CHAPITRE m
Des joueurs. — PriTAtioas qa^iU'.iInpOMat pour MtUfiûn leur piubo. — liear» nfpoTtosoit daiu les ganib, aoit ciaiu!l«s mtiioM dt jmi «▼«€ les élémea* les plos d^rarrs de U classe ^ideosa. — Malfaitaers adaBaés aa jeo. — Traits raractMstiqBes de la fiurear da jaa dans les prisoas.
La condition des joueurs est sujette à tant de vicissitudes et à tant d'égaremens qu*il n^est pas étonnant que la société, et que Tautorité publique préposée à sa garde, les considéré comme des hommes dangereux. Le jeu est une des passions auxquelles la classe vicieuse se livre avec le plus d'ardeur. Les individus de cette classe qui sont dominés par Taniour du jeu> deviennent tôt ou tard TefFroi de tous les gens de bien; car ceux-ci travaillent pour écono' miser leur superflu, tandis que les premiers ne travaillent que pour assouvir leur passion; et comme cette passion est la plus tyrannique et la plus dévorante de toutes, il n'est pas d'excès dont elle ne les rende capables.
Parmi les joueurs de profession, il en est qui ne sont préoccnpés que du besoin de jouer (je parle
des joueurs de bas étage ou de ceux qui appartiennent à la classe lettrée, mais nécessiteuse). On dirait que Tactivité de ce besoin absorbe en eux tous les autres besoins, même les plus impérieux ; ils retranchent le plus qu'il e$t possible, sur leur nourriture, sur leurs vêtemens,sur leur coucher, afin de fournir k leur terrible passion; ils fréquentent les mau- ^ vais garnis, ils emploient- la plus forte partie du produit de ieur travail, à tenter les hasards du tapis vert , et ils dépensent à regret une pièce de deux
sous pour reposer leur tête sur de la paille pourrie
ou sur des chiffons souillés de&nge« Telle est pourtant li9ur destinée de chaque jour, destinée qui les ravale^ AU niv^u des vagabonds et des voleurs , fan^iliers des mêmes repuires.
Cette communauté d'habitation, ces rapporte avec le rebut de la société, secondent puissamment les pediicièuses influenoes de la passion qui les subjtigue* Privés souvent de leur dernier écu par les éoups du sort, et sollicités par la passion, cause de leur infortune, ils se jettent dans la carrière du crime, à la suite des veneurs qui halutent avec eux sous le même toit , ou qui éprouvent comme eux les tourmens de l'amour du jeu. Cette extrémité est, k là longue, le partagé de Ul plupart des joueurs. Auasi les préposés d6 la poUce sont-'ils tous encUus
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à mal augurer de cette classe d'hommes, dont ils ne parlent qu'avec une profonde commisération , et comme de gens défoués au crime.
Le jeu est une des passions les plus tenaces chex las mal&iteurs. Ces hommes, qui vivent 4e si pea lorsqu'ils ne trouvent pas Toccasion de dépouiller IfiS honnêtes gens» sont emportés par la fureur 4e dépeoser, lorsque quelque ri^ine inattendue les a mis en possession d'une somme un peu élevée. Pour* suivis sans cesse par la crainte d'être découverts «t arrêtés par la police, ils se bâtent de jouir. Les émoitions brûlantes du jeu sont une de leurs plus chères délices; la débauche et la gloutonnerie viennent ensuite. Voilà pourquoi la police , malgré toute sa diligence et tous ses efforts, ne parvient que très rarement à saisir intact le fruit de leurs méfaits. Cette cruelle passion du jeu les obsède jusque dans les prisons , et les entraîne quelquefois à des excès qui tiennent de la démence. On cite des prisonniers qui, après avoir perdu en un instant le produit d'une semaine de travail, n'ont pas craint, pour assouvir leur passion , de jouer par avance le pain qui devait les nourrir pendant un mois, deux mois^ et même trois mois; et, ce qu'il y a de plus surprenant, il s'est rencontré des hommes assez féroces pour guêter, pendant la distribution des vivres,
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ceux dont ils avaient ainsi gagné la nourriture, et ne les quitter qu'après leur avoir arraché le morceau de pain dont ils ne pouvaient se passer sans souffrir (i). J'ajouterai un dernier trait qui mon« trera jusqu'à quel point le délire de l'amour du jeu peut aveugler un être raisonnable. Les médecins de la maison centrale du mont Saint-Michel ont observé un condamné qui jouait avec une telle ardeur, qu'à l'infirmerie, tout malade qu'il était, il livrait aux chances du jeu la ration de bouillon ou de vin qui lui eût été si nécessaire pour rétablir ses forces épuisées. Ce malheureux est mort d'inanition, (a)
( i) Voir l'Analyse des réponses des directeurs des maisons centrales de force et de correction y à diverses questions {xisées par le ministre de l'intérieur , iur les effets du régime de ces prisonSy page 8o.
(a) Id,f page 8i.
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