DES MALFAITEURS
par le même motif qui nous fait désirer le succès d'un homme aux prises avec une opération difficile. Venu au spectacle pour s'égayer, il rira de tout ce qui pourra l'amuser, jusqu'à ce que les incidens de la pièce soient épuisés, et que le héros, c'est-à-dire le voleur, chargé des appîaudissemens de tous les spectateurs, sorte triomphant du péril dans lequel il s'est trouvé engagé , ou y succombe avec courage. Dans ce dernier cas, il le plaindra, de même qu'il aurait vanté son habileté s'il se fût soustrait à l'action de la justice. Le peuple est ainsi fait et bon nombre d'esprits éclairés sont peuple sous ce rapport.
L'homme bien élevé , l'esprit honnête , résistera aisément à ces impressions momentanées; elles n'ôteront rien à sa haine pour le crime. Leur résultat sera-t-il le même chez l'individu vicieux, chez celui qui, par paresse ou par corruption, serait porté à fouler aux pieds les lois de la société ? Sera-t-il le méiîie chez les apprentis , dont le spectacle est la p!us vive et la plus chère jouissance? On peut affirmer que les premiers puiseront dans le drame joué en leur présence des encouragemens et des leçons pour l'accomplissement de leurs mauvaises pensées, et que les seconds en rapporteront des impressions capables de fausser leurs idées sur le bien et sur le mal, et de dépraver leurs premières mœurs.