DE LA CLASSE PAUVRE. I
Pendant les années i823, 24 et 25, où la construction des maisons dans Paris prit un si grand développement, les capitalistes et les constructeurs ess yèrent dans certains quartiers très populeux de bâtir quelques habitations destinées à la classe laborieuse, mais comme ces habitations ne pouvaient servir en totalité à l'usage de cette classe, à cause de la cherté des premiers étages, il fallut faire appel, pour la location de ces étages, à une autre classe de personnes qui, en raison de sa condition et de ses habitudes d'ordre et de propreté, n'ayant aucuns points de rapport avec les locataires des étages élevés, ne jugea pas à propos d'occuper les mêmes maisons qu'eux.
Les habitations construites pour l'usage des classes ouvrières ne remplirent donc pas entièrement le but de leur destination et firent peser sur ceux qui en étaient propriétaires des non-valeurs considérables. La spéculation , avertie par les premières et coûteuses expériences qu'elle avait faites, abandonna ce mode de construction ^ en rejetant le mauvais succès sur la difficulté de réunir sous le même toit des conditions et des fortunes trop différentes. Cette difficulté était grave en effet, et les constructeurs l'auraient peut-être évitée si, voulant, comme telle était leur intention, établir des ioge- II. 9
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mens pour les classes ouvrières et les artisans, ils avaient choisi les emplacemens de leurs constructions dans les quartiers éloignés du centre de Paris, afin de les payer moins cher, et de faire refluer dans ces quartiers, par l'appât de Icgemens commodes et à bon marché, la partie si nombreuse de la population ouvrière qui est entassée dans les petites rues des quartiers du centre.
De l'aveu même des constructeurs, de grandes fautes ont été commises par eux dans la conception et l'exécution du plan de leurs entreprises, aux époques dont nous venons de parler ; mais, quelles que soient ces fautes, s'il fat une époque inopportune pour élever des bâtimens appropriés aux besoins de la classe pauvre, ce fut sans contredit celle où toutes les puissances de la spéculation étaient dirigées vers la construction par un entraînement aveugle. Cette concurrence extraordinaire, et qui tenait de l'enivrement, occasiona une augmentation toujours croissante du prix des terrains, des matériaux et de la main-d'œuvre : augmentation hors de proportion avec le produit locatif qu'il était raisonnable d'espérer. Or, dans cet état de choses, spéculer sur les logemens des classes ouvrières dont la solvabilité est toujours si chanceuse, c'était aller bénévolement audevant des difficultés et des hasards les plus pro-
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près à ruiner tout à-la-fois le capitaliste et le constructeur; et c'est ce que l'événement ne tarda pas à confirmer.
Les temps les plus favorables à ces sortes de construction, sont ceux où les terrains et les matériaux sont à bas prix ; et malgré ces avantages il serait encore douteux que des capitaux, ainsi employés, rapportassent autant qu'un placement affecté à des constructions réservées aux classes aisées ; les difficultés que les propriétaires éprouvent en général dans le recouvrement des loyers qui leur sont dus par les classes ouvrières, les détourneront toujours fortement d'une semblable spéculation, indépendamment des autres risques qui y sont attachés.
Il serait digne de la philanthropie de tenter la solution de ce problème, en appelant les capitaux non pas égoïstes, mais bienfaisans, au secours des classes ouvrières. Je suis convaincu que la générosité française ne serait pas sourde à cet appel, et qu'il se rencontrerait des personnes riches ayant à cœur de concourir à une œuvre utile à leur intérêt autant qu'à leur considération ; car le but de cette œuvre ne serait pas seulement de procurer aux familles pauvres des logemens commodes et salubres, mais d'assurer aux capitalistes un revenu net, égal aux
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deux tiers au moins des produits ordinaires des maisons construites dans Paris. Telle est Topinion de constructeurs habiles qui ont étudié les moyens de pourvoira l'amélioration de la demeure des classes pauvres, à l'aide de la bienfaisance publique.
On pourrait au surplus organiser la gestion de ces immeubles de manière à rassurer complètement les bailleurs de fonds sur leur mise. Un comité de surveillance choisi parmi eux contrôlerait les acles de cette gestion et veillerait à l'entretien des bâtimens, ainsi qu'à la répartition des loyers après le prélèvement de toutes dépenses. Il y a dans les quartiers qui touchent à la circonférence de la ville, d'anciennes maisons conventuelles ou d'autresgrands bâtimens qu'on obtiendrait probablement à un prix raisonnable et qu'il serait aisé de convertir , à peu de frais, en habitations pour la population ouvrière. Ce mode de construction serait le plus économique de tous , et devrait fixer de préférence l'attention particulière des hommes bienfaisans, qui seraient disposés à apporter leur tribut pour l'accomplissement de cette spéculation salutaire et toute nouvelle.
Les sociétés industrielles dont j'ai proposé l'organisation, en traitant de l'industrie, seraient parfaitement propres à multiplier les construclions d'habitations pour la classe ouvrière, si le gouver-
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nement les autorisait dans l'ordonnance royale contenant Tacte de leur institution à recevoir des legs dans ce but ; on fait de semblables libéralités aux hospices pour le soulagement des pauvres malades ou infirmes, pourquoi n'en ferait-on pas aux sociétés industrielles , afin de procurer aux pauvres valides et à leurs familles les avantages d'une habitation salubre et commode , moyennant un prix raisonnable? Ces avantages devraient être incontestables , afin d'ôter aux ouvriers économes et réglés toute raison de préférer leurs réduits actuels aux nouvelles demeures qui leur seraient offertes. On sent que celles-ci , malgré la défaveur attachée parmi les classes pauvres à tout ce qui est nouveau ^ ne tarderaient pas a être vivement recherchées. Àussi voudrais-je que les préposés des sociétés n'admissent comme locataires, dans les maisons confiées à leur surveillance, que des ouvriers munis d'un certificat de moralité de conduite régulière signé par un chef d'atelier et visé par le maire de la commune. Ce certificat devrait spécifier que l'ouvrier, chef de famille ou vivant avec une femme, est marié légitimement. Cette dernière condition éloignerait sans doute les individus qui se plaisent dans le concubinage , mais elle aurait aussi pour effet d'exciter de sérieusesréflexions dansl'espritdeceuxde cesindi-
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vidusquiapprécieraientrutilité d'une habitation saine et à bon marché , et qui ne seraient pas tout-à-fait indifférens aux lois de l'honnêteté publique.
En définitive, je me persuade que lesconcurrens ne manqueraient pas pour solliciter la location de ces logemens si rares aujourd'hui et que les sociétés intéressées n'éprouveraient que l'embarras du choix. Lorsque des gens de bien s'imposent la noble tâche d'introduire ou de conserver les bonnes mœurs parmi le peuple , ils doivent mettre en honneur toutes les habitudes qui les constituent et repousser celles qui les dépravent. Un des moyens les plus propres à atteindre ce but, serait, je n'en puis douter, la propagation de l'idée fondamentale du projet que je viens d'indiquer et l'application rigoureuse des conditions exigées pour être admissible dans les maisons créées par ce projet. Je me suis d'autant plus attaché à l'espoir d'en réaliser l'exécution, qu'il porte avec lui un caractère de bienfaisance, qui n'a rien d'humiliant pour ceux en faveur desquels il a été conçu.
Combien de vieillards riches et isolés, voudraient attacher leur nom à une œuvre si morale et si élevée ! L'hôpital reçoit l'honnête ouvrier comme le vagabond, et ce mélange inévitable a quelque chose qui attriste le philanthrope , tandis que les maisons
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qu'il s'agit de fonder, seraient des asiles ouverts par privilège à de pauvres familles d'ouvriers et d'artisans honorables par leur probité et la régularité de leurs mœurs, (i) Ces fondations opposées aux fondations hospitalières, contribueraient à faire renaître l'esprit de famille dans le sein des classes laborieuses, en même temps qu'elles diminueraient à la longue les charges que les villes s'imposent pour l'entretien des hospices.
La population ouvrière est si nombreuse à Paris que dans toutes les hypothèses on ne saurait espérer de pourvoir, à l'aide des élablissemens projetés, qu'à une faible partie de ses besoins. Le concours de l'industrie particulière serait donc indispensable, et dès-lors il importe de chercher à perfectionner ce concours.
La loi du '27, juillet 1791, en déterminant les règles de la police municipale, a soumis (art. 5) les au-
(i) Foy. Lettre sur la question de savoir s'il est mieux de réunir les vieillards dans les hospices , ou de les placer en pension à la campagne. — Note relative à quelques conditions que doivent présenter les hôpitaux destinés à des individus âgés de plus de 60 aus et infirmes (^/i/zo/ej d'hjgiène publique, t. VIT, p. 218 , t. IX, p. 296). Ce dernier mémoire a été rédigé par Parent- Duchâlelct, à l'occasion du legs de quatre millions, fait à l'administration des hospices de Paris, par M. Braziu , ancien fondeur, pour la construction et l'entretien d'un établissement de ce genj-e, destiné à recevoir trois cents ouvriers.
l3G liKVUE DES GARNIS AFFECTjéS AUX OUVRIERS
bergistes, maîtres cVhôlels garnis et logeurs à l'obligation (le tenir un registre, coté et paraphé par le commissaire de police, pour l'inscription de toutes les personnes qui coucheront chez eux, même une seule nuit.
Le Code pénal a reproduit cette disposition (art. 475). Mais en ajoutant beaucoup de contraventions nouvelles à l'énumération de cas prévus par la loi organique, il n'a prescrit aucune mesure pour assurer la salubrité des logemens garnis.
L'ordonnance de police du 1 5 juin i832 a sagement étendu l'application de l'article 47 5 du Code pénal , à tous les individus qui exercent la profession de logeur habituellement ou accidentellement. Elle a réussi de la sorte à placer, sous l'inspection de la police , une foule de logeurs clandestins , qui ne louant que des appartemens ou des chambres garnis, affectaient de se croire dispensés des charges et obligations imposées en général à tous ceux qui font métier de loger chez eux des personnes étrangères. Toutefois cette ordonnance s'est contentée de réglementer le régime des logemens garnis, en vue de la sûreté et de la tranquillité publiques; elle n'a rien prescrit touchant la salubrité intérieure de ces logemens. Peut-être l'insuffisance de la législation a-t-elle contraint l'auteur de rordoiinance de