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L’EMPIRE EGYPTIEN ET LE CONCERT INTERNATIONAL

Tyr, Sidon, Byblos, les lettres d’El-Amarna mentionnent des « chefs de villes », appelés khazani ; ils se disent les « hommes du roi » et portent tantôt le nom de « roi », tantôt d’autres titres. Ce ne sont pas des Égyptiens; leurs patronymes indiquent des indigènes, représentants des vieilles familles sémitiques du pays (1); parfois, parmi ces Sémites apparaissent des Aryens (les Merinaou : cf. supra , p. 318) et des Asianiques (2), ce qui indique de nouvelles et récentes infiltrations étrangères jusqu’en Canaan. Dans certaines villes, telles qu’Arad, Tounep, on ne trouve ni rois, ni khazani, mais un conseil de notables ; ce sont de petites républiques (3). Les Pharaons ont donc utilisé le personnel dirigeant, tel qu’il existait dans le pays, mais ils ont eu la précaution de l’égyptianiser. Après la prise des grandes villes du Lotanou, Thoutmès III déportait les « enfants et les frères des grands pour les incorporer parmi les forces de l’Egypte; et si quelqu’un de ces grands venait à mourir, Sa Majesté faisait partir son fils pour qu’il se tînt sur la place de son père » (4). Les princes syriens, élevés en Égypte et initiés à la civilisation et à l’administration pharaoniques, formaient donc une pépinière de khazani et de roitelets pour le Kharou et le Lotanou. Ainsi les Césars se préocupèrent-ils d’éduquer à la romaine les fils des chefs germains, et les puissances modernes, qui ont des colonies, ne procèdentpas autrement avec les héritiers des grandes familles indigènes des Indes ou d’Afrique.

Ces chefs locaux administrent directement le pays : « leurs villes leur appartiennent », disent les lettres d’El-Amarna. Ce sont leurs troupes indigènes qui doivent assurer l’ordre public, le libre transit des caravanes et des navires. Pharaon n’occupe militairement que quelques points stratégiques : les forteresses construites par Thoutmès III pour maîtriser Mageddo (5) et

(1) XXVII, 60 sq. — (2) Cf. infra , p. 336. — (3) XXVII, 61.

(4) Urk., IV, 690 (1. 10); cf. 663 (1. 95); XVII, II, § 467, 434.

(5) Cf. supra, p. 317 et 319.

LES PREMIERS EMPIRES D’ORIENT

Kadesh ; peut-être, à Carchémish et dans les ports qui servaient de bases aux armées du Pharaon, peut-on supposer qu’il existait des garnisons égyptiennes permanentes; mais dans le reste du pays les contingents indigènes suffisaient, à condition d’être soutenus par quelques archers ou quelques charriers d’Égypte. Souvent les khazani réclament un appui militaire; mais les effectifs demandés pe sont point excessifs : le gouvernement de Mageddo sollicite Eenvoi de 2 archers ; celui de Tyr en demande 20; celui de Byblos 4, avec 20 chars; le cas est-il scabreux, on élève le chiffre jusqu’à 200 (1). Ces soldats égyptiens jouaient assurément le rôle d’instructeurs et servaient de cadres aux troupes indigènes, procédé que nous appliquons encore dans nos armées coloniales. L’entretien de ces cadres était dû par le khazanou, qui assurait le ravitaillement de tout envoi de troupes, de tout messager, de tout fonctionnaire de Pharaon.

A ces charges, qui constituent une sorte de service militaire, il faut joindre l’envoi annuel de produits du pays : céréales, fruits, vins, huile, miel ; animaux domestiques, bœufs, chèvres, moutons, et chevaux, pour les régions agricoles ; ours

et éléphants, qu’on exhibait en Egypte ; bois de construction, pour le Liban (2) ; métaux en minerais (cuivre, or, argent), en lingots, en produits des ateliers métallurgiques, surtout des vases et des ustensiles où l’on distingue le travail palestinien du Kharou, et le travail syrien du Zahi (3); pierres rares, ivoire, lapis-lazuli, malachite, émeri, pierres à feu; les essences précieuses, l’encens, les épices, la main-d’œuvre humaine, esclaves et ouvriers, etc.; tout ce que Thoutmès III énumère comme butin de ses campagnes, refluait vers l’Égypte en tribut annuel, assuré par contrats écrits avec les khazani et les villes du Kharou, du Zahi et du Liban, et expédié chaque année par les ports de Phénicie (4).

(1) XXVII, 64. — (2) XVII, II, § 436 (Urk., IV, 66).

(3) XVII, II, § 509 (Urk., IV, 718). - (4) XVII, II, § 483 (Urk., IV, 700).

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Ce qui caractérise encore la situation des villes ou des princes des provinces asiatiques vis-à-vis de l’Égypte* c’est qu’ils correspondent directement et sans intermédiaire avec Pharaon. Les lettres sont rédigées d’après un formulaire officiel* dont

Fig. 27. — Cananéens et leurs tributs.

L’un d’eux porte une dent d’éléphant ; l’autre un « saumon » de cuivre,

du type chypriote.

on s’écarte le moins possible. Au début abondent les protestations d’une humble servilité : « Au roi* mon seigneur* mon dieu* mon soleil* il est dit ceci : moi* khazanou de la ville X...* ton serviteur* poussière de tes pieds* et sol que tu foules* planche de ton siège* escabeau de tes pieds* sabot de tes chevaux* je me roule de ventre et de dos (1) sept fois dans la poussière aux pieds du roi* mon seigneur, soleil du ciel... » Puis le correspondant définit son devoir essentiel : « Je suis le serviteur du roi* le chien de sa maison, je garde tout le pays de X... pour le roi * mon seigneur. » Suivent* quand tout va bien, des phrases invariables : « le pays est en bon état* les

(1) Les bas-reliefs égyptiens montrent en effet les nobles Syriens se vautrant sur le ventre ou sur le dos. Cf. Breasted, XVI, fig. 147.

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ordres du roi sont obéis, les tributs partent régulièrement pour l’Égypte » (1); quand une difficulté se présente, la lettre l’expose dans tous ses détails.

Les réponses du Pharaon sont aussi rédigées selon des formules invariables : « Attention I- garde la ville du roi qui est

sous ton autorité... Le roi t’a envoyé X..., commissaire du roi dans le pays de Canaan. Ce qu’il te dira, écoute-le très bien, afin que ne te trouve pas le roi en faute... Attention, ne sois pas oublieux! prépare pour les troupes du roi de la nourriture en grande quantité, du vin et toute chose. » Et la clausule sonne comme une fanfare orgueilleuse : « Sache que le roi se porte comme le soleil des cicux, et que ses troupes et chars nombreux sont en très bon état (2). »

Ainsile Pharaon s’occupe des affaires de Syrie comme de celles d’Egypte ; la correspondance est rédigée, les dossiers sont étudiés et les solutions préparées par les scribes du service des affaires extérieures, mais, dans bien des cas, le roi procède à un examen personnel ; parfois il fait venir en Égypte les princes syriens, pour être mieux informé; le plus souvent, il fait surveiller l’exécution de ses ordres par des messagers royaux que les lettres d’El-Amarna appellent Rabizou (ministre), tandis que les textes égyptiens les nomment tantôt, comme Thouiii, « directeur de tous les pays étrangers, celui qui satisfait le cœur du roi en toute contrée et dans les lies du milieu de la mer », ou, comme Amenemheb, « la bouche du roi, les yeux de l’Horus, les oreilles du roi du Nord, le compagnon du roi,

Fig, 28. — Un Kha- zanou cananéen.

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