DE LA PHOSTITUTIOW PUBLIQUE
reaux de la préfecture de police, apporter en personne les réclamations de leurs maîtresses et les appuyer de leurs instances.
Ces diverses circonstances et beaucoup d'autres, jettent une triste lumière sur les désordies des classes élevées de la société, et prouvent que si la médiocrité et la pauvreté ont leurs plaies^ la richesse et le rang ont aussi les leurs, qui ne sont pas les moins hideuses.
Les filles de la classe moyenne sont moins désœuvrées que celles dont nous venons de parler: elles exercent des métiers, travaillent dans les ateliers ou vendent dans les rues. Elles prennent leurs amans parmi les commis marchands et principalement parmi les garçons tailleurs. On peut y joindre les ouvriers-bijoutiers et orfèvres, les garçons perruquiers, les musiciens ambulans et des guinguettes, ainsi que les marchands de contremarques, dont la plupart vendent des gravures ou des livres obscènes et 86 livrent au métier de filou.
Les filles du second degré sont peut-être les moins corrompues, en ce sens, que plusieurs allient h la prostitution le goût du travpil et de Téconomie. Nous connaissons de nombreux exemples de ces filles qui placent à la caisse d^épargnes ou qui sont parvenues à se créer une petite Industrie qu'elles
l68 DE LA PROSTITUTION PUSLIQUE.
soutiennent avec le faible capital qu'elles ont amassé; d'autres, qu'il ne faut pas confondre avec les infortunées dont nous avons parlé au chapitre des ouvrières, puisqu'elles font profession de se prostituer, cg que celles-ci ne font pas; d'autres dis-je, ne pouvant subvenir, avec le produit de leur travail, à leurs besoins et à ceux d'un père ou d'une mère âgé ou infirme, traâquent de leurs charmes pour faire subsister leurs parens. Cette dernière considération leur procure des égards dans la prison, et l'avantage, en cas de bonne conduite, d'être portées sur la liste des grâces, préférablement à d'autres.
La dernière classe des prostituées appelle la plus sérieuse attentionné la part de l'administration, car c'est dans son sein que fermentent les plus mau« vaises passions , outre qu'elle est le centre autour duquel se groupent toutes les espèces de malfaiteurs. Je ferai connaître plus tard le penchant qu'elles ont pour le vol, ainsi que leurs rapports avec les voleurs de profession, soit comme receleuses, soit comme complices dé leurs vols, par les indications ou l'assistance qu'elles leur fournissent. Je me bornerai à signaler par quelques traits les circonstances qui caractérisent la prostitution de ces femmes.
£lle$ se montrent partout où il y a des prostituées, mais elles fourmillent dans les quartiers de h
]3E LA PBosTiTirrioir PUBUQUE. 169
Cité, des Arcis, Saint-Jacques, et en général dans les rues voisines des places ou des lieux publics où la population ouvrière se rassemble. Plusieurs d'entre elles y indépendamment de la banalité de leur industrie, ont pour amant utile un ouvrier^ dont elles reçoivent la meilleure partie du salaire^et un amant heureux ou souteneur à qui ce salaire profite, et qui, le plus souvent, est un ancien repris de justice. Les forçats et les réclusionnaires libérés recherchent les femmes de cette espèce, comme maîtresses, et la pro* tection qu'elles en attendent dégénère presque ton* jours en tyrannie. Quand un ouvrier, attiré par les invitations d'une de ces prostituées, se laisse entraîner dans un cabaret, le souteneur s'attable avec eux, excite à la dépense et, dès qu'il, s'agit de payer, il ' exige que le simple (c'est le nom que l'on donne à ces ouvriers) paie pour tous. Cette exigence ou plutôt cette contrainte est appuyée, au besoin, de menaces et de coups. S
L'attachement des prostituées pour leurs amans est passionné et va, chez plusieurs, jusqu'à l'exaltation. Dans la classe inférieure et grossière , les invectives, les mauvais traitemens, les coups et les blessures, qu'elles reçoivent de leurs souteneurs, ne sont pas capables d'altérer la vivacité de cet attachement ; elles attribuent à ceux-ci leur grossesse,
lyO UE LA PROSTITUTION PBBtIQUfi.
à l'imitation des filles des degrés supérieurs, et les lettres qu'elles leur écrivent de la prison se font remarquer par des protestations d'amour et une convenance de langage qu'on est surpris de rencontrer dans le commerce intime d'êtres aussi dégradés. Cet amour, quelquefois trompé durant leur détention, occasionne entre elles et leurs rivales des querelles suivies de coups, et Ton a vu de ces mal* heureuses, transportées de fureur, se précipiter sur leurs aman3, un couteau à la main, et les en frapper.
Le rôle utile que les souteneurs remplissent à legard des prostituées , , consiste à veiller sur elles quand il est de leur intérêt de contrevenir aux réglemens de pcflice en se montrant à des heures indues sur la voie publique , ou en pénétrant dans des localités qui leur sont interdites; s'ils aperçoivent un inspecteur, ils en préviennent les filles et les font disparaître, mais leuf avis n'est pas toujours opportun ; ces filles peuvent être prises en contravention; alors une dispute s'engage entre le souteneur et l'inspecteur, et si ce dernier veut donner suite à la contravention, il doit s'attendre àunelwt'^ violente dont il ne sort pas toujours avec avantage.
Nous avons indiqué au chapitre II , le nombre des maisons de tolérance qui existaient dans Pari* Ces maisons sont de deux espèces: les unes contien*