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1er que du groupe dont le totem est la base. Or nous croyons indiscutable que le totem, à l’origine, se transmettait exclusivement en ligne utérine, que le clan par conséquent n’était composé que de descendants par les femmes. » Transmission utérine du totem, voilà ici 1 affirmation minima. La por tée de cette affirmation est encore réduite autant que possible dans un autre passagecontemporain (1) où Durkheim loue précisément Grosse, l’auteur d un important ouvrage sur l’évolution des formes de la famille, d’avoir bien mis en lumière l’extrême rareté du matriarcat. « Partout, dit-il, où l’enfant suit la mère, la femme est vis-à-vis des parents mâles de sa propre famille dans l’état de subordination et d’infériorité où elle se trouve ailleurs vis-à-vis de son mari et des parents de son mari. C’est son oncle maternel, ce sont ses frères en ligne maternelle qui gouvernent. Ce n’est pas elle. En un mot, ’a situation respective des deux sexes en général ne paraît pas différer de ce qu’elle est ailleurs. Ce qui est particulier à ce type de famille, c’est la situation respective du mari par rapport à la femme. Elle ne saurait donc s’expliquer par le rôle de la femme dans la vie économique. »
Plus tard le même auteur semble moins catégorique et plus disposé à reconnaître à la femme une situation juridique et morale prépondérante dans le clan à régime utérin : « Sans songer, déclare-t-il en effet (2), à soutenir que la filiation utérine soit toujours et nécessairement accompagnée d’une sorte de matriarcat et de gynécocratie, il est cependant certain que partout où elle est en usage, la femme jouit sinon d’une suprématie, du moins d’une condition sociale relativement élevée. » Et comme c’est par les femmes que se perpétue alors le culte, notre auteur reconnaît également que les femmes tiennent naturellement dans la vie religieuse une place privilégiée.
Dans quelle mesure la situation de la femme, en régime utérin, est-elle juridiquement et moralement privilégiée? Il y
(1) IV, I, p. 325. — (2) IV, Y, p. 99.
l’organisation totémique
a là, on le voit, une question de degré et dont la réponse varie évidemment suivant les tribus et suivant leurs conditions d’existence et les influences qu’elles peuvent subir. Mais si défavorable que puisse être cette réponse aux privilèges féminins, et si soumise même que puisse apparaître la femme à ses parents utérins mâles, il n’en reste pas moins que c’est la filiation utérine qui donne d’abord sa physionomie au clan : c’est elle en effet qui détermine ceux qui en font partie, de même d’ailleurs qu’en régime agnatique ce sera la filiation par les mâles. Nous avons vu aussi qu’un régime très fréquent est celui de transition où les deux filiations se combinent. Or la filiation n’est pas seulement un principe tout extérieur de classement destiné à déterminer, par la différence des noms, qui fait partie de tel groupement. Elle affilie à un clan. Mais nous savons que ce qui fait le clan c’est la communauté mystique de totem. C’est donc la filiation qui, à chaque génération, crée les nouvelles participations totémiques — au point de vue famille, les nouvelles parentés. C’est elle qui perpétue le totémisme à travers les générations dans le clan : c’est elle donc qui perpétue le clan luimême.
On voit si nous étions fondés à avancer plus haut que l’intelgence de la filiation était indispensable à celle du clan totémique. Même lorsqu’elle est locale, comme dans le cas du « totémisme conceptionnel » des Arunta qui donne à l’enfant le totem du lieu où sa mère passe pour avoir conçu, la filiation ne rattache pas en réalité l’enfant à ce lieu mais à l’ancêtre qui attendait sa réincarnation en ce lieu. Et comme cet ancêtre est luimême un personnage totémique, c’est toujours le principe totémique dont les divers modes de filiation assurent l’existence continue, soit par l’influence de proximité des lieux sacrés où il se cache, soit par la lignée des femmes où il est attaché d’abord, soit par la lignée des hommes où il se fixe ensuite.
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Explication de l’organisation totémique : son principe