‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 13 sur 156 · DES ENFANS AUX TRAVAUX: DE FABRIQUE · texte numérisé non relu

DES ENFANS AUX TRAVAUX: DE FABRIQUE

voir social, je le dis avec regret mais avec vérité, est son meilleur appui. Je souhaiterais donc que sa capacité de travailler dans tel ou tel grand atelier fût reconnue, non pas par un seul médecin, mais par un conseil de révision établi dans chaque foyer d'industrie, et composé du maire ou d'un adjoint président, et de deux membres pris dans le sein da conseil municipal. Il y aurait plusieurs médecins désignés pour assister ce conseil. Ces médecins seraient appelés tour-à-tour, d'après la désignation qui serait faite par l'autorité municipale. Un conseil ainsi composé exclurait l'idée de toute surprise et de tout abus, et son intervention serait préférable à la coutume anglaise, qui place le pouvoir de déclarer l'aptitude de l'enfant dans les mains d'un médecin sans contrôle. Cette coutume , qui a donné lieu à des parjures sans nombre chez les Anglais, pro» duirait infailliblement chez nous les mêmes inconvéniens.

Nous avons fait connaître ci-devant que tous les notables commerçans formant les chambres de commerce , les chambres consultatives et les conseils de prud'hommes, avaient unanimement exprimé le vœu que les enfans ne pussent être admis dans une manufacture qu'après avoir fréquenté les écoles élémentaires pendant un certain temps. Le but de ce

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vœu serait d'assurer tout ensemble la culture intellectuelle et morale de Tenfant; la mesure proposée nous paraît hors do conteste et digne de fixer la sollicitude particulière du gouvernement. En Angleterre et en Prusse , elle a été réglementée avec le plus grand soin.

La loi française sur les enfans employés dans les fabriques devant être établie sur des bases tout autres que celles des lois anglaise et prussienne , il convient de tenir compte de cette différence pour régler , soit l'instruction préparatoire à l'entrée en fabrique de l'enfant , soit l'instruction complémentaire que l'apprenti devra recevoir hors les heures de travail.

Plaçons-nous pour un moment dans l'hypothèse adoptée par le conseil supérieur des manufactures, quant à l'organisation du travail des grands établissemens industriels, en ce qui concerne les enfans : il divise ceux-ci en trois catégories : de sept à dix: ans, de dix à douze et de douze à seize; son minimum d'âge est de sept ans. Étudions cette hypothèse.

L'enfant de sept ans ne serait admissible qu'avec un certificat d'école, outre le certificat d'aptitude physique; et, une fois admis, il serait astreint à passer à l'école tout le temps dont la manufacture lui permettrait de disposer. Ainsi , d'après la répar-

A COMBINER AYEC l'iIVSTRIICTION DES EINFANS. ^5

tition du conseil supérieur déjà cité, cet enfant étant assujetti en raison de son salaire, à huit heures de travail journalier envers le fabricant, il aurait au moins deux heures à consacrer à son instruction, indépendamment du temps employé par les repas et la récréation. Cet état de choses durerait jusqu'à l'accomplissement de sa dixième année.

Parvenu à cet âge, l'enfant ayant à travailler douze heures par jour, serait dans l'impossibilité de continuer son éducation , si l'on n'avait recours au système des relais jusqu'à ce qu'il eût douze ans révolus; car c'est à cet âge que se réalise l'acte qui termine son instruction religieuse et qu'il entre véritablement dans la vie civile. Le programme que nous examinons nous paraît préférable à celui du conseil supérieur du commerce, qui limite l'âge d'admission à huit ans et qui ne gradue point le travail par la création de plusieurs catégories. L'enfant de huit ans est assujetti suivant ce programme à un travail de douze heures par jour, jusqu'à l'âge de quinze ans; il est évident que, dans une pareille combinaison, il n'y a pas de place pour l'instruction, et que la première, au contraire, en raison de sa flexibilité, se prête beaucoup mieux au bien-être de l'enfant et au développement de son instruction morale et religieuse.

Plusieurs bons esprits qui ont concouru à l'en-

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quête, et ces bons esprits appartiennent à l'industrie, ont fait l'observation très sensée qu'il fallait s'efforcer de continuer l'éducation de l'enfant jusqu'à l'âge de treize ans : cette opinion est aussi la mienne.

En tout cas, je crois important de faire l'observation que les écoles ne seraient pas exactement suivies, si les enfans n'y étaient conduits en troupe par un serviteur de la manufacture qui les ramènerait de même. Cette manière d'agir produirait une grande économie de temps, et pour les exercices scolaires et pour les travaux industriels.

Il reste à savoir maintenant si les enfans seront astreints à suivre les écoles.

S'il suffisait pour résoudre cette question , de s'appuyer sur ce qui se pratique chez les autres peuples, les moyens de solution ne nous manqueraient pas; car, en Allemagne, les enfans appartenant aux classes ouvrières et agricoles, quelque inférieure que soit, d'ailleurs, la condition de leurs parens, sont tenus de fréquenter les écoles. Les chefs de famille qui ne veillent pas à l'accomphssement de cette obligation, laquelle pèse et doit peser encore plus sur eux que sur leurs enfans , sont passibles d'une amende. En Angleterre , la même obligation subsiste aussi, par rapport aux parens des enfans destinés à l'industrie

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