APPLIQUÉ AUX LIBÉRAS ADULTES
exposés en sortant de la maison de discipline, à toutes sortes de pièges; ils ont à se défier, même de ' leurs parens , qui ne sont pas quelquefois les moins prompts à dissiper, en boissons ou en ripailles, le faible pécule qu'ils ont amassé durant leur captivité. Il est donc tout naturel que des personnes bienfaisantes se chargent de guider leur inexpérience. D'un autre côté, beaucoup de ces enfans n'ayant ni père ni mère, ou étant rébutés par eux , il faut bien que la charité vienne à leur secours, lors surtout que les parens sont dans la détresse , ce qui n'arrive que trop souvent. Les libérés adultes sont-ils dans la même situation ? Non sans doute ; bien vêtus et nantis d'une somme d'argent qui peut les mettre à l'abri du besoin pendant quelque temps , ils n'auront qu'à écouter les conseils de leur propre raison , pour se préserver des mauvais exemples et pour se livrer au travail qui ne leur manquera pas, s'ils veulent bien le chercher.
Je ne prétends pas que l'assistance prêtée aux jeunes libérés par les sociétés de patronage, soit exempte d'inconvénient. Elle pourrait, si elle n'était pas mesurée et circonspecte, avoir pour effet d'encourager les mauvais parens, à jeter leurs enfans sur le pavé, pour les faire recueillir, élever et patroner aux dépens de la charité publique. Aussi^ quel
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que soit le mode de détention que Ton adopte, en définitive pour les jeunes délinquans, serais-je porté à demander, que les liens de la discipline , dans les maisons de réforme affectées à cette classe de détenus fussent plus resserrés. Il faudrait, sans rien outrer, imposer au régime de ces établissemens , une sévérité telle, que les parens ne fussent pas conduits par ce régime, à considérer un pénitencier comme un hospice, et encore moins comme une manufacture. 11 faudrait surtout , que les enfans le prissent en aversion ; car la meilleure maison de correction est celle que le détenu juge la plus mauvaise. S'il est une œuvre qui demande de l'intelligence et du sang-froid dans l'exercice de la charité , c'est celle du patronage des jeunes libérés. L'intérêt qui s'attache à l'enfance malheureuse est si puissant, il pénètre le cœur d'une si douce impression, qu'on a besoin de toute sa raison pour respecter la limite que l'intérêt public commande de ne pas franchir.
Parmi les écrivains qui ont porté leurs méditations sur le sort des condamnés libérés, il en est qui ont cru trouver un moyen sûr de délivrer la société des craintes, que leur présence lui cause, en créant des colonies agricoles. L'idée de fonder des colonies forcées pour y recevoir les condamnés , soit pendant le cours de leurs peines, soit après leur émancipa-
CONDAMNÉS. 4^ r
lion , a toujours été accueillie avec faveur , parce qu'elle plaît au cœur et à l'imagination , en même temps qu'elle a pour objet de purger la société de ses élémens les plus dangereux.
Les partisans de ce moyen de réforme ont vu, dans les condamnés et dans les libérés , des malheureux plutôt que des hommes pervers. Ils n'ont pas réfléchi que le malfaiteur de profession ne recherche que l'oisivelé , et n'est sensible qu'aux jouissances faciles et capables d'émouvoir fortement les sens. La condition de planteur sur des terres lointaines , peut avoir de l'attrait pour le pauvre cultivateur obligé de se livrer incessamment à de rudes travaux , dans le domaine d'autrui , sans autre profit qu'un faible salaire à peine suffisant pour subvenir à ses besoins. Les regrets qui accompagnent d'ordinaire l'expatriation se trouveront chez lui adoucis et balancés par la perspective des charmes de la propriété , et d'un avenir indépendant. De plus , si le lieu de son exploitation est une terre inculte , et qui exige, pour être mise en valeur, un défrichement pénible , il ne reculera pas devant les difficultés, parce qu'il pourra s'en rendre compte et en calculer le terme avec connaissance de cause. Mais comment espérer qu'un homme étranger aux travaux de la terre, inhabile à manier les instrumens
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qui servent à sa culture; comment espérer que cet homme, nourri depuis son enfance dans le tumulte des grandes villes, et livré de bonne heure aux hasards d'une vie vagabonde et désordonnée , appréciera le calme et la simplicité de la vie des champs, et supportera aisément la rudesse des travaux agricoles !
Ces raisons et d'autres considérations qui militent contre l'apphcation aux condamnés et aux libérés du système colonial, n'ont pas détourné l'Angleterre de transporter ses convicts dans la Nouvelle-Galles du Sud, et ceux qui connaissent l'histoire de Botany- Bay savent quelle a été l'inefficacité de cette mesure (i). Les faits ont démontré que, si les établissemens coloniaux fondés par les Anglais dans l'Australie pour y rejeter l'écume de leur population, ont acquis quelque consistance par les soins du gouvernement britannique, ils la doivent, non pas à la réforme des déportés, mais à l'activité et à la bonne conduite des émigrans libres. L'énergie morale de ceux-ci a neutralisé ou, du moins, considérablement affaibU l'influence corruptrice des convicts qui habitent le pays conjointement avec eux. Les enquêtes faites par les soins du gouvernement bri*
fi) Histoire r/c Jlotnny^IJny, par M. de la Pilorgerie. Paris (18 36).
CÔNDAMNÉS.
tannique attestent que la déportation dans les colonies australes a manqué totalement son but comme peine, et que, loin de réfréner les passions criminelles dans la métropole , elle les excite et les encourage.
Je pourrais citer , à Fappui de mon assertion , des faits nombreux qui constatent que les malfaiteurs , loin de craindre la déportation, la recherchent, non pour avoir l'occasion et les moyens de se régénérer par le travail, mais pour dépenser en orgies et en déportemens le salaire qu'ils reçoivent pendant leur servage pénal, ou la valeur des terres qui leur sont concédées après leur émancipation. L'absence d'une intimidation suffisante a porté les excès, parmi les convicts, au point que la métropole indignée a réclamé instamment l'adoption d'un système répressif assez douloureux et assez soutenu pour dompter les passions déchaînées de ces êtres ivres de désordre , de dissolutions et de violence. Un nouveau régime pénal a été introduit, en effet, dans la vue de satisfaire la vindicte publique; des catégories ont été créées. L'abus des liqueurs fortes, la plus peîite négligence, la plus légère infraction à la discipline de la part des criminels, sont suivis de l'infliction de cinquante coups de fouet. Cet instrument de supplice a été perfectionné; la corde dont il est