‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes: et des moyens de les rendre (volume 2)Chapitre 23 sur 43 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Des fiHw publiques! de lenrs amans on soateneiirs, et des maltresses de mai^ sons de peostitntiony pnUlqoea en dandeStiBe^

La prostkation existe è Paris sous deux formes distinctes i eUe est publique ou clandestine.

Ce vice, enfanté « par THiie des passiops léS'{Sliis impérieuses de Thototne, et auquel les progrès de la civilisation n'ont pu. opposer aucun remède efficace, qxerce principalement son ihfhience dsms les grande^s villes. Il règne, d'après le rjècït des voyageurs , et suivant le témoignage des éeriviains les plus accrédités, sur toute la aiiir^ce du globe. .

Toutefois on a senti, cbez les peuples, policés, que s'il fallait acçeptei^ 1h proistitntion comme une héces^té, il était d'une bonne administration de cbdrcher à la jsoiimettre à des règles capables de lui servir de frein. On a donc organisé le mat autant quesa nature le comportait. La ville de Paris se distÎRguie, , entre les capitales des nations civilisé^, comme celle où l'ordre, les moeurs et la santé pu-

bUque sont le mieux garantis contre les influences da la prostîtutioB. Depuis ymgl-Ginq ans; et dans ces derniers temps surtout , la police administrative a opéré, dans le régime des prostituées, des améliorations qui honerent-éllfdtts -haut degré sa sagesse ainsi que sa fermeté. Elles offrent un contraste frappant avec le relâchement qui s'était introduit, sous le gouvememen* de nos andens rois dans cette partie de l'administration*; mais, tput en resserrant la. •proitilutioo tolérée dans «n cadre Jégal, elles n'ont pu atteindre le mal dfms ses derlijières racines. Llt^prostitution. clandestine a résiiité à toute suryeiliance. Se prévalant du principe sacré jde Tinviolabflité du domicile» elle*paralyse l'action de l'auto^ cilé pir des subterfuges cojufîmiels. CeUe-ci, regardant comme un de ses principaux devoirs dedomp-, ter cette rprostituttOA réfractaire, redouble sans cesse de zèle et d'efforts pour l'incorporer dans la prostitution publique. Son existence est d'autant plus affligeante et dangereuse^ qu'elle 'affecte les dehors de l'honnêteté, et qu'elle usurpe en partie dans le monde le respect dû à la décence réelle et aui&* bonnes mœursw

L'inscription sur les regîstr>çs de la police est la ligite qui sépare les ^élémens. de la prostitution pu- Uique des éléknens de la prostitution clandestine.

DB lii'PlfOSTlS^IOir POBUQOS. l55

En décrivani lèsr habitudes et te gënte de vie doft pro^titiiéedyiicnift àufoti» donc égard à. ces deux ca^ ractèrfes spéciaux de la prostitution. • •

» rf • -•

SECTipir !"•

B# fti pi*itHnUôa. >i]il«l«t.

L'inscription a pour objet de constater TindWidualité de la fille' où dé la fémitfe qui se Itrre'à là prostitution, èf dé mettre ainsi les inspecteurs à portée de l'atteindre, en cas de désordre ou de délit réprîûaé par la loi. ta persbnne îiiscrite, sacfaaift qu'elle éit'sbuûiise à' une sùrVeîlïànce constante de la part des agehs de là ppliee, is'abandonne moins aisémeîit aux excès presque inséparables 'de là prostitution, et n'espère pas échapper aux poursuites lorsqu'elle se rend coupable dé quelque détit. L'inscriptioti déclare lé fait de la prostitution , mais elle h'accorde psfe l'autorisation de se prostituer^ ainsi qu'on lé croit communîément. • '

Là flllè qiti se présenté pour réclamer son idscription, ou qui est amenée par les inspecteurs^, ëbtnt&e Insoumise, pcrtit* être inscrite d'office, ésfr majeure otf mineure: • ' ^ • *

Si éBe'est majeure et qu'elle ne paraisse p* (dhS-

i56 ns LA. jpAosTrniTiov fubuqos.

noée de bons sentioie&s, radmiûistration empipie tous ses efibrts pour la faire rentiperdans sa Êmiille. L'inteiTQgatoire qureUe lui fait subir Féclaire ordi* nâii^meiit sur sa conduite antérieure, elle juge par les réponses qu'elle obtient si 'c'est le dépit ou le désespoir qui lui a suggéré l'idée de se prostituer ; enfin elle ne procède à l'inscription qu'avec une sage maturité, et lorsque tout espoir de réconciliation avec la famille est perdu.

GeUe-ci n'est p9S toujours domiciliée à Paris. En effet,, il arrive souvent que la personne à inscrire, séduite par un attachement passager, a âii son pays îpiatal pour suivre, Tindividu^qui ^ su lui plaire; amenée à* Paris, et. entité délaissée, cette malheureuse est contcainte, pour subsister, :de se Êiire inscrire sur le registre de l'infamie. D'autres fois, voulant cacher une première faute , elle s'éloigne de sa famille et vient dans la capitale, ou d elle-même, ou attirée par les conseils d'une amie, qui^ vouée à la prostitution , l'encourage à suivre son exemple. Je pourrais rappeler un grand nombre d'autres circonstances où des filles y étrangères, à Paris, demandent ày exercei* le métier de prostituées.

Dans «tous ces cas, l'administration use 'd'une grande circonspection. Dirigée- constamment par un but moral, il n'est pas rare qu'elle refuse Fin*

os lA^niosTiTtrncm pubuqus. 157

seriprion, du moiDent que la fille n'est pas pervem tie, et qii'elte est saine. Elle ùAt plus : pour préser" Ter celle-ci dés pièges de là prpsHtution clandestine, et pour lui ôter d'ailleurs teul préteate de rester à Paris, elle lui donne un passeport et des secours- de rotite; afin de la mettre .en état de retourner dans son pays. ' '

Lors même que l'administration ne ci'oit pas avoir de motif pour prendre ce parti ^ elfe n'mscrit définitivement la fiUe majeure qui se préiPente, où que Ton amène devant elle dans ce but, qi^'après avoir demandé an maire de la conuilUDe où c^:te fiUe est née son extrait de naissance , sans ùsàa. Gette demande, quoiqu'elle laisse dans lé vague la mesure qui en est l'objet, par respect pour la libre volonté dé la fille, ne peut manquer d^donner l'éveil à la fittille tonsultée par le maire pour abréger ses recherdies; et si elfe eèt touchée des dangers auxquels la fill0, ftffrandiie^de surveillance , estèxposée dans Paris, il ne tient qu'à elle de, négocier. son. retouravec f administratioir,{>ar l'entremise du itoaire, ou oirectcfUieM. Le préliminaire de l'envoi de l'extrait de naissance étant une formalité presque gépéraie, il en résulte que.les parens sont con6tammi»t avertis, par suite de cette circonstance ^^ ^^^ ^à se trouve» lebr fille ^ et soik mis aktoi taotmient en

i58 M tJk FnoiTiTimiwt rcBiiiQiis.

demeure Retendre la maÎB à celte dernière^ qaaml elle est encore sur le bord da précipice. .

. Si .la pièce ésl eavpyée $ans obsenvalions &ites par la fiunille^ OU' ea eoa noo») rinsor(ptio% <|ui n^élait que;ptY>irâ8oii:e ^ deidmt définitive, v^

La/eooduile de l'eidaMBistratian est tpâ| aiiireà regard des mineures. En écrivant au maii^ , on lui ennonoe qu'une jeune ^e.deaa eomuàuaef n'ayant ^int attmt l'âge dei^ajorité» a démodé sçib U)f Acriplion $ur te^cout^ple^de^ femmes- piibUqiiie&$^ on rtaviteiLaL'ipft>raief de yi.posjilion 4es pareo^ et de^ moyens, qu'ils preodinient ponr as(»urer le i^etoor •de U jeune Jille auprès d'euj:, dans le oe« ou îU voudrgii^Dit qu'eii^ leur jEikreAvoyéew £o attendaqtJe^ir réponseï elle eet iiwe4Ui sépfipé dapêriii prisan.de Saini-La^are^ et lorsque J[es parent ne la rédament pasy ce qiâ a jirà trè^a^uyont^ elle est iusï(^ite définitivwieat ftur le sommier général.

Les fiUes miaeureêj ÛQjpX la ^unille ré^e à Baris, eont b^aitées^aVecLla même noUicitude. On ^ppeUe .lesuparens ^ la préfecture de pcâicei'pQur les -enga- §eç à: pardonner à j^em^ iptafan t. L'intervention de FeiiMmté amèfi^ i^elque&ia ejvtre eux da^ rapproehunena; mais oea^jrapfkro^^eokeiia ne sent pas tou-

JQUra' dorabies^ lea* iautekr et les arrestations des

îeuaesfiliMi.fie tasouveUent* et leurs Êtetïilles avaot

vient h^cesimr0rde le$ iosGrira. . . «<

En ce qui concerne les mineures placées scoia b ^çUe Uigtle de d'adaûiiîstralioQ ^lies lHospic w^ la préfecture die ppliœ s'entend avee cette âdniii)istim^ tipn^ wmt d&fte réMudjpe aies iDscriMf fiUe let délient pn^vifoiremeat dans un lieu s^pkré,* jusqu'à oa^que la. ^Bseil général dès hospkes ait pri^ une 4lt4^ji^ k leur sujet. Cette 'déteramifititm

M&àte pliis. ^oi^yeiit à provoquer leur; amerén com iwction^ i9t Iprsque ceUe»ci>est prononcée par if pt ^aideBl dn/tiibaiial lâvil;^ {es âUesiqui cé^^ont i'tibj(ft %ùwtmabfiv^nr pouiP ipi: teni|)s pJits: où itaoîtts long^ 4^uifr le ^Kmvenr des 'DaoMs da ^»Ât-Miah<el. LadkUré^ d« iajdéteuktioa Tàrie^d'un mois à «ix i^râ. & cette inesure de rigaeur né jies ramàne pas à de meUleurs sidnAiinëas^ l^dnaiinistration des iaMpiMs u!a yios da liiotîf poupâ^ttee ofastadë à 4di«^ macriptioiii ; (fiii alom ^est ottdontiéos ^ ;f II «ar^it iD^MiisUrite|..atii snrphitf^ éit raisov diès bm:iieade^K4pe tmvail,*dejEMf<fe looMiailtè ivéaoïie certaine étendue les réglée •qitt^iB%eàt^i2fdiÉiinis-' tratipu'. jimÉê sea iap^^ »9ea.ies ttWMfcjires,' Ce qu'il* y A'.de onrlaiB ^ c'estr: 4gii!siHe |iN>eède avae au*tant die- discefnement qpe^e pmèisàmy et qo^le n'autorise Finscraplîoat^tt^apnèaaniiâépiiMé les ws-

160 DE UL PRdSTPFUTlOH PUBLIQUE.

aources* d%. la temperisatioB la plus patiente , et

recounu que la filld- eat TÔuée définitivemeat ^au Vice.

En -parlant de rénregistrementdes^ fiUes publiques , -je iie-dôis pas passer sous. 8i|enee k déclaration parDiquelle dies's'engagent à se soumettre aux réglemens tfanitah^^ «ainsi qu'aux mesures de sur- ▼eilU^nce prescrites à l^égard des pro$titiil&es. Cette dédliMPtiticm, formulée, par l'autorité, et snijrie de kur sigtiatuce, ou revêtue d'une miurque pio* MHes qui ne savent pas sîgneri est d^e grande Hnpor-> tance', d'abord, parce qu'elle imprime tme sorte de l^lité mut punitions qu'<on est incessamment obligé dé leur infliger, sws contrôle comme sans appel; et en second Iteu^ à (ïaose de laiorM attachée dbn^l'espn-it des filli^ à l'espèce de lien contractuel que leur signature ou leur marque apposée au bas de la dédaration a formé entre elles et l'administration. En efiet, cette opinion fiaicitite puissamment l'exercice de la surveillailce , et elle a en m^e temps pour

résultat de retenir les filles jtisqu'à un certain point 'Sur la pente du désordre.

Les fasses de 4a sodété, dans lesquelles la prostitution se recruteprincipalement, sont celles des artisans. Ii^s filles do ceus-^i se voUent, comme leurs pères, à la culture tles arts indu^iels , et leurs pro-

BE LA- FROSTITUTKMT ^RIBLIQHE. 1^

fessioiM se divisant autant que ie travail. Toutes ces professions, dont l'échelle -est imniense, sont plus ou moJDS affectées' par la prostitution, qui semble avoir établi son foyer te plus actif dans les ateliers et leiB fabriques. Aux classes ouvrières it faut ajouter certaines catégories de professions qui sont égale* L mént-.accessibles à l'influence dii même vice. EUes se composent de marchandes de flenrs, d& frotte, de légumes et^'autres objet» qui se vendent- sur -la voie publique,' de saltimbanques, d'écaillères, de filles dites de confiance et de boutique, de femmes de chambre, cuisinières, bonnes d'enfans, baigneuses, domestiques, de potières et tuilières, de^hiffoDiiières, journalières, jardinières, laitières, bùoheronnee, vigneronnes, vachères, bergères, etc.

TJn tableaa numérique^ par âge, a été dresséypar Pareiit-I>iicbâtelet(i),de3,a48prostitttées,au3idé. cembre i83i. Bans ce tableau, les chiffres les plus élevés- sont ceux qui se. forment des filles âgées de i6àa8.ans.De i4àa8aDS, le chiffre suit une progresstoD croissante; et de aSans à 4o^ une progrèssion décroissante. Dès ce dénier-terme, ta progression va en s'affaiblissant d'une manière toujours

(l) De la ProaHtHlion dtlariUedeParis,i.' édil., Paris, iSS?, lame l".

I^ JUB, hà. PBOATiTUTKm PUBUQUE.

plus rapide I si bk^.quà.5o ans 00 arrive à zéro. . Les recherches dti même auteur Fout conduit i établir des chifibes quei je crois devoir consigner ici, touchant la prostitution exercée simuttauémjent paie des personnes unies les unes* aux autres par les liens

dit aang« Ainsi, sur 5,i83 prostituéei», il a trou^ oant soiiante^quatre fois les- deux sûeura inscritoa. einiwibie, quatre fois les troia aoeura^et trais Ibb lis quatre sœurs : w toutr 35si adrars. '

JU a remarqué ea outre adbe fois la iMiÂA%

quatre fois la tante et la nièce, ettingt-deux fi» Mi deux cousines-germainea ': en tout, 43^ P«<^<^°^ tatiant les unes aux autres par les liena de la parenté la^plua proche , et qui 4e Uvrsàent ensemble à la pro* stitution,.à Paris^ non pai^ dans. le. nteme moment, mais à différens intervalles, durant une période de sept à huit ans*

Parmi les 35a sœurs dont il vient d'être question, ai9 étûent de Paris» et les 1 33 autre» venaient des départem^is.

•Et parmi le& i& mères, 1% étaient de Pai*isy et les autres des départemens. (1)

Ce résultat accuse une profonde corruption dans certaines familles, dont les auteurs n'ont pas honte

(i) Delà Prostitution de la ville de Paris, tome I®', page loi, «

.f Jt. ■

DE LA PROSTITUTION PUBLIQUE. l63

de donner eux-mêmes l'exemple de la prostitution ou de la débauche à leurs propres enfans ; il est en mén^e temps une preuve effrayante de la contagion morale attachée au métier de prostituée dans k dasse pauvre.

Lés habitudes et. les mœurs des filles publiques

dépendent de leur éducation, de leur intelligence et

v.deâ*penchans plusr ou moins dépravés d^ leur coeur»

làÈa Ûç prévenir toute méprise à ce sujet, no^s

;*:BOitft occuperons d'abord -des filles isolées ou libres,

.*èf ensuite des filles de maisons.

Parmi les premières, le genre de vie des .plus distinguées^ qui forment le petit nombre, consisté dans une molle oisiveté, interrompue seulement par la promenade, la lecture, latnusiqUe et quelques tra?vaux de broderie ou de toilette. Il est de ces. filles qui^ bien que entretenues y se livrent, par suite de leur goût effréoé pour la dépense, à l'exercice de leur laétieâr pendant toute la journée ; d'autres pendant un certain temps' de la journée seulement^ et qui passent la soirée avec leurs amans particuliers au bal ou au spectacle*

Plusieurs de ces amatis, qu'il ne faut pas confondre avec les entreteneur* , occupent dans la société une position élevée. Ce sont des officiers-généraux et des hommes de lettres, des financiers et des hoim-

l6/| DE LA PROSTITUTIOir PUBLIQUE.

mes titrés. Les prostituées d'un ordre inférieur qui appartiennent à la même classe^ .exereent leur 'Com- •merce dans la soirée et s'abandonnent la nuit à leurs amans, qu'elles choisissent de préférence, parmi lesétudians en droit, lesétudians en médecine et les jeunes avocats. L'instruction que possèdent ces jeunes gens et surtout les agrémens de leur esprit, doivent en %ffet les faire rechercher par des filles accoiiturpées à ne recevoir que des hommes de bonne compagnie et douées quelquefois elles-mêmes des dons de l'intelligence.

"Il est inutile de dire que ces filles ne tirent aucim avantage de leurs amans, sous le rapport de l'argent. Le désintéressement qui préside en général aux relations établies entre les prostituées de tous les diegrés et leurs amans, est une loi qui ne souffre presque pas d'exception. Il est même à observer que plus le rang de la fille est infime, plus cette loi est fidèlement exécutée. Pour ne parler maintenant que des filles du premier degré, elles ne se contentent pas d'être désintéressées à l'égard de leurs amans , elles pourvoient avec empressement à la dépense de leur entretien et même de leur nourriture, lorsqu'ils ont assez de bassesse pour y consentir. Bon

nombre de jeunes gens dans Paris n'ont pas d'autres

Tnoyens d'existence, et, parmi eux, il en est qui in-

DE LA PBOSTITUTION PUBLIQUE. l65

spirent par leur éducation, un intérêt dont ou ne peut se défendre malgré l'état d'avilissement où ils sont descendus.

Il est rare que les tilles de ce rang soient sujettes aux excès de la boisson comme le commun des prostituées; pourtant elles ne laissent pas de prendre part avec ardeur à des orgies où coulent à flots le vin de chîimpagne et le punch, liqueur favorite des pipBtituées. La gourmandise est leur défaut capital. C'est avec la toilette leur unique souci.

Ces feâimes, plus ou moins adonnées à tous les raffinemens du luxe et aux délices de la bonne chère, sont soumises aux mêmes prescriptions sanitaires et aux mêmes châtimens que les filles les plus viles. Le dispensaire , l'hôpital et la prison les reçoivent tour-à-tour, suivant les circonstances. Celles qui sont affectées de la contagion peuvent cependant se faire traiter dans leur domicile. Quand elles se présenttent au dispensaire pour y subir la visite du médecin, ce qui a lieu deux fois par mois, elles mettent Beaucoup de soin à n'entrer que lorsqu'elles sont sûres de n'être pas aperçues. Ces visites sont inscrites régulièrement sur une carte, qu'elles doivent représenter à toute réquisition. Le séjour de l'hôpital et de la prison, doit les humilier profondément, si l'on réfléchit au dédain qu'elles témoignent aux

l66 DE LA PROSTITUTION PUBUQUJE.

prostituées de la dernière classe et même à celles de la classe moyenne ;' ce* dédain fondé soir le haut prix qu'elles mettent à leurs faveurs, et sur leurs rappoits habituels, avec les gens de bonne compagnie, soulève contre elles la vanité de toutes les autres prostituées, qui les accueillent dans la prison avec des* ris moqueurs en les voyant dépouillées de leurs beaux habits et réduites comme elles à porter de grossiers vétemens. Du i*este , les filles de la clHye moyenne ne sont pas exemptes elles-mêmes de ce sentiment répuUif à l'égard des prostituées de bas étage. L'éducation^ les goûts et les habitudes qui leur sont propres, les éloigne encore plus de ces dernières, qu'ils ne mettent de distance entre elles et lés prostituées de haut rang. Dans cette classe comme dans la première, la cause véritable du dédain vient de l'importance extrême que les filles, en masse, attachent à ce que l'on ne rabaisse pas le prix de leurs faveurs.

Les lettres adressées aux filles dans l'hôpital ou dans la prison, étant toutes lues par Fadministratiôn, il est difficile aux amans, même les plus haut placés qui les écrivent , de lui dérober la connaissance des relations jqu'ils entretiennent avec ces êtres méprisables. Us ne se bornent pas à des sim^ pies lettres; ik viennent quelquefois dans les bu*-

o£ hA PRosTinnjTioir publique^ 167

reoux de la pcéfectùre de police , apporter en personne les fiéclamati'ons de l^iirs maîtresses et les appuyer de leurs inâtan,ces.

Ces diverses drconstancefs et beaucoup d'àuh^, jettent uife triste lumière sur les désordres de^

classes éleirées de là société, et prouvent que ^si là

médioorité et la pauvreté ont leurs plaies^ la richesse et le rang ont aussi les leurs, qtrî ne sont, pas les moins hideuses.

' Les filles' de la classe ttioyenne sont moins désœuvrées que celles dont nous venons de parlerl ell«s esrercènt des métiers, travdiH'ént dans les ateliers on vendent dans les rues. Elles preiïnerit li^rs atnans parmi les commis marchands et principalement parmi les garçon^ tailleurs. On peut y joindre les ouvriers-bijoutiers et orfèvre*, les garçons pe?ruquiers, les musiciens ambùlans et des guinguettes, ainsi que les marchanda de contremarques, dont là plupart vendent des gravuresr ou des livres obscène^ et se livrent au métier de- fikm. ' '

Les -allés du second degré sont peut<*étre ietUfiotnil corrompues^ en ce sens , que plusieurs allient k là prostitution le goût du travail et de • Féconomiei Nous connaissons de nambreux exemples de cèi filles qui placent à là caisse d'épargnes ou qtitsont parvenues à se créer tme ^petite industrie

l68 DE LA IÇAOSTiTUTIÛSr PCKBUQUE.

soutiennent avec le faible capital qu'elles ont amassé; d'autres^ qu'il ne faut pas confondre avec tes infortunées dont nous avons parlé au chapitre des puyrièreSf puisqu'elles fout profession de se prostituer, ce que celles-ci ne ^t pas; d'autres dis-je, ne pouvant subvenir, avec le produit de leur travail , à leurs besoin^ et à ceux d'un père on* d'une mère âgé ou infirme , traâquent de leurs charmes, pour faire subsister leurs parens. Cette dernière considération teur procure des égards dans la prison, et l'avantage, en ca^ de bonne conduite, d^étre portées sur la liste des grâceç, pré|iérableii\ent à d'autrçs.

\a dernière classe des prostituées appelle la plus sérieuse attention de la part de ^administration, car c'est dans son sein que fermentent les plus mauvaises passions , outre qu'elle est le centre autour duquel se . groupent toutes les espèces de malfaiteurs. le ferai connaître plus tard le penchant qu'elles ont pour le vol, ainsi que leurs rapports avec les voleurs de profession^soit comme receleuses, soit comtaie complices de leurs vols, par les indications ou l'assistance qu'elles leur fournissent. Je me bornerai k signaler par quelques traits les circonstances qui caractéiisent la prostitution de ces femmes.

EllèsL se montrent partout où il y a des prostitit^s, jnais elles £onrmiUeD( dans les quartiers de la

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