteau pareil , et une grande couronne à la grecque '• On sait que la tunique et la dalmatique sacerdotale se ressemblent beaucoup. Ces deux vêtemens ne différaient qu^en ce que la tunique devait être plus étroite et plus courte que la dalmatique*. Uuneet Pautre étaient, dans le principe , des espèces de robes ou tuniques blanches garnies de bandes de pourpre^, qui se confondaient,

^ «Et cum se dalmaticd expoliasset etdiaconibus tradidisset, » in lincâ stetit. » ( Pondus , in Vit. S. Cypriani. )

' Antiq, gauL et franc* j chap. des hahillemens , p. 13.

' Du Tillct , Rec, des R. de Fr.

4 « Dalmatîca diaconi ampliores habet manicas quàm tu-

9 nîcella snb-dîaconi , quae alicubi subtile vocatur Nempè

» tunicella sub-diaconi, Dalmatica diaconi et casula prcsbjterî » succedunt in locum tunicse jacinthinae. » (Dur., Ratio.j 1. 3, c. 11 , n^ 3.) — « Induit Dalmatica in solemnibus, id est » tunica amplis manicîs. » (Gilbert. , de Usu ecclesiastico / ap. du Canige.)

^ m Dalmatica est yestis candida manicata, duas linei^s

orkëmems ROYAiJx. 3o7

pour la forme et Tiisage y avec les habits longs des premiers siècles , et qui rappelaient plus particulièrement le costume romain*

L^analogie était d^autant plus sensible que le caractère primodial n^avait point été altéré. UEglise n^apporta que de légers. changemens dans la forme de Fancienne dalmatique , qu'ion désignait en grec sous le nom de KoXoStov colobion'f en latin , colobium ou coiubium. hes auteurs ecclésiastiques s^ao cordent tous à reconnaître le colobium dans Phabit sacerdotal institué par le pape Silvestre. Le colobium ne se distinguait , en effet , de la nouvelle dalmatique que par des manches plus courtes, ou parce qu'il n'avait pas de manches '. L'usage s'en répandit bientôt sous ces deux formes dans toute l'Europe civilisée. Non-seulement les princes*, mais les prélats , les moines ^9 les magistrats, les

» coccineas antè et retrb babens, et tramites purpureos. » ( Gem.y c. ail ., ap. Dom. Magri.}

' Du mot grec KoXoCoç curtus , court.

* « Colobium tunica absque manicis, vcl certè ciim manicis, sed brevioribus. » {G/as. de du Cange, ad verb. Colobium.')

' «Dalmalicis etiam indutos rcges ac imperatores In prœci- » puis solemnitatibus , eorumque iiMUguralionibus palam » est. » (Jbid» ad verb. Dalmatica.)

4 Colobium propria fuit vestis munachorum. (Cassian,c/e habit, monachi.)

« Fuit episcoporum vestis propria ad missam à pontifict

» portatur. » (Honorius, August. , 1. 1 , c. aii.)

3o8 CÉRÉMONIES DU SA€RE.

gens de guerre prirent la dalmatiqiie ou le colo^ bium. Pierre d^ Aragon et Charles-Quint portèrent une dalmatique le jour de leur couronnement '• Tel était rhabit royal des anciens princes d'Aragon , et , peut-être , des premiers rois d'Espagne. A l'exemple des souverains , les grands et les nobles se montraient, dans certaines solennités , parés d'un long colobium doublé de fourrures précieuses *1 C'était, ou plutôt, la dalmatique n'a pas cessé d'être l'habit de cérémonie des hérauts d'armes de France, qui diflfère peu de la tunique diaconale actuelle. Les jurés-crieurs et les bâtonniers de confréries portaient aussi la dalmatique les jours de fête '. Nous voyons, enfin , le colobium, approprié à l'usage des guerriers, reprendre parmi nous son antique destination. Ce mot , traduit en français par hocqueton ^ , conserve encore sa signification

* Pierre portait, en outre, dans les solennités religieuses, un rocbet de drap de soie , que les Aragonaîs appelaient , et que les Espagnols nomment encore chemise romaine, La Chronique de Pierre, qui rapporte ce fait, est écrite dans un langage curieux. < Lo dimenge per lo matinos is quem de la sa- • cristia de la seu vestits et appareillais in sede majestatis , ço » es ab un camisa romana d'un drap de seda primyert, etc...» (L. 3, C. 16, ap. du Gange. )'

> Chronique def Zau^fliet extraite par dom Martenne, dans son Recueil des anciens écrwains , t. 5, in-f". CoL 356.

' D. de Tert, ubC stipé, p. 337.

^ Novitius , Richjelet , Académie.

ORNRMENS ROYAUX. Sog

primitive dans la nomenclature de notre vieille milice. L^habit des gardes de la manche du roi , taillé sur Tancien modèle , se nomme hocqueton , et le même nom servait à désigner la casaque brodée des archers de la prévôté, qui était une dégénération du colobium militaire.

J^'ai dit que nos empereurs adoptèrent la chlamyde. Avant eux, les rois mérovingiens faisaient déjà usage du manteau long, qu^ils portaient, soit en écharpe, relevé sur Pépaule droite, soit comme un simple manteau agraffé au col * , ouvert sur le devant, et descendant en ligne droite jusqu'aux talons dans toute son ampleur. Montfaucon

nous prévient « qu'on voit souvent des rois dans

* La pose du manteau et Tunion des agrafiPes n*étaient pas des ckoses indifférentes dans Tinauguration de certains princes. En Brabanty c'était un des principaux du pajs qui posait le manteau sur les épaules du duc. En serrant Tagraffe, il lui disait : Monseigneur, ayezbien soin de serrer cette agraffe, afin que personne ne puisse arracher le manteau à V, A. 11 ajoutait , en lui mettant son chapeau : Monseigneur , je prie Dieu qu*il vous fasse la grâce de garder cet habit, A présent vous pouvez être assuré d'être bien duc de Brabant.(^Hist, des Tnaug.j p. 59.)

C'est ainsi que le prince d'Orange reçut le duc d'Alençon , frère de Eenrî 1)1, en qualité de duc de Brabant, à Anvers , le 19 février i58a. En le revêtant du manteau ducal de velours cramoisi fourré d'hermine j le prince lui dit : Serrons si bien le bouton qu^on ne puisse arracher ce manteau. (Joun de Henri III, par l'Estoiley t. 1 , p. 345, édit. de 1744. )

3lO CÉRÉMONIES DU 8ÀCAE.

» les 'anciens temps, et jusqu^aux bas siècles, avec le » manteau tout ouvert par-devant * • » Cest ainsi que Dagobert est représenté dans plusieurs statues*. Le manteau, porté de cette manière, était une véritable chape; il en avait même le nom. Cest le vêtement que Fauchet appelle chape impériale. On conserve encore et Ton révère à Tours la chape de saint Martin , qui n^était que le manteau usuel de ce guerrier '. Aussi la désigne-t-on indiffé-

' Monum, de la monarchie française^ t. 4 , p. 37.

• J6td jip. 16a.

' Je veux dire qu'on a conservé cette relique pendant des Biècles , et jusqu*à nos jours ; mais j*ignore si elle a été préservée des orages de la révolution. Ce qui parait certain , c'est que le mot chape ou cape^ était sjnonjme de manteau, et qu'il servait également à désigner le manteau séculier et la chape sacerdotale. Il est peu d'anciens romans, de fabliaux ou de chroniques qui n'en fournissent la preuve. « Chilz qui armez estoient soubz leurs cappes saillirent et occliisrent. • ( Ane. chron. de Norm. )

Elle eust d^ane chappe fourrée ,

Affublé et vestu soo corps.

(Roman de La Rose.)

Ce qu'on nomme aujourd'hui porte-manteau chez le roi , s'appelait autrefois porte ^ chape. Les mots chapelle et rAa* pelain viennent de cappa et capeUanus ^ c'est-à-dire du lieu où la ch«pe de saint Martin était déposée comme un objet de vénérat'on , et qu'on appeLiit capeîla , dont on fît capella-^ nus , pour qualifier le gardien de ce dépôt. « Qusedum opli- » mum dictatorem et scriptorem in capellam suam sumpsit ^

ORNBHBtrS ROYAUX. 3ll

remment sous la qualification de chape , pu d^tnan-

m qao nomine Francorum reges cappam sançtt Martini

n appellare solebant. » ( Ap. B. Rhénan. ) Observons que le titre de chapelain s'appliquait k tous ceux qui portaient la chape à la guerre en* guise d'enseigne. « Capellani à cappâ 9 sancti Martini àppellati ^quam reges Francorum in prse-- » lii». 'semper.hahettiant'y tf^ ea/n .déférentes capellanos dice-' » bant. • ÇfBtèiîàt. des Pérès, t. t., c. laS. ) Et comme cet honneur appartenait à des princes ou des dignitaires qui n'étaient pas. dans les ordres , il est évident que les chefs de chapelles n'étaient pas les seuls chapelains de ces temps , et qu'il j avait des-i;liftpelamâ séciiliers;. Tels furent les grands-sénéchaux et ks^Mi^rtesd^'Anjouj servant Auguste ^ailand. ( Trait. Histor. dàs ènsèîgk miltt. )' i^cut-étre cette remarque aurait* elle dû trouver plaoe dans, là dernière édition, du Dictionnaire Etymologique de Ménage^' où le mot Chapelain, n'est pas même classé. Les textes de Ciron , Walfride-Sirabon et Du^' rand , cités par Le Duchat j article Chapelte , ne donnent qu^ine idée imparfaite de la qualification Capelhanus , en ce qu'ib ne l'appliquent qu'aux aumôniers des armées qui célébraient la messe sous des pavillons ou chapelles portatives (Sacelia porCatiiia^ y et aux desservans des chapelles urbaines. Il n'y est pas question des porte-enseignes. Richelet en dit quelque chose ; mais la seule observation qui lui soit propre ne rend pas la pensée de l'auteur , et pourrait faire croire ce qui n'est points Après être conv^naque chape signifiait manteau y il ajoute : « La vénération qu'on avait pour saint Mar- » tin était si grande qu'on appela chape l'espèce de manteau » qui est en usage dans les églises. » Appeler une chose par soB nom n'est pas un acte de vénération. Les manteaux d'église s'appelaient chape , parce que chape était le nom dû Tètement appelé ^oasi manteau. Le reste de l'article de Riche-

3l2 CEREMONIES DU SACKË.

ieau\ La chape impériale difierait si peu de celle des eVêques , qu^on a peine à les distinguer Tune dePautre, dans les anciens monumens. Les figures du portail de Saint-Germain-des-Pres représentent plusieurs rois de la première race. Parmi eux se trouve un évêque que Mabillon avait pris pour saint Germain, et qui ne se distingue des princes que par sa mitre *. On n^aperçoit pas même son bâton pastoral, tandis que Clovis paraîftenir une crosse. Les deux figures de Pépin et de Charle— magne conservées dans utie église de Fulde portent des manteaux drapés et bordés sur le devant comme des ornemens pontificaux^ • On remarque enfin , parmi beaucoup d^autres monumens de même caractère , une figure de saint Léger , évêque, dont la chasuble est absolument semblable à Fancien manteau royal; et il paraîtrait, suivant Montfaucon , que ce manteau-chasuble aurait été en usage pendant plusieurs siècles *. Le vêtement

kt est pris dans Dupep-at qui a copié Gatland; c*est ce dep* nier qu'on doit consulter.

* Koy. Liturg. ,^. lai.

> Montfaucon , Monum. dt la monarch^fr. , t^ « , p. 5i .

' Id.jt ubi suprà, p. 272.

4 Id. , ib. C'est ce qu'a fait observer aussi D. de Vert. La chasuble était, suivant lui , un manteau vulgaire qui couvrait tout le corps , et dont les clercs , les moines et le^^ gens du monde faisaient égalementusage.(CcWm.</tf /'£^/.,t. i,p. 3i3.) Il semblerait , d'après Procope , que la cha&uble n'aurait con-

ORNEMBNS ROYAUX. 3l3

que recouvrait le manteau était une espèce de robe ou cotte longue , que le temps et le^ variations de la mode ont convertie en soutane \ D^abord commune aux ecclésiastiques et aux laïques , la soutane n^a été affectée que fort tard à Tusage exclusif des gens d^Ëglise. Du temps de

venu , ni aux princes, nivaux nobles., mais seulement aux esclaves et aux personnes de la plus i>a$se extraction : Sert^o aut vi'ii personœ. ( Bel, 'F'arn]t,,\l a , c. 26.) Cependant les rois mêmes ne la dédaignaient pas. Il est constant- que nos princes Pont portée. On conserva long^temps à Melz une ancienne Bible manuscrite où/ Charle^-I^fC^a^vp étajl, représenté sur son trône , en chasuble. On peut croire gujc'çci vêtement, dé* crié du temps de Procope , était .en faveur soûs la race carlienne. Nous voyons ,. en efiet , que , par un concile tenu en Allemagne vers le Luitiè'nie kîècle", la chasuble fûtTecommandée aux ecclésiasticpjesy comme- l'habit le plus-décent et le plus propre au service de TÉgUse.' ^ ' .' /.

' «' Toutes les plus vieilles statues sont vêtues de manteaux » en écharpe.... avec de Içngues cottes, que nous appelons » maintenant sottanes, » (Fauchet, Antiq. .GauLj chap. des habillemens , p.' ia. ) .' ' ' '

Dans les États d'Orient, la lot)gue\ir dr l'bàbh «e fnesùre ft la condition «t^^rimporlancé-du personnfagè^ iLe -peuple y. porte des robes pivs ou moins courtes. . Celles, des gpah4s. sont plu3 longues. La robe .dû visit lui couvre le^ tâlims.- Le Grand-Seir gneur laisse traîner la sienne d'une ou deux palmes , quand il parait en public, et la chasse du pied ù chaque pas qu*il fuit, comme nos dames de la cour. C'est un privilège exclusivement réservé à la personne du Sultan. ( PUt. delta Fàlle , t. 1 , p. 7a , in-ia. )

3i4 CEREMONIES DU SACRE*

Philippe-le-Bel , Thabit ordinaire des homipes était une soutane qu^ils portaient sous le manteau. La camisole du sacre est une sorte de soutane galonnée, taillée sur le modèle dePancien habitloug, etqui nVrîen de commun avec la camisole actuelle. Rappelons-nous 5 d^ailleurs, que Fhabit long a toujours figuré dans les grandes solennités, et que les souverains, ainsi que les prélats, se faisaient un devoir de les porter en ces circonstances, indépendamment de leur goût particulier et de Fusage habituel ou vulgaire. Cbarlemagne préférait Fhabit comrt par goût. Il portait habituellement un sa jon de couleur bleue, bordé de velours, qui ne lui descendait qu'à mi-jambe. Mais les jours de fête et de grande représentation , il ne parabsait en public qu'avec la chape ou chlamjde impériale. Charles V avait le même goût pour les habits courts. Cest pourquoi Monstrelet et le moine anonyme de Saint-Denis le blâment d'avoir dérogé à la dignité de ses ancêtres « qui ne se montraient » guère qu'en habits royaux^ d'avoir pris à regret » le long manteau et la tunique traînante jusque 1» sur les talons ; et d'avoir préféré aux marques » de la majesté royale, la bigarrure de toutes » sortes dVtoffes de soie, qui ne le distinguaient 7i pas assez de ses courtisans '. »

' Le Laboarear , Trad, du moine anon. de Saint- Denis , 1. 1 . y p. 60. ( f^ojr. aussi Faachet , uii sup. )

. ORNSHBNS ROYAyX. * 3l5

Ainsi, Fhabit long, plus ancien que les ornemens de TEglise chrétienne, et d^abord commua à diverses conditions , après avoir cessé d'être d'un usage habituel dans la vie séculière, aurait continué d'être affecté à la représentation royale par des motifs purement humains. Ainsi la dalmatique, la tunique, et la chape ou chasuble , représentée par le manteau royal dans la cérémonie de l'inauguration, figureraient , non point, comme on se l'imagine, les trois degrés de l'ordination sacerdotale , mais les antiques habits royaux que nos princes avaient accoutumé de revêtir dans les grandes solennités, et notamment le jour dejeur sacre, c'est-à-dire la dalmatique ou colobium à manches, la cotte ou robe longue de dessous , et la chape ou chlamyde impériale ' .

Rien ne témoigne, en effet, dans les anciens formulaires , que le roi de France ait jamais revêtu, soit de véritables ornemens pontificaux , soit des habits représentant ces ornemens, comme symbole de l'ordination.

Le règlement de Louis VII dit bien , et ceux de saint Louis et de Charles V répètent dans les mêmes termes, que « la tunique ou dalmatique 1» doit être faite en manière de chasuble de la

* Ces trois vêteraens se trouvent rëuais dans une statue de Charles-le-Chauve 9 conservée à Saint-Denis. L'empereur j est représenté avec la tunique et la dalmatique par-dessus la ekape ou manteau impérial.

3l6 CÉRÉMONIES DU SACRE.

M quelle les sous-diacres sont vêtus à la messe ^ et » gvec le surcot, qui est le manteau royal *. » Mais il ne s^ensuit pas que ces vêtemens aient été destinés à représenter les ornemens sacerdotaux ^ et encore moins la cérémonie de Tordination , dont on n^aurait , tout au plus , figuré qu'Hun degré, puisqu^il n'^est ici question que d^une tunique. Cette particularité ne signifie rien autre chose, sinon que les habits du sacre devaient être façonnés sur les modèles des antiques vêtemens de nos rois, qui se rapprochaient beaucoup des habits sacerdotaux.

Cest sous le règne de Henri II que Tinterprétation contraire parait avoir pris quelque consistance. Henri fit renouveler les habits du sacre qui avaient .servi à plusieurs princes, et perdu leur premier éclat* . Cétait déjà une maxime reçue que le sacre imprime au roi un caractère ecclésiastique^. « Au regard de vous, mon souverain u seigneur, vous n^étes pas simple personne laye, » mais prélat ecclésiastique , » disait Juvénal des Ursins, en s^adressant à Charles VIL Soit que prenant cet adage trop à la lettre, on ait voulu le

* Cérém. Franc. , t. i , in-foL

■ Ibid.j^. 279.

' Cette opinion n'était ni récente , ni particulière aux rois de France. Les empereurs de Constantinople étaient aussi réputés personnes ecclésiastiques. ( Grég. Codinus. )

ORNEMBNS ROYAUX. Siy

consacrer par des formes spéciales, soit que la façon des nouveaux habits , plus analogue à la coupe des ornemens sacerdotaux, ait fait attribuer à la cérémonie de Thabillement un caractère qu^elle n^avait point eu jusqu'alors, toujours est-il vrai que les termes employés depuis, dans les procès-verba«x des sacres, pour qualifier Tobjet de cette cérémonie, n'étaient point usités avanf le règne de Henri IL Ceèt dans Tordre du sacre de ce prince qu'il éèt dit, pour la première fois , que la tunique représente le sous-diacre ; la dalmatique, le diacre ; et le manteau, la chasuble de prêtre** Aussi les écrivains du seizième siècle n'avaient-ibpas encore des idées bien assises sur ce point. Duhaillan , historiographe de Charles IX , qui ne pouvait ignorer le vrai sens des pratiques royales, se bordé à dire i que les trois sortes de vêtemens figurénf le <( dfacre, le roi et le juge '. » Ce n'est pas là le sens de la règle écrite. L'opinion n'était donc pas encore fixée sur le caractère et

' Cérém. y t. ijp. 279.

» De l'Etat des affaires de France , 1. 3, pi 208. — André Du Chesne, écrivain. du Même temps, ne parïe' que de Ift qualité de diat^re, « La tunique ou dalmatiquc numstre qu'il » est diacre , qui est dignité de prestrise, pour Vaugmentation , » conservation et deffense de la religion; et le manteau » royal , qu'il est roj j pour commander à ses sujets. » 11 n*est ici question de prêtre, ni de juge. ( Antiq, et Rech* de la grand, des R. de Fr. , /. a.)

3l8 CÉRÉMONIES DU SACRE.

le but' religieux de la cérémonie. Les idées quVn en avait alors nVtaient donc pas puisées dans une tradition ancienne et constante.

Ainsi les formulaires et les procès-verbaux du sacre , depuis Henri II , consacreraient une interprétation itiexacte, et ce serait sans fondement qu^on aurait cru voir des rapports essentiels de caractère et dMutention entre des cérémonies qui n^auraient d^autre point de contact que les traces d^une antique analogie, dans certaines circonstances purement matérielles, telles que la forme de rbabit.

• La robe de drap d^argent, avec laquelle le roi se rend à Téglise, était faite autrefois d'une étoffe plus simple , mais de même couleur. LVrgent tient lieu de blanc.

•Tai déjà fait remarquer, et jVurai plus d'une occasion de rappeler que les cérémonies du sacre se rapprochent , à beaucoup dVgards , des formes de Tancienne chevalerie, qui ont été puisées dans une source commune. La particularité de la robe blanche en est une nouvelle preuve.

Le blanc, symbole de la candeur et de Tinnocence, est la couleur propre à Finitiation et au noviciat. Il figure la pureté de conscience et d'intention de l'homme moral qui va revêtir un nouveau caractère, de l'homme public qui ani-> bitionne de nouvelles fonctions. On l'a toujours considéré comme l'image naturelle des disposi—

ORNEMENS ROYAUX. Sig

lions intérieures d^où dépend le salut ou la gloire du novice dans sa nouvelle vie. ^

Les prêtres de Tantiquité ne portaient que des habits de lin ou de papyrus '• Les initiés, après avoir pris \e Ciceon^ mélange où il entrail du miel, revêtaient la robe de lin blanc, comme un symbole de pureté , et la blancheur fut consacrée à rornement, au culte de la première vertu.

Personne nMgnore que les aspirans aux emplois publics, chez les Romains, portaient des robes blanches ou d'^un blanc plus éclatant, et plus pur que celui des vêtemens ordinaires, d'où leur est venu le nom de candidat. Il en était de même des affranchis que le don de la liberté initiait, pour ainsi dire, aux jouissances d'une nouvelle vie '. Les catéchumènes qui se préparaient à recevoir le baptême, prenaient aussi la robe blanche; et Ton pourrait croire que le mélange de lait et de miel offert aux nouveaux baptisés, n'était qu'une imita* tion du Cicéon des anciens '. Les mêmes pratiques servent enfin à expliquer l'usage du blanc

* Hérodote, 1. a, 37.— Plutar. , Ch. d'Isis et d'Osirù , etc.

* « C'est ce qui résulte de ce passage de Tertullien : « Si famulum tuum libertate mutaveris et vestis alba nitore , et annuli aurei honore, et patroni nomiue, ac tribu mensâque honoralur. • (JJh* de resur. Car,')

^ Lactis et mellis concordiam praegustabant ad infantiaB significationem. (Tertul. , de Cor.,c. 3. — D. Hiéron , Marc. , c. i4* }

dans plusieurs autres solennités de FEglise primi* 4:îve , telles que celles de la consécration des évê— ques. Les prêtres voués à Tépiscopat paraissaient , Je jour de leur sacre, montés sur des cheyaux blanes caparaçonnés de drap de même couleur, et représentaient, selon Tinterprétatictn ecclésiastique, les légions d^anges dont il est parlé dans TApocalypse. < Exercitus qui sunt in cœlo sequuntur )) illum in equis albis '. »

Cet emblème avait passé dans les cérémonies de l'ancienne chevalerie , qui n'étaient ^qu'un emprunt fait aux rites sacrés, pour imprimer le sceau de la religion au guerrier dont les devoirs envers le trône et Tautel se confondaient dans un même gentiment. La robe brune était Fhabit de Fécuyer, Le novice la conservait encore le jour de sa réception. Mais , le lendemain , après avoir passé la nuit en prières et s'être purifié dans le bain , il revêtait l'habit blanc, et se présentait ainsi à l'église , sans aucune parure, pour l'accomplissement de la cérémonie.

•I Les initiations et les mystères ayant conservé I» quelques vestiges des lumières et des usages in- H nocens des premiers hommes, il n'est point I» étonnant, suivaût la réflexion d'un moderne, » que le christianisme se les soit appropriés *. Un

" Durand. , Ration, dw. offie,, L i, c. 8. — (^ÀpocaL e. 19.) * Recherches sur Us initiations (par Fabbé Robin), p. 69.

ORKEMÉNS ROYAUX. 321

» culte qui ramenait la vérité et la vertu-, avait le » droit d'en recueillir les précieux restes partout )ï*^où ils existaient. «

Ea robe de toile dWgent qui signale l'apparition du souverain reporte nos souvenirs vers ces antiques symboles consacrés par la religion des preux et Tinnocence des premiers chrétiens. Elle proclame la solennité de Ponction que le fils aîné de TEglise, comme un autre catéchumène , va recevoir aux pieds des autels, et dont il a voulu se rendre digne par une religieuse préparation ; elle caractérise enfin le novice à quiPordre de chevalerie doit être conféré le^ même jour , selon Tancien usage , comme le plus digne complément de la plus auguste cérémonie. Je ne crois pas que la robe blanche puisse faire supposer d'autres vues.

Il me r^tb à parler d'Un dernier vêtement. . L'objet dont on s'est le moins occupé nous conduira peut-être à l'éclaircissement d'un point intéressant de l'histoire des arts.

La chemise du sacre n'a plus rien de remarquable, si ce n'est qu'elle est ouverte et garnie de cordons aux endroits où S. M. doit recevoir l'onction; mais anciennement elle était de soie.

On voit, par le formulaire de Charles VIII , que l'usage de la chemise de soie subsistait encore du temps de ce prince , du moins pour la cérémonie du sacre. « Le roi partit de sa chambre en al-

ai

» lant à réglise , vêtu d^une chemise de soie i à » nud sur sa chair, et au-dessus d^une robe de >i soie couleur hyacinthe , etc. *..• w

Charles VIII régnait à la fin du quinzième siècle.

On a prétendu y et c'est un préjugé accrédite dans le monde littéraire, qu'à cette époque le . linge était d'une telle rareté qu'il /i y avaUquela reine y épouse de Charles y II, qui eût deux chemises de tçile. Ce fait avancé par Naudé , ou dont l'assertion lui est attribuée % a été cité plus d'une fois , et toujours sans contradiction \

J'avoue qu'il me parait plus que hasardé, et je suis loin de oroire qu'il puisse servir à expliquer l'usage des chemises de soie dans le quinzième siècle.

Il est hors de doute que la chemise faisait partie de l'habillement de nos pères. On sait^méme qu'ils ne la gardaient point au lit; qu'ils se cou-

« Ordre du sacre de Charles FUI , Cérém. fr. , T. i.

^ NaudcBona , p. 81 de la réimp. avec àdd. et correct.

3 L'abbé BuUet y entre «utres , s'en e«t appnyé pour proi»« ver la rareté du papier da chiffe , par la rareté du linge soua Charles VII. Rech, hist. sur les cartes àjouer^ p. a6, Naudé , ou du moins Tauteur du Naudaana , avait dit à peu près les mêmes ehoses et fait le même raisonnement. Mais Naudé se trompe quand il avamce que le linge était inconnu en Italie. Ce n*est pas la seule erreur au sait tombé oa savant , d'ailleurs fort estimable.

ORNRMENS ROYAUX. 323

chaient absolument nus '. Il n^estpas moins constant que la toile était connue en Franee longtemps avant IVpoque où Ton en fait une chose d'aune singulière rareté'. L^invention de la toile re-^ monte à la plus haute antiquité. Les He'breux , les Egyptiens et les Grecs en faisaient une grande consommation» Les Romains ont aussi admis le linge dans leur habillement depuis et , même avant le règne d'Alexandre Sévère '. Le commerce d'O-

^ Voy. Le Grand d* Aussi , Fah. Notes , etc.,, .

Les plus anciennes cbcmi ses étaient de serge.

• Octave Ferrari , dans son Traité des vé/emens , dit que l'usage des tuniques de toije s'est introduit fort tard chez les Romains : < Quando prîmùm veteres tunicae lineae interiores » in usu esse cœperint , haud facile dixerim ; nam apud Ro- » manos, nîsi sero , id factum, » etc.. . De re vestiarià, 1. 3 , c. 3. Ded écrivains plus modernes ont cru pouvoir fixer Toriginé de cet usage. Quelques-uns, et notamment l'auteur du Traité des moeurs et coutumes des Romains , q v. in-ia , ont avancé qu'Alexandre Sévère est le premier Romain qui se soit servi de linge , et Lampride est cité. Il n*j a rien de moins certain que ce fait, Lampride n'a pas dit ce qu'on lui attribue : il se borne à faire connaître que Sévère aimait beaucoup le 4)eau linge uni , et qu'il n'j voulait point de bordure , parce que la plus belle qualité du linge est de n'avoir rien de rude, ffist, Aug,^ vie deSé^>ére, Cette observation, loin d'entraîneiv l'idée d'une chose forj rare , montrerait, au contraire , qtie d'autres Romains usaient , du temps de Sévère , ou avaient usé avant lui , de linge moins beau ou moins simple. Le même Lampride nous apprend, en effet, qu'Réliogabale , prédécesseur de Sévère , ne se servit jamais de linge lové ,

324 CKRÉMONifiS DU SACRE.

rient et les relations polt^iques de Tltalie mec les Gaules ont dû en répandre Pttsage chez Içs Français. Il est certain, d'^aillears , que le lin et le chantre étaient cultivés en France dans le moyen âge. Ce serait donc sans raison que Fauteur du Naur dœana aurait inféré d'un passage de Pantagruel^ que le chanvre était une herbe nouvelle , et n'était connu en France que depuis un siècle, à Tépoque où Rabelais écrivait '. Nous avons plus d'une preuve du contraire.

Des contrats du douzième siède stipulent , entre autres concessions , celles d'une grande quantité

parce que , disait-il , cela ne convenait qu*à des misérables. Il fallait bien que la toile ne fut pas , dès-lors, d'une extrême rareté , pour qu'on ait pu parler du linge lavé avec ce ton de mépris. Ce qu*on ne saurait mettre en doute-, c'est que les mots Lînteum , linge ', Linteus , fait de linge ; Linteatus , couvert de linge ; Linteo , ouvrier en linge , se trouvent dans les aute<irs de la belle latinité , tels que Cicéron et Tite-Live. On les rencontre même dans Plante, plus ancien de deux siècles. Ce dernier désigne en outre , sous le nom de Suppa-rum , une espèce de chemise on tunique de lin que portaient les jeunes filles. (Plaut. , Epidicus ^ 2, a, 4^ j et non pas , Rudeus, 1,2, 91, selon la fausse citation d'Adam , Antiq, Rom. Art, Linge»)^ous conviendrons, toutefois, que le linge ne fut pas d'un usage généi^al ou commun chez les Romjiins, avant le temps d'Alexandre Sévère , et que les toiles de coton j étaient plus employées que celles de lin.

* « Rabelais a parlé du cbanvre sous le nom de Pania" m guelUon, comme d'une herbe nouvelle, et qui n'était en

ORNKN£NS ROYAUX. 3^6

de froment , de légumes et de graines de chani^re et de lin \ On devait connaître la toile dans un pays où le chanvre et le lin étaient cultivés. Son existence est, en effet, révélée par divers titres et autres monumens du moyen âge. Un manuscrit de la bibliothèque de Sainte- Geneviève prouve que, dans le treizième-siècle, il y avait à Pans des liniersy qui vendaient et fa*briquaient le lin. On y lit j|ous la date de 1 299 : a II puet estre liniers en la

M ville de Paris qui veult il puet et doit vendre

]) son lin, en gros, par j[!iOignies , par pesians, » par<]uartier, et boteleUes d&Betizy •. »

Une autre chartre de iSyS dispose de tout le lin et des étoffes de lin que le nommé Jean possédait au' moment de son décès : omne Unigium , seu litium..** quod dictas Johannes habebat in die obitûs. et decessûs ^,

On voit ailleurs qu^un pénitent était tenu de faire son pèlerinage à pied et sans vêtement de toile ( robis lingiis ). Tous ces faits démontrent

» «sage que depuis un siècle ; et de fait , du temps de Chai^ > les YII, le linge de chanvre ëtaitfort rare, et on dit qu'il » n'j avait que la reine qui en eût deux chemises.» (Naudaa^ na, ubisup.^

* « Sestairale dono vobis de omni blado , de omni legu- • mine, de farina, de iinoso , de cannaboso.n {Charta ff^ilr lelmi D. MontispessuL , ann. 1 io3 , ap. du Cange.)

* Carpentier , Glos. , ad. verb. Idnifex.

* Charta an. iSyS. M, S, Re^,, citée par le même.

que 'i^e ' linge était connu et répandu bien avant le quinzième siècle. On sentira même que ce tissu ne pouvait être un objet peu commun, si Ton considère le grand nombre d^églises et de couvens où la règle et les canons le rendaient indispensable. Les sacristies ne pouvaient se passer de linge pour le service deTautel , diaprés les décrets qui en avaient exclu la soie et les étoffes teintes, en prescrivant Temploi du lin terrestre^. '^On fabriquait à Tusage des moines une étoffe {linosii" nuni) dont la chaîne, était de lin et la trame de laine *. Cest ce que nous appelons aujourd'hui tiretaine '• La tiretaine est un drap grossier qui ne donne pas lieu de supposer que la matière dont elle se compose fût d^une grande rareté dans le moyen âge. Cest un fait non contesté que les dames françaises employaient du linge dans leur toilette, et du plus fin ♦. Il est question dans un mandat de Henri IV, roi d'Angleterre , daté de i4oi , de plusieurs centaines d'aunes de toile de chanvre, et d'une assez grande quantité de linge et autres

• « Constituit (Silvest.) ut sacrifium altarîs non in serico » nec in panno tîncto , nisi tantum in linteo ex terreno llno » procreato. » (^Anastas, in S. Silvestro)

' « Linostima vestis dicta, quod linum in staminé babeat, » lanam in trama.» (Isidor. , l. 19, c. 122.)

^ Cette éto£Pe se fabrique principalement à Romorantin.

* Legendre , Hist, de Fr. , r. 6, p. 32 , copié dans le Dici. des mœurs et usages des Fr. , au mot habits. •

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