‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 152 sur 156 · PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

« trop d'obstacles à vaincre, dans l'opinion publique et dans les « consciences timorées de la commission), mais à un moyen terme « le plus idéal qui se puisse concevoir. Donc, en i832, on décida, <c que les prisonniers se promèneraient et causeraient, deux à <c deux seulement , à la fde les uns des autres , avec prescription « d'une certaine distance entre chaque couple , et prohibition à « chaque couple de causer avec celui qui le précéderait ou qui le ce suivrait. On alla plus loin ; on établit une espèce de rotatioii « entre les détenus de chaque couple , de telle sorte , qu'au bout ce d'un certain temps, chaque prisonnier s'était entretenu avec ce tous ses camarades d'atelier , et avait ainsi distillé goutte à ce goutte pour tous ses camarades , pris chacun à tour de rôle , ce tout ce qu'il renfermait de venin dans son cœur. C'était , monte sieur, comme vous le voyez, moins qu'un remède au mal : c'était ce un mal plus grand ajouté à tous les autres.

ce Toutefois , l'administration tira quelque profit de cet essai si ce fâcheux. Personnellement , il me valut une preuve nouvelle de ce ce dont je m'apercevais depuis long-temps, à savoir, que tel ce prisonnier qui était parvenu à en imposer à l'administration , ce par de belles apparences de repentir, cachait, sous le masque ce dont il avait su se couvrir, la dépravation la plus profonde. En ce feignant^ à mon tour , d'être la dupe de cette hypocrisie , j'obcc tins de quelques détenus dont j'étais sûr , la communication de ce ces dangereuses confidences faites dans le tête--à-tète des procc menades à deux. Pour le dire en passant , cette découverte n'a « pas peu contribué à fortifier mon éloignementpour tout système ce de promotions d'une catégorie dans l'autre, bien convaincu que ce je suis que ce n'est qu'un mode d'importation de vices et d'ince famie plus ou moins dissimulés.

ce Aussitôt que la commission fut convaincue , à son tour, des ce résultats déplorables de sa demi-mesure , elle en prit une autre ce qui devait nécessairementproduire les mêmes effets. Elle défen-

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« dit, en effet, la rotation des prisonniers dans les fdes, mais « elle conserva la promenade à deux. Ainsi accouplés par morali- « tés, ou, comme vous le dites si bien , par immoralités de même « espèce , les détenus continuèrent quelque temps encore à cir- « culer en rang dans les cours, avec la faculté de converser à voix « basse, chacun avec le compagnon qui lui avait été assigné.

« Tant il est vrai qu'il est difficile de se dépouiller des langes « de la routine et des préjugés.

« Cette nouvelle école, dont le souvenir me semble presque un « rêve aujourd'hui, ne fut pas plus inutile que la précédente au « progrès de la réforme. Elle amena d'elle-même l'introduction tt delà règle du silence absolu dans les préaux, règle dont l'ad- « ministration avait eu tant de peine déjàà décider l'introduction « dans les ateliers. Le plus souvent, le compagnon de prome- « nade qu'on donnait à un détenu était précisément le compa- « gnon dont ce détenu voulait le moins. Aussi, qu'arrivait-il.' « C'est que la plupart des détenus se promenaient sans se parler, « ou se promenaient seuls, en silence , pendant des mois entiers. « Ils aimaient mieux se priver de cette communication de pensées « qu'on leur laissait libre, de ces entretiens innocens qu'on leur « ménageait, et que, dans le principe, on avait voulu maintenir « comme une soupape de sûreté contre les dangers imaginaires « de la folie ou du désespoir , que de se prêter aux combinaisons « ambulatoires de l'administration. Dès-lors, tous les doutes cesce sèrent, et il fut universellement reconnu , même par les plus « incrédules, que la règle du silence absolu , de jour et de nuit, « était une condition essentielle du système pénitentiaire.

« Ce principe une fois adopté , l'administration mit autant de « fermeté à le maintenir qu'elle avait mis d'hésitation à le recon- « naître. Il fut donc ordonné que, pendant les Jieures de récréa- « tion, les détenus se promèneraient un à un, laissant quelques « pas de distance entre eux, et que le silence le plus absolu serait

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« observé, aussi bien à la promenade et au réfectoire, que dans a les ateliers et dans les cellules.

« Mais, hélas ! cette règle du silence était une nouvelle décepce tion qui attendait nos efforts et notre bonne volonté.

« Nous ne tardâmes pas à découvrir que les détenus em- « ployaient mille ruses pour l'enfreindre, et que la surveillance « la plus active , les punitions les plus sévères étaient impuis- « santés à en empêcher.

« Nous reconnûmes aussi que réunir des hommes en société « pour leur interdire l'usage de la parole , était méconnaître les « lois impérieuses de la nature humaine. Si vous reconnaissez « que les communications sont dangereuses entre condamnés (et « qui en douterait?) mettez-les dans Timpossibilité de se voir et « de se lier ensemble; construisez une prison pour chaque dé- <c tenu; mais ne les réunissez pas dans des préaux et des ateliers c< communs, pour les charger ensuite de coups de fouet, comme « à Auburn, ou les priver de nourriture ou les mettre au cachot, « comme à Genève, et cela, au moindre mot, au moindre geste, « au moindre signe ....

(c II en est de la prison comme de la société , il vaut mieux préce venir le mal que de le punir. Sous ce rapport, le système de ce Philadelphie est préventif, celui d'Auburn n'est que répressif; ce j'aurais presque ajouté qu'il est provocatif, car il fait naître des ce besoins et des désirs naturels à l'homme, pour punir celui qui ce succombe à la tentation provoquée d'y satisfaire.

(c Dira-t-on qu'aucune communication grave et dangereuse ce n'est à craindre, entre détenus, avec la règle rigoureuse et ince flexible du silence ? AIi ! monsieur, il faut être aveugle pour ce s'abuspr soi-même ainsi ! Pour moi qui, par la nature de mes ce fonctions, suis appelé à sonder les consciences, et qui vis, depuis ce douze ans, au milieu des prisonniers comme au milieu de ma ce famille, j'aurais mille choses à vous apprendre là-dessus. Sans

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