PIÈCES JUSTIFICATIVES
a parler ici des communications matériellement constatées, telles a que paroles ou gestes surpris, paroles écrites sur cuir, sur fer, <( sur bois, sur papier, sur quelque matière que ce soit, par le « génie inventif du prisonnier ; sans parler non plus des raoque- (c ries et des dédains qu'un fatal orgueil apporte et propage, en « dépit du silence, contre l'influence des exhortations et des en'
« couragemcns du chapelain ; qui ne connaît les relations
ce mystérieuses qui s'établissent entre deux âmes sympathiques? Si « une puissance irrésistible rapproche les cœurs de deux perce sonnes vertueuses qui se comprennent, mais que les lois de la « bienséance ou tel autre obstacle empêchent de s'entretenir ente semble par un échange de paroles j s'il leur suffît de se voir a pour se deviner, pour s'entendre, pour se dire intellectuelle- « ment mille choses que la bouche serait impuissante à exprimer, et pensez vous, monsieur, que cette puissance instinctive n'existe ee pas, bien plus forte encore, dans ces âmes perdues et miséraee bles qu'un même intérêt rapproche, qu'une même pensée du ce mal anime, et qui se comprennent aussi ?
ce Quand je vois combien , avec la surveillance la plus continue, et avec le zèle le plus dévoué, la règle du silence est imparfaite chez et nous, où la population si faible de notre prison ne se compose, te en grande partie, que de campagnards simples et grossiers, je ee me demande ce que serait cette règle, ce qu'elle pourrait être, ee au milieu des Lacenaire, des Jadin, desFrechard et de tant d'au- <t très habiles qui composent la population de vos vastes maisons et centrales j et de vos vastes prisons de Paris !
ee Est-ce à dire que les inconvéniens et l'insuffisance reconnue ee de la règle du silence nous aient fait abandonner cette règle à ee Lausanne, pour adopter celle de la séparation ceilulaire de jour et et de nuit avec travail? Plût à Dieu que cela fût! Mais les distriee butions locales actuelles du pénitencier ne le permettent pas. te Plus tard , la chose sera possible , ainsi qu'il suffit de vous eu
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a convaincre en jetant les yeux sur le plan. En ce moment , nous « faisons ce qu'il nous est possible de faire.
«. Yous avez vu^ par Tinspection minutieuse que vous avez <c faite de toutes les parties de la prison, que nous n'avons qu'un ce certain nombre de cellules, affectées spécialement à l'isolement ce de jour et de nuit des détenus: ce sont les récidivistes qui ont (c subi une année de détention, et ceux que nous savons les plusf a pervers que nous sommes autorisés à soumettre à ce régime, c< depuis i834. Les autres continuent provisoirement à vivre sou^ c< la règle inefficace d'Auburn ; aussi nos récidives se maintience nent-elles dans un statu quo désespérant; heureux encore !cç quand elles n'augmentent pas ! Nous en verrions diminuer le ce nombre, je n'en doute pas, si la règle de Philadelphie était ce appropriée à notre pénitencier , avec les modifications qu'elle ce comporte, et que nos localités et notre population exigent. En ce attendant, nous l'appliquons fort imparfaitement à la classe de ce condamnés dont je viens de vous parier; je dis imparfaitece ment, car les détenus solitaires y jouissent tous les jours, sauf ce le dimanche, d'une promenade en plein air dans les cours ; ils ce y sont conduits par escouade de quatre ou six, et peuvent, ce comme les autres prisonniers, mais en leur absence, obtenir la ce faveur de cultiver un carré de jardin; les dimanches et fêtes, ce ils sont conduits régulièrement à tous les offices qui se célè- <c brent à la chapelle (sauf quelques rares exceptions), et on ne ce leur interdit le service religieux en commun (pendant un mois (c ou deux) qu'à titre de punition: ils peuvent aussi, de leurs celce lulesj entendre le mouvement et le bruit des ateliers, et, jusqu'à ce un certain point, saisir les paroles qui s'y prononcent. Enfin, (C une disposition du règlement donne à l'administration la face culté de faire cesser l'isolement lorsqu'elle le juge nécessaire , ce ou utile; cette faculté a été commandée parla dimension trop ce petite de nos cellules, et par la crainte qu'un séjour trop pro-
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« longé ne vint à niiirn à Ja santé des détenus- heureusement que, «jusqu'à ce jour, cette crainte ne s'est pas réalisée. Lorsque le « nouveau code pénal sera adopté (et il devra nécessairement « l'être. au i®"" juin 1^441, aux termes de la constitution), l'isole- (c ment des récidivistes pourra être rendu complet ; la distinction « entre la force et la correction aura cessé. Les reclus seront « placés à l'une des ailes , et une cour leur sera exclusivement « destinée pour y être conduits séparément, c'est-à-dire, indivi- « duellement.
« Voilà, monsieur, le point oîinousen sommes, et comment, « partis du même point que Genève , nous sommes arrivés à un « système si différent ; ce système, pourtant, est bien loin encore « de celui de Philadelphie j mais je pense que nous y arriverons « tôt ou tard. Déjà le principe de la séparation individuelle a « fait chez nous de grands progrès j l'opinion publique qui s'en « alarmait , le voit venir aujourd'hui sans crainte ; vous le verrez « même posé dans le projet que je vous ai remis de notre nouveau « code pénal ; déjà vous avez vu l'application que notre gouverne- « ment en a faite, dans nos chambres d'arrêt de cercles, et dans « nos prisons de district.
« Tout ce qui a été écrit contre le système de Philadelphie n'a « point détruit mes convictions ; il les a fortifiées , au contraire ; « je les ai puisées dans une étude pratique et journalière , et dans f< une étude sérieuse des diverses théories pénitentiaires.
« Je laisse à décider aux hommes de l'art la question sanitaire : « à mon sens, la solution de cette question ne peut avoir d'autre (c importance que de donner un peu plus d'air et d'exercice aux « détenus. Mais, sous le point de vue religieux, aussi bien que sous « le point de vue légal, je considère la séparation individuelle « comme le seul vrai système moral et pénal de toute détention « pénitentiaire, »
UN DES PIÈCES JUiïiriCATIVEi.