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L^EMPÎRE ÉGYPTIEN ET LE CONCERT INTERNATIONAL

CARTE Y. — Le monde oriental au temps de FEmpire égyptien.

LES PREMIERS EMPIRES D’ORIENT

de Khalep (Alep) et Tounep ; elles surveillaient les avancées de la grande citadelle qui gardait le gué de l’Euphrate : Car chémish, sur la rive droite du fleuve. Ici, le royaume du Milanni s’était installé, au centre des communications entre l’Égypte, la Babylonie et l’Anatolie. Avant l’invasion des Hyksôs, le Naharina, avec sa population en partie aryenne, séparait les Hittites d’Anatolie et de Cilicie, les Sémites d’Assyrie et de Chaldée, et les Sémites Amorrhéens et Cananéens; après l’invasion, ces éléments divers avaient été submergés sous le flot des envahisseurs; dans quel état de désagrégation, ou de mélange, le reflux lesavait-ils laissés? Nous l’ignorons. Néanmoins,

à la fin du xvie siècle,, le Mitanni apparaît comme l’Etat prépondérant ; ses rois, héritiers de l’empire hyksôs, tiennent en main les « Grands » des deux Lotanou, et occupent les citadelles de Carchémish, Kadesh et Mageddo.

Les Pharaons étaient bien renseignés sur cet état de choses; ils avaient tout à redouter d’une nouvelle invasion barbare, ou du retour offensif d’un État tel que le Mitanni. Pour assurer la sécurité de l’Égypte vis-à-vis de l’Asie Mineure menaçante ou troublée, une seule tactique est efficace : l’occupation militaire de la branche du fertile croissant qui mène de l’Euphrate à l’isthme, et l’installation d’une tête de pont à l’extrémité du couloir d’invasion, c’est-à-dire dans cette région du Naharina qui est le glacis où aboutissent les routes de Cilicie, d’Anatolie et de l’Euphrate. Les Thoutmès et Ramsès ont compris cette nécessité stratégique : dès que la Nubie fut pacifiée, ils préparèrent l’occupation de la Syrie. L’histoire nous apprendra que les Ptolémées, les Croisés, Bonaparte, Méhémet-Ali, et jusqu’au général Allenby, dans la dernière guerre mondiale, ont obéi à la même nécessité : c’est toujours en Syrie-Palestine que les grands capitaines ont défendu la porte de l’Égypte.

Cependant le souci de leur sécurité n’explique pas seul la riposte des Égyptiens; la guerre appelle la guerre, et l’inva-

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sion des Asiatiques avait pro voqué en Égypte un ressentiment national qui s’exprime ouvertement dans les inscriptions de la XVIIIe dynastie : espoir de la revanche, goût du combat, attrait de la gloire militaire, appât du butin, prestige des récompenses et des titres (décorations, armes d’honneur (1), esclaves, terres), tels sont les mobiles qui animeront les jeunes généra-

Fig. 25. — Infanterie égyptienne sous la XVIIIe dynastie (Deir el-Bahari).

tions. Voici comment le capitaine de vaisseau Ahmès se présente à la postérité, au début de la biographie inscrite dans son tombeau : « Je vous fais savoir les honneurs qui me sont advenus. J1 2 3 ai été récompensé en or sept fois en présence de la terre entière , et aussi en esclaves mâles et femelles; j3 ai été gratifié * de terres très nombreuses. Mon nom est celui d3un brave , par ses actions , et il ne disparaîtra pas de la terre , à jamais (2). » Quand Ahmès parle des soldats de l’Égypte, ses compagnons d’armes, il dit « nos soldats », « notre armée » (3) ; cet accent, où se mêle la fierté à un fraternel patriotisme, se retrouvera

(1) Les « soldats victorieux» d’Égypte reçoivent, à titre de décorations, des anneaux, bracelets, colliers d’or; des armes d’honneur (poignards, haches); des lions et mouches d'or; des cœurs d’or et d’argent, qu’on porte au cou (Sethe, Altœg-ypiische Ordensauszeichnungen, ap. XII, t. XLV1II, p. 143).

(2) Inscription d’ Ahmès, 1. 2-4. A comparer : Urk., IV, p. 684, 780.

f3) Ibid., 1. 38, 81 ; cf. Annales de Thoulmès III , L 75.

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dans les récits militaires des Thoutmès; il est tout nouveau eü Égypte, et s’explique par l’exaltation nationale. Tel est l’état d’esprit des troupes; on juge de ce que devait être celui des Pharaons. Ils avaient en main tous les moyens d’une politique de conquête : des soldats exercés, ardents, pourvus d’un matériel perfectionné (chevaux, chars, navires), où les troupes de choc, fournies parles Mazoï et les noirs du Soudan, s’appuyaient sur l’infanterie nationale (1) et sur les chars, montés par des jeunes gens d élite (fig. 25-26); des ressources financières, reconstituées par les mines d’or de Nubie et alimentées par les produits des champs et des ateliers de l’Égypte ; des matières d’exportation, blé, bétail, objets manufacturés, à échanger contre les minerais d’Asie. Pour toutes ces raisons d’ordre national, mil taire et économique, les Pharaons tentèrent de réaliser à leur tour ce que les Hyksôs barbares avaient grossièrement ébauché : la création d'un empire où l’Égypte, unie à i’Orient proche, serait la maîtresse du monde civilisé.

Après la reprise d’Avaris, Ahmès I (1580-1554), ayant occupé Sharohana , en avait fait une tête de pont du côté de la Palestine. C’en était assez pour que sur les murs de Karnak on écrivît : « Les étrangers (Khaslioiï) sont tous découragés, caries massacres du roi (terrorisent) les Nubiens, et ses mugissements (résonnent) dans les pays des Fenkhou (Phéniciens ?) (2). La crainte de Sa Majesté est à l’intérieur de cette terre comme celle du dieu Minou; aussi les hommes apportent-ils de beaux tributs... «Néanmoins Ahmès I s’était arrêté là, et Aménophis Ier (1554-1533) ne guerroya qu’en Nubie. Thoutmès I (1533-1501)

(1) Ce que les textes du moyen et du nouvel Empire appellent les « vivants de l'armée », les citoyens soldats, ankhou nou mshaou ( Inscription de Sebek khou de la XIIe dynastie, supra, p. 285; Inscription de Rares , 1. 13, XVIII9 dynastie. ( Urk ., IV, 48).

(2) Sur les Fenkhou , cf. supra, p. 270, n. 1.

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y fît aussi ses premières armes, mais, jugeant la situation plus menaçante en Syrie, il ramena ses troupes de Nubie à la frontière orientale et les poussa énergiquement en avant. Sans coup férir, l’armée égyptienne traversa le désert, la Shéphélah, la Cœlé-Syrie et atteignit les rives de l’Euphrate. C’était le

Fig. 26. — Le char égyptien.

plus bel exploit militaire qu’un Pharaon eût jamais réalisé ; nous n’en avons point de récit officiel, mais les compagnons de guerre de Thoutmès I n’ont pas manqué de raconter leurs prouesses. Il semble que l’expédition n’ait trouvé nulle résistance avant Carchémish, tant le vieux capitaine Ahmès nous la raconte avec bonhommie. « Après ces choses (la victoire en Nubie), on passa au Lotanou, pour se rafraîchir le cœur dans les pays étrangers. Sa Majesté arriva jusqu’au Naharina, où Sa Majesté trouva ce Misérable et livra bataille : Sa Majesté fit un grand carnage parmi eux ; sans nombre furent les prisonniers vivants que Sa Majesté ramena à la suite de ses victoires (1).» Un autre témoin place aussi la bataille dans la

(1) Urk., IV, 36; XVII, II, § 81.

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Naharina (1). Thoutmès I traversa l’Euphrate et, sur la rive orientale, il planta une stèle à son nom (2), qui attestait son triomphe et semblait porter jusque-là les frontières de l’Egypte. Toutefois, lui aussi s’en tient à une démonstration militaire ; ayant ainsi affirmé la force de ses armées, il ramène celles-ci en Égypte, ne laissant de garnisons qu’au sud de la Palestine. Avec quel enthousiasme, quel délire l’Égypte accueillit le triomphateur ! L’écho en résonne encore sur une stèle retrouvée à Tombos, en Haute Nubie, à la troisième cataracte :

« Il s’est assis sur le trône d’Horus, dit-on du roi, pour élargir les frontières de Thèbes..., pour que paient tribut à celle-ci les Heriou-sha , les Khasliou , qui sont abominables à Dieu, et les Haou-nebou (3) prisonniers...; tous les pays étrangers réunis apportent leurs tributs à Sa Majesté. lia conquis les frontières de la terre pour son domaine, et celui qui les parcourra avec son glaive victorieux, pour chercher un combattant, ne trouvera personne qui s’opposera à lui.» Ainsi une armée égyptienne avait pénétré jusqu’au cœur de pays qui n’avaient été traversés, jusque-là, que par des marchands ou des messa-

gers isolés I Ce fut, pour le peuple d’Egypte, une aventure presque fabuleuse, aux épisodes pittoresques et inouïs: il y avait en Asie des montagnes, avec de l’eau solidifiée, de la neige à leur sommet ! et, plus loin, un fleuve étrange, sorte de Nil à V envers , qui pour descendre à la mer coulait vers le sud , alors qu’en Égypte on descend le fleuve pour aller au nord et qu’on le remonte pour aller au sud... «Il a ouvert des vallées, inconnues aux ancêtres et que n’avaient jamais vues les (rois) porteurs des Deux-Couronnes. Sa frontière sud-est dans cette Nubie ; sa frontière nord-est, cette eau à rebours , qui descend quand elle remonte ! Jamais pareille

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