‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 26 sur 58 · SECTION · texte numérisé non relu

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L'inscription a pour objet de constater l'individualité de la fille ou de la femme^qui se livre à la prostitution, et de mettre ainsi les inspecteurs à portée de Tatteindre, en cas de désordre ou de dé- Ut réprimé par la loi. La personne inscrite , sachant qu'elle est soumise à une surveillance constante de la part des agens de la police , s'abandonne moins aisément aux excès presque inséparables de la prostitution j et n'espère pas échapper aux poursuites lorsqu'elle se rend coupable de quelque délit. L'inscription déclare le fait de la prostitution, mais elle n'accorde pas ^autorisation de se prostituer, ainsi qu'on le croit communément.

La fille qui se présente pour réclamer son inscription, ou qui est amenée par les idspecteurs, comme insoumise, pour être inscrUe d'office, est majeure ou mineure.

Si elle est majeure et qu'elle «e paraisse pas dé-

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nuée de bons sentimens, Vadministration emploie tous ses efforts pour la faire rentrer dans sa fiamille. L'interrogatoire qu-elle lui fait subir Téclaire ordi* nairement sur sa conduite antérieure, elle juge par les réponses (qu'elle obtient si c est le dépit ou le désespoir qui lui a suggéré l'idée de se prostituer ; enfin elle ne procède à l'inscription qu'avec une sage maturité, et lorsque tout espoir de réconciliation avec la famille est perdu.

Celle-ci n'est pas toujours domiciliée à Paris. En effet, il arrive souvent que la personne à inscrire, séduite par un attachement passager, a fui son pays natal pour suivre Imdividu quia su lui plaire; amenée à Paris, et ensuite délaissée , cette malheureuse est contrainte, pour subsister, de se faire inscrire sur le registre de l'infamie. D'autres fois, voulant cacher une première &ute , elle s éloigne de sa famille et vient dans la capitale, ou d'elle-même, ou attirée par les conseils d'une amie , qui , vouée à la prostitution, l'encourage à suivre ^on exemple. Je pourrais rappeler un grand nombre d'autres circonstances où des filles, étrangères à Paris, demandent à y exercer le métier de prostituées.

Dans tous ces cas, l'administration use d'une grande circonspection. Dirigée constamment par un but moral, il n'est pas rare qu'elle refuse l'in-

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scription ) du moment que la fille n'est pas perver« tie, et qu'elle est saine. £llefait plus : pour préserver celle-ci des pièges de la prostitution clandestine, et pour lui ôter d'ailleurs tout prétexte de rester à Paris, elle lai donne un passeport et des secours de route y afin de la mettre en état de retourner dans son pays.

Lors même que l'administration ne croit pas avoir de motif pour prendre ce parti y elle n'inscrit définitivement la fille majeure qui se présente, ou que Ton amène devant elle dans ce but, qu'après avoir demandé au maire de la commune où cette fille est née son extrait de naissance, sans frais. Cette demande, quoiqu'elle laisse dans le vague la mesure qui en est l'objet, par respect pour la libre volonté de la fille, ne peut manquer de donner l'éveil à la £simille consultée par le maire pour abréger ses recherches; et si elle est toucbée des dangers auxquels la fille, affrandiie de surveillance , est exposée dans Paris, il ne tient qu'à elle de négocier son retour avec l'administration , par l'entremise du maire, ou directement. Le préliminaire de l'envoi de l'extrait de naissance étant une formalité presque générale, il en résulte que les parens sont constamment avertis, par suite de cette circonstance, du lieu où «e trouve leur fille, et sont mis ainsi tacitement en

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demeure de tendre la main à cette dernière^ quand elle est encore sur le bord du précipice.

Si la pièce est envoyée sans observations faites par la famille, ou en son nom, rinscription, qin n'était que provisoire , devient définitive.

La conduite de Fadministration est tout autre à l'égard des mineures. En écrivant au maire ^ on lui annonice qu'une jeune fille de sa communei n'ayant poifit atteint l'âge de majprité, a demandé son inscription sur le contrôle des femmes publiques; on l'invite à s'informer de la position des parena, et des moyens qu'ils prendraient pour assurer Le retour de la jeune fille auprès d'eux, dans le cas où ils voudraient qu'elle leur fut renvoyée. £n. attendant Leur réponse, elle est mise au séparé dans la prison de Saint^Lazare; et lorsque les parens ne la réclament pas, ce qui a lieu très souvent, elle est inscrite définitivement sur le sommier général.

Les filles mineures, dont la famille résida à Paris, sont traitées avec la même sollicitude. On appelle les parens à la préfecture de police, pour le$ engager k pardonner à leur enfant. L'intervention de l'autorité amène quelquefois entre eux des rapprochemens; mais ces rapprochemens ns sont pas toujours durables; les fautes et les arrestations des jeunes filles se renouvellent, et leurs familles ayant

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rompu désormais toute relation avec elles, il de^ vient nécessaire de les inscrire.

En ce qui concerne les mineures placées sous la tutelle légale de Fadministration des hospices, la préfecture de police s'entend avec cette administration, avant de se résoudre à les^ inscrire; elle les détient provisoirement dans un lieu séparé, jusqu'à ce que le conseil général des hospices ait pris une détermination k leur sujet. Cette détermination tend le plus souvent à provoquer leur mise en correction; et lorsque œne-ci est prononcée par le président du tribunal civil , les filles qui en sont l'objet sont renfermées, pour un temps plus ou moins long 9 dans le couvent des Dames de Saint-Michel. La durée de la détention varie d'un mois à six mois. Si cette mesure de rigueur ne les ramène pas à de meilleurs sentimens, Tadministration des hospices n'a plus de motif pour mettre obstacle à leur inscription , qui alors est ordonnée.

Il serait impossible, au surplus , en raison des bornes de notre travail, de faire connaUr^ avec une certaine étendue les règles qui dirigent l'administration dans ses rapports avecf les mineures. Ce qu'il y a de certain , c'est qu'elle procède avec autant de discernement que de prudence, et qu'elle n'autorise ^inscription qu'après avoir épuisé le? res-

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sources de la temporisation la plus patiente , et reconnu que la fille est vouée définitivement au vice.

En parlant de Tenregistrement des filles publiques, je ne dois pas passer sous silence la déclaration par laquelle elles s'engagent à se soumettre aux réglemens sanitaires, ainsi qu'aux mesures de surveillance prescrites à Tégard des prostituées. Cette déclaration, formulée par l'autorité, et suivie de leur signature, ou revêtue d'une marque par celles qui ne savent pas signer, est d'une grande importance, d'abord, parce qu'elle imprime une sorte de légalité aux punitions qu'on est incessamment obligé de leur infliger, sans contrôle comme sans appel; et en second lieu , à. cause de la force s^ttachée dans l'esprit des filles à l'espèce de lien contractuel que leur signature ou leur marque apposée au bas de la déclaration a formé entre elles et l'administration. £n effet, cette opinion facilite puissamment rezercice 4e la surveillance , et elle a en même temps pour résultat de retenir les filles jusqu'à un certain point sur la pente du désordre.

Les classes de la société, oans lesquelles la prostitution se recrute principalement, sont celles des artisans. Les filles de ceux-ci se vouent, comme leurs pères, à la culture des arts industriels , et leurs pro«

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fessions se divisent autant que le travail. Toutes ces professions y dont Téchelie est immense ^ sont plus ou moins affectées par la prostitution , qui semble avoir établi son foyer le plus actif dans les ateliers et les fabriqués. Aux classes ouvrières il faut ajouter certaines catégories de professions qui sont égale» ment accessibles à Tinfluence du même vice. Elles se composent de marchandes de fleurs, de fruits, de légumes et d'autres objets qui se vendent sur la voie publique, djs saltimbanques, d'écaillères , de filles dites de confiance et de boutique , de femmes de chambre, cuisinières, bonnes d'enfans, baigneuses, domestiques, de potières et tuilières, de chiffonnières, journalières, jardinières, laitières, bu* cheronnes, vigneronnes, vachères, bergères, etc.

Un tableau numérique, par âge, a été dressé, par Parent-Duchâtelet (i), de 3,a48 prostituées, au 3i dé* cembre i83i. Dans ce tableau, les chiffres les plus élevés sont ceux qui se forment des filles âgées de i6 à 28 ans. De i4 à 28 ans, le chiffre suit une pro^ gression croissante; et de 28 ans à 4o, une progression décroissante. Dès ce dernier terme , la progrès* sion va en s'affaiblissant d'une manière toujours

(i) De la Prostitution de la ville de Paris^i^ édi>., Paris, i837, ^ome I**^,

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