‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 40 sur 156 · SUR LE SORT DES ENFANS, QUI EN SONT LE FRUIT. I · texte numérisé non relu

SUR LE SORT DES ENFANS, QUI EN SONT LE FRUIT. I

à faire tête aux difficultés de leur position, malgré l'abandon de leurs conjoints. Il en est parmi elles qui ont des enfans de trois lits différens et qui confondent quelquefois les noms de leurs pères, tant leurs relations avec ceux-ci ont été passagères et mal établies. D'autres privées complètement de travail, et n'ayant pour soutenir leurs enfans que les faibles secours de Fassislance publique, finissent par céder à la détresse qui les accable et s'éloignent de leurs enfans qui , dès-lors , sont livrés à toutes les horreurs du besoin , ou bien elles s'associent à un nouvel amant pour assurer avec leur propre subsistance celle de leurs familles.

Les enfans qui appartiennent à ces dernières familles sont moins malheureux sans doute, que les premiers obligés par la fatalité de leur naissance de recourir à la mendicité ou au vol pour exister ; cependant les affections changeantes de leurs mères , le manque de retenue des nouveaux amans de celles-ci et d'elles-mêmes, en leur présence, agitent de bonne heure leurs jeunes têtes et relâchent peu-àpeu les liens qui les attachaient à celles qui avaient élevé leur première enfance. Ce relâchement occasionne des mutineries d'une part, des châtimens de l'autre, en sorte que les enfans finissent par abandonner leurs mères , autant par un sentiment con-

l6o DIFFICULTÉS QU'ÉPROUVtN J LES GENS PAUVRES.

fus de mépris, que par la crainte des mauvais traitemens auxquels ils sont ordinairement en butte.

Les enf'ans issus de conjonctions illégitimes sont prédestinés par leur naissance à tous les coups de la mauvaise fortune. Placés dès leur bas âge sur la pente du vice, entourés de mauvais exemples, sollicités par des passions éveillées avant le temps, ils se perdent lorsqu'ils savent à peine discerner le bien d'avec le mal. C'est parmi eux que les fauteurs de la mendicité, du vagabondage et du vol cberchent et trouvent des recrues. Les rapports annuels de la société de patronage des jeunes libérés de Paris, renferment à cet égard des documens non moins intéressans que positifs.

Affligés de l'état de désordre dans lequel vivent les concubinaires , affligés surtout de l'abandon de leurs enfans déposés par eux en grande partie, dès leur naissance, à l'hospice des enfans-trouvés , des hommes bienfaisans et pieux se sont associés pour faciliter, pour encourager les mariages dans la classe pauvre, et pour assurer par suite la légitimation des enfans naturels, nés de parens unis entre eux par un commerce illégitime.

On ignore généralement les difficultés que les gens pauvres éprouvent pour se mettre en mesure de contracter maria£:e. Les actes nécessaires à cet

POUR COISTB/VCTKn MARrA^GK. ]iU

effet, sont souvent fort nombreux et coûtent fort cher; ils ne sont délivrés gratis qu'à Paris et aux seuls indigens inscrits. Quand il y a nécessité d'écrire au loin pour obtenir les actes voulus par la loi, que peuvent faire des malheureux dont toutes les relations avec leur pays natal sont depuis longtemps interrompues, qui,d'ailleurs, ne savent même pas lire, qui ont oublié ou n'ont jamais su le lieu et l'époque du décès des auteurs de leurs jours, et qui, dans leur pénurie extrême, sont hors d'état de payer le prix et le port de ces mêmes actes? Que peuventils quand l'un d'eux est étranger, que les actes sont insuffisans ou irréguliers, et qu'un jugement du tribunal civil devient indispensable? Qui aplanira les obstacles? Gomment les frais seront-ils acquittés? Toutes ces difficultés rendraient le mariage impossible pour une foule de gens pauvres, s'ils n'étaient dirigés par les conseils d'hommes éclairés et sils n'étaient secourus par l'autorité et la bienfaisance publiques.

C'est à cette œuvre aussi pénible qu'utile au bon ordre de la société que se sont voués les hommes recomraandables dont j'ai parlé ci-dessus. Ils ont placé leur association sous le patronage de saint François Régis , dont la vie fut marquée dans nos provinces méridionales par d'admirables efforts pour ir. ï I

ïGl TRAVAUX ET BIENFAITS DUS

l'extirpation du vice et l'amélioration des raœnrs. Ils se réunissent tous les dimanches de midi à trois heures, rue des Fossés-Saint- Jacques, n» ii, pour connaître les besoins des indigens et pour leur fournir les moyens de se marier. Ils ont à répondre, chaque jour de réunion, à près de trois cents personnes. Le plus grand ordre et la plus grande décence régnent parmi celles-ci. On n'y voit pas seulement des couples vivant en concubinage, mais aussi de futurs époux en danger d'y tomber , lesquels n'ayant ni les moyens ni le temps de se procurer les actes nécessaires à la célébration de leur mariage viennent solliciter les bons offices de l'association. On y remarque, et ce n'est pas le spectacle le moins intéressant, les concubinaires nouvellement mariés, qui se présentent devant l'un des membres de l'association pour la remercier de son obligeant concours et pour recevoir le certificat qui doit les mettre à même de retirer leurs enfans de l'hospice. L'air serein et satisfait du mari annonce qu'il vient d'accomplir un grand devoir. Quant à la femme, son visage rayonne d'une douce joie, et, en effet, c'est elle que le retour aux bonnes mœurs, a le plus favorisée en lui permettant de se parer sans rougir du titre d'épouse et de mère.

L'établissement de la société charitable de Saint-

A LA SOCIETE DE SAINT-RÉGIS. l63

Régis, date de i8a6. Elle a contribué par son active intervention, depuis cette époque jusqu'au i*'' janvier iSSy, à la célébration civile et religieuse du mariage de près de 8,000 indigens et à la légitimation de plusieurs milliers d'enfans naturels, dont un grand nombre ont été retirés de l'hospice des enfans trouvés. La société assure, que presque toujours la première sollicitude des nouveaux époux après leur mariage, a pour objet d'obtenir de l'administration des hospices;, la remise de leurs enfans^ et qu'une expérience de dix années constate qu'ils les élèvent de leur mieux, leur inculquent des principes morau}^ et font d'eux de bons sujets.

On doit reconnaître que l'administration des hospices s'impose de grands sacrifices, en remettant gratuitement ces enfans à leurs parens mariés ; mais quel dédommagement et quelle satisfaction pour une administration toute bienfaisante que d'assurer la possession d'état d'enfant légitime à plusieurs milliers de ses élèves qui sans cela n'eussent jamais éprouvé ni même connu les charmes de la famille; de se décharger des soins et de la dépense de leur tutelle pour l'avenir, et de se prémunir par de sages concessions contre les chances de nouveaux dépôts de la part des parens de ces mêmes élèves. En dernier résultat, la conduite de l'administration profite

l^i/j TRAVAUX F.T niMS^FAITS DUS

tout à-la-fois à la morale publique et à ses propres finances. C'est un des moyens les plus sûrs et les plus etticaces pour tarir la principale source de la bâtardise, qui n'est que trop souvent, aussi, celle du vagal)ondage et du vol.

On jugera de la baute importance des services rendus par l'association de Saint-Régis, à la cause des bonnes mœurs, quand on saura quelle est la différence qui existe entre le nombre des enfans légitimés, par suite du mariage des couplesadressés, avant i836, à cette société, et celui des enfans légitimés, appartenant aux couples qui lui ont été envoyés en ] 836. En effet, les mariages antérieurs à cette dernière année, et s'élevant à i85, ont produit la légitimation de 249 enfans, tandis que les 276 mariages accomplis par la société durant cette même année, n'ont légitimé que 209 enfians. Cette disproportion sensible lient à ce que la société de Saint Régis, devenant de jour en jour plus coiuiue , on lui adresse fréquemment des couples qui ne vivent que depuis quelques mois dans le désordre, et même, un certain nombre de personnes qui sont près seulement d'y tomber, tandis qu'autrefois la société ne s'occupait guère que des concubinaires, vivant efisemble depuis nombre d'années et ayant déjà beaucoup

A LA SOCtÉTÉ ])K SAINT -RÉGIS . l65

d'enfans , dont quelques-uns même étaient sur le point d'atteindre leur majorité.

La société de Saint-Régis n'a pas de revenus assurés. Ses ressources s'élèvent à près de dix mille francs par an, provenant des dons de la charité publique, des cotisations de ses membres, des offrandes de MM. les curés et des secours annuels des hospices, de l'administration municipale et du ministre de l'intérieur. On cite plusieurs villes importantes qui ont fondé dans leur sein de pareils établissemens. Il serait à désirer, qu'il y en eût un dans tous les grands foyers de l'industrie. L'autorité devrait à cet égard fournir aux hommes bienfaisans toutes sortes d'encouragemens pour les exciter à s'associer, et protéger leur société avec une faveur particulière, parce qu'elle répond à des besoins véritables et qui excèdent le plus souvent les facultés des hommes simples et laborieux qui les éprouvent. L'un des moyens les plus certains de parvenir à la restauration des bonnes mœurs, est de constituer la famille sur la base légitime du mariage : or, la société , dont nous aimons à proclamer les services, n'a pas d'autre but, et, sous ce rapport, elle a droit, à mon gré, d'être comptée parmi les institutions les plus conservatrices.

Je ne dois pas laisser ignorer, au surplus, qu une société protestante s'est formée pour faciliter , par

l66 TRAVAUX FT TîTliNFAlTS DUS, ETC.

son entremise officieuse, le mariage des personnes professant le culte éyangélique, dont le peu de ressources ne leur permet pas de subvenir aux dépenses exigées pour légitimer leur union. Cette société paraît faire le même bien cpie la société dont nous avons d'abord parlé.

DE L lMPÔTo

Page 1