‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 22 sur 156 · DES ÉCOLFS PRIMAIRES SUPÉRIEURES · texte numérisé non relu

DES ÉCOLFS PRIMAIRES SUPÉRIEURES

tre ou de chef d'atelier ne donneront pas à son ambition un essor plus élevé.

On nous répondra sans doute que les élèves nés dans la classe ouvrière y seront fixés par l'habitude, parles mœurs de la famille, par la volonté des parens.

Je ne conteste pas l'influence des exemples de la famille, je n'en nie pas la force; mais remarquez que les situations respectives du père de famille et de rélève ne sont plus les mêmes. D'un côté, c'est un honnête chef d'atelier, à peine lettré, lequel s'impose de pénibles sacrifices pour l'éducation de ses enfans, éducation qui, d'après ses vues, doit aplanir devant eux les difficultés qu'il a rencontrées dans l'apprentissage comme dans l'exercice de sa profession , et leur fournir les moyens d'aller plus loin que lui , sans sortir, toutefois , de sa carrière. De l'autre, c'est un jeune homme dont l'esprit est cultivé, qui n'en est plus aux rudimens de l'instruction élémentaire, mais qui, parvenu au degré le plus élevé de l'instruction primaire , entrevoit avec peine le moment où il sera obligé de saisir la lime ou le rabot, pour apprendre l'état qui doit le faire vivre. La pratique n'est plus à ses yeux l'application manuelle de la théorie , elle en est la corruption , ou tout au moins la mise en œuvre rude et grossière. Il se croit un savant , il ne saurait descendre au rôle d'ouvrier;

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cette hypothèse n'est pas du tout gratuite. J'ai recueilli un certain nombre de faits, qui constatent que des jeunes gens destinés à des professions mécaniques, ont montré de la répugnance pour l'exercice de ces professions, du moment qu'ils ont acquis quelques notions scientifiques et le genre d'instruction que l'on se propose de donner dans les écoles primaires supérieures. Je connais tel entrepreneur, qui n'a pu vaincre cette répugnance, chez son fils ou son neveu, qu'en le retirant d'une prétendue école industrielle, pour l'incorporer immédiatement dans l'escouade d'un contre-maître, afin de le plier aux mœurs des ouvriers, en les lui rendant communes, et de l'instruire graduellement par un apprentissage réel et journalier, à prendre un jour en main la direction de sa maison. Toutes les fois que la théorie doit aboutir à l'exercice d'un art libéral, il est rare qu'elle manque son but , parce que , dans ce cas, l'esprit s'allie à l'imagination ; mais si cet art est d'un ordre inférieur, s'il rentre dans la classe des métiers proprement dits, dès-lors la vanité vient au secours de l'esprit, et le théoricien résiste avec opiniâtreté à l'acte de la main , parce que la matérialité de cet acte n'est pas suffisamment idéalisé et ne s'annonce sous aucun signe artistique.

Dans les écoles des arts et métiers de Châlons et

DE CHALONS ET d'aNGERS. IOI

d'Angers , le gouvernement a essayé d'obvier aux inconvéniens que je viens de signaler, en exigeant par un nouveau règlement du a3 septembre i832, des candidats aux bourses, la preuve qu'ils ont fait pendant un an , l'apprentissage d'un des arts et métiers analogues à ceux qui sont enseignés dans les écoles ; il a, de plus, déclaré que les candidats , dont les parens ou correspondans prendraient l'engagement de les placer, au sortir de l'école, soit comme apprentis , soit comme ouvriers dans une industrie dont les élémens leur auraient été enseignés , seraient préférés, à connaissances égales. La même préférence a été accordée à ceux pour lesquels cet engagement aurait été contracté par les villes, les départemens, ou par des associations de bienfaisance.

Le gouvernement a si bien compris fimportance qu'il y avait à placer immédiatement dans des établissemens industriels des élèves boursiers, sortis des écoles qu'il administre, que le droit de présentation à plusieurs bourses , réservé à la société d'encouragemens, a été grevé aussi d'une charge semblable. L'innovation introduite par le règlement cidessus mentionné témoigne, que jusque-là les écoles de Châlons et d'Angers n'avaient répondu, ni l'une ni l'autre, à l'attente de l'autorité fondatrice, et que les jeunes gens qu'on y recevaient, pouvaient bien

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y acquérir des lumières plus ou moins étendues sur l'industrie, mais non la ferme volonté de s'attacher après l'achèvement de leur éducation , k un atelier privé, soit comme apprenti, soit comme ouvrier.

En subordonnant l'admission des candidats à cette double précaution , les a-t-on conduits sûrement au but qu'on a voulu atteindre ? l'apprentissage antérieur à l'admission, leur a-t-il fait contracter les habitudes simples et laborieuses des ouvriers ? Si l'on répond par l'affirmative, je demanderai si ces habitudes n'ont pas été profondément altérées par le séjour de l'école.

Deux écrivains versés dans la connaissance de l'économie industrielle, le rédacteur du Phare industriel (i) et M. Monfalcon (2), ont jugé tous deux avec sévérité , l'organisation des écoles de Châlons et d'Angers. Mais la sévérité du second est plus tempérée que celle du premier, adversaire déclaré des écoles d'arts et métiers. Leur opinion est identique, cependant , sur un point : ils affirment qu'au sortir de l'école, les élèves sont peu enclins à accepter la condition d'ouvriers, qu'ils considèrent comme étant au-dessous d'eux, bien qu'ils ne doivent, pour ainsi dire , que la traverser pour se mettre en état

(1) Feuille du 22 août I 838.

(2) Code moral (les ouvriers , 3^ édit. Lyon , i838, iii-8.

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de parvenir aux premiers emplois de l'industrie. Ces opinions, publiées plusieurs années après la mise en vigueur du dernier règlement , et fortifiées par le témoignage de plusieurs autres personnes éclairées, donneraient à croire que les prévisions de ceux qui l'ont formulé ne se sont pas réalisées, et que l'influence de l'école est loin d'être en accord avec celle qu'on a dù supposer à l'apprentissage qui a précédé l'admission.

Aussi j'avouerai que j'adopte pleinement, à ce sujet, l'opinion du rédacteur du Fliare^ opinion qui aurait pour objet de substituer aux écoles de Châlons et d'Angers des écoles spéciales , telles que celles des Mineurs de Saint-Etienne, de teinture de Lyon et celle de dessin de Nîmes. Dans chacune de ces écoles, l'élève parcourt naturellement^ ainsi que ses camarades, les premiers degrés de la hiérarchie industrielle, sans embarras ni mauvaise honte, parce que sa condition est ou a été celle de tous les autres élèves. D'apprenti, il devient ouvrier, et des fonctions de simple ouvrier, il passe à celle de contre-maître. L'instruction professionnelle lui est départie graduellement et de telle sorte, qu'en quittant l'école, il peut prétendre, dans un établissement industriel à l'emploi le plus difficile qu'il a exercé comme élève, sans être astreint à un second noviciat. Non-seu-

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