APPLIQUÉ AUX LIBÉRÉS ADULTES
motifs , et sous prétexte de venir demander du travail , il en est plus d'un qui ne serait attiré que par l'espoir d'ourdir quelque mauvaise trame avec d'anciens camarades de captivité, ou de profiter de la connaissance qu'il auiait faite de libérés amenés par des intentions honnêtes, pour leur extorquer quelque argent, en les menaçant, quand ils seraient sortis, de divulguer leur ancienne position. Ces lieux de réunion tendraient d'ailleurs, par leur établissement même, à paralyser les effets de la réclusion individuelle, puisqu'ils attireraient les libérés sur un même point au lieu de les isoler, et qu'ils signaleraient ceux-ci les uns aux autres, en dépit d'euxmêmes, par suite de leur rapprochement inévitable.
Il existe, en matière de police, un principe plein de sagesse : c'est d'éviter autant que possible toute mesure qui aurait pour effet de rapprocher les uns des autres les gens vicieux ou les malfaiteurs. Si la nécessité oblige quelquefois de déroger à ce principe, quant aux vicieux, ce que l'on fait pour les prostituées, qui se trouvent toujours en assez grand nombre dans les dispensaires, il n'y a pas les mêmes raisons de tolérance à l'égard des libérés qui peuvent être dangereux, en même temps que vicieux. On sait tout le mal qu'a produit l'usage établi sous la restauration, de soumettre périodiquement cette classe II. 3o
/|66 inconvf:ivït:ns du patronage.
d'individus, à des comparutions à jour fixe, devant le chef de la police de sûreté. Ces comparutions donnant lieu à des groupes assez nombreux , il s'ensuivait que les libérés laborieux et rangés étaient exposés pendant plusieurs heures d'attente, aux excitations de toutes les mauvaises passions qui fermentaient dans le cœur des malfaiteurs endurcis. Heureusement, cette mesure pernicieuse, qui offre, du reste, un nouvel argument contre le maintien de la surveillance, ne tarda pas à être supprimée. J'ai cru devoir la rappeler ici, pour éclairer, autant que possible, la question de l'établissement des sociétés de patronage, en faveur des libérés adultes.
J'ajouterai une autre considération. Que ferait la société de placement, si un ouvrier pur de toute condamnation judiciaire, se présentait devant elle dans un moment de crise , de chômage , ou dans toute autre circonstance pour réclamer son appui? Elle répondrait naturellement , que l'objet de son institution ne lui permet pas de s'occuper d'autres personnes que de condamnés libérés. L'ouvrier, en entendant cette réponse , s'indignerait de ce qu'on le jugeât moins digne de protection que des repris de justice, et il irait déblatérant contre les honnêtes philanthropes qui l'auraient éconduit, sans songer que ceux-ci ne pourraient suffire à leur tâchejs'il leur