ES OUVRIERS
sité« Outre qu'il a pour effet de réparer ses forces affaiblies par le travail , il a le pouvoir d'égayer son esprit et de charmer ses peines.
Les sollicitations du cabaret ont tant d'influence sur le sort de l'ouvrier et sur celui de sa famille, qu'on ne saurait examiner avec trop de soin toute les circonstances qui peuvent le porter à céder à cet attrait. <^n jugera par là combien l'œil du maître eit nécessaire pour surveiller la conduite de ses ouvriers, autant que celle des chefs qu'il a chargés de leur di* rection morale et industrielle. Le chef-ouvrier est une dénomination générique qui s'applique au mai* tre-compagnon , au chef d'atelier, au contre-maître, sous-contre-maître, en un mot à tout individu commis par l'entrepreneur ou le maître de l'établissement pour diriger chaque escouade d'ouvriers dans 1 accomplissement de la tâche qui lui est assignée. Le chef-ouvrier doit se trouver le premier sur le théâtre des travaux , et le quitter le dernier* Ce lieu s'appelle ordinairement atelier ou chantier, soit que vous le placiez dans un endroit spécial et per« manent, dépendant de la maison de l'entrepreneur ou séparé de cette piaison, mais appartenant à ce dernier , soit que vous désigniez ainsi l'endroit où l'entrepreneur, d'après la demande de ses pratiques, envoie un certain nombre d'ouvriers pour
rexécution de tel ou tel ouvrage de sa profession.
Pour l'ouvrier employé dans une boutique, fabriqueou manufacture, il n'y a pas de travail extérieur, l'exercice de l'industrie est concentré sur des points fixes et qui ne varient jamais.
L'ouvrier se lève avec le jour, il se rend à son atelier ; chemin faisant, il rencontre un de ses camatedes qu'il n'a pas vu depuis quelque temps. On s'aborde , on propose d'un côté ou de l'autre d'aller boire, car, enj)areil cas, c'est une des premières idées qui viennent à l'esprit de l'ouvrier; il est ques« tion d'ouvrage, de l'entrepreneur chez qui l'on travaille; la conversation se poursuit le verre à la main, on reprend le chapitre de l'entrepreneur , on critique sa manière de faire travailler , de conduire les travaux , la parcimonie ou l'inexactitude avec laquelle il paie ses ouvriers. On parle de sa sévérité qui paraît outrée. Les deux interlocuteurs se piquent de payer chacun leur tournée , c'est-à-dire de répondre à l'offre d'un verre de vin ou d'un petit verre de liqueur par un retour. La critique suit son cours; du maître on passe aux contre-maîtres, puis aux compagnons eux-mêmes; l'heure du travail arrive sur ces entrefaites ; l'un des deux ouvriers craint de recevoir des reproches mérités , soit de l'entrepreneur, soit du chef-ouvrier, s'il se présente à l'atelier;