ENTRE LA SOCIÉTÉ ET LES LIBÉRÉS
ces sages leçons ; mais , pour qu elles ne fussent pas stériles dans le cœur des condamnés, il serait nécessaire que le cœur de tous les gens de bien s'ouvrît à la pitié envers ceux de ces infortunés qui ont accompli leur peine.
Cette justice généreuse du législateur, cette rénovation de l'esprit public à l'égard des libérés, demanderait un redoublement de vigilance et de zèle de la part de l'administration et de la magistrature dans l'exercice de leurs fonctions. L'élévation de sentiment qui aurait présidé à cette réforme si profitable aux libérés, ne serait pas tant s'en faut appréciée également par tous. Une minorité perverse et audacieuse ne manquerait pas de se faire lâchement une arme contre la société de sa propre loyauté , et elle augmenterait infailliblement beaucoup si ses tentatives n'étaient réprimées avec une rigueur inexorable. La promptitude et l'inflexible sévérité du châtiment me paraissent le corrélatif obligé de la suppression de la surveillance, en même temps que de l'appui indulgent que la société prêterait aux libérés. Je voudrais que le ministère public , le président du tribunal correctionnel et le président des assises fissent au besoin ressortir avec force l'importance des concessions faites aux libérés par la société, et que cette circonstance, qui viendrait en aggravation du délit,
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fût opposé dans l'intérêt général par la partie blique aux artifices ordinaires de la défense. Je conçois la douceur du juge ou du juré quand il s'agit d'apprécier et de punir un premier méfait ; mais dans l'hypothèse des améliorations que je propose et que j'espère, la récidive devrait trouver dans l'un comme dans l'autre , un vengeur impitoyable de la cause de l'ordre et des lois.
J'ai signalé et j'ai dû signaler l'injustice des procédés du public envers les condamnés libérés; je ne crois pas moins utile de relever ce qu'il y a de déraisonnable et de répréhensible dans la méfiance et l'éloignement qu'il montre pour les agens de l'administration chargés de concourir à la police de la cité. En Angleterre et en Amérique, les fonctions attribuées chez nous à des commissaires spéciaux et à des officiers de paix, sont dévolues aux personnes les plus recommandables de chaque localité, qui dans ce cas tiennent leur investiture des circonstances, de la nécessité et du choix de leurs concitoyens. Un Anglais ou un Américain se donnerait bien de garde de déverser sur les officiers de police de la défaveur ou du mépris, parce qu'il sait que l'exercice de ces fonctions est un devoir municipal qui peut lui être imposé par ses pairs non moins qu'à tout autre. L'Angleterre tend à se rapprocher
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de nous, quant à l'organisation officielle de sa police, tandis qu'en Amérique, la plupart des fonctions qui se rattachent à cette partie de l'administration sont improvisées au fur et à mesure des circonstances et desbe soins.
Quoi qu'il en soit, je me plais à constater qu'à Paris le peuple dépose peu-à-peu ses anciennes antipathies contre les agens de la force publique; que non-seulement il les appuie dans les cas de flagrant délit, mais qu'il arrête lui-même les malfaiteurs que la clameur publique lui désigne, et les conduit chez les commissaires de police. Il serait à souhaiter que les citoyens de tous rangs contribuassent ainsi dans l'occasion au maintien de l'ordre et de l'obéissance aux lois. Ce concours universel de la société à sa propre police aiderait puissamment à perfectionner les mœurs publiques et à leur imprimer cette énergie qui est îe meilleur garant de la tranquillité intérieure aussi bien que de la liberté. En rendant hommage au bon sens du peuple, sur la question des arrestations , nous ferons remarquer qu'il est un petit nombre de cas particuliers où non-seulement il ne seconde pas les agens de l'autorité, mais où il se déclare contre eux. Ce sont les cas de rixe, ceux où les fdles publiques sont surprises en contravention et les arrestations pour cause de mendicité. Un