‹ Des champignons comestibles, suspects et vénéneuxChapitre 2 sur 90 · IDÉES GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

IDÉES GÉNÉRALES

Les savans écrits des Krapf, Schoeffer, Trattinnick, Michelli, De Candolle, Bulliard, Paulet, Roques, etc., sur les Champignons, convenables, sous tous les rapports , aux botanistes qui s occupent de la cryptogamie, sont, pour le publicou trop volumineux, ou trop compliqués, ou d’un luxe d’érudition et de typographie auquel tout le monde ne peut atteindre. Les descriptions , faites pour les savans, y sont hérissées de mots techniques, d’abréviations, de tournures de phrase choquantes pour les oreilles qui n’y sont point exercées. Les planches, trop multipliées, y donnent les figures d’une infinité d’espèces qu’on ne peut choisir comme aliment, et qui, par conséquent, peuvent donner lieu à des méprises funestes. Dans d’autres ouvrages, on ne figure qu une partie des especes qui y sont décrites, ce qui laisse beaucoup a desirer, ou les dessins sont méconnaissables par leur petitesse, leur défaut d’exactitude , et le peu de soin qu’on a mis dans leur confection. Il faut, pour tout dire, avoir un oeil très-exercé pour les reconnaître.

Dans ce cas, que doit-on attendre des personnes qui ne se sont pas livrées à cette étude ? Aussi, comme l’observe judicieusement M. Thiébaut de Berneaud

(dans sa Bibliothèque phjsico - économique > novembre 1826, page 353 ) : « Nous avons a déplorer, aux plus )) beaux jours du printemps et de l’automne, les tristes v événemens auxquels donne lieu l’usage intempestif » de Champignons douteux.

)) L’ouvrage que M„ le docteur Cordier vient tout ré- )> cemment de publier sur cette matière, ne remplit pas )) davantage le but que l’on doit se proposer, d’offrir au » public un Traité simple qui ne permette aucune mè- » prise de la part de la première personne qui le co/z- )> sultera , et qui , à des descriptions exactes, claires et )) précises ? joigne , pour T exemple et la solution de » toute difficulté y de toute incertitude, le dessin colorié » et fait d’après nature , des espèces que Von veut com - » parer , et dont on désire consulter l’histoire ; chacune » de ces espèces, placées sur le sol ou elles se plaisent , » ne devant laisser aucune hésitation à celui qui Vexa - » minera . »

Tel est le vœu déjà émis par l’Académie royale des sciences, tel est le conseil transmis par l’organe de l’un de ses membres, le célèbre Palisot de Beauvois, et tel est le plan que j’ai cru devoir adopter. Ai-je réussi, c’est ce que l’avenir me prouvera;

L’impitoyable mort a frappé M. Palisot de Beauvois au moment de terminer un Manuel à l’usage des amateurs de Champignons, dont seulement il décrivait vingt-quatre espèces. M. Thiébaut de Berneaud, possesseur de ce Mémoire inédit, que l’académicien avait lu à l’Institut, voulut bien me communiquer cette esquisse, où, dans les moindres détails, on reconnaît le génie observateur de ce savant, qui s’exprime en ces

termes :

a La classe des sciences physiques et mathématiques >) de l’Institut gémit avec la généralité des hommes de » toutes les nations, des malheurs et des accidens réi- » térés dont sont remplies, chaque année, les feuilles » hebdomadaires des diverses contrées de l’Europe , et » tous les véritables philantropes dont les sentimens et » les vues sont dirigés vers le bonheur de Thumanité, » désirent depuis long-temps un ouvrage propre à éelai- » rer les citoyens de toutes les classes, et à la portée de » tous. »

Le Manuel que j’offre au public , en raison de la modicité de son prix, pourra être entre les mains de tous les habitans des campagnes , des dames bienfaisantes des châteaux, de MM. les maires et curés de village qu’on va souvent consulter lorsqu’il arrive des accidens. Les tableaux exposés dans les appartemens frapperont les regards des enfans qui se familiariseront avec les formes et la couleur des Champignons bons à manger, et de ceux qu’on doit rejeter.

Ce traité renferme des descriptions simples , claires et concises $ des dessins soignés et exacts , rehaussés par un coloris fidèle qui permet de distinguer les nuances propres à faire éviter toute méprise, et à ne laisser aucune équivoque sur l’espèce de Champignon dont on cherche le nom. Ces conditions étant remplies, ce Manuel conviendra , sans contredit, à tous ceux qui habitent la campagne et aiment à chercher des Champignons, toujours en se rappelant que Palisot de Beauvois devait leur dire dans son traité : « Vous pouvez manger avec » toute assurance de tous les Champignons désignés » comestibles ; mais gardez-vous de tous autres 5 et pour » peu que vous ayez des doutes, faites le sacrifice de

» votre désir à la conservation de votre santé, et peut- » être de vos jours. ))

En effet, les journaux, je le répète, fourmillent de récits d’accidens funestes occasionés par les Champignons , malgré les savans travaux de botanistes philantropes et de médecins également dévoués au soulagement de l’humanité-f Le public incorrigible oublie les dangers de la veille pour se livrer sans crainte à sa trop grande sensualité.

Il est vrai qu’on n’aime point à compulser des ouvrages de sciences, et à pâlir sur les synonymies 1 pour arriver au choix d’une description qui, quoique trèsexacte pour un botaniste , est souvent inintelligible pour le vulgaire. Et d’ailleurs comment trouver dans plus de

1 D’après la confusion des synonymies , où chaque auteur veut donner un nom, on appréciera l’avantage inappréciable de dessins exacts sur les descriptions les mieux faites, puisque les plus célèbres cryptologues ont répété ou croisé leurs épithètes.

« C’est ainsi, dit Paulet, que l’obscurité et les difficultés augmentent dans une science , par un changement abusif dès termes et de leur signification. L’ Hydnum , sous le nom qu’emploj^ait Théophraste pour désigner la Truffe, a reçu de nos jours une toute autre acception. Helvella, d’après Cicéron, signifie Oronge , et, d’après Linné, Morille. Ces synonymies sont des dédales où le plus routinier se perd, s’il n’a pas de figures pour décider son jugement. Par exemple, l’Agaric annulaire de Bulliard, Y Agaric us annularius, Bull., est Y A. congregatus de Boit., Y A. stipitis de Sowerby, Y A. mellens de la Flore danoise, VA. poljrmices de Persoon, YHypophyllum polymices de Paulet.

» L’ Agaric annulaire de Roques (PL ix) a le pédicule garni defilamens aranéeux, au lieu d’un collier, ce qui le porte dans la classe des Cortinaires , et non dans celle des Lépiotes.

» L’Agaric annulaire d’Orfila (PL vin) est encore un autre Champignon ; c’est VAgaricus mutabilis de Schœff., YAgaricus caudicinus de Persoon, vulgairement Tête de Méduse de Paulet.

» Comment se reconnaître au milieu d’une pareille confusion? Un dessin exact peut seul faire cesser toute incertitude. »

mille articles l’individu dont on cherche le nom? Un livre trop savant ne peut devenir usuel. Les excellens traités sur cette matière, des Vaillant, Dillen , Botley, Micheli, Persoon, Paulet, Roques, Cordier, etc., sont, dira-1-on, accompagnés de planches plus ou moins bien exécutées ; mais ces ouvrages ne sont pas exclusivement consacrés à décrire les espèces alimentaires et nuisibles. On trouve aussi l’histoire d’une foule d’espèces qui, sans être bonnes à manger, ne seraient peut-être pas nuisibles, ou pourraient offrir des caractères suspects. D’ailleurs les ouvrages de sciences, souvent écrits dans une langue étrangère , sont destinés aux savans, et ne peuvent convenir à la majorité des hommes. Les planches coloriées, exécutées dans un temps reculé , où l’art, moins perfectionné, n’avait pu trouver le moyen de fixer invariablement les couleurs, sont défectueuses et n’offrent plus le coloris frais de la nature ; leur prix, d’ailleurs , en est trop élevé. Il existe encore d’autres inconvéniens. Certains auteurs , en donnant l’histoire de beaucoup d’espèces, ont fourni peu de figures, ou d’une dimension si petite, que la parfaite exécution en était presque impossible. Il fallait donc trouver un juste milieu et offrir un livre simple et intelligible, accompagné de dessins exacts, coloriés sur le vivant, et surtout de grandeur naturelle , ce qui est d’un précieux avantage pour éviter toute méprise de la part de ceux dont l’œil, peu exercé en peinture , examine souvent sans voir, à moins que la ressemblancene soit frappante.

C’est d’après ces considérations que j’ai le plus souvent dessiné sur place, chaque espèce en position naturelle , droite ou inclinée, et sur le sol qui lui convient $ mais pour diminuer considérablement les dépenses en

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faveur de l’acheteur, et n’en pas faire une spéculation de librairie , j’ai imaginé d’établir des groupes nombreux, et cependant très-distincts , et où j’ai pu représenter en dix tableaux, deux cent vingt Champignons , tandis qu’il eût fallu autant de planches que d’espèces , ce qui ne remplissait pas le but que je me suis proposé, de consacrer ce travail à toutes les classes de la société, et de le rendre, pour ainsi dire, populaire , par son prix modéré.

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