IV, V
l’organisation totémique
plus étroit, groupement spécialisé, hiérarchisé, à souveraineté féodale et par conséquent plus savante que la simple souveraineté diffuse du clan, c’est le clan qui est vraiment la famille, c’est-à-dire cette société juridique de parents liés entre eux par la communauté de nom et de culte et par la réciprocité de droits et de devoirs. Ces droits et ces devoirs sont ceux de la parenté, mais qui ne sont pas encore attachés au petit groupe de fait que peuvent constituer le couple conjugal et les enfants (1). « Sans doute le clan australien comprend déjà dans son sein des familles plus restreintes, formées d’un homme, de la femme ou des femmes avec lesquelles il vit et de leurs enfants mineurs. Mais ce sont des groupes privés que les particuliers font et défont à leur gré, qui ne sont astreints à se conformer à aucune forme définie. La société n’intervient pas dans leur organisation. Ils sont au clan ce que les sociétés d’amis ou les familles naturelles que nous pouvons fonder aujourd’hui sont à la famille légitime (2). »
Pas plus que pour un groupement politique vraiment centralisé, les temps' ne sont encore révolus pour une famille patriarcale avec autorité paternelle. Une telle autorité implique une différenciation de la notion de souveraineté qui n’est encore acquise ni dans le domaine domestique ni dans le domaine politique. Les sujets actifs et passifs des obligations sont collec« tifs dans le régime du clan totémique. Le pouvoir comme la responsabilité y ont encore un caractère indivis. Nous sommes en présence d’une société communautaire et égalitaire au sein de laquelle la participation au même totem qui fait l’essence de chacun et la cohésion de tous place tous les membres du clan sur le même rang.
Qu’on ne s’y trompe pas cependant : cette absence primitive de centralisation et d’individualisation n’implique pas une absence de réglementation. Si l’homme est foncièrement un
(1) Cf. ÏV, I, p. 328-331 ; Durkheim, XII, 149 sq., et G. Davy, XI, p. 34-35.