CHAPITRE VI
Da cliristitfnismd comme moyen de dviltiation. *-^ SystSme eathollqa«« ses vifâssitudes , son état en France depuis le diz*hnitième siècle» — - Tendance des esprits yers-la morale chrétienne on vers un christianisme général. -— Signes de cette tendance dans tons tes pays de l'Enrope. — Moyens d'arriver an renonvellement des données chrétiennes. •— Comment le catholicisme peut concourir à ce renouvellement. — ^ Exemples éclatans à ce snjeC — Voie dans laquelle le clergé catholique doit, entrer pour attirer à lui les classes laborieuses. — Chant. — Conférences religieuses et morales. »- Messes avec instrnctiqn. — Nécessité de ranimer le sentiment reUgieux dans les classes éclairées pour raccréditer parmi le peuple, (i)
Le christianisme est Tinstrument de civilisation le plus flexible et le plus parfait qui ait jamais été au pouvoir des hommes. Il les attire les uns vers les autres par Tamour, par la fraternité; il les élève, il les ennoblit par la pureté de Tâme. Quelque opinion q|^ Ton puisse avoir sur les origines du christianisme et sur le sceau divin que les écritures ont imprimé à la nature de son auteur , on ne saurait
( X } Ce ebapître e^ conçu dans le même esprit que celui qui traite da mène sujet dans le mémoire , mais il offre beaucoup plus de développement et des additions importantes*
COmîB MOTEH DE ClVtLlÈkTlOV. SgS
nier que Thumble mortel sorti de Nazareth pour annoncer et répandre la bonne nouvelle, ne mérite, par i^excellènce de sa morale, le titre auguste et sacré que les apôtres et le monde chrétien lui ont décerné , celui de Sauveur des hommes. Le christianisme porte en soi une telle puissance d'assimilation avec rhumanité, qu'il est parvenu à s'acclimater dans toutes les régions du globe , et qull régnerait peut-être, en ce moment, sur l'univers connu, s'il n avait eu à lutter contre des religions rivales et des intérêts politiques défians , obstacles bien plus re* doutables pour lui que les passions de l'homme dont il est appelé à réprimer les écarts et à gouverner Tinfluence. L'unii^rsalité de son caractère , de son type moral le rend propre à tous les rangs, à toutes les conditions, aux plus humbles comme aux plus élevés. La divine sollicitude, les promesses éternelles de Jésus s'adressent à tous , mais principalement à ceux qui soufFrent, aux faibles, aux petits. Telle est la marque distinctive de la loi chrétienne , et à ce signe seul, on reconnaît la loi de la justice , de la vraie civilisation, et de l'humanité considérée sous son point de vue le plus élevé.
Les chrétiens éprouvés d'abord par les persécutions, le martyre , le schisme et toutes les divisions qui agitent une religion naissante se classèrent avec
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le temps ^ et Ton vit , dès^lord^ le système catholique s'affermir et prospérei* pendant des siècles ^ sous l'autorité d'un seul pontife souverain réputé le suoccsseur et le représentant de Jésus-Christ sur la terre. Il était le directeur suprême de la morale ^ le dispensateur des secours spirituels , dans toutes les provinces chrétiennes soumises à sa domination, et fort de la confiance des peuples , ainsi que de celle des rois , il enseignait aux uns l'obéissance ^ aux autres la justice.et la modération. Tel fut dans les commencemens le ministère sublime de la papauté; maiS| par la suite des temps , les faiblesses et les vices se glissèrent jusque dans la chaire de saint Pierre* Le pape et les prélats fprmant le sacré collège semblaient ne plus croire en eux-mêmes. Le trône pontifical fut souillé par les plus honteux excès , le monde chrétien s'en émut et la réforme éclata.
Ce grand événement fut provoqué par les attaques de Luther contre le saiflt-siège , par l'abjuration qu'il fit de la foi catholique, et par l'introduction du principe de libre examen dans les matières reli« gieuises. La réforme eut pour effet de briser l'unité de l'église universelle , ou du catholicisme , et de saper l'autorité pontificale dans sa suprématie. Calvin ) autre réformateur^ autre protestant j suivit de près Luther. L'esprit de prosélytisme répandit les
STSTÈME GATHOUQVX) SES TIGISSIlXrDESé SqS
doctrines d^s sectes noiiyelles , et le principe de la liberté religieuse en suscita d^atitres^ qui toutes avaient pour point de départ , comme les deux pr6« mières^ la loi de Moïse, et poux* terme, la loi évan* gélique , livrée aux lumières naturelles de la raison. La papauté mit en œuvre tous les moyens pour dompter la réforme , ôu pour la resserrer dans les limites les plus étroites* C'est ainsi qu'elle recourut à la répression sanglante de l'inquisition , dont le seul nom est y de nos jours ^ un blasphème ; et qu'elle in-^ stitua la propagande, dontle but fut moins peut-être de porter au loin la connaissance du dogme catho** lique que de maintenir, parmi les fidèles^ l'intégrité de la foi établie par ce dogme* Les papes ne se bor*' nèrent pas à l'emploi des moyens qu'il dépendait d^eux de créer , ils invoquèrent l'appui de l'autorité temporelle pour parvenir plus sûrement à leurs fins^ et ils l'obtinrent dans les principaux états de l'Europe^ grâce à l'entremise habile de leurs légats. De là vinrent en France les guerres religieuses ^ les dra» gounades , la dispersion des solitaires illustres de Port-Royal, et la ruine de leur docte et sainte de*
meure.
Le dix-huitième siècle vit éclore dans notre pays une réaction formidable , ndû-seulemetit contre les abus du pouvoir religieuK, maid contre le dbristia^
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nîsme lui^niême. La philosophie armée de tontes pièces attaqua rétablissement de ce dernier dans ses propres bases, et au lieu de se borner à faire triompher le principe du libre examen^ qu'il eût été digne d'elle de consolider par des garanties durables, elle exagéra et le principe et ses conséquences, en telle sorte qu'elle finit par professer en ma-
tière de religion , ou le scepticisme , ou l'indifférence, ou l'athéisme. La révolution française vint clore l'œuvre de la philosophie , ou plutôt la rectifier en
reconstituant , tout ensemble , la société civile et la société religieuse. La liberté de conscience fut g^ravée sur les tables de la loi fondamentale du pays, et malgré d'épouvantables convulsions , malgré d^affreux déchiremens, cette Hberténous est restée.
La France a été depuis cette époque, militaire, politique et industrielle ; ces deux dernières qualités dominent aujourd'hui chez elle. Les idées religieuses restaurées par Napoléon, furent circonscrites avec soin dans le sanctuaire, pour éviter le renouvellement des collisions qui avaient existé jadis entre les deux puissances. Cette limitation de l'influence ecclésiastique était l'expression des théories créées par la philosophie du dix-huitième siècle et par la révolution. Les frais du culte catholique, de même que ceux des églises réformées, furent supportés par
SYSTÈME catholique; SES VICISSITUDES. Sq'J
l'état ) qui assura indistinctement aux ministres de ces différens cultes un traitement convenable. En couvrant d'une protection égale des cultes long-temps ennemis, le gouvernement fit preuve d'une tolérance louable ; mais si la liberté de conscience fut alors définitivement fondée, le sentiment religieux ne reçut pas de l'affermissement de cette précieuse garantie, la chaleur et l'énergie qui lui manquaient; il était tiède dans les écoles, malgré le respect apparent qu'on y professait pour les formes extérieures du culte; il l'était plus encore dans les familles, quoique la population tout entière eût applaudi à la réouverture des temples.
Sous la restauration, le catholicisme ayant été proclamé la religion de l'état, eut une supériorité marquée sur les autres cultes. Le clergé essaya à plusieurs reprises de tirer les fidèles de l'engourdissement où ils étaient plongés , par le rétablissement des naissions, des couvens et des congrégations , mais ses paroles n'avaient plus d'attrait, sa voix, j'ai peine à le dire, n'était même pas écoutée. Elle l'était d'autant moins , qu'il déguisait mal son aversion pour le nouvel ordre de choses créé par la révolution , laquelle en le dépossédant de ses biens au profit de l'état , avait distrait aussi de son autorité toutes les attributions qui tie se rattachaient pas directement
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à Texçrcice du culte. Il est à regretter que les ministres d'une religion aussi détachée des biens temporels que le christianisme , n'aient pas effacé de leur mémoire le souvenir d'une opulence et d*une domination perdues sans retour , pour ne s'occuper que des intérêts de la foi. Ils n'auraient eu à com« battre que le scepticisme , tandis qu'en faisant revivre sourdement, mais d'une manière non équivoque, des prétentions incompatibles avec les théories politiques de l'ordre social nouvellement établi, ils ont eicité contre eux dans tous les rangs de la société , les défiances les plus fâcheuses et qu'ils ont à lutter aujourd'hui tout à>la-fois et contre le doute et contre de profondes inimitiés politiques.
Le septicisme est un état inerte, négatif ^ et qui laisse Fâme sans activité et sans nourriture. Gomment remplir ce vide dans la vie morale ? Est-«ce par le raisonnement, par la controverse? Faut-il former de nouveaux docteurs, instituer une nouvelle Sorbonne , et tenter d'opérer la conversion des cœurs par la science. Le syllogisme scolastique a fait son temps et n'aurait aucune valeur dans la direction actuelle des idées. Le langage mystique, quoiqu'il ait été employé par de grands esprits, lorsque li pensée religieuse était la pensée domiinante de la
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société , ne serait pas accueilli arec plus de faveur. Le catholicisme, depuis la querelle immortalisée par Pascal, et depuis les débats célèbres de Bossuet et de Fénélon, a dépouillé, en France, insensiblement la forme contentieuse et dogmatique pour se renfer«nmer dans la morale évangélique. L'orthodoxe, le grave Bossuet, qtii avait pressenti ce changement avant qu'il ne se manifestât par des indices certains; redoublait de vigilance pour le maintien de la, tradition ; et le moraliste Labruyère, dans l'intérêt de Fart plus peut-être que dans l'intérêt de la religion, semblait regretter , de son côté , les teintes austères et tristes de l'ancienne éloquence sacrée, teintes qui allaient s'af&iblissant à l'époque où il dessinait avec tant de finesse et d'élégance les caractères de ses contemporains, La transformation ébauchée par le dix-septième siècle a été consommée par le siècle suivant , et l'on peut affirmer à présent que l'ère du christianisme moral est arrivée; tout l'annonce , le sentiment public et l'opinion même des écrivains les . plus dévoués à la cause du catholicisme.
La tendance commune des esprits ou plutôt des cœurs vers la morale chrétienne , me paraît devoir rapprocher les unes des autres , dans un temps qui n'est peut-être pas éloigné , toutes les églises nées de l'évangile. Jusqu'ici, leurs pasteurs et les fidèles