XVII, III, I
(2) Avec la mention « Akawasha des pays de la mer » (XVII, III, § 508-601 et « Twrsha de la mer » (/. c., IV, § 129).
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autres, issus probablement des Tyrsènes de Lemnos, et qui passèrent d’Asie en Italie avec les Sicules (reconnaissables sous le nom Shakalasha , de Sagalassos en Pisidia). Avec les Achéens, nous voyons entrer ce que nous appelons les races européennes dans l’histoire mondiale (1). Ce qui caractérise ces nouveaux venus, outre leur type physique si différent de celui des Orientaux, c’est leurs épées et outils de fer, leurs armures de corps et leurs jambières métalliques (2), qui en font des guerriers « aux belles cnémides » : les Egyptiens énuméreront avec orgueil ces trophées dans le butin pris sur le champ de bataille.
De même que les peuples de la Troade s’étaient agrégés à l’organisation hittite, de même Achéens, Étrusques, Shardanes, Sicules et Lyciens sont englobés, pour cette guerre contre Mernephtah, dans une armée libyenne. Là nous reconnaissons les noms d’anciennes tribus, les Temhou, les Mashaouasha, déjà utilisés comme mercenaires par Ramsès II; mais voici apparaître les « Libyens » proprement dits ( Lihou ), grands barbares à peau blanche, cheveux blonds, yeux bleus, dont l’origine septentrionale se révèle à ces signes physiques. Ils ont le même armement que les Égyptiens, et se servent, comme ceux-ci, du cheval et du char de guerre. Leurs noms et ceux de leurs chefs rappellent exactement ceux des Numides de l’histoire classique; il n’est pas douteux qu’un courant d’invasion venu des régions de l’Atlas, et peut-être d’Europe, charriait vers le Nil un certain nombre de clans berbères (3); cette race intelligente et vigoureuse allait prendre le commandement de la masse hétérogène que la Méditerranée venait d e jeter sur la côte libyenne.
V ers le mois d’avril 1229, Mernephtah apprit à Memphis « que
(1) Maspéro, XX, II p. 430]sq. ; Hall, XIX, 376. Un excellent historique de nos connaissances sur ces peuples a été donné par H ll, The Peoples of lhe Sea, dans le Recueil cl’Éludes égy p îologiques dédiées à J.-F. Champollion (1922).
(2) Les Achéens, les Shardanes, les Philistins possèdent cet armement de fer.
(3) Maspéro, XX, If, 430.
l’entente égypto-hittite
le roi des Libyens Meryey arrivait de la contrée de Tehenou avec ses archers et une coalition de « Peuples du Nord » composée de Shardanes, Sicules, Achéens, Lyciens et Étrusques, amenant l’élite des guerriers de chaque contrée ; son but était d’attaquer la frontière occidentale de l’Égypte, dans les plaines de Périr (1). Le danger était d’autant plus sérieux que la province de Palestine était elle-même atteinte par l’agitation; il semble bien que les Hittites avaient été entraînés dans la tourmente, quoique Mernephtah eût continué ses bons offices vis-à-vis d’eux « en leur envoyant du blé par ses navires, lors d’une disette, pour faire vivre le pays de Khatti» (2). Le Pharaon alla prendre avis auprès de la statue de Phtah : le dieu lui envoya un songe rassurant et conseilla d'attaquer. La bataille dura six heures, pendant lesquelles les archers d’Égypte firent un carnage parmi les barbares : Meryey s’enfuit à toutes jambes, abandonnant ses armes, ses trésors, son harem; on inscrivit au tableau, parmi les tués, 6 359 Libyens, 222 Sicules, 742 Étrusques, des Shardanes et des Achéens par milliers; plus de 9000 épées et armures, et un grand butin furent capturés sur le champ de bataille. Mernephtah grava un hymme de victoire dans son temple funéraire, à Thèbes, où il décrit la consternation de ses ennemis : « chez les Libyens, les jeunes disent entre eux, à propos des victoires : « Nous n’en avons pas eu depuis « le^temps de Ra î » ; et le vieillard dit à son fils : « Hélas, pauvre « Libye ! » Les Tehenou ont été consumés en une seule année. » Et les autres provinces extérieures de l’Égypte furent, elles aussi, ramenées à l’obéissance : «Tehenou est dévasté; Khatti est pacifié; le Canaan est pillé, Ascalon est dépouillé, Gazer est saisi, Yanoem est anéanti, Israël est désolé et n’a plus de semence, le Kharou devient comme une veuve (sans appui) visà-vis de l’Égypte. Tous les pays sont unifiés et pacifiés (3). »
(1) XVII, III, | 579 et suiv. — (2) XVII, III, 1 530.
(3) Fl. Petrie et Spiegelberg, Six Temples al Thebes , pl. XIII et XIV. — Cf. XVII, III, § 617. C’est la fameuse stèle d’Israël où , pour la première et unique fois jusqu’ici, le nom d’Israël apparaît dans un texte égyptien.
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Nous ne devons pas croire Mernephtah sur parole, car, peu de temps après sa mort (1224), l’Égypte tomba dans une anarchie profonde qu’un document contemporain décrit en ces termes : « Le pays d’Égypte était dans l’abandon et tout homme y était privé de ses droits, et il n’y avait plus de chef (suprême) pendant des années nombreuses, avant qu’il n’arrivât cFautres temps. Le pays d’Égypte était au pouvoir des grands et des régents des villes, chacun tuant son voisin, grand ou petit. D’autres temps vinrent ensuite, des années de détresse, où Iarsou, un Cananéen (, kharou ), faisait fonction de prince. Il tenait tout le pays devant lui sous son commandement unique, il tenait unis ses partisans, et ravageait les biens (des autres) (1). »
En ces temps troublés, les frontières de l’Égypte étaient mal gardées : on vit circuler librement, tout au moins dans le Delta, ces tribus libyennes et asiatiques pour lesquelles l’Égypte, dans ses moments de faiblesse, était toujours une proie tentante. Il y avait là aussi, par centaines de milliers, des prisonniers de guerre ramenés de Syrie, de Palestine et de Libye, employés aux durs travaux des mines et des carrières de pierre; en de telles circonstances politiques, ils se révoltaient, pillaient le pays, ou retournaient chez eux. Selon des traditions recueillies par les historiens grecs, des Babyloniens capturés par Sésostris (Ramsès II?) se soulevèrent et bâtirent, près de Memphis, une ville où ils furent maîtres et qu’ils appelèrent Babylone ; des captifs troyens fondèrent la ville de Troiou (Tourah) dans les mêmes parages (2). Des Israélites se trouvaient à l’est du Delta dans des conditions analogues : ils saisirent, eux aussi, l’occasion favorable pour se dérober à la persécution de leurs vainqueurs, et ce fut Y Exode;
(1) Grand papyrus Harris, pl. LXXV, 1. 2-5 ; XVII, IY, § 398.
(2) Diodore, I, 56. Cf. Maspéro, XX, II, p. 441.
l’entente égypto-hittite
beaucoup d'historiens le placent à l’époque de Mernephtah (1). Cependant la stèle citée plus haut, qui mentionne l’existence d’Israël en Canaan dès le temps de ce Pharaon, milite en faveur d’un Exode accompli dès la fin de la XVIIIe dynastie, au moment où les Khabiri (Hébreux?) des lettres d’El-Amarna unissent leurs efforts à ceux des Hittites, pour saper la puissance égyptienne en Palestine (2).
Le pouvoir royal ne fut rétabli en Egypte qu’au début de la XXe dynastie, à l’avènement de Ramsès III (1200-1169). Ce prince fut le dernier des grands Pharaons : il s’efforça d’imiter son grand ancêtre Ramsès II en toutes ses actions, et singulièrement dans la tâche ardue de restaurer, sinon l’empire, du moins le prestige de l’Égypte.
Ramsès III ne tarda pas à avoir l’occasion de montrer sa valeur militaire. En l’an V de son règne (1195), l’invasion libyenne recommença. LesLybiens et les Mashaouasha, conduits par les mêmes chefs qu’au temps de Mernephtah, se massèrent à la frontière occidentale du Delta; de nouvelles tribus du Nord les renforçaient. « Les Peuples du Nord étaient tous agités, entre autres les Philistins ( Poulesîiou ) et les Zekal : ils faisaient la guerre à la fois sur terre et sur mer (3). » Les Philistins, porteurs de cuirasses (comme les Achéens et les Shardanes), venaient de Carie; après avoir séjourné en Crète, ils s’étaient aventurés jusque sur les côtes de Libye ; nous les retrouverons plus tard en Palestine, avec les Zekal (peut-être des Sicuîes) qui viennent aussi de Carie ou de Cilicie, et qui ont aussi passé par la Crète (4). L’aventure ne leur réussit pas mieux que précédemment : Ramsès III en fit un grand carnage et dénombra plus de 12 000 cadavres, tant Libyens que gens du Nord.
Mais en l’an VIII (1192), les migrations venues de l’Europe
(1) XX, II, p. 442 sq. — (2) A ce sujet, Hall, XIX, 403 sq.
(3) Inscription de Médinet-Habou ; cf. XVII, IY, § 44.
(4) Hall, The Peopies of ihe Sea , ap. Recueil Champollion (1922).
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accentuèrent leur pression vers le sud; cette fois c’est sur la côte de Syrie que le flot se déversa. Le cataclysme prit une extension formidable : « Les peuples [du Nord] dans leurs îles étaient dans l’agitation et furent emportés tous à la fois. Pas un pays ne put tenir devant leurs bras, le pays des Hittites, Kodi, Carchémish,
Fig. 43. — Un convoi philistin attaqué par les Shardanes,
Arvad, Alasya furent ravagés. Ils [établirent] un camp unique en pays d’Amourrou,.. . et arrivèrent, apportant le feu devant eux contre l’Égypte. Leurs soutiens principaux étaient les Philistins , les Zekal , les Shagalasha , les Danaéens , les Ouashasha (1). Tous ces peuples étaient unis, et avaient lié leurs mains sur les pays aussi loin que le cercle de la terre. Leurs cœurs étaient con-
(l)Les Shardanes, qui font aussi partie des envahisseurs, ne sont pas les tribus déjà acclimatées comme mercenaires en Egypte, mais un afflux nouveau venant « de la mer» (XVII, IY, § 1 29). Les Ouashasha (chez qui on a voulu reconnaître les Osques , mais qui sont plus probablement originaires de Carie : X II, 464, n. 5), sont aussi « de la mer » comme les Shardanes (XV*;, 1Y, § 403). Les Danaéens viennent « de leurs îles » (/. c., § 403). Sur tous ces peuples, voir les discussions présentées par R. Weill dans Xi (1922) et Hall, The Peoples of lhe Sea , ap. Recueil Champollion (1922).
Fig 44. — La flotte et l’armée égyptiennes repoussent le débarquement des Peuples delà Mer.
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liants et pleins d’ambition (1). » Les bas-reliefs égyptiens nous montrent des croquis pris sur le vif de ces formidables masses en mouvement : on y voit les Philistins, reconnaissables à leurs épées, à leurs armures et à un turban orné de plumes, former des convois, au sortir de leurs navires, avec de lourds chariots, à roues pleines, traînés par quatre bœufs, où ils ont entassé pêle-mêle femmes, enfants, meubles, provisions, tout le sordide équipage d’un peuple migrateur (fig. 43). Par terre, et par mer aussi, cette masse confuse se dirigeait lentement vers l’Égypte.
Ramsès III se hâta de préparer son armée ; « il renforça la frontière du Zahi, mit en état de défense les ports, les munit, comme d’un mur, de navires de guerre et de transports remplis, de la proue à la poupe, de guerriers vaillants ». Puis il prit le commandement des troupes ; la flotte égyptienne et 1 armée se ruèrent sur les Peuples de la Mer, massés à la fois sur terre et sur i’eau, dans un port de Syrie indéterminé. « Ceux qui ont violé ma frontière n’ont plus de graùie ; leurs cœurs et leurs âmes sont finis à jamais. Contre ceux d’entre eux qui étaient massés sur la mer, un feu dévorant vint audevant d’eux dans les ports ; et sur la côte, un mur de fer les entoura (2). Ils furent massacrés, renversés sur la rive, et leurs vaisseaux chavirés laissèrent tomber à l’eau toutes leurs richesses (3). »
L’É^ypte échappa donc par miracle à l’invasion, et les Peuples du Nord et de la Mer refluèrent, pour le plus grand nombre, sur les Iles et l’Italie. Quant aux Hittites et Amorrhéens entraînés avec eux en Palestine, il fallut les refouler vers le Nord. Ce fut l’objet d’une campagne sur l’Oronte, où Ramsès III assaillit un certain nombre de villes
(1) Brugsch, Thésaurus , p. 1207 sq. ; X17TÏ, IV, § 64.
(2) Ce sont là métaphores du style oriental : le feu dévorant indique l’ardeur de la flotte égyptienne ; le mur du métal, c’est l’armée égyptienne se dressant devant les envahisseurs.
(3) XVII, ÏY, | 65-66.
l’entente égypto-hîttite
d’Amourrou et poussa jusqu’à Shabtouna (1), à quelques kilomètres avant Kadesh. Eu général, ses ennemis sont dénommés « Asiatiques» ( Settiou. ); mais parfois les défenseurs sont hittites. Dans les listes de pays vaincus, gravées sur les murs du temple funéraire de Ramsès III à Mélinet-Habou, on remarque les noms de Carchémish, et Mitanni (2) ; mais on peut se demander si ce ne sont pas des copies des bas-reliefs de Ramsès II, sans valeur historique applicable au présent règne; par contre, en Palestine apparaissent des noms comme Jacob- El , Joseph-Eî et Lsvi-El (3), qui indiquent l’existence des tribus israélites en Canaan. La date de cette campagne est douteuse ; il est probable que les opérations s’échelonnent entre l’an 8 et l’an 11 de Ramsès III.
Nous ne savons quel fut le résultat pratique des victoires sur les Peuples du Nord et de la Mer; en mettant les choses au mieux, Ramsès III put, pour quelques années, rentrer en possession du Canaan, qui comprenait la Shéphélah et le Zabi ; au grand papyrus Harris, il est question d’un temple commun à Ramsès III et à Amon, élevé dans une ville du Zahi, Pe- Canaan (4).
Mais cette province méridionale, qui subsistait seule pour rappeler les temps héroïques de l’Empire égyptien, fut en grande partie occupée par ceux des Peuples de la Mer et du Nord, qui avaient accepté de servir Pharaon, tout en conservant les terres et les ports. C’est ainsi que les Poulestiou s’installèrent dans la Shéphélah et les villes de la côte, Gaza, Ascaîon, etc. : toute cette région fut désormais appelée Philistie, d’où nous avons tiré Palestine , terme qui n’a sa valeur exacte qu’à dater de l’installation des Philistins, après 1200 avant notre ère (fig. 45). Sur la côte du Zahi, les ports du Carmel jusqu’à Dor abritèrent les vaisseaux des Zekal ; pendant le siècle suivant, ils furent les maîtres de cette mer.
(1) XVII, IV, 1 131. — (2) XVII, IV, f 116 sq. - (3) XVII, IV, § 131.
(4) XVIX, IV, § 219
LES PREMIERS EMPIRES D’ORIENT
ÉGYPTE
KHATTI
ASSYRIE
Horemheb
Moursil
Moutallou
Séti Ier 1319-1300
Ramsès II 1300-1234
1295. Bal.
Kadesh.
1279. Traité hiltile.
Khattousil II 1290-1255
Salmanasar I 1290-1260
1266. Mariage hittite.
Doudhalia
Toukoulti-
Inourta
Mernephtah
1229. Invasion libyenne.
Arnouanta 1230-1200 (?)
B ABYLONIE
Kadashman-
Tourgou
Kadashman-Enlil
l’entente égypto-hittite
(Suite)
ÉGYPTE
KHATTI
ASSYRIE
Ramsès III 1200-1169
1195. Invasion libyenne .
1193. Invasion des Peuples de la Mer.
Décadence de Vempire hittite.
Décadence de la dynastie assyrienne.