‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 113 sur 156 · VISITEURS OFFICIELS · texte numérisé non relu

VISITEURS OFFICIELS

Admettra-t-on des visiteurs spéciaux et privilégiés dans les maisons de jeunes détenus , et en général dans les maisons de correction et de force? J'ai résolu affirmativement cette question, dans le mémoire que j'ai présenté à l'académie, parce que le système de l'emprisonnement individuel n'avait pas alors fait les progrès qu'il a faits depuis à l'aide des documens et des rapports , que le gouvernement a eu la sagesse de rendre publics. Quoique partisan déclaré du système cellulaire complet, j'étais comme beaucoup d'autres sous l'empire de certaines préoccupations, de certains préjugés que l'observation et l'étude ont fait évanouir ; inquiet de l'existence d'un individu circonscrit durant une captivité plus ou moins longue, dans une cellule dont il lui était interdit de franchir le seuil, je m'étais attaché à l'institution des visileurs, comme à un des tempéramens les plus propres à adoucir la séquestration continue et non interrompue de cet individu. Je croyais même que cette institution était inséparable du système ainsi déterminé; mais, dès l'instant que le droit de locomotion hors de la cellule a pu être attribué aux détenus sans troubler l'harmonie nécessaire du système ; dès l'instant que l'exercice de ce droit a été réglé, de telle sorte, que la santé du corps et de l'esprit du détenu n'avait à courir aucun risque, j'ai reconnu,

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que le travail avec les diverses formes qu'il doit recevoir, ainsi que les relations successives des surveillans, des contre-maîtres, des employés supérieurs de la prison et des ecclésiastiques attachés à celle-ci, seraient autant de sujets de distraction et de soulagement pour les détenus, et qu'à tout perdre, l'intervention des visiteurs serait moins un besoin réel pour ceux-ci qu'un embarras pour l'administration.

En effet , sans parler des difficultés qu'il y aurait à rencontrer des visiteurs assez raisonnables et assez fermes pour ne pas procurer furtivement à leurs cliens, quelques-unes des douceurs réprouvées par les règles de la discipline de la prison; sans parler des considérations d'humanité qui feraient obstacle aux poursuites nécessitées par la violation de ces règles, ou qui rendraient ces poursuites illusoires en désarmant la rigueur de la justice (i) , je pense que le libre accès qu'ils auraient dans la maison de détention les enhardirait plus ou moins à contrôler les mesures et les actes des directeurs , quoique ces actes et ces mesures fussent hors de leur compétence;

(i) En Amérique, tout visiteur qui, par quelque don prohibé, améliore la position d'un détenu , est sujet à poursuite et peut être condamné à une forte amende.

VISITEURS OFFICIELS. ôbg

et que bien loin de trouver en eux des auxiliaires, les directeurs y trouveraient des censeurs plus zélés qu'éclairés. Cette supposition est peut-être trop absolue; mais ne fût-elle dans le cas de se réaliser qu'à l'égard de quelques-uns, toujours est-il qu'il y aurait de la témérité à recevoir babituellement dans une prison des hommes capables, sinon en totalité, au moins en partie, de froisser ou de traverser l'action de l'administrateur responsable par des critiques irréfléchies ou par des collisions inattendues.

La crainte que j'exprime ne paraîtra pas hasardée à ceux qui ont eu l'occasion d'observer et de connaître les rapports existant entre l'autorité et les sociétés charitables avouées et admises par elle dans les établissemens pénaux , hospitaliers ou autres , qu'elle dirige. Il est rare que ces rapports ne soient pas altérés de la part de quelques membres de ces sociétés par la méconnaissance des droits de l'administration et des règles de la hiérarchie , règles qui sont le principal ressort de la force publique. Je ne disconviens pas que l'administration ne se montre quelquefois elle-même trop ombrageuse; néanmoins, tout en reconnaissant ce qu'il peut y avoir de vrai dans les reproches qu'on lui adresse touchant sa susceptibilité, je persiste à croire que, d'après le développement progressif donné par la science et la H. ^4

INFLUENCE MORALE DES EMPLOYt^S SUPÉPJEURS

pratique au principe de l'isolement des détenus, en France, la création de visiteurs officiels présenterait plus d'inconvéniens que d'avantages , lors même que le choix de ces visiteurs serait fait avec toute la prudence et le discernement convenables.

Il nous reste à parler , puisque nous traitons du personnel des prisons, de l'influence morale que les employés supérieurs de celles-ci doivent exercer sur les jeunes détenus soumis à la vie cellulaire, et formant dans la même maison une population agglomérée d'environ 5oo individus.

On a voulu, d'abord, prêter au directeur une action trop étendue et trop multipliée sur les détenus pour être efficace. On a paru croire, que ce fonctionnaire visiterait tous les jours 5oo enfans pour s'enquérir de leur état et leur adresser quelques paroles bienveillantes. Une pareille tâche, d'ailleurs impraticable , consumerait sans profit pour l'établissement, la meilleure partie du temps du directeur. Ce dernier ne doit pas ainsi prodiguer sa présence et son autorité. Sa principale occupation est d'administrer la maison confiée à ses soins , et cette occupation qui consiste à surveiller tous les rouages de la machine et à les faire marcher avec intelligence et avec ensemble,serait incompatible avec des fonctions, telles que celles qu'il aurait été question

DE LA PRISON SUR LES DETENUS. 3'J f

de lui attribuer, sans compter que ces fonctions de détail et de pure bienfaisance ne rempliraient pas le but pour lequel elles auraient été créées.

Les visites du directeur, dans les cellules, doivent être déterminées par un motif particulier et important, lorsqu'elles ne se rattachent pas aux tournées générales qu'il est tenu de faire fréquemment dans toutes les parties de la maison pénitentiaire pour en assurer la bonne police et la discipline; elles peuvent être utiles quand il s'agit d'imposer à un enfant rétif ou mutiné, de le stimuler dans le premier cas ou de le réduire à l'obéissance dans le second. Le rôle du directeur serait néanmoins trop pénible s'il n'avait à s'exercer que dans des circonstances critiques. Le maintien et le relief de son autorité exigent aussi qu'il se montre bon et compatissant envers les détenus qui par leur conduite méritent des paroles d'encouragement, et qu'en sévissant dans certaines occasions, contre des enfans insoumis, il sache dans d'autres conjonctures fortifier la résignation et la patience de ceux qui sont en voie d'amendement.

T ai été témoin, en visitant les jeunes détenus assujettis à la règle de la réclusion individuelle, d'un fait qui prouve que la morale n'a pas besoin de beaucoup de développement pour pénétrer dans le cœur d'un enfant et pour l'émouvoir. Ce fait concerne un en-

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