‹ Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes, et des moyens de les rendre meilleuresChapitre 53 sur 156 · JEUNES GENS ÉLOIGNÉS DÉ LEUÏIS FAMILLES · texte numérisé non relu

JEUNES GENS ÉLOIGNÉS DÉ LEUÏIS FAMILLES

est celle d'un grand nombre de commis-marchands.

J'ai pensé qu'un établissement qui tendrait à soumettre l'étudiant à une vie douce et régulière, analogue à la vie de famille, et à lui laisser toute la liberté dont il aurait joui chez lui, serait digne d'être encouragé et favorisé par les organes de l'opinion publique , soit dans l'intérêt de l'étudiant , soit dans celui de sa famille. J'ai pensé que des cercles créés sous les auspices d'hommes graves et honorables, et ayant pourobjet d'offrir des lieux de réunion, d'étude, de conversation et de plaisir à la jeunesse qui fréquente les hautes écoles, seraient des institutions capables de discipliner, d'épurer ses plaisirs, et de lui ménager en même temps la facilité de former des relations qui pourraient lui être utiles.

Je vais faire connaître mes vues sous ce double rapport, et je m'occuperai ensuite de rechercher des moyens d'amélioration morale, applicables à la situation et aux besoins des commis-marchands.

Quoique les jeunes gens qui fréquentent les cours des hautes écoles soient, en général, parvenus à l'âge de majorité, et qu'ils doivent se complaire naturellement dans une certaine indépendance, qui est le premier besoin de l'adolescent arrivé à l'âge d'homme , néanmoins , ils ne sauraient prétendre hors de la ville où leur famille est domiciliée, à plus

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de liberté qu'ils n'en auraient dans le sein de celle-ci.

Un établissement spécial , qui serait jusqu'à un certain point l'imago de la maison paternelle, et dans lequel l'étudiant trouverait une nourriture saine et abondante , un logement commode , des soins attentifs en cas de maladie, des cours, des conférences, des livres, des objets scientifiques nécessaires pour certaines expériences , des conseils sages, donnés à propos et avec sobriété; un tel établissement répondrait^ ce me semble, au besoin le plus sérieux et le plus pressant de la jeunesse studieuse , ainsi que des familles.

J'aimerais à voir, à la tête de ces établissemens, non pas des spéculateurs avides et subalternes , mais des médecins, des avocats , jaloux de former pour la société et pour la famille, des hommes moraux et éclairés et de seconder par leur savant concours, l'œuvre de l'enseignement public. On sent que cette tâche difficile exigerait des lumières et des quaUtés peu communes, et que dans celui qui en assumerait le fardeau, l'homme du monde devrait égaler l'homme de la science pour atteindre complètement le but élevé qu'il se serait proposé.

L'idée et le vœu que je viens d'exprimer ont été réalisés à Paris , par deux hommes justement estimés et considérés. Peut-être existe-t-il d'autres ten-

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tatives du même genre que je ne connais pas? Quoi qu'il en soit, ce n'est pas sans un sentiment mêlé de surprise et de peine , que dans une grande cité comme Paris , où toutes les sources d'instruction abondent, et où les étudians affluent de toutes parts , j'ai appris quil n'existait que deux établissemens de la nature de ceux que je réclame.

Cette dernière circonstance tient à des préjugés qu'il importe de signaler et de combattre.

On a supposé sans aucune espèce de fondement , que le pensionnaire des établissemens dont nous parlons, était assujetti à des règles sévères et qui gênaient sa liberté ; ces règles ne tendent à autre chose qu'à rendre profitables à l'élève les leçons qu'il entend dans les différens cours des facultés , au moyen d'un enseignement particulier propre à éclaircir les difficultés qui l'embarrassent, et à fixer les doutes qui s'élèvent dans son esprit. Elles le soumettent à des études variées, et à des exercices, ayant pour objet de le rendre familier avec les diverses branches de la science à laquelle il s'est voué.

Le directeur de l'établissement veille ou pourvoit au paiement des inscriptions ; sa sollicitude s'étend aussi sur les mœurs de ses élèves, et cette partie de son ministère n'est pas celle qui a fourni le prétexte le moins injuste aux préventions qui se sont élevées

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contre le régime de ces maisons. L'on a vu en lui un censeur chagrin et importun , lorsqu'il n'est et ne peut être qu'un homme grave et bienveillant , qu'un conseil, qu'une personne prudente et amie toujours prête à réveiller dans le cœur de ses élèves les bons sentimens, et à les fortifier contre l'influence si entraînante des mauvais exemples. Est-ce là véritablement le caractère d'un censeur, d'un argus? et pour peu qu'un jeune homme tût animé de bonnes intentions, ne devrait-il pas s'applaudir d'une telle surveillance, plutôt que de l'appréhender et de la fuir? Le temps de l'étude n'empiète pas du reste sur celui de la récréation et du plaisir ; il est peu de fils de famille qui, sous ce dernier rapport, soit mieux partagé que l'élève ayant sa résidence dans les maisons dont nous parlons. En effet, celui-ci peut disposer à son gré de ses soirées jusqu'à minuit ; or, une pareille habitude me paraît compatible avec les exigences les plus étendues et l'indépendance la plus ombrageuse ; en dehors de ces limites, on touche à la licence et à ces caprices sans frein qui jettent l'étudiant dans des voies inconnues et parsemées d'écueils contre lesquels viennent se briser sa santé, sa fortune, sa réputation et quelquefois son honneur.

Les préjugés opposés aux établissemens qui nous

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occupent, ont été accrédités par la portion indocile et turbulente des étudians. Les pères de famille devraient être assez clairvoyans pour pénétrer jusqu'au fond de ces préjugés, et pour s'apercevoir qu'ils n'ont rien de sérieux. D'ailleurs l'avantage d'étudier à Paris est assez important et assez agréable pour mériter d'être payé par un peu de ce n trainte, alors que cette contrainte est en soit moins gênante que celle qu'impose la vie de famille. Il est permis sans doute à un père plus qu'à tout autre, de présumer favorablement de la conduite que tiendra son fils dans une situation donnée; mais du moment que cette situation, en raison des circonstances qui l'environnent, peut devenir hasardeuse et pleine d'écueils, pourquoi ne pas aller au devant du péril par une prudence que la sagesse conseillerait si elle n'était commandée par les devoirs attachés à l'autorité paternelle? Cette autorité, d'après nos lois et encore plus d'après nos mœurs, perd tout moyen de répression sur l'enfant dès qu'il a atteint sa seizième année. Désormais, et à mesure que les passions de ce dernier se développent et peuvent se transformer en mou vemens désordonnés, il est convenu qu'elle doit procéder par la douceur, par la persuasion; qu'elle doit étouffer le germe des mauvaises passions par des mesures purement préventives, et sitôt que le moment vient

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