‹ Des circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution et des principes qui doivent fonder la république de FranceChapitre 8 sur 28 · EN FRANCE · texte numérisé non relu

EN FRANCE

< Pauci, ut ita dixcrim, non modo alioruni, sed etiam nostii supcrslites sumus, excmplis o média vita tût annis, quibusjuvenes ad sene-;tutera, scncs prope ad ipsos exactœ œlalis terminos per silentiura veiiimus. «

Tacite, Vie (VÂgricola.

n Nous sommes un pelit nombre resté de nos amis et pour ainsi dire de nous-mêmes, tant d'années pendant lesquelles, à travers la douleur et le silence, les jeunes sont arrivés à la vieillesse et les vieillards au dernier terme de la vie. •

J'ai choisi ces lignes pour épigraphe (1); où est-il le cœur auquel elles ne répondent pas 1 Nos jeunes, nos vieillards, nos faibles, nos tout-puissants, qui

(1) On trouve aussi, en tète de l'ouvrage, la réflexion suivante : « Rousseau a écrit : « la liberté d'une nation ne «vaut pas la vie d'un homme innocent.» Il est permis, je dirai plus, il est ordonné à une femme de n'avoir pas un cœur plus audacieux qu'un philosophe. En allant àErmenonvillp, j'ai choisi cette ligne des écrits de Rousseau pour l'écrire sur sa tombe. Il me semblait que dans le lieu qu'il habitait, c'était celle dont le souvenir devait lui être le plus doux».

donc oserait se dire heureux ! Invincibles g'uerriers, qui d'entre vous-mêmes ne donne à la vie quelquesuns de ces regrets dont le courage ne pourrait s'offenser. Hélas ! nous souffrons tous. Les uns sont agités, les autres sont aigris, les autres succombent sous le poids des destinées, d'autres secouent l'existence comme les flambeaux des Euménides, pour en faire sortir quelques étincelles qui les éclairent en les éblouissant. L'avenir n'a point de précurseur.

Le guide de la vraisemblance, de la probabilité n'existe plus. L'homme erre dans la vie comme un être lancé dans un élément étranger. Ses habitudes, ses sentiments, ses espérances, tout est confondu. La douleur seule encore lui sert à se reconnaître, et la continuité des souffrances forme l'unique lien que nos jours conservent entre eux. L'Univers entier semble jeté dans le creuset d'une création nouvelle, et tout ce qui existe est froissé dans cette terrible opération. La sensation morale est de trop, à travers de semblables chocs. On nous peint le chaos et la naissance du monde comme précédant celle de l'homme, mais de nos jours, au contraire, l'être sensible assiste au changement, au renouvellement général de tout, et l'âme porte tous les coups dont la terre même est ébranlée. Est-ce donc pour le cours entier de notre vie que nous serons infortunés? Ne nous restera-t-il du bonheur que les souvenirs du premier âge, et jamais notre sang ne coulera-t-il en paix dans nos veines? La Révolu-

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