‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes: et des moyens de les rendre (volume 2)Chapitre 29 sur 43 · LEURS MANOEUVRES · texte numérisé non relu

LEURS MANOEUVRES

lement son vol ou sa tentative de vol de force excuses et salutations.

Parfois le survenant ( locataire volé, ou domestique ) s'avise non-seulement de soupçonner celui dont il vient de faire la rencontre, mais .de le fouiller ; dans ce cas et si l'on découvre sur lui les objets qu'il vient de dérober, il invoque le pardon de celui dont il. a violé la propriété, et il cherche à le toucher par un conte bien pathétique, pcéparé pour les conjonctures périlleuses. Il est joueur : c'est sa funeste passion qui l'a entraîné au vol par une sorte de fatalité. En décidant de son sort, celui dont il implore la pitié décidera aussi de l'avenir d'un père respectable qui ne i^rvivr^t pas au déshonneur de son fils. En un mot, il met en oeuvre tout ce qui peut désarmer le locataire irrité. L'issue la plus favorable à laquelle il doive s'attendre^ dans une pareille situation , est que l'on se contente de le jeter à la porte. C'est aus§i à quoi il aspire ; et, pour cet effet, il ne cesse de protester de son respect et de sa douleur.

D'autres malfaitetîrs de la même espèce se mettent en quête aux approches du dîner. Le mouvement, la préoccupation des domestiques, à cette heure essentielle de la journée, la facilité qu'on a de pénétrer, soit dans la cuisine, soit dans la salle

aSd GA.TA60BÉK8 IHTJKÉUKS IM YOIiSURS;

à nmiger, oflfrent aïk projdB dn yoleur antant de chances de ^ccès. Si le couvert esVmaj et qa'il sôit assez bien avisé ponr slnsinner'à téinps dans la mile à mangefy toute Targenterie peut être enlevée daas quelques mmutes: Le vol est *tenté quelque^ fbk avec non moins' de rapidité dans h cuisine, alors que toutes les pièces d^atj^terle viennent d'être apprftées et réunies potu- être portées à la salle i àiangièr. Le lamcm,dans ce moment de crise, a besoin de coop^œîf , de tact et cTai^omb tout ensemble. On dte deâ traits d'un^ audace imperturbable de la part de pltlsieurs de ces' voleurs. Nous les rapporterions; si les détaSs qui précèdent n*é^ talent eat*méme^ suffisamment cara ctéristiques.

Les* hôteb garnis M&t un sujet particulier d'étude et de spéculation pour quelques-uns des mal- Êuteurs dont if est id question. Ils ont un art merveilleux pour tromper la surveiOance des portiers. Une fok qu'ils sont entrés dans Tbôtel, il est rare qu'ils ne réussissent pas à exploiter quelques chambres , les clefs étant presque toujours aux portes. Matineux dans leurs expéditions , ils prennent leurs mesures de manière à trouver au lit le voyageur. S'il est endormi, ils font main-basse sur sa montre, sa bourse et sur les bijoux qu'ils peuvent atteindre. Chaussés de souliers de daims, à la semelle souple

usims MAKOEuvRES. aa3

et rompue, en de chaassons en Ifeière, Us marchent à pas de loups , sans craindre d'être découverts. Cependant ii y a des circonstances où le voyageur est réveillé par un léger bruit occasioné involontairement par le voleur. Il en est d'autres où il avait les yeux ouverts, quand celui-ci a pénétré dans sa chambre, ott même il était levé. Dans ces diverses occurrences, le voleur demande avec un visage calme et plein de sérénité, s'il n'est pas au numéro lo, si monsieur n'a pas £iit appeler nn taîLlenr,. un* coiffeur; enân il cherche à donner une couleur raisonnable à sa. présence dans la chambre d'un antre. Ces faux-fùyans hii réussissent la plupart du lemps; le locataire le détrempe en toute boni^ foi , et il n'est pas rare que Timposteur sorte nanti de quelque bijou dérobé.

Le& objeta transportés sur des voitures ne sont paâ à l'abri des tentatives des voleurs ; les indiv^ dus(i) qui se livrent à ce genre de soustraction, parcourent les lieux où les arrivages sont les plw fréqnens. Ils sont ordinairement vêtus en commissionnaires , ou en rouliers, et pendant que l'un d'eux engage la conversation avec le voiturier, les autres enlèvent les effets qu'ils peuvent atteindre. Les eamioneurs , les blanchisseurs et tous ceux dont les

(i) Rouletiers,

a 24 CATJÎGÔaiBS DIVKBSBS DIS TOI.EURS;

voitares peuvent exciter d'une manière quelconque , la convoitise de cette dernière espèce de voleurs^ doivent ^e tenir en garde contre leurs maqœuvres et leurs entreprises.

Les voleur» de boutique , pendant la nuit, forment une des catégories de vcdeurs les plus re* doutables (i). Avant de réaliser leur projet de vol^ ils se mettent^ état, par. des allées et des venues fréquentes dans les alentours , d'observer Fonverture et la fermeture de la boutique. Us y entrent plusieurs fois pour marchander^ ib se iqontrent vé* tiUeax dans le choix des. objets qu'ils disent vouloir acheter, et débattent le prix long-temps , le tout, afin de^poùvoir promener à l'aise, leurs regards sur les issues et sur l'arrangement intérieur de la boutique; enfin, ils achètent quelque chose pour ne pas indisposer le marchand , et ils vont faire leurs dispositions pour l'exécution du vol.

Le vol commis par un individu dans le magasin où il vient faire des emplettes, reçoit un nom particulier (a).^ Cet individu agit de concert avec des affidés ou des compères qui l'aident par des moyens convenus d'avance à la perpétration du vol. Un des individus de la bande se présente dans un magasin

(i) Boucardîers,

(2) Vol à la détourne.

LEURS MAirOBUVRES. 12a 5

pour y acheter diverses marchandises qu'il fait déployer: ce sont des foulards , de la mousseline , et, en général , des objets faciles à dérober. Pendant qu'il est occupé à les examiner, arrivent un ou deux de ses affidés , qui demandent à leur tour à faire des emplettes. Le marchand , empressé de satisfaire les nouveau- venus I étale devant eux plusieurs pièces de la marchandise qu'ils ont désighée ; niais les dessins de ces pièces ne sont pas de leur goût ; ils jettent les yeux sur la case supérieure à celle où elles ont été prises , et ils paraissent arrêter leur choix sur une autre pièce. Le marchand se retourna pour la leur donner, mais , dans l'intervalle y l'un des voleurs enlève une des pièces qui sont sous sa main, et il disparait.

Les bijoutiers, les joailliers, et en général les marchands détaillans sont fréquemment visités par les individus voués à cette espèce de vol.

Les mêmes marchands ont à se prémunir aussi contre le manège d'une autre espèce de voleurs (i), non moins habiles dans l'art de dérober. Ces derniers, après avoir fait quelque emplette, demandent à changer de l'or contre des pièces portant une cer- *taine effigie, telles que des pièces de la république, des pièces du royaume d'Italie. Le marchand répand

(i) Carreurs;

aa6 CA7<60BD|S vfp^ffiffi mt volbubs;

ifiji fsu} à'arçsfit mp i^ comptoir^ et Vgpheteur de q^er 9.yt^ gr^nd rain Iw pièces Qvi font rqbjet df fes re^^er^fiSt Pond«»( (Ce trwg» , qui lui permet de pfinier 1^ ^w éfali^.dfvaiit liii| U §n% dispt)^ raitrQ i^T»q pn (irk RmfVHMDtt V» li dùpatarait ^ny^nl à PellH 4ft l'MfiKBpt^W )« plu «droit, aur y^% de R|è(^ qi)'il 11» M( pOMÎ&lÇf m»» diniouer d'i)ni^ oMiûère ^p ftenil))!*» 1a ncmoMi» éparpillé

fpvuf s^ 4Qigt8. 1^ ipmçlwiidt qm M) 10 doute d#

^e )a ^B§tnic^y ga@ lopscm'il ? «nt Êiîr» niaga da S^ m^Wfi «rgenl, qifif ê}oi^, rp y^ndapt pliia au ^pital primitif I iqe| a» éTidapM la ^larcin da l'ér tme^* ïly 4 ^ yplaw» ^n «m dérobé da eatte naDière à des marchands , de 6oo ftanai à looo lianes.

Les voleurs combinant laurf [H'QJatsda spoliation contre la société ^veç ^na W^pnisabla variété de moyens. U en est (i) qui parfipnranl: las places f les boulevards 9 aiqsi cj^ue le^ f'u^a {as plus fréquentées , j^émélent parmi les passons ^vac una rare sagacité , çfi\i^ dont ils peuvent trompar la bonne foi, et saisirent avec adressa Tpccasion d^ les abordap* Cette occasion les met à qdéme de leur offrir ou de leur rendre quelque ])o^ oifice. On jaseï on lia connais^

(x) Les floueurs^

$anc6; à la v^e du premier café , roffîciQux pi?9pose un petit verre .de liqueur ou quelque rafratcbisjEt^r ment, ie candide interlocuteur accepte. Pei^daj^ que tout cela se passe ^ le voleur suivi d'un f oi^r père informe ce dernier, par quelques ^îgUfi^ ^p ^opportunité d^ sa rencontre çt Tinvite toujouçp par un jeu muet à le suivre au café 9 on s'attable; }f

compère entre , et monte 4roit k la ScjLUe de billard; au bout de quelques instars 9 le voleur invite ^ dupe à faire une partie , afin de rej<Hndre son POffîplice qui l'attende En le voyant 9 il parait surpris i^t joyeux de Je trouver là; on larrf^nge aussitôt oi^ partie qui intér^se tout le moude, le larrou et V^ trangér joueront de moitié contre le compèr^ et }e premier se^cbarge de défendre k lui seul les intérêtjs unis* On met trois pièces de cent sous pour enjeii; et l'étranger gagnât ^on joue larevaucbe^ et Ç0t1^ fois celtti-eî doit entrer «u Uq^m m^is il perd; jfj^fi autre partie -est proposé^, il la perd encore; il vept rattraper son argent par de ja^uveU^s tent^tiyç^iinaîs plus il s'obstiue, plus il perd ^ le voleur avecluii ;^fin, de guerre ksse^ il quittf l^^çafé) après avoir témQÎgné à son associé toute 4a paiue d'fivoir ^ m^l réu^i dans la défense de leurs cQn^muns intérêts^ La dupe partie, les deui^ voleurs se partagent j^on argent, nc^ sans rire beaucoup de sa bonhomie et de sa légèreté.

aa8 cikTÉGORiEs diverses des voleurs;

Dans le cas suivant, c'est encore une dupe sur qui tombe le vol , avec cette différence qu'elle est moins intéressante que la première, parce que la cupidité se trouve jointe chez elle à la simplesse et à la cpédblité. Les malfaiteurs (r) adonnés à cette espèce de vol, stationnent aux barrières^ aux abords des grandes routes , sur les boulevards, sur certains quais, observant avec curiosité les passans, qui par leurs allures paraissent ies plus propres à être circonvenus -et abusés. Ils jettent de préférence leur dévolu sui* les campagnards, parce qu'en général ils sont âpres au gain. Ils les accostent sans dessein apparent, avec rondeur et bienveillance, et chemin faisant, après quelques momens de causerie, ils laissent tomber un bijou i)ien reluisant, de manière à n'être pas vus. Ils Taperçoivent aussitôt comme par hasard, le ramassent avec empressement, en s'écriant; part à deux. Le rustaud frappe de la trouvaille, quoiqu'il le témoigne peu , est plus excité encore par Fair insouciant et dégagé de l'inventeur, qui se contenterait d'une pièce de cinq francs pour sa propre part, satisfait d'aiHeurs, de laisser à son compagnon uû souvenir de leur rencontre. Le paysan tourne et retourne le bijou, et après l'avoir bien considéré, il sort de sa poche la pièce d'argent demandée qu'il

LEURS MANOBUVEES. 2^9

remet à l'adroit filou, et il reste possesseur de Tpbjet trouvé, qu'il apprend plus t^rd, être en or faux et bien au-dessous de la somme qu'il a déboursée.

U est une dernière (orme de vol de la même famille que les trois précédentes, dont je serais tenté de ne parler qu'en très peu de mots, parce que les journaux en ont signalé souvent les détails et les caractères. Mais les vols de cette espèce se renouvelent encore si souvent, malgré les avertissemens réitérés donnés par la presse au public, que je crois nécessaire d'exposer ici leurs circonstances les plus ordinaires, en prenant pour exemple un des faits les plus notables et les plus instructifs. .

Le vol dont il s'agit (i) suppose l'associa tioji de trois individus, ou tout au moins de deux. Ceux qui s'y livrent habituellement se tiennent aux abords de la banque de France, du trésor, des mjsssageries, ou bien ils parcourent les quartiers marchands. Ils guettent les personnes nanties d'un sac ou d'une sacoche d'argent, et si parmi elles ils distinguent un homme ou une femme dont les dehors soient rustiques ou tels qu'ils puissent se promettre quelque succès, ils se distribuent, les rôles et se mettent en campagne. Celui qui joue le principal rôle est censé un Américain.

(i) Fol à l'américaine^ le charriage.

ftStf CkTÈGOniXà DIVBASÉS DÈS TOLEURS;

Voîcî fe fait sur lequel nous avons jugé à propos d^appeler Tattention du lecteur.

tlne jeune fille est aperçue sortant du trësor avec un sac bien plein et bien ficelé. t)eux de nos voleurs étant à Tafïut la suivent. L'un d'eux prend les devans et l'autre continue de marcher à quelque distance, derrière elle. Lorsque le moment d'agir est arrivé, suivant lôs dispositions concertées entre eux, celui qui cloit remplir le rôle d'étranger revient sur

ses pas. Aussitôt Tautre accoste avec Un air riant et tout-à-fait courtois, la jeune fille qui ebemine sans défiance et lui dit quelque^ paroles galantes qui ne paraissent pas TefFaroucher. Ce commencement l'encoûràge, il parle économie , caisse d'épargnes, il observe que les ouvrières de son âge montrent rarement l'esprit d'ordre qu'elle annonce ; au fort de ces belles paroles, l'Américain survient et demande en mauvais français à la jeune fille, si elle ne pourrait pas lui donner des écus contre de l'or, en lui offrant de lui bonifier cent sous par chaque pièce de vingt francs. Cette proposition semble la choquer , mais le quidam qui l'accompagne est moins scrupuleux, il consent à l'échange d'une pièce de vingt francs pour son propre compte et l'Américain tire de son gousset de nouvelles pièces d'or, afin de réaliser d'autres échanges, à la même condition. La surprise

dé U jetlhe fiUë âtigiUdiltë; mais cette surprise esta èoh comble, ldl^qtt*felle entend dire par rinsoiiciâriÉ Américain tjuHl a apporté deé tôttnès dW ^nt le bàtiilient ïfai Va albëiié en fraûbé, et qu'il lui faut piS^ éefatetnent de la Inotinaië k tout pHx. A ces jiarôles^ elle témbigUë tdtit bds â l^atmablë inctifanu qui ti abordée lé pvëmiev, son [deèli* de pàrliclpei^ aiix bénéfices du chan^; lliiëonnti l'àffërinit dans sa féâolutiôti et lui p!*ôpdé(B d^entrèr avec TAm^ridàîti chez tin hiàf ckahd dé vins. Arrives la , ils s^étâblièsêht danii ûh cabihe't , et ^Américain montré plusieurs piécèsi d'^oi', ainsi qu^uri joli pétiî; isàc ëli pêaù ^rmé pài* uti cadenas, lequel contient des i*ôuleàitt a échanger. L^ôfficîeux ferait côîi-» Science d'intervenir dans tin troc aussi iîilportànt àVant de s^étt'e aâsUi*i^ dti bon àloi de quelques-unes, àii moins, dé teà pièces d^or. îl coUrt dèfic cbèz ïë changeur le pliià Voisin et rèvîeiit avec des écùs, C!ëtte circottàtânCé diâsiplë tdùâ les dotitë^. MaiS l'Américain s'avise à son tour dé votilôîr feirô viSHfier les écris qu'on lui offre. On rit de sa bonhomie. Le galant servitetlr' de là Jeûné fille ne veut y consentir qu'à la condition qu'il accompagnera l'étranger. La délicatesse de ce procédé est appréciée par celle qui en est l'objet et qui reste seule dans le cabinet, en présence du sac renfermant le précieux dé-

a3a GilLT^GOBUES DIVERSES DES VOLEURS;

pôt Une demi-heure s'écoulç et personne ne paraît. L'impatience gagne la jeune fille; bientôt Fimpatience Eut place à la crainte , enfin, au bout d'une heure d'attente, le marchand de vIqs est appelé par la jeune fille qui lui raconte ce qui s'est passé, lui expose ses appréhensions et qui, décousant le sac avec un profond sentiment d'angoisse, n'y voit que des rouleaux de sous au lieu d'or.

La classe mal£siisante a exercé, depuis quelques an- Bées, avec un rare succès des extorsions d'argent que Ton peut qualifier de vols (i), contre certaines personnes appartenant aux rangs aisés de la société, pla-

cées dans des positions critiques ou embarrassantes et pour qui le mystère dont elles couvrent leurs habitudes vicieuses, leurs faiblesses ou la Vitalité de leurs relations, est une condition impérieuse de leur repos, de leur considération et même de leur honneur. Les faits suivans éclairciront ce que ces observations préliminaires peuvent offrir d'énîgmatique au premier aperçu.

Cette variété de vol se prête à une foule de combinaisons dont nous ferons connaître seulement les plus usuelles.

Une femme tenant un cabinet de lecture, ou ayant une profession qui la met en rapport habituel avec

(i) hecftafitage, le voleur s'appelle c/M/2<e(ir.

LEURS JkULVoeuvRËS. a33

le public, épouse un condamné libéré, sans, con-» naître cette circonstance, sans l'avoir jamais soupçonnée. La conduite de son mari, depuis leur union, a été constamment honnête et irréprochable ; elle est aimée de lui, et la bonne réputation de sa maison rend l'industrie qu'elle exerce assez lucrative pour permettre à tous deux de vivre honorablement. Cependant la fatale condamnation subie jadis par son mari est connue d'un malfaiteur qui a été son compagnon de captivité, ou qui a su cette par* ticularité d'une manière indirecte, et par un coup du hasard y comme presque toutes les mauvaises nouvelles se répandent. Cet homme a résolu, par un calcul infernal, de mettre à contribution Fun ou l'autre des époux, en les menaçant de divulguer la tache imprimée sur l'un d'eux; et, pour mieux assurer le succès de sa criminelle spéculation , il s'adresse à la femme. Celle-ci, accablée autant que surprise du crime imputé à son mari, et de la condamnation dont il a été frappé, concerte avec lui les moyens d'étouffer cette affreuse nouvelle; et, pour arriver à ce but, ils souscrivent sans discussion aux exigences infâmes du voleur, qui n'a pas craint d'abuser de leur douloureuse position. Après un certain laps de temps, le voleur revient pour lever une nouvelle contribution. Cette fois , l'indi-

jid4 CATicoAtto mtÈhftcs fnfes toleurs;

gh&tion éclate de la part de^ tnalhefûi^etlx ain^i presmtêé^y iijab le voleur insiste, il liietiàce; il e^t d^autànt plii» àrrdgatit> qu'il aâit étfe dépositaire d'uti lalit non démenti, et tbénie ébtifessê ^ar ses propres ^iletimés^ ptirsqu'eHes ont été eoiitraîntes de subir déjà l'opprobre d'une première trâiisactidn. Ils s'ittiposënt ddttc tin second sacrifice, hetirettx lorsque «e eofsftire Itiipitoyable né les désigtie pas à la i^a- {Micité de quelque autl^ baUdit prêt â les soumettre i de liôttTelles eiactltms.

Côiâbien dé relatiotiS >dùltèi*c!S , de secrets qtli ititéressent l'honneur des femilles, de fautes graves i^rées i>ti Contertes d'un toile jttàque-là impénétrable, sont devetnies k iuâttièfe de calculs éhontés et fructueuic de la pàlt dé ces brigands, qui font profession, diàent-ils, d^edpptoiter lés pdêiiions sociales.

Cette industrie fat imaginée primitivement, et elle est encore exercée contre ces hommes qli'utie sorte d'aberration incompréhensible, enfantée par la dépravation de l'esprit, plus peut-être que par celle des sens , a mis en révolte contre les lois de la nature, et qui ne répugnent pas à descendre dans les rangs les plus infimes et les plus corrompus de la société, pour y chercher des instruraens de leurs infâmes privautés.

Les voleurs, pour atteindre ces individus d'une

manière titile, arrêtent d'avance lé plan de létirt manœuVrës, le nombre et le rôle de teiirs compliceë* Ils endoctrinent iin jeune hbmme qu'ils doivent lancer plus tard àUr le terrain polir àttiret* leût proie , et se partagent les rôIeS pour donner à lëtlf intervention une couleur raisonnable, tnorale et même légale. Ainsi l'un fait l'office de père où de tuteur du jeune hoinme, taiidis que les àuti^ëà se chargent des fonctions d'agens de policé. Les lieut fréquentés par les hommes adonnéâ au vlcé mon^ trueux dont nous venons de parler sont coniluSi Ces lieux sont déâertà; ils sont pat'courus, durant k nuit, par des êtres dont là démarche est incertaine, honteUiSe, embarrassée, qui se recherchent avec dé^» fiance et qui se rapprochent de inême. Ceâ êtrei sont épars çà et là : ils ap{)aràissent dans l'obscurité comine des fantômes. Les voleurs arrivent; le chef de la bande observe la localité, l'individu cotttre lequel il peut dresser son piège aVec profit. Le jeune complice est poussé en avant; et au moment con* venu , le couple est entouré. Aussitôt le principal coupable est vivement interpellé par le père ou le tuteur courroucé. Le fils ou le pupille est l'objet de sanglans reproches; il lui est enjoint avec menaces de s'expliquer sans déguisement sur la nature de Èé& rapports avec un inconnu, dans un lieu suspect^ et

fl36 càtégoribs div£9^£S des voleurs;

à une heure avaBcée de la nuit. Le jeune homme fait connaître des propositions et des actes que la morale réprouve, que la loi incrimine, et aussitôt les prétendus agens de police se saisissent de l'inconnu , le font monter dans une voiture de place qui les a conduits sur la localité, sous le prétexte de sauver les bienséances, et dans l'intérêt de sa propre considération. La voiture est. dirigée ou censée dirigée vers la préfecture de police. Chemin faisant, un des agens insinue qu'il serait à désirer, pour la famille du jeune homme comme pour celle de l'individu arrêté, que l'affaire pût être terminée sans éclat : on parle d'indemnité. Le captif paraît disposé à cette réparation. La voiture est aussitôt détournée de sa route pour se rendre chez lui. L'indemnité est comptée, et l'on se sépare.

Quand la personne ainsi abusée paraît avoir de la fortune, on ne se contente pas d'une première sonlme. Au bout de quelque temps, le père ou le tuteur outragé reparaît et lui demande une nouvelle indemnité, sous un prétexte ou sous un autre, menaçant au besoin de déférer sa conduite à l'autorité, en cas de refus. On cite des étrangers qui ont été en butte, de la sorte, à des exactions et à des avanies telles, qu'ils ont été contraints de quitter la capitale pour se soustraire; à des exigences sans

assassins; traits ca^a^ctisristiques. ^37

cesse renaissantes. Lacenaire a plusieurs fois tiré parti des manœuvres que nous venons d'indiquer, pour se procurer de l'argent. Il intervenait sur la scène, revêtu des insignes de commissaire de police, et montrait nne audace imperturbable, pour amener le coupable à composition. L'administration a reçu quelquefois des plaintes contre de semblables extorsions; mais les plaignans ou leurs familles, alarmés de la publicité qu'une instruction judiciaire aurait pu donner aux circonstances de l'affaire , ont préféré se désister de leurs poursuites.

Parmi les nombreuses catégories de voleurs que nous venons dé faire connaître, la déprédation se montre sous les aspects les plus divers. Ses familiers multiplient leurs combinaisons, leurs ruses, leurs manœuvres, au détriment de la société; mais ils ne recourent ni à la violence, ni au meurtre. Cependant, bien que la population malfaisante des grandes villes (et cela est vrai de toutes les capitales du monde civilisé comme de Paris ) soit plus cupide que sanguinaire, il n'en est pas moins vrai qu'il existe dans son sein des êtres dont la brutalité et la profonde dépravation rendent le caractère dur et féroce, qui roulent dans la société comme des hyènes, jouant le tout pour le tout, et prêts à tremper leurs mains dans le sang, au premier cri ou au pre-

a38 AM4WQIS; TMin CUIACTifUSTIQUES.

inier (igae da résistance du malheureux qu'ils dépouillent. Cette humeur sanguinaire^ que les voleurs parisiens ne veulent attribuer qu'à des mal- &iteurs rustiques et endurcis, nouvellement arrivés dans la capitale^ se pianifeste avec non moins de Ibrce chesii quelques individus étrangerji aux mœurs rudes de la campagnOj et sortis d^ H &nge des grandes vîUes. Cçux^ci^^ livrent à ra9sas3inat| moins par cruauté que par for&nterie ; ce sont des sicaires toujours prêts pour )g consommation de quelque grand crime. Ils se jouant avec un rire satanique de la ide de leiirs semblables, et affectent de la mettre au rabais, comme pour £ûre preuve de désintéressement dans )è crime* Cette tendance froide et systématique vers, le meurtre est le comble de la scélératesse. Elle ne se montre guère que dans un petit nombre d'hommes gangrenés par le vice ou par la propagande anti*sociale organisée dans les prisons, propagande qui a ses docteurs, ses traditions et, qui le croirait! ses honneurs.

Ces bandits sont redoutés par leurs propres complices, car il n'est pas donné même aux plus mauvaises natures de commettre un meurtre à froid, sur la personne d'un être inoffensif qu'on a résolu de voler. On a vu des malfaiteurs, atteints depuis par le glaive de la j ustice,qui affectaient de mop ter pendant la nuit

^ l'fs^cal^Pi la pip^ k la bouche, après avoir pa$sé U jo^rné^ ^ fairo ips préparatifs» de leur crime, ai4 milieu de nombreuses libatio^s bachiques et 4'un^ féroce gaîté. Ou en cite d'autres, qui par l'émis-

sjQu 4s Iftu?se3 Içtfresi dç chaijge, payables à If ur 4çm^ure, Si'è^^f, mép^gé les moyens 4^ ^e mettre *w rapport 9l^^c )e$ garçons d^ rep9|;te 4^ riches m^r 30U1SI 4^ bpi^qUQ I ^ûlaiep( sur le c^vv^u 4^ leur pl»aiï»l)F(5 , e» ^t|;eu4wt Tî^rivée de celfti qu'il» ftvai(5»t U 4es*eia 4^ dépouiller, h couteau pu \% tirp-poiflie 4oRt ih devaiept frapper leur victime. Ii'au4açe 6( |(^ calipe^ dan^^ le meurtre soqI; }q paiv

tagp 4e çp petit ijpmbra de u^isérablfas. Il» pprf^^J c^s affreuse» qualités si haut qu'il en est qui selon leur prç^re avw u'out pas pr^ot de passer au spec^.

t^le ^.vep lç|ir ppmplice, l^ soirée du jour, où ils ouf

ppmmlil^ 4oublQ crim^ dp vqI e{; 4'a^«assin<|t, ?!% sieur^, tlps |p leudeiuain 4p leurs attentats , s'oçqi^ pe^t d'pf ganiser une pac^P a^pp des^^ proistit»ép$ ^ k tablp, ils font allusiPR pfir d'hof^lps fapétîpf;^ dans le langage ignoble qui leur est particulier, fm^ cirçoustaçpeg Ips plusf doulpurpi^ses 4u WWrtrs de

h veille.

Paus re;^po$itiou que je viens dp faire des difSér rens vols qui se commettent à Paris, j'ai pensé qup l'importapt était 4e m'arr^t^r sur Ips plus fréquens

a4o fiscRocs; leurs manoeuvres.

et les plus dangereux, sans tenir compte des variantes que chaque catégorie peut offrir, ce qui m'eût jeté dans de trop longs détails.

Parlon» maintenant des escrocs.

L*escroc procède par des manœuvres subtiles, artificieuses, et propres à séduire la bonne foi de celui dont il veut faire sa dupe. Il joue un rôle médité d'avance avec astuce et malice et prend le masque qui lui parait le mieux assorti à ce rôle pervers, en affectant la bienveillance ; faux sous le semblant de la bonhomie, il marche à ses fins avec d'autant plus

d'avantage que. celui qu'il prétend abuser est plus éloigné de s'attendre à une imposture et à un larcin.

Il y a cette différence entre l'escroc et le voleur que Fun reçoit d'une manière ostensible, des mains de la personne trompée, l'objet qu'il convoite, tandis que Fautre dérobe secrètement au propriétaire sa chose et se Fapproprie sans le secours de la volonté de ce dernier. On ne saurait disconvenir, toutefois, que l'escroquerie ne soit au fond un larcin, mais un larcin déguisé.

Les individus qui vivent d'escroquerie à Paris, composent trois classes principales, ce sont les mendians à domicile ^ ceux qui prennent le titre à^négocians et certains joueurs,

Jjçs mendians à domicile se divisent en deux ca-

ESCROCS ; J.EURS MAifOBuviŒs. a4i

tégories. lies uns se présealent en personne, chez des p^:rticulieps«n|ourés d'one haute considération, tels que .des fonçtionnaipes de l'or^lre aj^ministratif et judiciaire, des pairs, des députés ,'^des gens titrés, etc. ; plusieurs marne élexident le cercle de leur spéculation dans toutes les clauses qui j^ par leur position soci^e peuvent leur offirir quelque chance de contribution volontaire. Lesautres se x^ont^ntant de leur éerire et pour captiver leur intéiiet,ils usent de tous les stratagèmes, ils fabriquent de faui^ états de service en prenant la qualité d'anciens ofBciers^ ou bien, ils se disent artistes, hommes de lettres, iQalheuBCuxpar quelque coup du sort. Plusieurs sont impotens par suite de leurs blessures. Tous prient la personne bienfaisante à: laquelle ils s'adressent de déposer chez le concierge le secours qu'elle leur destiné.

Dans le nombre dé ceux qui ne répugnent pas à demander de vive yoi;^, il«n est qui recueillent jusqu'à 4o fr. par jourXIeux-ci sont les plu3, hardis et les plus habiles. Tantôt ils se présentent au nom d un père de famille appartenant à une classe considérée de la société et que l'infortune a réduit aux pkis cruelles extrémités. Dai^sce cas, le. thème de leur histoire est tout fait d'avance, et quand cette histoire n'est pas un roman, ils la calquent sur les vi- I. i6

a4^ escrocs; leors maj^obuvris.

ciisitudes'de leur propre existence qu'ils ont toujours soin d^rranger et d'exposer de manière à parvenir à leun fin. Ta.ntôt ils sollicitent pour euxsilémes sans d^uisement,inais ilsne^e font pas scrupule,- alors d'en imposeï^ sur leur qualité, leurs seriHceâ et i^ur les eircbnstarices de leur récit ^ qui en général est plus où moins mexisonger. Ils recherchent surtout l'approche des homsies politiques ^our flatfer. leurs passions, leut*animosité , leurs I^JU0^9 se doûnftnl comme TicStinBes de leur dé- Voiùiient à la cause qtfils 8erve&| -eux-mêmes et paraissant tout prêts à 'affronter, de nouvelles épreuiFês. Cei» hommes excellent par. leur souplesse et leiH* aplomb à porter tous les masques. Afin de multi-plier leurs ressourçai, oûtpiit ou* moins \eh chances de s'en procurer, ils se donnent réciproquement des avis sur les personnes utiles à voir', ainsi que des conseils, soit pour arriver jusqu'à leur dupe, soit p6ur l'intéresser avec fruit. , *

En faisant connaître les élémens de la classe vicieuse lettrée, frappée de condamnations judiciaires, noits avons signalé notamment une catégorie composée de prétendus négocians : c'est ici Je lieu de donner quelques explications à l'égard de cette catégorie.

Le commerce, comme toutes les autres classes de

escrocs; leurs mÎncbitVres. a43

la sotiété, l'enferme dans âon sein des hx^Tidus corrompus , qui ne voulant point s'assujettir .aâi pratiques ordinaires et régulières de letir prôfeisMon, se jettent dans la voi^je du désordre et de la fraudrt Familiers avecles procédés du iiégoçe^ ils sont d'atltant plus dangereux qu'ils' s'efforcént.'de dtm'ifeif

moins de prise à la défiance, par ufte confite 'prÂ-Â

dente et calculée. Leurs prospectus, Tintérieur de leurs établissemensfcai* îfs-affectentdé vôtiiloir créer des maisons bien assises et durables), atmopcent Teiftreprise de gens expérimentés , et qui sont aïiîriiés du désir de fonder le crédiY'de leurs maisons sur là bonne foi et 1^ confiance* Leurs premièrqitransac tioBS sbnt irréprochables ; dépositaires des rûB^ chandises qui leur sont envoyées pour en effectue, la vente y ils acquittent exactement, les traites tirées sur eux par leurs* commettans, pour sl^>empHr Ai pri;x de ces marchandises ; ils nouent ainsi des f<^ lâtions qui se renopvefletit et devieniient*de pliU en plus impartantes, jusqu'au mom^ent ou une opé^ ration qui promet des béhéfiees considérable»^ Ji^^ permette de se les apprépriflr par une faite pronkpiie

et inattendue. Ces n^aiioeuvrès fraadulauAe» se ré^ produisent fréquemment dans les grands centres d'activité commerciale. Il est bien difficile de ^es prévoir et de les déjouer.

a44 KscRocs ; fikURs Mi^irccuvRKs.

La passion du jeu , nous en avons déjà fait la renàargijey est une de celles qui suscitent le plus d'individus dangereu;c dans la société. Nous avons esquissé* dans un précédent chapitre les traits du

joueur^ alqrs qu'il ji a mis encore le pied que sur le prei{iier degîé d& la classe dangereuse. Le voici iH^intifsnatit incorporé dans les rangs les plus avan* ces (Je «cette classe.

Le3 joueurs qui s'écartent des règles ordinaires d)i jeu et qui prenp^ à lâche par des manœuvres subtiles et désavouées par l'honneur de tromper la bonne foi-de leurs adversaires^ appartiennent à la fafnille des escrocs> Ils prennent' une dénomination (i) qui, poor paraître plaisante, de les lave pas dQ l'opprobre attaché à la qualité de malfaiteur.

Ces individus ne sont pas nombreux; toutefois, il ea existe dans tous les rangs de la société et principalement .dans les rangs intermédiaires et supérieurs. Nous fie parlerons ici que des individus qui ont des rapports avec ces derniers rangs, ayant fait connaître plus haut,dans la revue des voleurs, les individus (2) qui s'attaquent dé préférence à la classe des ouvriers^ des gens.de campagne bu des artisans.

( I ) Çrecs OU philosophes, («) Floueurs,

escrocs; LKURS MÀNdEUVlEËS. ^^$

Ilyé, à Paris, des fen^nes galantes ou toutibÀ moins équivoques, qui tiennent ntaîsôi> et (Jtri 6m l'art d'attirer chez elles de jolies femiàes dofttlè moyens d'existence ne sont pas moins incertaine ^|êe les leurs, aussi bien que des fils de- famille, ^tii s6iit le principal ressort de ces sociétés^ en raison cfo leur fortune et de leur goût pour le jeu. Plu^etiH% de ces femmes ne se contentent paB d*e dpnnér àès soirées, des bals , elles tiennent table d'hôte, slffin' de pouvoir fixer autour d'elles par leé liens de l%afoi« tude et là force des relations^ ceux que lé hasaril^a curiosité, Tamoor du jeu, ou les .faveurs, d'une galanterie facile, amène chex elles conime des'contiyéb de passage: Ces femmes ont leurs 'émissâirers et leurs indicateurs: c'est *ainsi qu'elles sibnt informées de la demeure des jeunes gens'ou des personnes que ^urs habitudes Vicieuses conduisent saàsrépugpance ds^ns des sociétés»de la iQature de celles qu'elles réunissent, et qu'elles leur écrivent quand elles n'ont p«s d'autre moyen de tes inviter à leurs soirées..

Les joueurs , que l'esprit de fraude dirige , fréquentent .yolontlers ces msiisons et y trouvent bon accueil. Ils usent de tous les stratagèmes pour trontiper;ils emploient des cartes biseautées, des compères, qui, au moyen de signes convenus, leur font çonnsutre le jeu dé leurs adversaires. Us se couder-

Jtçfi^ cjuelguefyî^iclanal^m but avec une des firmes in^é^ regs^ridaqt: ces znanœuvf es coupa* hjte^^camtae des traits de malice et de ûnes^e, comme digs. ru^ de. guerre ^ ^ui témoignent de l'habileté 4'h^ joueur et de l'ignorance ou de la simplicité de ^!autr^, quoiqu'ils ^ tinssent , cependant pour ofkl?^f ^ (Quelqu'un venait, à leur reprocher publiquem^t l'iMyage de semblables procédés.^ .. Jl e^t certains salons^ du grand monde qui of&ent )es içémes scènes. L'escroc est ici un homme de lieUbes jnaijières, prévenant » ayant toutes les appar^encQSr d'un bon joueur, et impénétrable par sa profcâ^d^ dissimulation;

JL'on Qte» des daxues d'^n haut parage, habituées ^a.ces salbn3f oi](| ppiir parler plvis juste^ de ces infâ^pifs tripots , et associées par leurs coupables ^complaisances , au2^ turpitudes qui s'y commettent.

Paris n'est pas le seul théâtre des exploits de cette classe de malfaiteurs. Durant la belle saison, ils se rendent aux eaux de Baden, à celles de plusieurs autres villes de l'Allemagne, d'Aix en Sa.voie , et en général dans Içs villes où séjourne le plus grand nombre d'étrangers. Ces résidences ne sont pas moins favorables à la santé de ceux qui y viennent prendre les eaux qu'aux jouissances .^et aux passions des oisifs, possesseurs d'une grande fortime. Autour de ces derniers , viennent se

grouper les joueurs tes pAusi'éBoaimés de.TSuFapéb. Alléchés par Pespoir d'une brilUinte curée ^^nos aT^«. turiers arréteut le plan de leur v<^age de maniè)M à figurer -dans, le iieu où ils doivent re#ter mocneîrta^ nément, comme des hommça difitingués partout rang 9 leur fortune » et 4e choix élè^é de leurs reja? tions. S'ils ne. sont pas tijtrés /ik Vaffuhl^ût d'ui^ titre ; ils pareiit leur boutonnière d'une ou d€( pki^ sieurs décorations^ Dès le lendemain de*leur arrivéfif ih s'ipforixient du nom des personnel» les plus CQf^ sidéràbles qui fréqujsn&at les* bains ; Un dëpoafnlî des cartes chez celles qui passent.pour 'étpe adoopé^ au jeu. Us sont réservés , souples^ ûarsinusms a;fec elles; ils s^fforoeat de tour plaire, «et^'avaiit pen^ils sont admis dans^-leur familiarité. Us usent^ppiir les tromper, de stratagèmes semblables à ceux j^jo^ nous ayons indiqués plus haut. . '

lies .escrocs 4'éHte, dontnous^enons de tracer I9 portrait, appartienniBot tous à d^bonorables f anûllMi et qilelques-uns porteint ou ont porté des* noiQS m^ vironii6s d'une 'b#ute considérMîon. Apr^ av^gâr ruiné ou pressuré, leui's parens par l^nrs désordreSf ils finissent par se déshonorer, eu recourant à l'^Sr croquerie ^comme à leur dernière j*esj»ouree.

Les femmes qui s'adonnent a b filo^teri^ , au vol ou à l'esçroquerift^^euv^t se «diviser €» deuxii^la^ses

i48 mauxê QOitt uvbbht axa nLouTAis.

dntkictes : l'une se compose de femmes entraînées pftr la misère, et pàv Fôocaston, l'autre; de femmes qjàe Ifl cupidité et l'esprit de rapine excitent à s'approprier le bien d'autrui. Les mélBdts'quî pïrocèdent de la première dasse sont de purs acctdens qui cessent ;iTec le débùment des «fenunes malheureuses , àlkixqueltetf on peut les attribuer. Il n'en est pas de mAnedés méfaits commis par les yolbuses de professioh ; ée sont des attentats qui ont leur source dans des penchans dépravés et hostiles à la société : là filouterie et -le jo\ abondent dans cette dernière daiMie ,' tevol surtout.

' Panoâi lès femme» qui se livrant le plus à la filouterie, tt fent mettre au premier: rang les femmes publiées de bas étage. Avant que'la polii^e eût limité à'tine femme ou deux par maison de tolérance, le le nombre des femmes qui peuvent stationner sur la VQÎe publique/certaines rues étaiexit, dès la chute du jour, abandonnées à des essaims de ces femmes , qui abordaient les paysans , les selKdtaient , fouillaient, en se jouant, dans leurs poches, et leur dérobaient ou quelque pièce d'argent, ou leur bourse, ou même leur montre. Ce danger n'est guère à craindre maintenant que dans les cabarets fréquentés par cette espèce de femmes publiques. Les souteneurs étaient et sont encore les instigateurs de ces sortes

7EMflff£S QUI SK LIYRSITT A LAlPILOlTTERIE. l49

de vols, llfr scr coitinfettent principalement dan» led cabarets dont le quartier de la Gté est couvert^ les ouvriers -qui se laissent entraîner dans ces repaires , sont enivrés par des- souteneurs, oii par des voleurs qui liies livrent ensi^ite k des prostituées > et cellésKi ne se séparent jamais d' eux , sans leur -avoir dérobé leur argent-ou leur montre, ou , faute de mieux^ leur mouchoir. Lôr^ même qif ils ont échappé à la tentai tion de boire outre mesure, les ouvriers attirés dans ces cabarets infâmes* s'exposent à plus d'une chance périlleuse..

II* y a,>près de certaines barrières, des cabarets qui sont le théâtre de semblables méfaits. Le vol est commis quelquefois au dehors, à l'aide d^uii guet* apens oiirdi contre l'ouvrier par la* fille publique, de concert avec son amant, qui, d'ordinaire/ est voleur. Celui^i, assisté d'un camarade, ou tbut seul, suit lès pas de la prostituée, qui entraîne le malheureux ouvrier non loin du cabaret) dans tm endroit écarté. Au même instant, les voleurs fondent sur lui, et pendant que la fille prend la fuite, ils le terrassent sans peine,- parce qu'il est presque toujours à moitié iyre, et ils le volent.

Les ivrognes isolés dans les faubofUrgs, les barrières, ou dans les villages voisins de Paris, sont aussi les victimes des agaceries de certsânes 'pip3ti-

tiiée» infimes, qui les abordent gainent et qui les dévalisent tout en jcausant.

La Ëiiblesse propre au sei^e ne* lui permet pas de se;.Uvrer à d'autres vols qu'à ceuK qui exigent de Tadress^ manuelle et de la ruse, en même temps que de la di^ûmnlation»

Les domestiques sans plawiou se disant telles (i), trouvent dan^ cette <}U^é un prétexte pour s'introduire dans les maisons particulières, et pour y voler, soit de Targenterie^ foit d0s eCfets d'une certaine valeur. D'autres femmes pénètrent dans les bôtaLi garnis, co^ma modistes, marchandes à la toilette, pu à tout autre titre, pour y chercher curée, et ne sont pas «doins redoutable par leUr sang^froid et leur dextérité que les^voleurs les plus déliés.

Les magasins de nouveautés sont exposés aux entreprises d!une classci particulière de. voleuses (2). Celles-ci sont mises avec élégance, à moins qu'elles ne soient des fepimes de campagne* J)ans ce dernier cas, leur costume annonce l'aisancB. Elles prennent ordinairement la qualité de marchandes, cachent les objets, volés sous leur pelisse ou leur manteau, dont la doublure forme une poche assez vaste pour contenir plusieurs pièces d'étoffe. Quand elles n'ont

(l) Donneuses de bonjour.

{%) Détounaues. -

voleuses; ^ubs TdAxcExrmm* ^Si

pas de mapteauy * elles s^enveloppent d'un grand châle qui es{; très; ÊtYorable,,. par sop . ajaipleur^ k l'exécutioa de leurs projets. "Le^ jupons de .relief qui sont vêtues ^n pays^i;|nes sont pleins de aecret^ et de compariiimens destin^ à recevoir le butin^ U y a des vçleusesde cette catégorie qui ^e font àc^ compagner d'une l)onne postant un enfant |. dont la robe est fort longue. La bonne pose l'enfant 3ur le comptoir, et enlève avec Iqi les objets sur lesquels la maîtresse a jel^ son dévolu^ L'industrie de ct9» £emmei» e^t fertile en mille ruses»

. On rencontre chez Jes femmes qui subsistent ,dç rapines une espèce de vol (i) que nous avons d^k signal^y et qui;Consiste àiiaipe quelques emplettes che^ un marchand^ pour avoir l'oceasion de lui d^ rober «plusieurs pièces de mojmaie^ en lui demaur dant à échanger de l'oi* contre des pièces d'une jçwr taine effigie. Toute l'habileté de ces. voleuses fft dans leurs doigts, dont h^ souplesse et la force atr traçtive a quelque chose de mervèimux.

Quelques femmes . ne iK^ugissent pas d'emprunter les dehors les plus respectables pour, faire des dupes. Les unes prennent le miasque de la dévotion et de la bienfaisance pour s'introduira che:( des e{>clésiastîqueS|. dont elles décrocheiit Ja montre ou

(i) Vol à la carre, ' '

a5a FEMiiBS'QUi fiB-iiraENT A l'esckoquerie.

enlèvent 4a bourse en ua cUni-d'œil. D'autres \isi* tent des ind\gélDs honteux, à qui elles offrent d'interpûser leurs bons offices pour leur &ire avoir des secours; elles s'informent «¥ec uneappàreiité bonté de l'état de leurs ressources. Les malheureux, ayant à cœur de prouver qulls n'en imposent pas sur leui* dénùmeni , ouvrent leurs armoires, leurs meublés, pour intéresser enoore plus les femmes, qu'as croient être des dames de charité; et celles-ci, en affectant une commisération trompeuse/ profitent de ce moment pour s'approprier quelque bijou ou quelque autre clîose de prix se trouvant à leur piortée.

Il est ^es- femmes 'qui , sans voler directement, s^'associeat k dès bandes d^ voleurs, et les aident puissamment par leur concours: Elles fraient la voie aux voleurs, en étudiant les lieux qui doivent être le théâtre du crime, et en facilitant par leurs avis rexécution de l'entreprise. Elles veillent à ce qu'ils ne soient pas surpris durant l'opération; et elles participent quelquefois à celle-ci, soit en portant les objets volés, soit au moyen d'un expédient ou d'uil stratagème capable de distraire l'attention de celui contre qui le vol est dirigé.

Les cas d'escroquerie sont rares chez les femmes. Le délit de ce genre qui leur est le plus familier est

REGliLBI2ES;LB0ftftB£I<ATIONSAVEQLESVC»£lIRS. !i53

celui oà elles se targuent d'un crédit imaginaire pour procurer Ae» places -ou des secours à certaines personnes qui ajoutent foi trop aisément à leurs promesses trompeuses.

Les. receleurs forment le dernier anneau -de la chaîne des êtres ffîal&isans; ils jouent un rôle important dans l'histoirje du iiol^car ils en sont les iostrumensjes plus actifs. Ils entretiennent et encouragent Tesprit dfi rapine non-seulemeùt par l'achat des objets y aies f mais par leurs rapports avec les voleurs^ dont ils excitent la. cupidité et les passions • Ces indivi*^ * dus ne sont pas mo^ns dangereux pour la société que ceux qui vivent de ses dépouilles. Ils sont possédèsde l'atnour du lucre. Us pressurent les voleurs comme les maîtresses de maisons de tolérance pressurent les filles publiques. Le recelé est pratiquç surtout par les femmes, qui excellent dans ce genre d'industrie. Les marchands à la toilette s'en occupent d'une manière particulière. Elles comptent parmi elles des personnes d'une immoralité profonde et qui non contentes de leurs relations avec les voleurs, jouent un rôle très actif dans le recrutement des prosti-

tuées. Beaucoup de receleuses prennent la qualité de filles publiques, afin de déguiser sous le voile de la prostitution leur principale et criminelle industrie. H y a des receleurs qui n'achètent pas* de toute

5i54 nciiXbmyvxcM RBLATioffs àf se. ûss yolhurs.

espèce' dHni^&dduft* C'est par suite de oette circonspection qne les Toleurs associé» pal^ bandes bu par groupes confient le soin de 'vendre le fruit de leurs rapines à celui d'entre enxqnî estlë plusfami* lier avec leur receleur, car chaque bande a son receleur habituel* Ces sortes de négociations s'opèrent très [Couvent pendant la nuit.'

En cas * d'arrestatiôâi les Toleurs ne manquent pas de mettre k contribution le» receleurs par des Toies indirectes et ils en obtiennent quelques se - * <^urtt, ce qui n'a pas toujours lieu dans insistance ni même sans menace. La police profite avec empressement des rlévélations qui suivent ces menaces, lorsque les receleurs n'en tiennent pas compte et réfîiéenf de secourir lés prisonniers avec lesquels ils ont été en contact.

SECTION u.

Bléoiens qni serrent an jrccmtement de ki clfsse malfaisante. -^ Des condamnés libérés, placés soas la sarreillance de la police. — Des catégories dont ils se composent, nombre de chacone d'elles dans le département de la Seine , et notamment à Paris. — Evaluation da nombre des libérés en état de raptore de ban. — Mœurs des libérés. — Toleurs proprement dits, de leurs penclums à s'associer, bandes, leur or^nisation» • leur effectif , des chefs de bande , de l'affinité existant entre les manoeuTres de quelqaes>ans de eeux-ci et celles des malfaiteurs connus i Londres sons le nom de ^ros yoleoO. — Habitudes et genre de vie des yolenrs et filous. .^ Mœurs des voleuses.

Les vides, qui éciaircissent les rangs des voleurs, sont remplis par des. nouvelles recrues qui surgis-

LIB^RIÉS $VKVmJLàs A l^ARIS.; LEITR NOMBRE. |[âS6

sent de temps en temps de la #nge du viee ou par des condamnés libéréis. Gomme eeux-ci repairaissent très fréquemment dans les teiitati?ves criminelles qui viennent par .intervalle alarnler la capitale^ f ai cru devoir entrer^. à leur égard, dans qudques dé* tâils propres à faire connaître les prii^cipales caté^ gories dont ils se composent, le nombre d'individùà afférent à 'chaque x:^tégdrie ainsi que Tétat moral comparé deceUes-ci»

Dans le département de la Seine, il existait* an i^* janvier i836, 1867 libérés, soumis àla surveillan(ie de la police,' savoir r

Hommes.

Femmes,

Total.

Forçats

Réclusionnairëè.

Correcdoimels.

Totaux. iSjo 497 18.67

Sur ce dernier nombre, on comptait à Paris 17^1 inckvidus des. deux sexes appartenait aux trois. éatégoriès ci-dessus indiquées; les mouvemens d'en^ trée et de sortie* qui s'opèrent chaque année à Paris se balancent de telle sorte qu*bn peut affiri!nery que €5ette ville ne renferme pas, année cdmmune, au-delà de 1760 libérés de toutes classes. Dàn§ ce chiffre ne sont pas compris à la vérité, les libérés en

. a 56 ubIb^s ; auprcm^ jde bajk.

état de rupture de baB, mais, en évaluant ceux-ci à quelques centaines, on peut se Ê^ire une juste idée de la force numérique de cette portion de la classe des libérés, force qui au surplus à donné lieu . de la part de quelques écrivains, d'ailleurs éclairés, aux conjectures les plus hasardées et aux estimations {es plus &usses^

Les chiffres authentiques et précis que nous venons de poser , démontrent combien les idées du public, en xe qui cancQf ne les. forçats libérés , sont confuses et erronées. U na distingue pas , ou plutôt il ne connaît pas, les diverses classes de libérés, et il est enclin par un sentiment outré de délicatesse et d'aversion à ne voir dans ceux-ci que des forçats. A ï^aris, cette dernière catégorie ne forme guère que le quart de la mstese des libérés autorisés à y résider. !Non-seulement elle est moins nombreuses que celle des réclusionnaires, mais si l'on consulte le rapport fait au roi surl'administration de la justice criminelle en i836, on voit qu'elle compte moins de récidives. En effet, ce rapport établit que, pendant une période de cinq années (de i832ài836) sur 3,398 condamnés sortis des bagnes, 646 ont été poursuivis et jugés de nouveau, ce qui donné 19 récidivistes sur 100 libérés, tandis que sur 26,807 détenus sortis des maisons centrales, 5,488 ont été

MCpURS DES LIHBRÉS. %Bj

l'objet de poursuites et de coQdamnatîpns'ttouYell^ proportioB .qui fait ressortir u^plus grand nombve de libérés en récidive j c'est-^-dire, ai sur i-oo. La différence en .faveur des bagnes est d'autant plus re^ marquable, dit le rapport , que. la population dbs maisons centralci^ renferme des femmes , qui toiQ<* bent en récidive bien moins souvent que les hommes, et que dés^lors celte population sembleràk devoir offrir meins de cônda^ués relaps auè oelle des bagues. U est juste de convenir toutefois , que lés vols commis par les forçats libérés en état de récidive sont aceon^agnés de circonstsiDces pius graves que ceux quitsont imputés aux réclusionuair res placés dans la même position. Quoi qu'il en soft, malgré le, poids ée cette dernière, considération, l'espérience a mift^n lumière cette véfité, que le;réclu/> sionnaire et le correctionnel peuveUt être, beaucqup plus corrompus que l'homme sorti du bagne; d'où il suit qu'il a'y a pas lieu de tàpt s^ préoccuper de la catégorie à laquelle* les lii;iérés apparti^nenL C'est de rinflQence<què l'expiation a exercée suv-leur esprit et sur leur âme qu'il faut s'inquiéter et non pas de la nature de, leur ôondamnatipn.

Les mœurs des détenus élargis par. suite de l'expiration de leur {)eine ne portent pas l'empreinte d'un caractère particulier^ comme plusieurs, per-;

setflo» sembteraieiit. le croire. Ces détenus, auxcpds €Mi donne le titre de • libérés, n'o^t que deux partis à prendre lorsqu'ils sont mis en liberté; et^ soûs ce rapport^ on pèol: affirmer que leur avenir dé|^nd de lenr propre sagesse, ou plutôt de la direction bonne ioa mînivaise dé leurs penehans. Ou ila prennent rang parmi les travailleurs dont le grand nombre forme le fond de la Soeiété légale, oti ^ae liyrçnt lie nouveavi à leurs anciennes habitndes de désordre, et s'is^lient à la classe des malfiiiteurs. Bans le^premi€fk*'cas, ils vivent comme tout b monde, ib pratiquent les dévoila et les vertus de lear état ;- et par cela même , leur conduite n'ofire rifeû qui les différencie "dés masses. Dans te second eaa, ils deviennent membres d'un# société à paît, d*tine -commitoaûté ennemie de la société véritable; etdès«iors ils se^onfdamàentà vivre dans les mêmes agitations que les malfaiteurs qui composent cette société d'exception : ils fréquentent les piémes lieux, parlent Ja même langue, méditent et exécutent les nafêmes entreprises contre la propriété d*autrui^ qu'ils né savent ni ne veulent acquérir légitimement. Néanmoins, leur qualité de libëré n'imprime pas à leurs allures de malfaiteiirs une marque distinctive. Ils sont voleurs comme les premiers sont travailleurs, bravant l'infamie autant que ceux-ci la

voLEims; oftGAiTiïAtiôir vt vtfEGtst ras lAiroEs. 1S9

redoutent^ et fayaitt le travail avec non moiar^df résalution que les autfes en àiettènt à le- ré^ chercher. • ' • >.

Les voleurs ont un penchant décidé à s'assoeiéf pour l'exécution de leurs fnéfaité f ce penchant Mî constaté' par tous les doetimens officiels publiés êm l'administration de la justice crimiiEielte. Ils» agiimitt par petits groupe^ ou p*arl>ai!des* Ils ne'feont pas moins de deux, sauf ub petit nombre d'exceptiojift où ils procèdent isolénteat. Les bandes sont pli» ou moins fortes ; il en est (jui «comptent qiûns^e in4» dîviduSy et qiielques-unes uti plus grand, noknbra^ Chaque batide a son chef, qui, d'ordinaire^ «8t l'homme le plus entreprerùant et le plus bAbîkw Quand elles sont assez considérabtes pour former deux sections > le chef prinbipat prend la directioii d'une des siectfons ; et l'Hutre est confiée «w f^m habile après lui. Lés dédit sections mettent, en commun letir htttin particulier, 'tft elles en fant le partage. H y a des bhek de bande doaés d'une lieUo habileté, qu'ib soùt potir^nsi dire Fâitie dn oorps tout entier, et que letlr ^escouade est presque . toU^ jours celle qui apporte 1^ plus de butin. Si oes»m^ sé(rables prêtaient à fàebe dé firire chaque jour quelique exjiéditiôn, ils seraient pour la société de véritables fléaux. Bfeufeasemenk poof eUe^ ils se vei-

a6o MCEURS.DES GROS VOLRUBfi A PARIS.

posent jusqu'à ce qu'ils aient consumé au jeu ou dans ides partie^ de débauche le prodttlt tout entier de leurs rapines. On a vu de ces voleurs d'élite en* ^ronnés d'une espèce .de clientelle, et sollicités, pendant leur inaction , par des malfaiteurs faméliques y OU par ce qu'ils appellent des donneurs à^af-faites, ou <ourtier3*

DansJB nombre d^ cbeft de bande, il en est qui agissent avec la plus grande cifconspeçtion , qui organisent le vol j en préparent , en dictent Fexécution^ mais qui n'y: participent jamais eux-mêmes; ils sont à l'affût de$ occasions dont ils sont informés par des indicateurs à leur solde; ils étudient les moyens de les rendre fructueuse3^ et lorsque le moment d'agir est venu, ils se procurent des homm^ dont ils ont lieu de se croire sûrs^ et ils les mettent en mouvement pour la consommation du crime. Ces entrepreneurs, ces fauteurs de . rapine entrent en partage dans le produit du butin résultantde leurs prppres combinaisons; ils vivent retirés, se montrent économes et rangés : ils s'abstiennent de paraître dans les lieux pubncs hantés par les voleurs pour ne pas exciter les soupçons de la police. Seulement, ils consentent quelquefois à se réu- Bîr secrètement aux instrumens qu'ils emploient, lorsqu^à la suite d'une tentative de vol qui a réussi,

MOEURS DES GROS VOLEURS A LONDRES. a6t

ceux-ci s'égaient à la barrière, aux dépens dn xù$^ heureux contre lequel cette tentative a été dirigée. L'industrie de Ces bandits a quelque rapport âvee celle des malfaiteurs connus à Londres sous le nom de ^vos voleurs (sfùell cracksmén).

Les confédérations organisées et dirigées par ces derniers' offrent un assemblage d'élémens diven^ combinés et unis entre eux avec un profond calcul; Les auteurs de ces confédérations^ malfaisantes^ Cduverts- d'un voile mystérieux , se sont associés pour exploiter le vol sur un plan tout-à-fait neuf> Ik ont créé des cadres, une hiérarchie , des ^espions, «t <les agéns chargés des opérations manuellçs ^jse réservant pour eux-mêmes la parité moraie et intellectuelle de fenfreprise^ Les cadres sont remplis d'employés de différens ordres, quiolotdes attributions spéciales,

suivant le rang. qu'ils occupent dans la faiérardbie. Ils ne trempent jamais dans le délit matériel, non<phis que les espions. Geux-ci, répatidus dansie monde et bien vêtus, se contentent d'indiquer les occasions, les chances de réussite, les/p^ils à éviter et lesins'tans propices on dangereux pour l'exécution. LeS;iagens ne sont que des instrumens subordonnés àrl'employé dépositaire des instructions de la société. Il leur -est interdît par les statuts^ de se livrer à aucun vol se-' condaire , et ils .prennent rengagement de rendre

a6& MQBUJBS DIS GBOS yOUBURS A LONDE]EsJ

iximptedu.iruit de leurs irapioes^ avec une sévère exaetitttde , sous de% peines promptes et terribles. I/vaie de ces peine^i et qui n'eçt pas ]a moins redoutable, consista dans la dénonciation faite, par la société à la police ^ des sujets qu'elle veut sacrifier à sa vengeance. La police apprécie beaucoup les rens^nenqens qui lui arrivent par cette voie mystérieuse y ^ elle sait qu'elle tenterait vainement de remoqtar à la source dont ils émanent. L'agent ou le voleur est d'ailleurs fort l>ien traité; on pourvoit à ses besoins avec une certaine libéralité , même lorsque ïauvraga manque; et il a droit, tomme tous lês-membreflL de la société, à un, div;idende dent la ^ootité 'est réglée par- un tarif commun. Défenses loi sqnt imites de se mcmtrer dans les tavernes, afin de ne pas éveiller les soupçons cle la police, et ses instructions lui recommandent de ne se lier qu'avec des geQS bien Êunés. Les chefs de la société ne s'occupent que des travaux de l'administration ; ils reçoivent les renseignemens qui indiquent les vols à faire, traitent avec les espions, découvrent les secrets, tracent les plans de campagne, recrutent leur armée , protègent ses mouvemens et assurent sa subsistance en tout temps. Us affectent, au surplus, de fréquenter la bonne société , qui ne se doute pas de leur occupation véritable; et ils jouissent de la con-

rmxoBs ; i^aâits oimèRAtix de mob^rs. m63

sidération que donne «n Angleterre ce qu'on appelle le camfori. On compte à Londres deiix ou trëijis de ces sociétés anonymes de voleurs, qui vivent m!k la ville 9 pour me servir de la- locution anglaise^ . Les voleurs à Paris ont leur mèr€^ leur. logeiir> un idiome qui Itur est particulier et auquel il faut être initié pour le comprendre;^ cet ^argot est enseigné dans les prisons et forme le liçn conlmun de tons les voleurs. L'exercice du* vol constitue pamiv eux uii art, une industrie : voler ou travailler e'est tout iin* àleiursyeux. Us ont leurs courtiers, leurs receleurs: Une proportion de vol est ai^similée à unei> àflMrb; elle est négociée et par s^ite acceptée ou refusée, snivan t le caractère, les lisd^itudes et le degré d'iùi^ moralité de Celui à qui elle est faite. Les premiers mots de ces négociations sont souvent hasardés dans les lieux ou les malfaiteurs ont coutume de.se voir et de se réunir. -^ Parmi ces lieut de rendéi^ vous, nous citerons les deux qui sont les plus con^ nus; restaminet des quatre billards (i)et le Caveau (a). Les vcdeurs consommés se piquent de cou*naître et. connaissent en effet rorganisatmn déH grandes villes, ainsi que les replis et les détours de

(i) Rue de Bondy, derrière le Château-d'eau.

(a) Boulevard tin Temple, prèsle tbéàtïe de Frapconi.

Ces deux ctabUssemens sont pnacipakfiueni fréquentés par les jeunea filous.

d64 voleurs; tjeuuts g^ij^baux de mgeurs.

la fie sociale. C'e$t pourquoi ils sont si redoutables m^e à Paris, malgré son immense étendue. Ils ont d^^is leur costume quelque chose qui décèle leur métier et même la classe à laquelle fls appartiennent; c'esit la couleur «ou l-arrangement de k cravate, la forme du gilet, le .bourgeron, lamai\ière de porter la casquette ou le chapeau, et d'autres particularités qui tiennent à la mise ou aux allures de l'individu. Toutes ces eirconstances sont pour éuxd^ signes de recolmaissances et de ralliement comme elles sont des. traits de lumière pour les agens de police. On a remarqué depuis peu que les voleurs appartenant à la même bande se secouraient avec yn véritable dévoûment, lorsque un ou plusieurs d'entre eux venaient à tomber d^ns les' mains de l'autorité. Les éclaire.urs de la bande sont si vigilans et si adroits, qu'il en est qui ont réussi à faire parvenir de l'argent à leurs camarades arrêtés, jusque dans le corpsde-garde, où ils avaient été provisoirement déposés. "Lorsque les filous rentrent la nuit dans les garnis qu'ils fréquentent habituellement, ils se targuent avec effronterie de leur habileté et dépensent en raison du butin qu'ils ont fait. La mère et les logeurs se réjouissent avec eux de leurs exploits. Ces bandits s'abattent (Quelquefois dans leurs repaires par troupes comme des oiseaux de proie et font retentir

MGEVBS DES VOLEUSES. 265

le taudis 4es bruyans éclats de leur gaUé. Le quartier Saint* Honoré est l'asile favori .de cette espèce dé voleurs, parce* qu'il esta proximité des spectacles et des lieux les plus ani^iés de la capitale. Les autres catégories, celles qui habitent les quartiers de la Cité et des Arcis s'entourent de plus de circonspection et de mystère, à cause de la ns^ture de leurs crimes qui est ordinairement plus grave.

Au surplus, les voleurs sont d'autant plus audacieux dans un pays libre comme lé nôtre, que les lois y sont mieux observées . Ils savent qu'ils s'exposent à être frappés pai* ces lois , en outrepassant les limites qu'elles ont posées, mais ils savent aussi que les agens de la force publique ne peuvent se mouyoir contre eux que suivantdes règles fixes qui leur laissent par cela ihéme beaucoup de latitude pour l'exercice du vol. Voilà pourquoi ils se plaisent quelquefois à braver ces agens par des défis, se portant forts de mettre leur vigilance en défaut dans telle ou telle occasion donnée.

Les mœurs des voleuses ne diffèrent de celles des voleurs qu'à certains égards. Cette différence se rattache aux habitudes même de leur sexe. A part cela, elles ont des logeurs communs, elles parlent le ipême argot, et gravitent, pour ainsi dire, autour d'eux, comme appréteuses ou comme espionnes, à moins

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qa'elles ne selivrent à me nature particulière de vol, ce qui arrive firéquratunent ainsi que nous f avons tu. • La plupart des femmes sont poussées au vol par de mauvaises eonnaisianoes on par la misère qui suit l'abandon où leurs amans les laissent après les afoir enlevées à leurs Êiniilles. Leur position dans ee dernier cas est d'autant plus nudheureuse qu'elles se trouvent plus éliMgnées de leurs parens domici- Kéa souvent dans \e fond des départemens.

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