XVII, II, § 784. - (2) XVII, II
(3) Un scarabée, gravé à un grand nombres d’exemplaires, nous dit que le roi tua 102 lions pendant les dix années de son règne ; cf. XX, t. II, p. 298 et XVII, II, § 865. v
l’empire égyptien et le concert international 325
taie d’Aménophis IV* Ikhoutaton, aujourd’hui Tell el-Amarna, environ trois cents briques, gravées de caractères cunéiformes. Le déchiffrement prouva que ces documents n’étaient autre chose que les archives du département des affaires étrangères pharaonique : il y avait là, en copies ou en minutes, des lettres adressées à Aménophis III et Aménophis IV, par les rois de Babylone, d’Alasia, du Mitanni, par des princes de Syrie ou de Palestine, et aussi quelques réponses des Pharaons et des gouverneurs égyptiens (1). Chose surprenante, les dépêches des princes de Syrie ou des administrateurs égyptiens sont écrites en langue et en écriture babyloniennes ; d’autre part, des dialectes non sémitiques, comme la langue mitannienne, y sont écrits, eux aussi, en caractères cunéiformes. Il y avait donc, en ces temps, une langue diplomatique en usage dans tout l’Orient civilisé, et c’était la babylonienne. Des trouvailles plus récentes ont mis à jour d’autres correspondances diplomatiques et administratives : au pays de Canaan, à Taanach (2), et à Boghaz-Keuï (3), la capitale des Hittites ; là encore, l’écriture cunéiforme est seule employée, ou reste le principal véhicule intellectuel, à côté d’une grossière écriture pictographique. Ces documents d’archives, d’origine diverse, se complètent réciproquement et nous font connaître la politique mondiale aux xve et xive siècles avant notre ère. Pour la première fois dans l’histoire du monde, nous sommes en possession de textes relatifs aux mêmes événements et provenant de sources opposées; iis nous permettent de contrôler les témoignages, d’une sincérité approximative, qui émanent de l’histoire officielle, des inscriptions louangeuses gravées en l’honneur des Pharaons ou de leur dieu Amon.
Nous diviseronsl’anaiyse de ces textes en deux parties : tout
(1) XXVII, 49 s q. : Diplomatie pharaonique. Les principales éditions de ces lettres sont celles données par Winckler et Knudtzon.
(2) , Fouilles du Dr Sellin à Taanach, publiées dans les Denkschriften der Kais. Akad. Wiss ., VV ien, III, 1906.
(3) Cf. infra p. 350»
326 LES PREMIERS EMPIRES D’ORIENT
d’abord ceux qui concernent les provinces asiatiques directement soumises aux Pharaons; en second lieu, ceux qui se rapportent aux grands royaumes limitrophes.
Les provinces égyptiennes d’Asie comprennent la Palestine et la Syrie, jusqu’à une limite nord impossible à préciser, mais qui ne dépasse pas les avancées du^Taurus, entre les monts de l’Amanos et l’Euphrate. L’occupation de cette région, qui commande toute la route militaire et commerciale d’Asie en Afrique, donnait la sécurité stratégique à l’Égypte. Thoutmès III y avait brisé toute résistance par ses campagnes réitérées pendant vingt ans : il ne s’était pas fait faute, au témoignage de ses Annales , de piller le pays, de rançonner les habitants, de ramener en Égypte, après chaque expédition, le meilleur des produits des terres et des industries; mais, une fois la pacification obtenue par le fer et le feu, la conquête égytienne se fit clémente et bienfaisante. Aménophis III semble avoir eu l’ambition de faire de la Palestine et la Syrie des provinces reliées à l’Égypte non par la seule force des armes, mais surtout par la communauté des intérêts politiques et commerciaux.
En Palestine et en Syrie, la souveraineté du Pharaon est un fait acquis; les rois de Babylone, anciens maîtres du pays, n’osent la mettre en question : « le pays de Palestine est ton pays ; ses rois sont tes vassaux », écrit Bournabouryash à Aménophis IV. Le cité de Tounep, en plein Naharina, se qualifie elle-même « ville et servante » du Pharaon (1). Cependant Pharaon n’exerce pas son pouvoir directement ; il utilise les organisations politiques trouvées par les Égyptiens dans le pays, et qui sont variées.
Dans les villes de la Shéphélah et sur la côté syrienne, à
(1) xxvn, p. 68 et 70.