LE LIVRE « DES CIRCONSTANCES ACTUELLES
Le lÏAre Des Circonstances actuelles s'ouvre par une courte préface inspirée, on le sent bien, parla g-ravilé des événements.
« Oui donc, s'écrie M™^ de Staël, oserait se dire heureux ?
cr Hélas ! nous souffrons tous. Les uns sont agités, les autres sont aigris, les autres succombent sous le poids des destinées. L'univers entier semble jeté dans le creuset d'une création nouvelle et tout ce qui existe est froissé dans cette terrible opération. » Ainsi s'amène la question fondamentale du livre : « La Révolution française se terminera-t-elle de notre temps ? Verrons-nous la République, si glorieuse par la victoire, pour jamais fondée sur la justice et l'humanité? Cesseronsnous de souffrir et par l'indignation et parla pitié, et verrons-nous les rangs naturels de l'Etat se coordonner avec certitude, la vertu dans le pouvoir, le crime dans le mépris, l'innocence dans le repos ? ))
Quel régime assurera tous ces biens ?M'"^ de Staël a lu les ouvrages où les consultants politiques donnaient leurs recettes, elle n'en a pas été satisfaite. Elle prend place entre les tenants des anciens préjugés, des haines funestes, et les apologistes du crime. 11 lui semble que, pour être utile, il faut
INTRODL'CTION XXVII
être véritablement enthousiaste de la thé(irie du système républicain. « Elle commencera donc par examiner les principes républicains eu eux-mêmes, et leur avantage dans l'application. » Il faut bien en effet « analyser les principes démocratiques eu eux-mêmes, avant de rechercher les moyens d'en consolider l'établissement. »
De légalité iiolitique, de la souveraineté et du gouvernement représentatif.
Le principe de l'éyalilé politique est raffirmation fondamentale de M"^ de Staël ; elle l'oppose avec vigueur au dogme irrationnel de l'hérédité. Elle attend tout de ce principe : « Quand vous admettez tous les hommes à la concurrence de tous les emplois et que vous assurez la liberté du choix par de bonnes institutions constitutionnelles, vous êtes, assurés que les hommes les plus éclairés seront appelés par le peuple à le gouverner (1) ». Cette phrase exprime fort bien l'optimisme fondamental de M"»*^ de Staël. Elle revient sans cesse sur cette idée qu'il est impossible que « le choix libre du peuple, c'est-à-dire l'opinion publique, ne recherche pas les lumières et les vertus ». C'est ce qui lui fait donner la préférence à l'aristocratie naturelle, c'est-à-dire le gouvernement des meilleurs sur l'aristocratie héréditaire, c'est-à-dire les « distinctions que le hasard et la conquête ont transmises aux hommes ».
Mais comment s'assurer que les choix du j)eu[)le seront toujours bons ? Tout dépendra de l'organisation du pouvoir léiçislatif.
L'idéal, à l'orig-ine des sociétés, c'est rexercice direct de la démocratie pure. Mais depuis que les associations politiques « sont devenues trop nombieuses pour rassembler tous les habitants d'un pays dans la place publique, on a imaginé d'y suppléer par le gouvernement re[)résentatif ». En fait, ce gouvernement est « le seul qui maintienne le principi^ immuable de l'égalité des droits politiques ».
JNIais comment l'organisateur politique pourra-til assurer la représentation exacte de tous les individus qui ont le droit de concourir à la formation des lois ? On s'est trompé en cherchant dans cette voie ; et la constitution de 1793, par exemple, en paraissant reposer sur le principe correct, mais impraticable, de la démocratie pure aurait risqué d'établir (( une assemblée factieuse tyrannisée par quelques chefs, tout à fait opposée à la volonté du peuple qui l'aurait choisie ». L'essence du gouvernement représentatif, « c'est que ce sont les intérêts de la nation et non les individus qui la composent, qui sont représentés ». Ce principe éclaire la route à suivre. « La représentation n'est pas le calcul de réduction qui donne en petit l'image du peuple, c'est la combinaison politique qui fait gouverner la nation par des hommes élus et combinés de telle manière qu'il ont la volonté et F intérêt de
tous. Il y a fidélité de la représentation là où règ-ne l'intérêt et la volonté de la nation, et il y a despotisme partout où ni l'un ni l'autre ne sont ni défendus, ni écoutés. »
Ce principe écarte le pouvoir héréditaire, parce que ceux qui possèdent un tel pouvoir peuvent avoir un intérêt distinct de l'intérêt général. Il écarte de même la démocratie pure, parce que, dans ce régime, ou bien « vous resserrez la représentation », vous avez des représentants trop peu nombreux, et alors « vous avez tyrannie par esprit d'insurpation » ; ou bien vous « relâchez » la représentation, c'est-à-dire vous augmentez trop le nombre des représentants, et alors « vous avez tyrannie par esprit de faction » (1).
(1) En exposant ainsi la théorie rationnelle du gouvernement représentatif opposé à la démocratie pure, Mme de Staël appuyait la politique du Directoire. Celui-ci faisait, en effet, traiter cette question dans les journaux à sa solde : le Journal de Paris, l'Ami desloix, le Patriote français, le Rédacteur. Voici ce qu'on peut lire dans le manuscrit original d'un de ces « communiqués ». « L'idée vague de souveraineté fut toujours le plus grand levier des démagogues. La souveraineté réside essentiellement dans le peuple. Mais quoique la souveraineté ou le pouvoir législatif soit inaliénable, le peuple a le choix de l'exercer directement lui-même ou d'en déléguer l'exercice à qui bon lui semble. Dans le premier cas, la démocratie est immédiate. Dans le second, la démocratie est médiate ou représentative. Ainsi d'après le plan d'anarchie connu sous le nom de Constitution de 1793, la démocratie devait être immédiate : le peuple distribué, en assemblées pri-
II y a de grands avantages à faire: reposer l'org-anisation polili(jti(i sur ce piiiicipe rationnel. Parce que « tout ce ([ue vous soumettez au calcul, vous l'enlevez aux passions. Quand la certitude a gagné un point quelconque qui était l'objet d'une dispute, la discussion cesse, les passions abandonnent le poste où la laison s'est établie ».
La fermeté (le ses principes politi({ues n'empêche pas M""' de Staël d'ouvrir l'oreille aux objections. On lui dira : « Que nous importent vos idées spéculatives? C'est depuis la proclamation de vos principes que la sincérité, la vertu, le repos, la pitié, la justice ont disparu de sur la terre, y* Elle répond avec vigueur : j'ai souffert avec vous. Mais « ([uand il n'y a point de calculs fixes pour bases des institutions politiques, on ne fait aucun bien ni durable, ni positif, ni universel. » On peut, par
maires pour l'exercice de sa souveraineté, aurait délibéré sur les lois. Le peuple, en adoptant la Constitution de l'an III, a préféré la démocratie représentative comme la seule convenable à l'immense étendue de son territoire. » Cf. Lettre à un ami sur les élections populaires : Du rapport de la souveraineté avec les droits du peuple. Archives nationales, A. F. m, 45, dossier 263.
(I) On sentira, croyons-nous, à travers tout ce volume, combien le cœur de Mme de Staël est ouvert aux souffrances des victimes. Mais son ferme esprit reste étranger à la faiblesse des réactions stériles. Les fautes des individus ne l'ont jamais empêchée de rendre justice à la Révolution elle-même. Cousin d'Avalon rapporte d'elle ce jugement : « La Révolution de France est une des grandes
XXXII INTHODUCTION
liabililé, maintenir des institutions en équilibre, maison n'a rien fondé. « Depuis Sans, sans doute, il a pesé sur l'espèce humaine des infortunes ignorées jusqu'alors. Cependant au nom de cet énergique amourdu Ijien qui soutient les âmes honnêtes et les esprits philosophes, il ne faut pas encore renoncer à des principes théoriquement bons, pour les malheurs de la lutte et les cruautés des lutteurs. » Ceci amène M™^ de Staël à expliquer historiquement les violences révolutionnaires. Elle le fait avec une hauteur de vues très remarquable. « Les horreurs de la Révolution sont nées d'abord des obstacles qu'elle a rencontrés. « C'est la thèse de M. Aulard, et c'est la vérité historique. La seconde cause de ces horreurs, c'est l'abaissement des caractères, produit dans le peuple par les abus de l'ancien régime.
La servitude est la pire ennemie de la vie morale.
C'est « au manque absolu de morale particulière et publique dans la nation française qu'il faut surtout attribuer les horreurs de la Révolution. » Ce qu'on avait fait pour renverser les préjugés avait ébranlé des principes. Voltaire n'avait pas mesuré toute la puissance de son dissolvant.
« Enfin la troisième cause des malheurs qui
époques de l'ordre social. Ceux qui la considèrent comme un événement accidentel n'ont porté leurs regards ni dans le passé, ni dans l'avenir. Ils ont pris les acteurs pour la pièce. » Staelliana, p. 69.
l-NTUODUCTIOX XXXIII
durent encore dans la Révolution française, c'est la fausse application du principe de la souveraineté du peuple dans le gouvernement représentatif. » Le système représentatif mal entendu a souvent produit l'anarcliie, la tyrannie, les factions, l'arbitraire. c< Loin donc que les malheurs de la Révolution naissent des principes démocratiques ou de leurs partisans, le remède à ces désastres ne peut se trouver que dans ces vrais principes et dans leurs honnêtes défenseurs. »
On a voulu mettre la démocratie dans la représentation, et on a ainsi enchaîné la souveraineté du peuple. « La nation n'est libre, dit M"^'' de Staël, que quand ses députés ont un frein. » Un frein à conserver, c'est la propriété (1). Babeuf force à tort les conséquences du principe démocratique, en réclamant la destruction de la propriété. Celle-ci est la base même de la société.
L'égalité des fortunes, maintenue par la force, ferait le malheur de tous. « La propriété est une émulation pour tous. » Sans doute, c'est une a révoltante injustice que de voir des hommes qui meurent
(1) B. Conslaat, qui doit beaucoup à Mme de Staël, dira plus tard : « Celui-là seul est attaché à l'ordre établi, qui, ne possédant qu'une aisance bornée, ne peut rien risquer sans tout compromettre. Relisez l'histoire : les hommes sans propriété sont les instruments des factions ; mais les chefs des factions furent de tout temps de grands propriétaires. » Discours^ t. II, p. 332. Cfr. De Lauris, B. Consla:it et lesidées libérales, Paris, 1904, p. il9.
ni
de faim à côté de ceux qui jouissent de toutes les superfluités de la vie. S'il n'existe pas des établissements de tout genre qui assurent l'existence de tous les citoyens, selon qu'ils peuvent ou ne peuvent pas travailler, la société n'a pas rempli son devoir. » Mais « ce n'est pas remédier à la mendicité de quelques-uns que d'y réduire la nation tout entière » (1).
Gela dit, M'"'' de Staël peut conclure : » Loindonc que les malheurs de la Révolution naissent des principes démocratiques ou de leurs partisans, le remède à ces désastres ne peut se trouver que dans ces vrais principes et dans leurs honnêtes défenseurs. »
Des royalistes.
Après avoir exposé ses principes, M"^^ de Staël en vient à ceux qui en sont les adversaires, les royalistes. Il yen a de deux sortes en France. Il y aies partisans de la monarchie limitée, la plus favorable, dans leur opinion, à l'union de l'ordre et de la liberté, et « ceux qui veulent la monarchie, pour rétablir l'ancien despotisme, faire renaître
(1) Eq défendant ainsi la propriété, Mme de Staël appuyait la Constitution de l'an III, qui admet la propriété pour base. De l'égalité générale et théorique, cette Constitution était revenue à l'égalité civile. Elle exigeait une année de séjour fi.xe et le paiement d'un impôt comme condition de droit de suffrage.
tous les privilèg-es, jouir de tous les abus, enfin recréer les superstitions royales et religieuses et seconder, par elles, toutes les ambitions désordonnées ». C'est un tableau prophétique de la Restauration. Aux premiers, ^\^^ de Staël veut opposer des raisonnements; aux seconds, des faits.
Pour elle, la monarchie limitée est devenue tout à fait impossible depuis la Révolution. La constitution de 1791 a montré le vice fondamental du système. On veut, en France, de la liberté. La situation du pays exige 200.000 hommes de troupes réglées, et comme un roi ayant cette puissance en mains pourrait s'en servir contre la liberté, « on l'a rendu inhabile à la commander ». Mais « c'est dég-rader un homme que de le condamner, pour sa vie, à ne courir aucun des dangers de la guerre ». « L'existence d'un roi est quelque chose de poétique, de religieux que vous ne pouvez borner, sans risquer de la détruire, et que vous ne pouvez étendre, sans compromettre la liberté. » « Dans un pays où il y a 200.000 hommes de troupes réglées, la monarchie sera bafouée, si elle n'est qu'une institution civile, et despotique, si elle devient un pouvoir militaire. »
Comment, en outre, établir la royauté héréditaire au milieu d'une nation égale en droits politiques ! Un roi et une seule Chambre, voilà ce que la Constitution de 1791 établissait ; l'un de ces éléments devait briser l'autre. En Angleterre, on a établi le pouvoir modérateur de la Chambre des Pairs.
Mais ce n'est pas possible en France, où le titre ne donne pas d'emblée la considération. « On démontre un principe, on ne crée pas une illusion. Une institution quelconque qui n'est point fondée sur une vérité positive a besoin de l'appui d'une opinion coutumière, pour se soutenir. Or cette opinion manque en France. « En Angleterre, le jour où un Erskine (1) serait nommé pair, la Chambre haute tout entière s'honorerait d'un pareil collègue ; en France, si l'un des plus honnêtes hommes de l'Assemblée constituante, si Mounier (2) eût été nommé pair, à l'instant, les dédains, la hauteur, les préjugés de la noblesse, les plaisanteries, armes toutes puissantes des préjugés, auraient dépouillé Mounier, non de sa dignité personnelle, mais de toute la considération qu'il aurait dû recevoir de son titre. On ne crée pas plus un préjugé de rang qu'une croyance. » « Le respect pour un pouvoir héréditaire, quel qu'il soit, ne peut pas être raisonné », affirme M™" de Staël, et elle conclut que « le pouvoir le plus impossible en France, c'est la monarchie limitée ».
Un coup de force pourrait ramener la monarchie absolue et les « fanatiques sans restriction et du
(-1) Il s'agit du célèbre avocat écossais Thomas Erskine, grand chancelier d'Angleterre, le théoricien célèbre delà liberté de la presse.
(2) Député du Dauphiné, ami des Necker, Mm& de Staël admirait la fermeté de son caractère. Elle le trouve « passionnément raisonnable ».
INTRODl CTION
catholicisme et de l'antique autorité rojalo). — « Ils ont quelque chose de jacobin dans la tète. Si la République était vaincue, c'est eux qui reprendraient le pouvoir. Mais ils ont les faits contre eux. Toutes leurs tentatives ne font qu'apporter de nouvelles chances aux excès révolutionnaires, les Terroristes vivent de Blanckenburg-. a Jamais les royalistes absolus ne reprendront le pouvoir. Ici M""** de Staël s'arrête à une objection qu'elle pressent :
« Il est très vrai, dit-elle, et c'est, à plusieurs ég-ards, la faute des républicains, qu'il y a fort peu d'esprit public en France, mais il n'en existe pas davantage pour les royalistes que pour les républicains. La France est mécontente de la république, mais elle ne désire pas la royauté. »
L'observation est très juste. L'esprit public était mauvais, ou plutôt il n'existait plus. L'enthousiasme pour la République avait disparu. Des brochures pullulent qui ont des titres significatifs : Le Testament de la République, Ça va mal, Changement de domicile, etc. Les chansons royalistes font fureur (1). On abandonne l'expression de citoyen, pour reprendre la « dénomination féodale » de Monsieur (2). « Dans une conversation entendue au théâtre Montansier par un agent du ministre de la
(1] Arch. nat. A. F"', 46, dossier 163. (2) La police signale le fait dès l'an V. Arch. nat. A. F'", ■47.
police Sotin, entre un adjudant g-énéral et un de ses amis, un des interlocuteurs a tenu un langage qui éclaire bien la situation : « Ne sens-tu pas que « République, Républicains, liberté, ég-alité, droits « de l'homme, ne sont plus que des mots? Ne jug-es- « tu pas que le but est de dominer impérieusement « sous un nom quelconque, et qu'il ne faut aux « dominants du jour que des flatteurs et des es- « ciaves? Ainsi nous devons nous comporter con- <( séquemment. Quant à moi, j'ai le ton de l'an- <( cienne cour, je les empaume à merveille, et jeté « réponds que je ferai mon chemin (1). » L'officier supérieur qui tenait ce langage s'appelait Daubenton. Aussi les royalistes on t-il repris courage. « La coterie conspiratrice de Clichy n'existe plus, mais l'esprit qui l'animait survit à sa destruction (2). » Le 4 frimaire an VI, le ministre de la police générale écrit aux Directeurs : « On dit qu'il se prépare une réaction, que les républicains, enveloppés sous la dénomination de terroristes, vont être frappés à la fois. Les mêmes bruits circulent dans les départements. Sur la route, on s'entretient hautement d'un égorgement des républicains (3). »
Il y a donc bien un péril royaliste, et c'est ce que ressentent vivement les auteurs d'une Adresse
(1) Arch. nat. A. F"' 47.
(2) Un mot sur les continuateurs du système de MM. de Clichy. Arch. nat. A. F"', 43.
(3) Ibid., A. F"', 46.
des républicains de Rouen au conseil des Cinq Cents (i).
« Quoi, la patrie n'est pas en danger, et partout l'on arrache les républicains à leurs occupations domesli([ues, pour en former des colonnes moijiles destinées à disperser ou à combattre les bandes royales qui s'org^anisent sur une infinité de points.
f( La patrie n'est pas en danger ! Et chaque jour la désertion exerce ses ravages.
« La })atrie n'est pas en danger ! Et le Directoire exécutif ne rougit pas de donner l'exemple de la duplicité et du mensonge au peuple français, en proclamant dans un arrêté qu'il accepte la démission d'un ministre qu'il destitue sa7is motif, et de quel ministre ? D'un ministre qui emporte les regrets des citoyens, des soldats et de la République entière.
« La patrie n'est pas en danger ! Et la terreur royale règne au milieu de nous.
« La patrie n'est pas en danger ! Et le pauvre ne se nourrit que de désespoir et ne s'abreuve que de larmes ; il n'y a plus aucune manufacture en activité ; c'est au point que le peuple, pour échapper à la mort, se résigne volontairement à la plus affreuse nudité !
« La patrie n'est pas en danger ! Et nos défenseurs sont dans le dénuement; les bataillons auxi-
{l)'Arcb. nat. A. F"', 45.
liaires ne sont, pour la plupart, ni armés, ni habillés; le feu sacré de l'enthousiasme est éteint, et l'on persécute, l'on peint sous des couleurs atroces les patriotes qui en sont animés. Ce sont des proscrits, en un mot, des jacobins.
« La patrie n'est pas en dang-er ! Et le soleil éclaire tous les jours le vol des diligences, le pillaue des caisses nationales, le massacre des fonctionnaires publics, l'assassinat des républicains. »
Ce tableau n'est pas forcé. Nous le savons bien aujourd'hui, parles documenta d'archives qui sortent peu à peu des cartons.
C'est pour parer à ce dang-er que M'"" de Staël adresse son éloquent avertissement aux royalistes, et qu'elle fait cette observation juste : « la masse ne tient plus à la République, mais elle tient moins encore à la royauté. Ce retour en arrière est impossible. Comme il faut s'ag-iter davantage pour renverser un gouvernement que pour s'y soumettre, la nation prendra ce dernier parti et laissera la puissance entre les mains des républicains ». La république sera maintenue parce que, en cas de réaction royaliste, « il n'y a pas un républicain qui se voie un asile ailleurs que dans les déserts d'Amérique (1) ». Et puis, « les royalistes, extrê-
(1) Ch. Lacretelle, /)2a; années d'épreuves pendant la Révolution, p. 230-253, nous rapporte une conversation intéressante de Mme de Staël, qui montre bien la fixité de ses idées. Elle dit aux royalistes qu'elle veut convertir : « Vous
mement braves individuellement, ne peuvent l'être comme })arli : le courage des partis, c'est le désespoir, et il y a toujours des jouissances pour les royalistes vaincus. » Enfin « le g-ouvernement a des moyens prodigieux en France, et le gouvernement est entre les mains des républicains. »
Les royalistes n'ont donc pas une chance pour triompher. « Ils peuvent, par les efforts combinés avccleserreurs desrépublicains, rendre le gouvernement delà France pendant plusieurs années encore tyrannique, inquiet, persécuteur, arbitraire ; ils peuvent, les royalistes, par de nouvelles tentatives, amener des secousses illégales, des jugements injustes, empêcher une bonne république de s'établir, appeler sur eux des persécutions détestables, sur la France des malheurs sans fin ; ils peuvent rendre suspects de vrais amis de la liberté, en se plaçant derrière eux, ils peuvent détruire pendant longtemps encore tout l'effet des prières des hommes humains, de l'éloquence des esprits justes, en em-
pariez, messieurs, d'en finir avec la Révolution, et vous prenez la meilleure marche pour la recommencer, Avezvous affaire à des hommes tout prêts à vous céder la place ? Ces disciples de Danton, ces vieux Cordeliers ne voientils pas qu'il s'agit ici, pour eux, de vie ou de mort. Ils vous combattront avec un pouvoir absolu qu'ils gardent encore, et avec des armes que vous ne connaissez pas, celles des i^évolulionnaires. Vous êtes bien neufs à parler souveraineté du peuple ; vous bégayez une langue qu'ils connaissent mieux que vous. »
pruntant leur lang^ue pour servir des projets politiques, mais ils ne peuvent pas triompher. »
Des républicains
Ayant dit aux royalistes ce qu'elle pense d'eux et de leurs espérances, M™^ de Staël passe aux républicains. Mais tout d'abord, elle refuse ce beau nom à tous ces êtres infâmes, fléaux de tous les partis auxquels, successivement, ils attachent leur avidité, que tous les vices rendent insatiables. Avec sa hauteur d'esprit ordinaire M™'' de Staël reconnaît que des rêveurs politiques, comme les partisans de la Constitution de 1793, ou des fauteurs de la loi ag-raire, comme Babeuf, peuvent obtenir l'estime. Ils ne méritent pas qu'on leur associe « ces calculateurs spéculant sur les misères humaines » et, cela dit, elle donne des vrais républicains une définition admirable et qui restera. « Les républicains révolutionnaires sont, en France, une nation tout à fait à part. Ils n'ont aucun rapport avec les défauts qu'on reproche d'ordinaire aux Français. Rien ne les distrait de leur but. Leur opinion leur est plus chère que leur amour-propre.
« Vous les captivez davantage en pensant comme eux, qu'en les louant. Ils se classent suivant leurs facultés ; ils acceptent le poste qui leur convient et ne demandent pas celui qui dépasse leurs talents, parce que l'intérêt personnel de chacun est le succès de la République. Ils ont conspiré pour la
INTUODUCTION XLIII
fonder, pour la maintenir, et des conjurés ne disputent point de rang- entre eux. Ils ont quelque chose de direct dans l'esprit qui exclut les nuances des idées et encore plus les délicatesses des sentiments. Ce sont, au premier deg-ré, des hommes de parti que rien de difficile ne lasse, que rien de frivole n'occupe. Disciplinés moralement comme une phalange prussienne, agissant tous dans le même sens, répétant tous les mêmes arguments, parce qu'ils sont tous aux ordres d'un même chef, ces hommes sincères dans une même idée dominante, dans leur enthousiasme, sont complètement désintéressés. »
Mais les républicains ont des défauts qu'il importe de corriger. Ils sont bons pour l'attaque et la conquête, il leur manque l'art de captiver une nation (1).
Les royalistes les calomnient quand ils les accusent de n'avoir pas d'autre but que de conserver le pouvoir. Chez eux, « l'amour du principe démocratique est plus fort que l'ambition particulière ». De même, il est absurdede donner aux républicains le nom d'une faction royaliste. Les adversaires de la République, en France, ont toujours voulu faire croire « que les républicains étaient orléanistes ». M™^ de Staël elle-même en savait quelque chose. Jusqu'à nos jours, cette accusation a pesé sur elle.
(1) C'est le mot de Sieyès mourant : « Les Français commencent bien, mais ils ne savent pas continuer ».
Voici son éloquente et triomphante réponse : « Ce qui est vrai, ce que saura V histoire (1), c'est que la masse du parti républicain ne veut que la république, n'a pas une arrière-pensée, pas un projet dont un homme soit le but, et que la philosophie danslesuns, la passion dans les autres, l'intérêtdans tous, les attache uniquement à vouloir un g-ouvernement fondé sur la représentation nationale et l'ég-alité des droits. »
Sans doute, les républicainsont des défauts. « Ils sont condamnables par le choix de ceux qu'ils laissent s'introduire dans leurs rangs. » En outre, beaucoup d'entre eux ont « une absurde crainte des esr prits supérieurs ». Cela est bien dangereux pour eux. Car a pour se battre avec les royalistes, le courage seul est nécessaire, mais, pour fondre la nation dans la république, pour donner de la considération à la force de l'esprit public, pour faire concourir à la formation de la loi 25 millions d'hommes et les y rendre soumis, pour créer une société nouvelle dans une vieille nation, il faut une supériorité de lumières égale à celle des anciens législateurs de la Grèce. Voilà ce que l'ensemble du parti ne comprend pas encore. » La défiance, véritable défaut des républicains, source éternelle des divisions en France, resserre malheureusement le cercle dans lequel les républicains veulent reconnaître d'utiles défenseurs... « Ils ne veulent recevoir
(t) C'est nous qui soulignons.
ni ceux qui reviennent, ni ceux qui se modifient, ni ceux dont l'opinion, d'accord avec eux sur le but, diffère sur les moyens. » Ce sont les rivalités et les soupçons qui détruisent et dégradent le parti républicain et empêchent la République de devenir nationale en France.
On dit bien que quand la République s'est prêtée au ralliement, elle a été mise en danger par ses ennemis. C'est que cette politique a été mal dirigée. « Il faut appeler à soi les individus, mais non se confier à un parti différent. »
Enfin, si les républicains veulent étendre et fonder leur pouvoir, ils doivent rappeler au milieu d'eux une qualité disparue, la générosité. « Jamais une guerre intestine ne finit que par l'équité des vainqueurs envers les vaincus. La générosité n'est que la justice, au moment de la toute-puissance. » « La générosité est le plus profond calcul de la politique. Elle seule prévient les réactions. »
On avouera que, pour tous ceux qui ont le souci d'assurer l'avenir de la République dans notre pays, il y a là de hautes considérations à méditer.
De roi)iuion publique.
La République, pour être solide, « fondée », comme dit ]NP"^ de Staël, doit s'appuyer sur l'opinion publique. Or, dans un pays où « deux partis' opposés se combattent avec fureur, il y a bien peu d'opinion publique )). C'est le cas de la France direc-
toriale. L'exaspération des « partis force chaque homme à s'appuyer d'un certain nombre de ses semblables, et, comme dans les lieux infestés de brigands, on ne marche cm' en caravane ». Ceux que rélévation de leur pensée place au-dessus des partis, « ceux-là préparent l'histoire en silence et se font, s'ils le peuvent, à l'aide de leur pensée, contemporains de la postérité, mais ils n'influent pas sur l'opinion ». Ils sont noyés dans cette masse de la nation, « toujours inerte, toujours immobile, qui, dans les temps de troubles, n'a d'autre soin que de connaître le parti le plus fort, afin de s'y rallier ». C'est cette masse pourtant, qu'// est bien tentant d'opprimer, dit M™^ de Staël, tant elle s'y prête de bonne grâce, qui « murmure cependant tout bas une sorte d'opinion publique ».
Cette masse n'est pas bien redoutable, et cependant il faut que le parti vainqueur se l'attache, car c'est sur elle que le vaincu portera son effort.
(( Voici, dit M°^^ de Staël, l'opinion de cette masse. Elle est assez éclairée par les écrivains et par la Révolution, pour ne se soucier en aucune manière de la Royauté, mais elle n'est point assez enthousiaste pour vouloir de la République au prix de sa tranquillité. » L'observation est d'une justesse pénétrante. Cette phrase suffit à nous expliquer historiquement le 18 brumaire et l'empire. M""^ de Staël avait bien vu ce que pensait la masse fatig'uée de la nation, mais le génie de Bonaparte était aussi pénétrant que le sien. La tentation lui vint, à lui
INTUODCCTION XLVII
comme à d'aulres avant lui, d'opprimer à son profit cette nation ([ui, à l'avance, s'y prêtait de bonne grâce. Pour la séduire, il lui parla seulement de repos social et politique, de paix relig^ieuse, et la masse se précipita vers lui dans un élan formidable. Elle n'aurait pas voulu de la royauté, mais elle acclama l'empire. Ce mot ne sig'nifiait pas alors despotisme et pouvoir personnel, il était synonyme de république, de nation. Sous la République, M™^ de Staël écrit, sans y songer, l'empire français (1). Quand donc M*"^ de Staël disait aux républicains de son temps : song-ez à la masse de la nation, donnez-lui ce qu'elle réclame, autrement elle vous échappera, et vous ne pouvez rien fonder sans elle; elle faisait preuve de l'esprit politique le plus juste et le plus pénétrant.
— Mais que veut-elle, cette masse ? Elle veut le repos, le sien et même celui des autres. Elle ne veut pas qu'on persécute, même les anciennes classes privilégiées qu'elle n'aime pas, noblesse ou clergé, « parce qu'elle sait bien que la persécution trouble le repos de ceux mêmes qui ne sont ni persécutés, ni persécuteurs ». Or, cette masse de la nation veut du repos avant tout. L'ag'riculture, le commerce, la dette publique, les impôts, la paix et la guerre, voilà ce qui l'occupe, parce qu'elle p/a qu'un désir, l'aisance et la tranquillité. »
(1) Cfr. Aulard, Quand disparut la première république ? ■Reçue bleue, 1898, p. 84.
XLYIU INTRODUCTION
Sans doute cette masse d'hommes paisibles ne se battra pas pour conquérir sa tranquillité, mais tant que la République ne leur donnera pas un repos durable, « ils seront inquiets, mécontents et^ quoique aucun signe hostile ne le prouve, le voyageur qui traversera ce pays sentira que son gouvernement n'est pas établi, que rien n'y est fondé, que personne n'y calcule sur l'avenir, que rien de volontaire ne se passe entre les gouvernés et les gouvernants, que les partis peuvent tous spéculer sur la nation, sans qu'elle ne s'y oppose, ni ne s'y prête. »
Là-dessus M'""^ de Staël conclut avec raison : « En France, il faut sans doute former, autant qu'on le pourra, un esprit national, mais ne pas perdre de vue que l'opinion publique sera fondée sur l'amour du repos, le désir d'acquérir de la fortune, le besoin de la conserver. »
Des Journaux.
Benjamin Constant a écrit : « Il n'y a point de durée pour une constitution, sans opinion publique (1). » C'est le résumé du chapitre qui précède. Il ajoute : « Et il n'y a point d'opinion publique, sans la liberté de la presse. » C'est aussi le fond de la pensée de M™*^ de Staël, dans le chapitre qu'elle consacre aux journaux. Pour bien saisir le
(1) Politique constitutionnelle, t. l, p. 494.
l.NTUODUCTiON XLIX
sens (le ce chapitre, et pour ne pas attribuer à M"''' de Staël des idées autoritaires qu'elle n'a pas, il faut se souvenir qu'elle écrit, non pour écrire, mais pour agir. Elle ne nous donne pas ici une théorie complète sur la liberté de la presse, elle -cherche les moyens de rendre la pressée son vrai rôle. Elle écrit à une heur£ de crise où les débordements de la presse avaient déjà dépassé toute mesure, et elle présente, à cet égard, les observations qu'elle croit utiles au bien de la République.
La liberté de la presse est pour elle « le plus grand moyen d'arrêter l'oppression et de propager les lumières ». C'est sa première affirmation. Mais cette liberté ne saurait être illimitée. Le journal n'est pas un livre. Un journal et des souscripteurs sont une sorte d'association dans l'état ; ils devraient être soumis à la même loi que les associations.
Les faits éclairent ici la théorie. « On se sert de la liberté de la presse, non pour propager les idées, mais pour agiter avec les faits, ce qui rend la liberté de la presse une épée, au lieu d'une lumière. » Les journaux constituent un moyen de gouverner ou de révolutionner tellement puissant qu'on ne peut le dérober à la surveillance de l'autorité publique. »
Qu'on ne dise pas qu'en Angleterre la presse est parfaitement libre. Nous ne sommes pas en Angleterre, où l'éducation du peuple est faite depuis cent ans. L'Angleterre n'est pas en révolution. Il faut un autre code pour les journaux que pour les livres,
INTUODUCTION
car faire un journal est un emploi public « tandis qu'écrire un livre n'est que l'exercice d'un droit consacré ». En faisant cette distinction, on assurera mieux la liberté de la presse, « car les incalculables abus de la liberté des journaux ont mis en danger la liberté de la presse, première sauvegarde contre la tyrannie ». Elle ajoute : « Un homme de beaucoup d'esprit disait avec raison qu'il ne fallait pas de lois sur la liberté de la presse, mais que les lois surla calomnie, sur l'avilissement des autorités constituées, sur la provocation au pillage, à l'assassinat s'appliquent à la presse, comme à la parole, comme à toutes les manières de communiquer une pensée coupable ou d'exciter à une mauvaise action. » Il ne faut pas chercher bien loin cethomme d'esprit. L'esprit comme le cœur de M"^^ de Staël ont eu pour Benjamin Constant des faiblesses connues. Il a écrit plus tardée qu'il disait alors à son amie : « Les principes qui doivent diriger un gouvernement sur cette question sont simples et clairs. Que les auteurs soient responsables de leurs écrits, quand ils sont publiés, comme tout homme l'est de ses paroles, quand elles sont prononcées, de ses actions, quand elles sont commises. L'orateur qui prêcherait le vol, le meurtre ou le pillage, serait puni de ses discours. Donc l'écrivain qui prêche le meurtre, le pillage ou le vol doit être puni (l), »
(1) De la liberté des brochures, des pamphlets et des journaux, 2"* éd., Paris, 1814, p. 72,
B. Constant n'accepte pas la distinction du livre et du journal. Si on libère les livres, dont la lecture demande de l'attention et des loisirs, et si on censure les journaux, on agrandira sans droit la distance qui sépare les classes instruites du reste de la nation. M™*' de Staël ne se place pas à ce point de vue. Elle écrit, non sous la Restauration, mais en temps de Révolution, et elle veut surtout et d'abord « garantirl'ordre public ». Et comme elle observeque « le journal est une action qui continue », et que cette action peut être dang-ereuse, elle concède au gouvernement le droit de la suspendre provisoirement, quitte à faire juger ensuite sur le fond par les tribunaux. S'il a été lésé, le journal plaidera en réparation contre legouvernement. Les journaux, comme les spectacles, comme les rassemblements, sont du ressort de la police.
On dira : à c[uoi bon toutes ces précautions? Quel mal font les journaux? Qui croit à leurs mensonges ? Elle répond, en examinant leur influence sur les particuliers, sur les hommes publics et sur les affaires générales. Les journaux décident presque entièrement de la réputation des personnes privées. « On parle d'obtenir une réparation devant les tribunaux : Eh ! peut-elle jamais rendre ou le repos ou l'obscurité qu'elle a fait perdre? »
On sent à la vivacité du ton que M"^® de Staël est ici sur un terrain où elle a souffert. Elle avait été attaquée par les journaux de tous les partis, les royalistes, parce qu'elle était républicaine, lesjaco-
bins, parce qu'elle détestait leurs excès. Le Directoire avait lancé sur elle quelques-uns des journalistes à sa solde, pour la punir de n'avoir pas toujours eu son cœur du même côté que son esprit. Le Messager du soir, le Miroir, un des org-anes les plus vifs de la réaction contre-révolutionnaire, l'avaient outragée. Le Thé, journal de Berlin d'Antillv, un des proscrits du 18 Brumaire, lui avait dit en 1797 : « La Suède vous réclame. Vos devoirs conjugaux vous attendent. » Les royalistes ne lui pardonnaient pas son livre déjà républicain sur F Influence des pussions, et leurs journaux mettaient dans le même sac « Laclos et ses Liaisons dangereuses, M™*" de Staël et ses Influences, le petit Riouffe et ses brochures. » {La Petite Poste de Paris du 12 fructidor an V). D'autre part, L'Ami des lois, de Poultier, député du Pas-de-Calais, l'appelait « la Sultane du roi de Blankenburg ». On lisait dans le Journal des hommes libres du 18 messidor an VII : « Paris, 17 messidor (5 juillet 1799) : M""^ de Staël vient de demander et d'obtenir un passeport. » Et dans la Clef du cabinet du 20 messidor : « Nous plaignons vraiment M"^** de Staël de voir si souvent son nom dans les journaux. Il faut n'avoir rien à dire pour annoncer avec tant d'exactitude, en France, l'arrivée ou le départ d'une femme. >• L'Ami des lois du 20 messidor an VII (8 juillet 1799 faisait cette observation désagréable: « 11 n'arrive jamais un événement extraordinaire à Paris, queM™« de Staël n'y soit mêlée pour quelque chose. Elle a joué un