COMME MOTCN DE MORALISER LES MASSES
et de froissemens. Elles suscitent des plaintes réciproques, et des embarras que l'administration s'exagère peut-être un peu, en ce qui la concerne. Pourtant, lorsque ces sociétés ont à leur tête un homme sage, éclairé, jouissant de l'estime publique , il est rare que ces dissentimens aient des suites sérieuses. Il dépend de l'administration d'influer sur le choix du président de ces sociétés et sur la composition de celles-ci, en provoquant elle-même leur établissement, suivant les besoins des localités, et en offrant au dévoûment des vrais amis du peuple, un point de ralliement, un centre honorable dans, la personne d^un citoyen considéré par son caractère, ses lumières, sa position sociale; tel, en un mot, qu'il eût été choisi par \§ suffrage unanime de ses concitoyens, si ce choix n'avait été prévenu par la désignation de l'autorité elle-même. En. tout cas, il appartient à celle-ci de discuter le choix de la personne, sous les auspices de laquelle la société s'est formée , si elle y est demeurée étrangère originairement et n'a été appelée à en connaître que pour approuver les statuts de l'association.
D'après l'étude que j'ai faite des mobiles qui font agir les classes laborieuses, je suis convaincu que le gouvernement a autant et plus d'intérêt que ces classes à l'existence et au crédit des associations
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libres de bienfaisance. Elles font pour lui Toffice de bouclier, de corps de bataille, à l'égard des associa-* tions illicites. Elles prennent sous leur tutelle, sous leur direction bienveillante et utile, les ouvriers laborieux, les instruisent de leurs devoirs en défendant leurs intérêts , et améliorent leur moral en même temps que leur condition. Le commerce que k bienfaisance établit entre le riche et le pauvre apprend aux diverses classes de la société à se con-^ naître et à s'estimer. Le dévoument volontaire et désintéressé du riche pour le pauvre touche ce dernier et l'affectionne à son bienfaiteur, de même que la frugalité du pauvre , les efforts continuels quïl feit pour gagner sa vie, et sa résignation pendant les jours difficiles, inspirent au riche nfn-seulement un vif désir d'assister sa misère, mais un sentiment d'estime et de respect qui ôte au secours le caractère humiliant de l'aumône, et au travailleur malheureux les dehors bas et importuns qui déaho* norent quelquefois l'indigence.
Si Tadministration peut aider puissamment par ses prévisions et ses mesures au soulagement des crises périodiques et inévitables qui affectent Kndustrie, la presse, par ses relations quotidiennes el de tous les momens avec les diverses classes de la populatimi , n'est pas moins capaUe de s&ryir Fin*
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du Strie par les faits qu'elle recueille , par «esTUies d'aroélioration et par ses avis*
La presse fie divise eu deux grandes sections c Tune représente la presse centrale, et l'autre la presse départementale. Outre ses propres corres^ pondans j la presse centrale est utilement secondée par les journaux de département, qui observent et surveillent les hommes comme les choses dans rétendue de leur circonscription. Ces journaux s'éclairent mutuellement » par les nouvelles qu'ib contiennent, sur les localités non soumises à leur surveillance particulière; ils puisent dans la presse centrale les documens généraux. Ce flux et ce reflux perpétuels de faits et d'idées qui forment le mouve* ment et la vie de tous les organes de la presse, se manifeste dans tous les pays libres : c'^t un des plus beaux attributs de la liberté civile.
Comment avec tant de moyens d'enquête , tant de sources de lumières, la presse s'est-elle abstenue jusqu'ici, d aborder cet immense sujet de l'industrie? îfous l'avons dit ^ c'est qu'elle a subordonné cette dernière à la politique, tandis quelle devait s'établir immédiatement sur son domaine pour l'éclairer et le féconder.
Il est évident que le plan suivi par la presse ne répond à aucun des besoins des nombreux^ageos de
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rindustrie. Il comprend les principaux objets qui intéressent les sciences politiques, et en général, les arts de l'esprit ; mais les questions qui se rattachent à l'industrie considérée dans ses diverses branches , n'y sont touchées que par accident , et pour ainsi dire, par fantaisie. L'ouvrier et l'entrepreneur y chercheraient en vain, pour leur instruction industrielle , cette suite de dissertations lumineuses qui abondent outre mesure sur les sujets politiques. Ce n'est qu'en assignant à l'industrie une place déterminée et permanente dans les colonnes de la presse^ que les écrivains dévoués aux intérêts populaires pourront concourir utilement au développement et à la prospérité, de ces intérêts.
En reléguant dans les traités les discussions générales d'économie politique , qui ne résolvent jamais aucune difficulté positive , les journaux quotidiens devraient soumettre à leur examen les questions spéciales et usuelles qui naissent de Texercice de chaque industrie. Cet examen aurait du prix , non-seulement pour le producteur de quelque rang qu'il fut , et pour le capitaliste , mais aussi pour le consommateur.
A une époque comme la nôtre , époque dont le travail est tout à-la-fois , le symbole et la gloire , on a lieu de s'étonner que la presse n'ait pas donné à
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Tindustrie, la première place parmi les objets sur lesquels elle a coutume de s'exercer ; j e prends ici le mot «industrie dans son sens le plus étendu, c'est-à*dire comme une appellation qui embrasse l'agriculture , les manufactures et le commerce. Quel champ plus vaste et plus fécond, en effet, pour les journaux quotidiens, que ces matières importantes ! Ils pourraient éclairer l'autorité en publiant une foule de faits utiles, et s'éclairer à leur tour des publications périodiques faites par ses soins sur diverses branches de l'économie politique. Cet échange de lumières pr(^terait à tous les lecteurs des journaux, détruirait beaucoup de préjugés, et mettrait en circulation des idées positives et exactes sur les intérêts les plus vitaux de la population. Le producteur marcherait d'un pas plus sûr et plus hardi dans la voie de la production , le capitaliste placerait ses fonds avec plus de discernement et de sécurité , et la foule des consommateurs qui n'est autre que celle des travailleurs , serait moins exposée aux manœuvres immorales de la cupidité et de la fraude.
L'industrie manufsicturière , comme moyen de travail, est sujette à des imperfections et à des intermittences, qu'aucune force humaine ne saurait maîtriser, parce qu'elles tiennent à sa nature : essayer de les guérir, ce serait tenter l'impossible. Les voies
38a Njâcassrré èe TRAYAiL^n au FBMPEciroinvsiEEST
diplomatiques internationales conduiraient peut-être à des améliorations partielles^ profitables aux classes laborieuses; mais la difficulté serait d'assurer J exécution des traités qui auraient stipulé une amélioration f non pas de puissance à puissance, mais d'industrie à industrie. Le mercantilisme , entraîné et perverti par la cupidité individuelle , parviendrait à tromper peu-à*peu la prévoyance des pari les contractantes , à rendre nulles les garanties qu'elles se seraient donnée^^ et à faire prévaloir en définitive le hasard de la spéculation, sur la sécurité d une position arrangée par de prudentes négociations. Je ne parle pas d'autres inconvéniens, dont Feffet serait de place? les peuples , entre lesquels de semblables traités seraient intervenus, dans un état d'infériorité relative à l'égard des peuples qui y seraient demeurés étrangers, et qui, forts d'avantages dont les premiers se seraient volontairement privés pour allégerle poids du travail et adoucir le scwt de l'ouvrier^ leur exposeraient une concurrence qu'ils ne pourraient soutenir, les moyens de production n'étant pas égaux eotre tous. L^indu&trie manufacturière est indispensable dans l'état de paix à la vie des peuples, et pourtant elle les menace par intervalles de perturbations profondes , que la science ne pourrait conjurer, et qui peuvent se résoudre en catastrophes terribles. Les cob-
vulsions intérieures qui agitent F Angleterre, et qui semblent frapper d'épouvante ses hommes d'état, n'ont pas d'autre cause que ces perturbations; je me trompe, je dois ajouter que les vices inhérens à la constitution de la propriété foncière dans ce pays, ne sont pas étrangers à la plaie qui le mine, et cette dernière circonstance imprime un caractère tout particulier à sa situation.
La France, malgré ses dissensions politiques , repose sur un sol plus ferme, parce que le soleil de la propriété , si je puis m'expriraer ainsi , y luit pour tout le monde. Cet avantage inestimable diminue les privations et les dangers produits par les crises industrielles, lesquelles n'atteignent que la surface de la société , tandis que , chez les Anglais, elles ont leurs racines dans les entrailles même de celle-ci.
Quoi qu'il en soit de la position respective des deux pays , et bien que la supériorité intrinsèque appartienne à la France , il n'en est pas moins très urgent d'organiser chez nous des moyens de travail et d* existence pour les mauvais jours de l'industrie. C'est aux économistes à proposer leurs vues, comme j'ai proposé les miennes ; c'est à la presse à les discuter et aies améliorer par des études continuelles; c'est à l'administration à réaliser les projets utiles, et à les réaliser à propos.
384 I>B Ii'oRDRE DAirS SES RAPPORTS A.VEC I£ SAT.a ihb.