‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre (volume 3)Chapitre 48 sur 58 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l'ordre et de Véconomie dans leurs rapports ayee le salaire* -^ Goinlûeft ces deax qualités sont nécessaires anx classes pauvres. — Caisses d'épargnes. — Société de pt-évpyance et de secours mutuels. — • Succès des caisses d'épargnes. — Dépérissement successif des sociétés de secours matads, sci causes, moyens de consolider ces institutions, (i)

Le travail est la source du salaire y l'ordre et l'économie le conservent et le transforment peu-a-peu en capital; ces deux qualités qu'on a justement placées au rang des vertus , sont nécessaires à tous, mais principalement aux classes pauvres; car elles pourvoient aux besoins de l'avenir , elles garantissent les travailleurs contre Tes incertitudes et les chômages de l'industrie: «nfin, elles lui permettent en cas d'inactivité momentanée , dans sa profession , de chercher provisoirement ailleurs d'autres moyens et d'autres ressources. L'avantage de l'épargne doit moins être considéré dans les conditions laborieuses, comme propre à créer des capitaux et de petits pa-

(f) Ce cliapitre est neuf.

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trimoines, que comme une réserve capable de sou* tenir le travailleur contre les rigueurs passagères de l'industrie.

Les caisses d'épargnes ont été instituées pour recevoir les dépôts d'argent prélevés par les classes laborieuses sur leur salaire. Ces dépôts produisent au profit des déposans des intérêts capitalisés, jusqu'au moment de la remise des fonds.

Les sociétés de prévoyance et de secours mutitels offrent aqssi un emploi fructueux aux économies du pauvre. Elles tiennent à sa disposition , en cas de maladie, une rétribution qui supplée jusqu'à un. certain point le salaire; elles lui assurent, en outre des médicamens, l'assistance du médecin, et en gé« néral les secours les plus nécessaires à son état. £n« fin elles ont pour objet de servir aux sociétaires parvenus à un âge très avancé une pension de retraite, pendant le reste de leurs jours.

Ces deux modes de placement, quoique susceptibles l'un et l'autre d'avantages incontestables, ont obtenu néanmoins des succès divers dans les pays étrangers; et en France, les caisses d'épargnes ont partout prospéré, tandis que lés sociétés de secours mutuels , organisées sur des bases erronées ou mal ^ assises, se sont dissoutes les unes après les autres, faute de consistance et d'une direction bien enten-

dae. Les causes de dépérissement et de dissolution de ces établisseméns sont nombreuses. La principale , et qui semblerait accuser les calculs de la science y consiste dans Tinexactitude des données résultant des tables de mortalité, et offertes aux associés pour déterminer le montant de leurs cotisa* tions^ ainsi que les conditions d'âge exigibles de chacun d'eux, soit pour être admis aux secours, soit pour être admis à la pension. Ces tables, qui, en Angleterre, ont été dressées par les économistes et les mathématiciens les plus habiles, ont servi de base à une foule de aodéiéé amicales, ou de prévoyance , qui ont presque toutes manqué leur^but, ou qui ont été obligées de s'imposer des contribu* tions extraordinaires, sans qu'il leur fut possible d'accomplir les promesses de leurs statuts.

 cette cause grave de destruction sont venues se joindre l'inexpérience, la légèreté et la présomption des ouvriers sociétaires, qui, livrés à eux-mêmes pour radministration et la comptabilité de leurs fonds, n'ont pas tardé à empirer la position com* nfune , déjà compromise par l'insuffisance des com* binaisoDsrde la science, en jetant le désordre dans la gestion de leurs intérêts les plus impor tans, et en mêlant à des occupations sérieuses , propres à influer sur leur avenir, des festins et des débauches que la

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moralité du but de l'association aurait dû leur inteiy dire et éloigner même de leur pensée. Les sociétés de prévoyance sont devenues , dans quelques localités, des clubs industriels, des sociétés d'union, où les associés ont concerté entre eux des mesures pro^ près à faire hausser les salaires par des Toies abi^ sives et condamnables.

En France, les sociétés de prévoyance et de secours mutuels ont éprouvé les mêmes vicissitudes et le même sort que celles d'Angleterre. Elles renferment les mêmes vices d'organisation et elles ont donné lieu aux mêmes abus. L'insurrection des ou*vriers de Lyon en est une preuve irrécusable.

On distingue cbeznous deux sortes de sociétés desecours mutuels. L'une cpmposée d'associés payant rétribution et qui participent au secours créé pour la société. L'autre composée, i^ d'associés ouvriers et intéressés à la distribution des secours ; 2» d'associés . honoraires ou bienveillans qui paient la rétribution annuelle en renonçant au secours.

Les sociétés appartenant à la première classe forment la grande majorité des établissemens çxistans; celles de la deuxième classe sont en très petit nombre ; mais, grâce aux lumières et aux subventions des associés bienveillans , elles ont su se préserver des embarras, des fautes et des crises diverses

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qui ont causé la perte ou la décadence desétabUssemens les plus nombreux.

La caisse de secours mutuels de Nantes est constituée sur des bases conformes à ce dernier mode d'organisation. La société industrielle de cette ville préside^ par ses délégués , à la gestion des fonds de cette caisse, qu'elle a, du reste, fondée en la faisant reposer tout à-la-fois sur l'économie des ouvriers et sur la générosité des classes aisées de la cité.

L'assemblée des sociétaires est dirigée par une administration centrale, secondée par autant d'administrations spéciales qu'il y a de groupes de quinze ouvriers exei^çant la même profession, et admis à faire partie de l'association. Chacune de ces dernières adjfninistrations est composée d'un président, d'un secrétaire et de deux inspecteurs pris dans son sein, au choix de ses membres. A ces quatre administrateurs doit être joint un délégué désigné par l'administration centrale,; parmi les associés bienfaiteurs.

L'administration centrale se compose de trois membres de la société industrielle, de deux sociétaires bienfaiteurs , et enfin de tous les présidons et délégués des administration^ spéciales.

Ce mélange habile d'élémens divers, qui. s'éclairent et se contrôlent les uns les autres, explique la durée et la prospérité, de la caisse de secours de la villQ de lisantes. M. J>egérando, dans son excellent

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ouvrage (i) , cite avec raison cet établissement

comme un modèle à imiter.

Il est à remarquer que ses fondateurs ont eu là

sagesse de borner l'objet de leur œuvre à une sîm* pie distribution de secours quotidiens , aux soins du médecin et à la fourniture des médicamens. En promettant moins que les administrateurs des sociétés dé première classe, ayant toutes un double but : le secours et la retraite, ils ont tenu leurs engagemens et ils ont réussi, (a)

A Paris et probablement dans la majeure partie des villes manufacturières, les ouvriers affectent une grande indépendance pour tout ce qui concerne l'établissement et la gestion des caisses de prévoyance et de secours mutuels. Loin de réclamer les conseils des entrepreneurs qui les emploient, ils les dédaignent, ils les répudient. Ils supposent que si les entrepreneurs intervenaient dans les délibérations de leurs sociétés, ils chercheraient à faire avan^ tager les uns aux dépens des autres. J'ignore jusqu'à quel point il est permis d'ajout<er foi à cette supposition ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'à quelques exceptions près, les entrepreneurs demeurent étran-

(x) De la Bienfaisance publique, Paris, iSSg , 4 toI. in-S. (a) Elément du comité de secours mutuels pour les ouvriers de la viBe de Nantes i 18 33, chez Mellinet , imprimeur i Nantes.

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gers k la création ded caisses de secours et à Tadmi* nistration de leurs ressources* Les ouvriers ne prennent conseil que de la société philanthropique, qu'ils appellent la société mère (i). Mais ces conseils, qui peuvent être sages et éclairés pour des cas parlicuUers n'embrassent ni l'organisation ni l'ensemble de chaque caisse, de sorte que les associations parisiennes, quoique très nombreuses et très intéressantes, manquent de direction générale et progressive.

Je souhaiterais que la société philanthropique , usant de l'influence méritée qu'elle exerce sur les associations de secours mutuels, placées sous son patronage, engageât les ouvriers administrateurs de ces associations à recevoir parmi eux des associés bienveillans, à l'imitation du Comité de secours de Nantes et de la société protestante de prévoyance et de secours mutuels de Paris (2). Ces associés seraient afEliés à la société philanthropique et délégués par elle, suivant leurs lumières et leur expérience, dans chaque association pour représenter l'administration centrale de toutes les caisses ou de toutes les associations particulières , administration qui serait forniée dans le sein de cette société d'hommes spé-

(x) K sur les cpavreurs et sur imesodété desecours mutueU qu'ils loment diNDs la viUe de J^aris {Jimales d*Mjgièaepuil,^ Pam, i834« t, xu » p. Si.) (a) Agence de la Sociétéi rue de rArbre-^ect n2 46.

DES CAISfilS OB SXCODAS ttCCTUELS. 3gi

ciauz et ayant le temps^ ainsi que la volonté de se vouer à cette œuvre utile et bienfaisante. Les cotisations des associés désintéressés seraient réunies en un fonds commun, qui serait réparti également, ou d'après des bases que l'expérience suggérerait, entre les diverses associations. Ce subside représenterait une ressource extraordinaire , profitable à chaque association et corrigerait , sinon en totalité, aa moins en partie, les inégalités inhérentes aux établissemens de secours fondés sur des chances aléatoires. Les caisses établies d'après ces données , ayant toutes leur administration spéciale, élue par les ouvriers eux-mêmes et assistée d'un sociétaire donateur délégué par l'administration centrale , ces diverses administrations délibéreraient sur les intérêts de leurs commettans, et soumettraient le résultat de leurs votes à la sanction de la société régulatrice.

Ce projet me paraîtrait susceptible d'une exécution d'autant plus facile que le germe ^e Tinstitutiou subsiste et qu'il ne s'agirait que de le développer. Si les caisses d'épargnes ont généralement réussi, îl faut attribuer en grande partie leur succès à la gestion probe, sage et éclairée des administrateurs de ces établissemens qui appartiennent tous aux classes aisées de la société, et dont le dévoûment est véritablement digne d'éloges.

Sgs DU CBBISTIAin^UB

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