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L’EMPIRE ÉGYPTIEN ET LF, CONCERT INTERNATIONAL

celui qui est attaché à ses jambes sur Peau, sur terre, et en tout pays étranger» (l).Les lettres d’Ef-Amarna nomment quelquesuns de ces messagers, qui sont parfois de grands personnages, des sortes de vice-rois (2), ou des commissaires à juridiction limitée : ils inspirent la plus grande crainte, et ils interviennent avec vigueuï* dans les cas difficiles, mais toujours avec l’obligation d’en référer à Pharaon (3). Les messagers du Pharaon contribuèrent beaucoup au renom de l’Égypte dans le monde oriental : la littérature populaire en fait des héros de roman (4), et leur prête des pouvoirs surnaturels : ainsi, d’après un conte égyptien, Thoutii reprit-il la ville de Joppé insurgée, grâce à un stratagème habile et par la terreur superstitieuse qu’inspirait aux Cananéens une canne de Thoutmès III, que Thoutii gardait par devers lui comme un talisman (5).

Quelle que fût l’autorité des messagers, ils n’arrivaient pas toujours à trancher les litiges. Les conflits étaient fréquents, comme on peut se l’imaginer, dans une population mercantile, processive et d’origines variées. Khazani et roitelets des provinces égyptiennes se jalousent et se combattent perpétuellement ; ils recourent sans cesse aux messagers ou aux bureaux du Pharaon. Celui-ci n’intervient qu’à la dernière extrémité, laissant parfois vingt lettres sans réponse (6), dans une indifférence peut-être calculée; c’est l’intérêt du Pharaon que les chefs ou les villes trop libres soient en rivalité : ainsi se main-

tiendra l’équilibre en faveur de l’Egypte.

On voit que l’administration égyptienne d’Asie économise les soldats et les frais ; elle laisse aux populations une indépendance voulue ; le statut politique, les usages de chaque ville et de chaque pays sont respectés de parti pris; aucune oppression des vainqueurs sur le vaincu, même au point de vue religieux,

(1) Urk ,, IY, 899 sq. - (2) Cf. infra , p. 354. - (3) XXVII, 63.

(4) Tel le mohar du papyrus Anastasi, XXVII, 86.

(5) Maspéro, Contes, 227. — (6) XXVII, 70.

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comme nous le verrons plus loin. Pharaon se contente d’une surveillance efficace qui établit l’ordre et la paix, pour la sécurité militaire et la prospérité économique de la Syrie comme de l’Égypte. En fait, nous avons là un régime de Protectorat : pour la première fois dans Phistoire de l’Orient, nous voyons ses effets bienfaisants succédera la conquête brulale, aux razzias imprévoyantes, aux massacres systématiques, aux déportations en masse, qui, pour les Sémites nomades ou sédentaires, avaient été, et seront trop souvent, la seule manière de traiter les peuples vaincus.

La diplomatie de Pharaon ne s’arrête pas aux limites de la Syrie. Aménophis III et Aménophis IV entretiennent avec les grands royaumes d’Asie des rapports continus que nous a révélés la correspondance d’El-Amarna : les lettres appartiennent ou s’adressent aux rois de Babylone, d’Assyrie, du Mitanni, au Grand-Hittite, au roi d’Isi ou d’Alasia ; elles emploient un formulaire fixe, empreint de courtoisie réciproque, qui témoigne de l’existence déjà ancienne et traditionnelle d’un « langage diplomatique », dont les termes, presque inchangés, sont restés en usage dans nos chancelleries. D’ailleurs, les formules protocolaires sont assez variées et nuancées pour que le lecteur se rende compte du degré de puissance ou de dépendance, vis-à-vis du Pharaon, qui caractérise chaque royal correspondant.

Quelle est l’attitude vis-à-vis des Égyptiens des rois de Babylone, héritiers de l’empire sémitique? Onze lettres d’El-Amarna nous renseignent; on en trouvera l’analyse détaillée au tome VIII; nous n’insisterons ici que sur quelques points essentiels.

Les rois de la Babylonie (qui s’appelle à cette époque le royaume de Kardouniash) sont de la dynastie kassite, qui a pu

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s’imposer au Sinéar, mais sans lui rendre sa puissance militaire et politique. Ils admettent sans contestation la suzerai-

neté de l’Egypte sur ce Canaan et cette Syrie cju’Hammourabi avait jadis conquis; même ils se vantent d’avoir refusé de s’associer, contre Pharaon, avec des Cananéens révoltés. Voici ce que Bournabouryash écrit à Aménophis IV : « Du temps de mon père Kourigalzou, un roi de Canaan lui fit dire par un messager: «Entrons dans la ville de Karmishat, marchons « contre Pharaon d’un commun accord. » — Mon père lui envoya dire ceci : « Renonce à t’entendre avec moi; si tu veux traiter « en ennemi le roi d’Égypte, cherche un autre allié; moi, je « n’irai pas, je ne ravagerai pas son pays, car il est mon « allié (1). »

Ces liens politiques, Pharaon veut les resserrer par les liens du sang, l’alliance par mariage. Aménophis III avait épousé la sœur de Kadashman-Enlil ; plus tard, il réclama la propre fille du même roi kassite; celui-ci refusa parce qu’il n’avait jamais eu nouvelles de sa sœur : « Comment me demandes-tu ma fille en mariage, pendant que ma sœur, que mon père t’a donnée, est là chez toi, et personne ne l’a vue ; maintenant, vit-elle, ou est-elle morte ? » Pharaon répondit que c’était la faute des messagers si le roi kassite était mal renseigné ; mais il eut de la difficulté à convaincre son correspondant, d’autant plus qu’il était décidé à lui refuser la faveur équivalente, que celui-ci réclamait âprement : l’envoi, pour son harem, d’une princesse d’Égypte. De cela, Kadashman-Enlil se plaint avec amertume : « Lorsque j’ai demandé la main de ta fille, tu as répondu en disant: « Jamais fille du roi d’Égypte n’a été donnée à personnel » Lorsqu’on m’a rapporté ces paroles, j’ai envoyé dire ce qui suit • « Si tu me l’envoies à regret, j’aime mieux que tu ne me l’envoies pas du tout. Tu n’as pas pour moi la bienveillance d’un frère. Lorsque tu m’as fait part de ton

(1) Winckler, lettre 7.

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intention de consacrer entre nous une alliance par un mariage, j’y ai répondu avec toute la bonté d’un frère; — et maintenant, mon frère, lorsque je t’exprime le désir de nous allier par un mariage, pourquoi me refuses-tu ta tille?... » (1).

A défaut de femme, Pharaon envoyait de l’or aux Kassites ; c’était, pour ceux-ci, la rançon de leur humiliation. Sans cesse, les rois de Babylone réclament le rouge métal dont l’Abyssinie, l’Etbaye et Pount remplissaient inépuisablement le trésor égyptien ; « ils l’exigent au nom de véritables conventions commerciales, annexées aux traités de mariage. Tous ces rois sémitiques, de Babylone, Assyrie et Canaan, sont des commerçants avisés, des industriels habiles qui encouragent de leur mieux le travail des métaux, dès longtemps très florissant dans leurs royaumes. Nous voyons aux mains des porteurs de tributs, dans les temples et tombeaux thébairis, les produits fort curieux des ateliers syriens et chaldéens : ce sont des vases d’or, d’argent ou de bronze, des surtouts de table décorés de motifs empruntés à la flore ou à la faune asiatiques, des armes artistement ciselées, des dents d’éléphants, des meubles, des étoffes, des bijoux (fîg. 27). » Il semble que le métal de qualité manquait à l’orfèvrerie : l’Égypte pouvait le fournir et à bon compte, quand Pharaon le voulait. Aussi les rois d’Asie se faisaient-ils expédier d’Égypte l’or qu’ils faisaient transformer en œuvres d’art et réexpédiaient au Pharaon, moyennant commission; ils étaient fort appliqués à réclamer leur dû et à ne point se laisser tromper sur la qualité de la marchandise fournie : « Le messager que tu as envoyé, écrit Bournabouryash, est porteur de vingt mines d’or imparfait qui, mis au creuset, n’a même pas livré cinq mines d’or pur... » ou bien : « Les lingots d’or, que mon frère n’avait pas. examinés, lorsque je les ai envoyés au creuset pour être fondus, on me les a retournés et on n’a pas voulu les accepter...» (2). Il est vrai que les

(1) Knudtzon, lettre 4. Cf. XXVII, 77-81. — (2) XXVII, 81-83.

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rois de Kardouniash renvoyaient, à leur tour, des caravanes chargées de cadeaux, par exemple, pour porter à Pharaon la dot des princesses kassites; trop souvent ces caravanes étaient détroussées en chemin, malgré les passeports ou lettres d’introduction qu’écrivait le roi de Babylone «aux rois de Canaan, vassaux de mon frère, le grand roi (d’Égypte),» pour leur recommander de n’entraver ni dépouiller sur la route ses messagers, chargés de richesses pour Pharaon (1).

Avec les rois d’Assyrie, les rapports sont moins intimes ; cependant Pharaon leur écrit directement, bien qu’ils fussent, en théorie, les vassaux de Babylone. Bournabouryash proteste, d’ailleurs, contre cet empiétement sur ses droits de suzerain, et met en garde Pharaon de ne pas accorder sa confiance à ce petit peuple ambitieux et rusé, qui concentrait ses forces et se préparait à de grandes destinées *. « Le roi d’Assyrie, écrit Bournabouryash, est mon vassal : je n’ai pas besoin de te dire pourquoi il est venu demander ton amitié ; si tu m’aimes, qu’aucun traité ne soit fait entre vous; repousse-le bien loin. » Mais l’intérêt du Pharaon était de tenir la balance égale entre ses voisins, et de ménager le jeune peuple d’avenir autant que le vieux peuple, riche surtout de son passé. Une lettre du roi d’Assyrie nous apprend qu’il existait des conventions écrites entre l’Égypte et lui ; il réclame à présent, lui aussi, de l’or égyptien.

Le Mitanni, dont la dynastie s’était implantée au point central stratégique du fertile croissant, est aussi le centre de Faction diplomatique mondiale à cette époque. Les Mitanniens avaient été, semble-t-il, l’armature résistante de la masse amorphe des Hyksôs, puis le noyau delà coalition des rois syriens contre Thoutmès III; c’est avec eux surtout que ce

(1) Hall, XIX, 265.

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dernier lutta avec acharnement pendant vingt années. Mais des

circonstances imprévues vont incliner Mitanniens et Egyptiens à une alliance réciproque.

Vers le milieu du xve siècle, les prodromes d’une nouvelle et formidable invasion du croissant par des [populations asianiques se dessinent : les Lettres signalent la présence en Syrie de Loukki, de Shakalasha, de Shardanes et de Danaéens (1), avant-gardes d’une migration irrésistible qui se réalisera en deux étapes, au début du règne de Ramsès II (vers 1300) et au temps de Ramsès III (1200). Par contre-coup, les Hittites d’Anatolie et de Cilicie se déplacent vers le Sud et commencent à presser vigoureusement «sur les flancs nord et occidental du Mitanni. Vers le même temps, le royaume d’Assyrie devient redoutable, sur le flanc oriental. Pris entre ces deux adversaires, le Mitanni voit diminuer ses forces et son influence, au fur et à mesure que s’accroissent ses rivaux et voisins. Vers 1445, Aménophis II compléta les conquêtes de Thoutmès III et envahit le Mitanni : « Les grands du Mitanni vinrent à lui, avec leurs tributs sur leur dos, pour implorer de Sa Majesté les doux souffles de vie. Ce fut un grand événement, tel qu’on n’en avait entendu depuis le temps des dieux, lorsque cette contrée, qui n’avait jamais connu PÉgypte, implora le Bon Dieu (Aménophis II) (2).» Dès lors, une nouvelle dynastie apparaît (avec le roi Saushshatar) en Mitanni, peutêtre imposée au pays par les Pharaons : sa politique est basée sur une étroite alliance avec l’Égypte, que renforcent traités, mariages et conventions commerciales. A cette politique, qui dura jusqu’à la fin de la xvme dynastie, l’Égypte dut la tranquillité de son empire au temps d’Aménophis III, et le Mitanni, la sécurité de son existence vis-à-vis des Hittites et des Assyriens.

Les lettres que le roi de Mitanni, Doushratta, échange avec

(1) Hall, XIX, 260; XIII, t. VII, p. 40.

(2) Inscription de Karnak, XVII, II, § 804.

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Aménophis III et Aménophis IV sont les pièces capitales de la correspondance d’El-Amarna. Vingt ans à peine nous séparent du temps où Thoutmès IV se vantait d’écraser le « misérable vaincu » du Mitanni : maintenant, Pharaon recherche avec ténacité les filles de son « ancien et misérable ennemi »; il réalise une politique de mariages milanniens . Thoutmès IV écrit au successeur de Saushshatar, Artatama, pour lui demander sa fille ; celui-ci ne consent au mariage qu’après sept messages successifs. Aussi la princesse de Mitanni ne reçut-elle pas l’accueil ordinaire fait aux princesses étrangères, par exemple aux filles du roi de Babylone. Non seulement elle entra au harem royal, mais elle devint la « grande femme royale », la reine d’Égypte, sous le nom égyptien de Moutemouia : les lettres d’El-Amarna disent expressément (1) que la fille d’Artatama fut la mère d’ Aménophis III. Ainsi le grand « empereur » égyptien aurait été un Aryen par sa mère : c’est là un fait d’une très grande importance (2), qui expliquerait l’union étroite du Mitanni et de l’Égypte, et la politique philo-asiatique des Aménophis II i et IV. D’ailleurs Aménophis III renouvela avec pré- \

dilection cette alliance du sang; bien qu’il eût déjà fait de Tii, fille d’un « cheikh du Zahi », sa reine, il épousa Gilouhkipa, sœur de Doushratta, qui fut accordée après six demandes réitérées, et à la fin de son règne, Tadoukhipa, fille de Doushratta (3), dont le mariage fit l’objet d’une négociation rapportée tout au long par les Lettres. « Le Pharaon envoya un ambassadeur extraordinaire, nommé Mani, porteur de cadeaux et d’une lettre royale, ainsi conçue : « Ce que je t’envoie à présent, ce n’est rien, mais si tu accordes la femme que je désire, les cadeaux viendront (plus nombreux). » Doushratta reçut l’am-

(1) P. Jensen, ap. XII, t. XXVIII (1890), 114 ; cf. Erman, Ibid. 112.

(2) Il est admis par Breasted, XVI, 328, par Hall, XIX, 254, dénié par Maspéro, XX, t. II, 295, n. 2 ; le témoignage des Lettres est cependant irréfutable : la mère d^Aménophis III est la fille de Artatama.

(3) A ce sujet, cf. Particle de Evetts, ap. XII, t. XXVIII, 113. Tadoukhipa passa ensuite au harem d’ Aménophis IV.

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bassadeur, et, les cadeaux acceptés, fit dire au royal prétendant : « Une grande amitié nous unissait ton père et moi; maintenant j’aurai plus encore d’affection pour toi, son fils. » Tadoukhipa partit pour l’Égypte, sous la garde de l’ambassadeur égyptien, avec une « maison » composée de plusieurs centaines de femmes mitanniennes, et une « chapelle » pour le culte de ses dieux nationaux. Quand la santé d’une de ces prin-

cesses devenait chancelante, on envoyait en Egypte, pour la réconforter, une statue de la déesse Ishtar-Astarté, qui apportait à l’exilée le secours et les grâces des dieux de son pays. Entre les deux familles royales, les rapports sont extrêmement affectueux : Doushratta ayant appris la mort d’Aménophis III, écrit à son fils Aménophis IV en ces termes : « Lorsque ton père allait mourir... ce jour-là j’ai pleuré, et je suis devenu malade, et j’allais mourir... (mais j’ai connu l’avènement) du fils aîné d’Aménophis et de Tii... et j’ai dit : « A ménophis n’est pas mort... »

Les sentiments ne contrarient pas le souci des affaires ; voici comment Doushratta, dans le même temps qu’il accordait sa fille, réclamait de l’or, de l’or :

« A Nimmouria (Aménophis III), le grand roi, le roi de l’Égypte, mon frère, mon gendre, qui m’aime et que j’aime, Doushratta, le grand roi, ton beaupère, qui t’aime, le roi du Mitanni, ton frère. Tout est bien chez rqoi. Chez toi, puisse tout aller bien pour toi, avec ta maison, ma sœur, et tes autres femmes, tes fils, tes chars, tes chevaux, tes capitaines, ton pays, et toutes tes possessions ! — Au temps de tes pères, on était en termes d’amitié avec mes pères; mais tu as encore accru cette amitié, et, avec mon père, tu as été en termes très amicaux. Mais aujourd'hui, depuis que toi et moi sommes .en termes d’amitié mutuelle, tu Pas rendue dix fois plus étroite qu'avec mon père. Puissent les dieux rendre notre amitié prospère ; puissent Teshoub et Amon ordonner éternellement que cela continue ainsi.

Aussitôt que mon frère a envoyé son messager Mani pour dire : « Mon frère, envoie-moi ta fille pour être ma femme et reine d’Égypte », je n’ai pas voulu blesser le cœur de mon frère, et j’ai toujours ordonné ce qui était amical. Et selon le désir de mon frère, je l’ai présentée à Mani, et celui-ci l’a vue et s’en est réjoui grandement. Lorsqu’il la mènera saine et sauve au pays de mon frère, puissent Ishtar et Amon faire qu’elle comble les désirs de mon frère,..

Mais j’ai demandé à mon frère une grande quantité d’or, en disant: «Plusqu’à mon père mon frère avait envoyé, qu’il me donne et m’envoie ! » Or, tu avais envoyé à mon père une grande quantité d’or, et toi, tu ne m'as envoyé qu’une tablette

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d’or... Oh, que mon frère m’envoie de l’or en grande quantité, sans compter, et plus d’or qu’il n’en a envoyé à mon père ! Car, au pays de mon frère, l’or est aussi commun que la poussière... (1). »

Le rapprochement entre Égypte et Mitanni ne pouvait être agréable au « grand roi » hittite Shoubbilouliouma, Contemporain des deux Aménophis, il réalisera après leur mort, et contre l’Égypte, de grands desseins. Cependant il existe deux lettres de Sboubbilouliouma à Aménophis IV où il est fait allusion à un traité entre le roi hittite et Aménophis III; néanmoins ces lettres sont brèves et sèches; elles annoncent l’envoi d’objets en argent et de deux arbres rares, et réclament d’autres présents en échange (2).

A l’ouest, des côtes de Cilicie à l’île de Chypre, s’étendait avec le royaume d’Alasia (ou Isi), une zone côtière et insulaire où les Pharaons recherchaient des alliés et des associés pour le commerce maritime. Chypre est le pays du cuivre; aussi les Lettres signalent-elles une importation active du cuivre chj^priote en Égypte; dans les tombeaux thébains défilent les porteurs de ces lingots, ou saumons , de métal, dont la forme rectangulaire caractéristique est bien celiedes « saumons » retrouvés en place, à Chypre (3). L’intimité des rapports est prouvée par ce fait : un Alasien étant mort en Égypte, ses biens meubles y furent recueillis et transmis à sa famille restée au pays, par un messager envoyé tout exprès. Le ministre ( rabisou ) d’Alasia échange des politesses et des cadeaux avec le « ra bisou d’Égypte, son frère » ; il l’avertit de négociations sournoises que mènent le Grand-Hittite avec le roi de Babylooe (4). De son côté, le roi d’Alasia se considère comme le vassal du Pharaon : il lui demande de l’huile sainte pour se faire sacrer roi, et réclame aussi du métal-argent en échange du cuivre qu’il expédie (5).

(1) Winckler, lettre 17. — (2) Knudtzon, lettres41-42. Cf. XIII, t. VI, 203

(3) Dussaup, XVIII, 249. Cf. ici ûg. 27. - (4) XVII, 336; XIX, 269.

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