‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 47 sur 156 · OBSERVATFONS SUR L INFLUENCE MORALE · texte numérisé non relu

OBSERVATFONS SUR L INFLUENCE MORALE

faire une école, désespérant de rajeunir le théâtre par quelque coup de génie , ont pris le parti de secouer le joug des chaînes salutaires portées jusqu'à eux avec une fidélité inviolable par les maîtres de la scène, et au lieu d'offrir les attentats du crime aux yeux du spectateur, en usant d'une sage circonspection et de toutes les délicatesses du tact dramatique, ils ont donné à leurs personnages une frénésie dévorante et combinée, on le croirait, tout exprès pour émouvoir des cadavres. Cette licence, inconnue auparavant, mérite d'autant plus d'attention de la part de l'administration , que l'homme n'étant plus contenu , de nos jours, par l'influence des idées religieuses, est plus que jamais livré à son libre arbitre sans autre guide que sa conscience et ses lumières, qui ne sont bien souvent que défausses clartés.

Dans cette situation des esprits, il semble que l'administration devrait se montrer d'autant plus difficile sur la moralité des pièces de théâtre, que l'empire de la religion est plus faible et plus borné. Une telle conduite serait conseillée par le simple bon sens, quand même elle ne le serait pas par la saine philosophie. Il suffit de lire ou de voir représenter les ouvrages des dramaturges de la nouvelle école, pour se convaincre que la censure n'a pas tenu compte de

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cette importante vérité ; non-seulement elle a donné accès sur la scène nationale à ces ouvrages justement réprouvés par les esprits honnêtes, mais elle a laissé également s'y introduire ces drames singuliers , où des malfaiteurs sortis de leurs repaires , viennent déployer en face d'un public frivole et léger, toutes les ruses de leur métier, tous les excès de leur effroyable audace, et se rire des recherches dirigées contre eux , par les agens de l'autorité. Les gazettes qui s'occupent spécialement de rendre compte des débats des tribunaux , en faisant connaître au public les détails quelquefois atroces d'un crime, l'instruisent au moins du châtiment du coupable, et cette dernière circonstance prouve à leurs lecteurs, que les droits de la justice n'ont pas été méconnus..

Les écrivains qui s'adonnent plus particulièrement à la composition de cette espèce de drame , ne sont préoccupés que d'un seul objet: c'est de piquer fortement la curiosité des spectateurs. Ils s inquiètent peu de la portée morale de leurs pièces, ils ne sont touchés que du succès et de l'affluence du public, parce que cette affluence sert leur réputation autant que leur fortune. L'administration ne saurait trop s'éclairer avant de permettre la représentation de ces sories de drames. Si les premiers endurcissent les cœurs et insultent à la

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morale publiqne, ceux-ci font pis encore; ils jettent de la gaîté et une gaîté comniunicative sur des scènes de vol et de meurtre. Ils frappent d'impuissance et de ridicule les agens de la force publique et livrent à la risée de leurs misérables héros les affections les plus sacrées de la nature.

Quoique les classes aisées de la société ne dédaignent pas de fréquenter les théâtres secondaires, où l'on joue ces dernières piècesje ne crains pas que les bons motset les lazzis des malfaiteurs réussissent jamais à diminuer en elles le mépris qu'elles ont pour leur coupable industrie. Mais je ne suis pas également rassuré à l'égard des effets, que les mêmes pièces peuvent produire sur la foule ignorante et irréfléchie des spectateurs. Celle-ci, peu accoutumée à analyser ses impressions, à en pénétrer la moralité, s'abandonne sans défiance aux artifices de l'auteur; elle ne considère pas que les personnages placés sur le premier plan de la pièce représentée devant elle sont des ennemis de la société, des malfaiteurs, des hommes déchus dans l'estime publique, que leur effronterie, leur adresse et tout le sel de leurs bons mots ne sauraient prescrire contre l'ignominie de leur condition: le. vulgaire ne raisonne pas dans ses plaisirs ; diverli aux dépens d'un gendarme par les stratagèmes d'un voleur, il s'intéresse au sort de ce dernier

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