CLASSE DANGEREUSE
est de deux sous à cinq sous par nuit. Les logeurs qui les tiennent sont de deux sortes : les uns ne logent qu'à lanuit^ et c'est le plus petit nombre; les autres reçoivent des locataires aussi bien à la nuit qu'à la semaine, au mois et même à l'année. Le nombre de ces garnis, les plus infimes de tous , s'élevait au I*' juillet i836 à 243; ils contenaient ensemble une population d'environ 6,000 locataires ou soit 24 individus par maison. Les femmes, se livrant à la prostitution ou au vol, y entraient pour un tiers. 11 est à remarquer que le chiffre de ces maisons ^ qui composent la quatrième et dernière classe des maisons garnies décroît chaque année au profit des classes supérieures : ainsi le i"' juillet 1 8349 Paris comptait 327 logeurs de cette catégorie et en i835, sous la même date, 2&r seulement. La comparaison de ces deux nombres à celui de ^43 ci-dessus mentionné et qui se rapporte à i836, établit clairement une progressiop décroissante, ainsi que nous l'avons annoncié. Or, si l'on considère^ d'un autre côté que toutes les autres classes des maisons garnies offrent un accroissement sensible, il est permis de conclure de ces mouvemeiïs contraires que la classe pauvre va s'améliorant sinon au moral au moins au physique et peut-être sous les deux rapports à-la-fois. Les individus qui nous occupent ne demeurent
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pas exclusivement dans les garnis, dont nous venons de faire connaître la situation; beaucoup d'àmans ou de souteneurs de prostituées cohabitent avec leurs maîtresses, soit qu'elles logent en garni ou dans leurs meubles, enfin nombre d'escrocs, de filous et de voleurs parviennent à s'introduire dans des garnis bien famés au moyen de livrets en règle, car plusieurs d'entre eux sont en état d'exercer des professions utiles; là, ils vivent au milieu d'honnêtes ouvriers, tant qu'ils ont le moyen de payer leur loyer et qu'ils mènent une bonne conduite ; mais dès que leurs habitudes vicieuses viennent à percer et qu'ils cessent d^acquitter exactement le prix de leur location, ils sont renvoyés.
Les plus avisés et souvent les plus dangereux s'efforcent d'établir leur domicile dans des maisons particulières. Ils s'y montrent bienveillans, polis, rangés et se comportent de manière à faire certifier au besoin leurs bonnes mœurs par leurs voisins. Cette manœuvre est en outre un moyen d'obtenir des témoins à décharge, lorsque le masque sous lequel ils se cachent leur est enfin arraché et qu'ils se trouvent en face de la justice. Il en est de même d'une grande partie des voleuses.
On est porté généralement à croire que les escrocs, ainsi que les filous et voleurs qui logent en garni ,
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obaingeBt de gîte toutes les nuits afin de tromper )a vîgilapce de b police.. C'est une erreur, Tusage de ces sorlea de gens, à moins qu'ils ne soient réduits àla der^ nièremisère, est de demeurer dans un garni pendant une quinzaine ou une semaine, dont ils paient le loyer d'avance sauf à renouveler leur courte location ou à se transporter ailleurs s'ils le jngent à propos; plusieurs y sêjoforaent pendant trois ou quatre jours, seulement ils disparaissent pour faire quelque expédition hors ou dans Paris, puis ils reviennent dans letBr demeure accoutumée, la quittant ou la reprenant selon les occurrences. Ils ont d ailleurs, la res* source de changer de nom, ressource dont ils osent fréquemment et presque toujours avec Fappui secret des logeurs.
La police exerce une surveillancie très active sur tous les Uenx fréquentés par les filous et les voleurs de profession et en particulier sur les garnis où ceux«cî ont coutume de passer la unit ; néanmoins cette surveîHance tend plutôt à connaître le lieu de leur demeure habituelle pour pouvoir les atteindre, en cas qu'ils soient prévenus d'un délit ou d'un crime qu'à éclairer leurs pas chaque jour, ce qui serait impraticable* Tant qu'il n^ a pas matière à poursuite dans les actions de llbomme soupçonné de fraude et de rapine, l'administration ne peut rien
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contre lui. Ils se dSQent Tun de Tautre et s'observent mutuellement; mais ces rapports ne se révèlent par aucune démonstration directe ni offensive. Un tel homme n'aurait donc pas de raison pour changer constamment de demeure, car H ne par* viendrait pus à se sons t rai i*e à l'œil de la police qui suit avec une attention particulière sur les registre* des logeurs le mouvement des individus reçus danà ces sortes de garnis et dont elle, relève et conservé les noms.
Ce n'est que lorsque la police a recueilli , sur uù fait qualifié crime bu délit, des présomptions suffisantes pour autoriser des recherches et des pour^suites contré l'homme entaché de suspicion , ou ses pareils , qu'elle met ses agens en quête. De ce mo^ ment , et seulement alors , averti soit par le lo* geur, soit par ses complices s'il en a, soit par ses connaissances , l'individu recherché fuit de retraite en retraite, jusqu'à ce qu'il ait pu se dérober aux recherches dont il est l'objet, ou qu'il tombe soUs la main des agens chargée de Tarréter.
Dans un pays comme le nôtre où la loi seule règne, les malfaiteurs n'ont que trop de chances d'impunité. Tout conspire à les servir : la douceur de nos mœurs, qui ne nous permet de Voir dans cette classe que des malheureux condamnés à disputer
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leur liberté ou leur tête aux rigueurs de la justice,, eu telle sorte que nous paraissons assister à cette lutte comme des témoins désintéressés; Thumanité de nos lois, qui interdit aux agens de la force pu* blique d'enchérir sur les mesures de sûreté prescrites contre les ennemis de la société; en6n la discrétion extrême des logeurs, qui, pour, ménager leurs intérêts autant que la réputation de leurs maisons, repoussent loin d'eux tout soupçon de rece« voir sciemment des individus hostiles à la paix publique.
-^ Il résulte des détails dans lesquels nous venons d'entrer, qu'une partie de la classe dangereuse, et I c'est la partie la plus considérable, n'a pas de do* micile fixe^ mais que la mobilité de son séjour dans les garnis a des temps d'arrêt plus ou moins longs, selon les circonstances où elle se trouve.
La portion de cette classe qui demeure dans des maisons particulières se compose de souteneurs, de fraudeurs logeant avec leurs familles dans le voisi* nage des barrières, ainsi que des escrocs, filous, voleurs et voleuses dont nous avons fait connaître plus haut les manoeuvres et les calculs. Le nombre de ces derniers élémens de la classe dangereuse, et des fraudeurs, peut être estimé à 8,000.
Il nous reste à parler des receleurs. Ceux-ci, ayant
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intérêt à cacher leur funeste métier, s^efforcent de le déguiser sous les apparences les pins trompeuses ; en sorte qu'il serait difficile d'en assigner le chiffre avec quelque certitu^; mais il est à présumer que ce chiffre ne doit pas être moindre de 600.
Ce nombre vient clore Tignoble catalogue de la classe dépravée et dangereuse de la capitale. Il a été dressé h Taide de renseignemens^ dont plusieurs sont certains et irrécusables^ ainsi que l'on peut s'en convaincre en remontant à la source officielle, qui est la préfecture de police. Les autres documens ne sont que des approximations établies d'après de nombreuses recherches et des aperçus soumis à des hommes spéciaux , appartenant par leurs fonctions à la police administrative ou active. Ces aperçus ont été jugés aussi vraisemblables que peuvent l'être des aperçus créés sur de simples suppositions. Les* chiffres qui résultent de ces derniers documens sont ceux qui se rapportent aux filles publiques insoumises , aux maîtresses de maisons de prostitution clandestines, aux vagabonds, fraudeurs, escrocs, filous, voleurs, voleuses et receleurs. Quoique le chiffre des afnans et souteneurs de prostituées ne soit aussi que le produit d'une approximation, cette approximation est bien voisine de la vérité, si l'on
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considère qu'il n'existe pôs de prostituées sans amans ou souteneurs.
Tous les autres chiffres, je le répète, sont exacts.
Le total obtei^ par Taddition de ces difFérens nombres forme la partie la plus vile, la plus corrompue et la plus dangereuse des babitans de Paris. Ce total, qui est de 80,072 , étant ajouté au chiffre de 33,000, détaché de la portion vicieuse des classes ouvrières, compose le rebut tout entier de là population , et fait monter celui-ci à environ 63,ooo individus de tout sexe et de tout âge.
MOYENS NOirV£AUX b']IvALU£R , £TC. Ô9
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