CHAPITRE II
Indication des procèdes à saÎTre pour parrenir à la connaissance des élémens Tlcicnz on dangereux de la pop^qUition de Pari5. «m 'Relevés numériques par profession des ouvriers, ouvrières, apprentis, chefs de maisons de corn* mcrcc et commis marchands. —> Cadres de la hiérarchie indnstriclle. -"^Ob* stades insurmontables que doit rencontrer la statisti<|ue pour déterminer d\iprès des données' positives le chiffre de la classe Ticiesse. — Ces difficultés ne se rencontrent pas au même degré pour restim«tioii numériqua d«4 élémens de la classe dangereuse. — Parti que Ton pourrait tirer à cet égard des feuilles d'arrestation quotidiennes dressées à la préfeotur» de p«Uee» des états de situation des maisons gawies et du «ombre des plaintes portées à l'occasion des crimes et des délits.
Si quelque chose prouve combien les connaissances statistiques sont précieuses, alors même qu'elles manquent de certitude , c'est le résultat qu'elles produisent , et qui tend à substituer des es* timatioQs plus ou moins probables à des exagéra*» tions on à des erreurs^ et à mettre les esprits éclai* rés dans la voie de la vérité.
La théorie des probabilités n'est paa un guide à dédaigner dans le domaine de la statistique. Quand elle ne conduirait qu'à de simples aperçus, qu^à des conjectures, elle ne serait pas inutile; car ces formules diverses de ce qu'on appelle probabilité lais* sent l'esprit plus satisfait que des hypothèses plus
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OU moins hasardées, n'ayant d'autre source que les caprices mobiles de Timagination; et malheureusement , sur beaucoup de points qui intéressent les sciences sociales, les écrivains en sont réduits à des hypothèses de cette nature, lesquelles sont d'autant moins admissibles, qu'elles faussent l'opinion publique sur les choses les plus sérieuses et les plus digrffes de méditation.
Dans l'impossibilité où nous sommes présentement d'assigner des bases sûres pour parvenir à la connaissance des élémens vicieux ou dangereux de la population de Paris, nous essaierons d'indiquer les procédés qui pourraient servir à déterminer ces bases.
Le premier pas à faire dans la recherche de ces procédés doit avoir pour objet la fixation du nombre des ouvriers, des ouvrières et des apprentis, qui composent à eux seuls la presque totalité de la classe pauvre laborieuse. Espérer obtenir ce nombre à l'aide d'une meilleure loi ou de meilleurs régleraens sur les livrets, ce serait se méprendre, puisque, dans la supposition la plus favorable, on ne réussirait en définitive qu'à connaître le nombre des ouvriers, les ouvrières et les apprentis n'étant point sujets au régime des livrets.
Le seul moyen qu'il nous paraisse convenable
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d'employer pour atteindre entièrement le but proposé , c'est la formation de relevés numériques par profession des ouvriers, ouvrières et apprentis, lesquels relevés seraient dressés sur les listes nominatives d'habitans, faites tous les cinq ans, pour arriver au dénombrement de la population de la capitale. Ces listes contiennent les noms et prénoms, 1 âge, le sexe, l'état de mariage ou de non*mariage, la condition et la profession des individus recensés. Kous avons des raisons de croire que M. le préfet de la Seine a ordonné l'établissement des relevés dont nous venons de parler, d'après les pièces originales qui ont servi au dernier dénombrement. Ces relevés seront insérés dans l'un des premiers volumes de documens statistiques que ce magistrat se propose de publier. Ils feront connaître également le nombre des cbefs de maisons de commerce et des commis*marchands ou employés.
Les listes élémentaires du recensement de la population ne devraient pas servir seulement à cette fin. Il faudrait que l'administration en fît usage, en outre^ pour offrir dans plusieurs cadres les divers degrés dont se compose la hiérarchie industrielle, depuis le fabricant et le maitrç entrepreneur, jusqu'à l'apprenti; et comme Paris recèle dans son sein de nombreuses variétés de presque tous les arts in-
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dusliiels, ia confection dèoes cadres pourrait fournir aux philosophes et aux économistes la matière d'observations pleines d'intérêt, et profitables aa public en même temps qu'à l'administration.
Au'siîrplus, je ne dois pas dissimuler que Tadini^ nistration a senti avant moi cette nécessité; car, dans la série des mémoires statistiques dont elle a annoncé la publication dès iS^S, l'organisation de l'industrie à Paris est Tobjet de l'un de ces mémoires projetés. Espérons qu'un travail si utile et si intéressant Suivra dé près la confection des relevés namériques dont on s'occupe.
Le nombre effectif des classes ouvrières et des commis-marchands étant une fois déterminé, il serait facile d'en étudier le mouvement au fur et à mesure de chaque dénombrement de Paris; mais cette étude, suffisante pour constater les lois de h population , ne saurait rien nous apprendre quant aux élémens vicieux des classes qui nous occupent. La recherche et l'évaluation de ces élémens sont entourées de difficultés insurmontables. Il serait nécessaire d'abord de déterminer les limites dans lesquelles les vices à observer devraient être cir^ conscrits, car les différens vices dont Fétre humain est affligé sont sujets à de nombreuses gradations. Il faudrait ensuite pénétrer à toute heure dans les
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retraites où ces i^icea fermentent; eafio on serait obligé de connaître les individus de chaque profession réputés vicieux. Or, raccomplisseœent de semblable^ conditions serait abaolument impossible; et, dans la supposition où l'autorité serait à portée de le réaliser, il exigerait des mesures inquisitoriales, et un appareil de police qui révolterait à bon droit la population tout entière. Ces difficultés ne s'ap-» pliquent pas moins à la portion vicieuse des classes aisées» ainsi qu'à celle des classes pauvres. Elles seraient insolubles dans un cas comme dans l'autre*
La classe dangereuse se compose d'individus qui offrent beaucoup plus de prise à l'action de la po^ lice y. et dont l'énumération est susceptible , à cer<* tains égards , d'une estimation positive. On pourrait obtenir cette estimation à l'aide des feuilles d'arres* tatiofi dressées jour par jour à la préfecture de police ,^ des états de situation indiquant la population des maisons de logeurs fréquentées par la classe qui nous occupe , et de la masse des plaiixtes adressées à cette administration par les personnes au préjudice desquelles, ua délit ou un crime aurait été commis.
Il existe à la préfecture un registre statistique où chaque feuille d'arrestation des individus prévenus d'un méfait quelconque est analysée. Ce registre est
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établi sur un plan méthodique et permet de saisir d'un coup-d'œil toutes les circonstances qui se rattachent à Pindividualîté du prévenu et au fait qui a molivé son arrestation. Il remonte à i834. Quoique son établissement soit récent, il n'en forme pas moins un dépôt précieux, capable de jeter une vive lumière sur la force réelle ^e la classe dangereuse. Cette lumière n'est pas complète en ce sens que les documens relatifs à chaque individu s'arrêtent inclusivement au fait de la prévention. Néanmoins , il serait très aisé d'étendre ces documens jùsques et y compris la condamnation. Les rapports habituels de la préfecture avec le parquet du ministère public lui procureraient cette facilité. La seule cause capable de mettre obstacle à la continuation de cet intéressant travail serait l'insuffisance du nombre des employé». Il serait à désirer que M. le préfet de police pût obtenir du conseil municipal les fonds nécessaires pour classer et publier, à l'imitation du préfet de la Seine, non-seulement les faits statistiques concernant la classe dangereuse, mais aussi tous ceux que les branches nombreuses de son administration pourraient lui permettre de recueillir. La description statistique des faits administratifs présente une foule d'avantages qui intéressent tout à-Ia-fois les corps savans, le public et l'administra-